‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483 (volume 2)Chapitre 9 sur 166 · Ci-après, à la date · texte numérisé non relu

Ci-après, à la date

INTRODUCTION. xvij

— Le fait est curieux, mais voici que M, Quicherat découvre qu'il s'est passé, non pas au mois de mars 1473, mais au mois de mars de l'année 1462, car 1° Chastellain le conte à cette dernière date, 2° le recueil des ordonnances (t. XVII) indique que Louis XI tenait conseil à Tours le 29 mars et qu'il passa tout le mois suivant entre Tours et Poitiers.

Sur le premier point la réponse est aisée. De ce que Louis XI prit incognito la route du Midi en 1462, « habillé de gros drap gris, rudement, en manière de pèlerin, une grosse rude paternostre pendue au col 1 , » s'ensuit-il qu'en 1472 il ne recommença pas l'excursion en de pareilles conditions? On sait de reste qu'à diverses reprises, pour échapper aux fâcheux ou pour mieux garder le secret d'une expédition dont l'objet était politique, le roi Louis dissimula ses allées et venues, et cela pendant plusieurs jours. L'autre argument, tiré de la date fournie par des ordonnances incontestées, serait irréfutable s'il n'était notoire que l'indication, au bas d'un document de ce genre, du lieu où il a été rédigé indique que le Conseil et la chancellerie royale séjournaient en cet endroit à telle date, mais n'entraîne pas forcément la présence du roi en personne. Or, l'Itinéraire de Louis XI 2 nous montre ce prince en route pour le Midi dès la moitié du mois de mars 1473. Sa présence est signalée à Bordeaux le 24 du même mois et un peu plus tard à Notre-Dame-de- Soulac en Médoc. Et, si l'on doutait de l'exactitude de l'Itinéraire , qu'on ouvre le tome III de l'édition Lenglet des Mémoires de Commynes, et Ton y trouvera la preuve que

1. Chronique de Chastellain, édition Kervyn de Lettenhove. Bruxelles, 1864, in-8°, t. IV, p. 196.

2. Ce précieux travail, entrepris par M lle Dupont pour Pédition des Lettres de Louis II, nous a été obligeamment communiqué par M. Vaesen, que la Société de l'histoire de France a chargé de cette publication, actuellement en cours.

Xviij INTRODUCTION.

c'est la Scandaleuse qui a raison contre Quicherat. En effet, le vendredi soir 9 avril 1473 (et non 1472, comme le veut Lenglet, car en 1472 le 9 avril tomba un jeudi), le chancelier d'Oriole écrit à l'évêque de Léon, alors à Bruxelles pour conclure une trêve entre le roi et le duc de Bourgogne, que Louis XI est « allé en son veage » et que sa chancellerie ne Ta pas accompagné 1 . Quelques jours plus tard, le 13 avril, c'est le comte de Saint-Pol qui écrit de Laon au même évêque de Léon : « Vous avez sceu que le roy est tiré à Bayonne*. » Il est inutile de pousser plus loin la démonstration ; aussi bien paraît-il presque certain que ni l'abbé Lebeuf ni Quicherat n'ont consulté de la Scandaleuse ni les manuscrits ni l'édition originale. Il y a mieux : ils ne se sont point aperçus que les deux premières éditions des Chroniques de Saint-Denis, celle de Pasquier Bonhomme, parue en 1486, et celle de Vérard, imprimée en 1493 3 , les deux seules que le compilateur de la Martinienne aurait pu connaître, ne contiennent la mention d'aucun fait postérieur à la mort de Charles VII. C'est dans l'édition de 1514 4 que pour la première fois la narration est poursuivie jusqu'en 1513. Il y a donc bien eu emprunt, mais c'est l'éditeur de la compilation pseudo-officielle qui a pillé la Scandaleuse et non pas, comme on l'a dit, le rédacteur de cette dernière chronique qui s'est approprié le texte de celle dite de Saint-Denis.

Si la Chronique de Louis XI est, comme tout l'indique,

3. Voir G. Brunet, la France littéraire au XV e siècle, etc., p. 46.

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