‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483 (volume 2)Chapitre 13 sur 166 · Arrêt du 21 novembre 1460 (Arch. nat., X** 31, fol · texte numérisé non relu

Arrêt du 21 novembre 1460 (Arch. nat., X** 31, fol

2. U exerça ces fonctions au moins jusqu'en 1478 (voir ci-après, à cette date, et Longnon, Villon, p. 91).

3. Ce titre est reproduit par respect pour le texte de l'édition gothique, mais il est douteux qu'il figurât dans les manuscrits. Le paragraphe tout entier, relatif aux affaires d'Angleterre, a été imprimé par Denys Grodefroy et reproduit par Vallet de Viri ville à la fin de leurs éditions de l'Histoire de Charles VII de Jean Chartier (Paris, 1661, in-fol., et 1858-59, 3 vol. in-16, t. m, p. 121- 124). Vallet de Viriville observe que ce chapitre, qui suit le récit de» funérailles de Charles VII, manque dans la plupart des exemplaires de la chronique de J. Chartier, et il nous semble fort douteux que la rédaction en appartienne à l'historiographe de Charles VTL

4. François Goppini, évèque de Terni, chargé par le pape Pie II

peuple du pays et par especial en la ville de Londres, maistresse ville dudit royaulme, là où il fist plusieurs remonstrances aux habitans dudit lieu et autres d'environ, contre et au préjudice du roy Henry d'Angleterre; lesquelles remonstrances te cardinal d'York 1 , qui acompaignoit ledit légat, après ladicte exposition par luy, exposa en leur langage. Et tantost après ladicte exposition faicte, ledit peuple, qui estoit de legiere créance, se esmeut pour faire guerre à rencontre dudit roy Henry de Lancastre et de la royne sa femme, fille du roy René de Gecille et de Jherusalem, et du prince de Galle, leur filz*. Et print le dit populaire pour leur capitaine le comte de Warwyk 8 ,

de travailler à la réconciliation des partis en Angleterre et de prêcher la croisade contre le Turc, fit dès l'abord cause commune avec la maison d'York. Le 26 juin 1460, le légat s'embarqua à Calais avec les comtes de March, de Salisbury et de Warwick, fugitifs depuis l'insuccès de leur précédente rébellion, et, après leur entrée triomphale dans Londres, il continua à poursuivre activement le succès de leur cause. Rappelé par le pape, Goppini rat privé de l'épiscopat (Beaucourt, Charles VU, VI, 290 et 324, et R. Brown, Calendar ofstate papers, etc., existing in the Archives... of Venice and other libraries of Northern Italy, in-8*, 1. 1, p. 89 et suiv.).

1. William Booth ou Bothe, archevêque d'York dès 1452, mourut en 1464 (Chronique de Jean de Wavrin, publiée par M lle Dupont (Soc. de Thist. de France), t. II, p. 270).

2. Henri VI de Lancastre, fils de Henri V, roi d'Angleterre, et de Catherine de France, né le 6 décembre 1421, roi d'Angleterre le 1 er septembre 1422, couronné à Londres le 6 novembre 1429, épousa Marguerite d'Anjou au mois d'avril 1445 et fut mis à mort le 21 mai 1471. Son fils Edouard, prince de Galles, fut tué quelques jours plus tôt, après la bataille de Tewkesbury (4 mai 1471).

3. Richard Nevill, le faiseur de rois, était fils de Richard, comte de Westmoreland et de Salisbury. U épousa Anne Beauchamp,

qui estoyt capitaine de Calais, pour et au lieu de Richard, duc d'York, qui vouloit et pretendoit à estre roy dudit royaulme, qui maintenoit à luy duyre et competter ledit royaulme d'Angleterre comme prouchain héritier de la lignée et du cousté du roy Richard 4 . Et peu de temps 2 après, ledit duc d'York, qui avoit après lui grant nombre de populaire en armes, se mirent aux champs et vindrent en ung parc où estoit ilecques ledit roy Henry avecques plusieurs ducs, princes et autres seigneurs, aussi tous en armes. Et ouquel parc y avoit huit entrées qui estoient gardées par huit barons dudit royaume, qui tous estoient traistres audit roy Henry. Lesquelz huit barons, quant ilz sceurent venir ledit duc d'York devers ledit parc, le laissèrent entrer en icellui avecques le conte de Warwyk et autres, qui vindrent tout droit où estoit ledit roy Henry, lequel ilz prindrent et saisirent 3 . Et

fille du comte de Warwick, Richard, et fut tuô à Barnet le 14 avril 1471.

1. C'est-à-dire du roi Richard II, fils d'Edouard, le prince Noir, mort en 1376, et petit-fils d'Edouard III (1327-1377), auquel il succéda directement. Déposé en 1399, Richard II mourut peu après sans postérité et fut remplacé par son cousin Henri IV (1399-1413), fils de Jean de G and, quatrième fils d'Edouard in, lequel avait épousé Blanche de Lancastre. Henri IV eut pour fils Henri V (1413-1422), auquel succéda Henri VI. D'autre part, Richard, duc d'York, descendait directement d'Edmond de Langley, cinquième fils d'Edouard HI, mais il représentait aussi les droits au trône du troisième fils de ce roi, Lionel, duc de Glarence, dont l'héritière, Anne Mortimer, avait épousé Richard, comte de Cambridge, propre fils d'Edmond de Langley.

2. Ici débute, en son état actuel, le ms. fr. 5062, dont le texte sera dans la suite intégralement reproduit.

3. Bataille de Northampton, 10 juillet 1460. Henri VI, à demi

incontinent ce fait, vindrent tuer plusieurs princes et autres grans seigneurs de son sang qui estoient autour de lui. Et ces choses faictes, ledit conte de Warwyk print ledit Henry et l'amena tout droit en la ville de Londres, et portoit l'espée nue devant ledit Henry comme son connestable. Et quant icellui roy Henry de Lencastre fut audit lieu de Londres, il le mena tout droit devant la tour dudit Londres, dedens laquelle estoient quatre barons dudit pays pour ledit Henry, ausquelz lesdits Henry et Warwyk parlèrent par belles paroles, les tirèrent hors d'icelle tour après ce qu'ilz leur promisdrent qu'ilz n'aroient nul mal de leurs personnes et qu'ilz les asseuroient; lesquelz soubz umbre desdictes promesses, yssirent hors de la dicte tour. Et, ainsi qu'on menoit lesdiz quatre barons après lesdiz Henry et Warwyk, pluseurs de ladicte ville de Londres s'esmeurent et vindrent tuer l'un des diz quatre barons, nommé le seigneur de Scales, et lui baillèrent plusieurs cops orbes * ; et le lendemain ilz firent escarteler lesdiz autres barons devant ladicte

insensé, et le comte de Buckingham, furent, l'un fait prisonnier, l'autre tué (Jean de Wavrin, t. II, p. 227).

1. C'est-à-dire portés avec des instruments contondants. — En quittant Londres pour se porter contre les forces du roi Henri de Lancastre, les Yorkistes avaient laissé le comte de Salisbury, père du comte de Warwick, devant la Tour de Londres, que tenait pour Henri VI Antoine Woodville, lord Scales. Il résista trois semaines, mais, encombrée de réfugiés, la bastille londonnienne capitula faute de vivres. Scales, auquel on avait promis la vie sauve, fut mis en une barque pour être conduit à Westminster, mais en route « de grosses parolles » s'élevèrent entre lui et les mariniers, « qui le murdrirent là entr'eulz, dont il y eut grant bruit » (Jean de Wavrin, t. II, p. 230 et suiv.).

tour de Londres, nonobstant lesdictes promesses ainsi à eulx faictes. Et s'i fye qui vouldra 1 !

Oudit temps, advint à Paris ung grant débat entre les gens et officiers du roy en sa Chambre des Aides à Paris et ung des bedeaulx de l'Université (ficelle ville, pour ung exploict fait par ledit bedeau à rencontre de deux conseillers de ladicte Chambre des Aides : pour lequel exploict ledit bedeau fut constitué prisonnier en la conciergerie du Palais royal, audit lieu de Paris. Dont ceulx de ladicte Université furent moult desplaisans, et pour le ravoir firent cessations en ladicte ville de prescher, lire et estudier. Et après furent appoinctez, et fut tout restably, et demourerent contens*.

Oudit temps, advint à Paris aussi que ung nommé Anthoine, bastard de Bourgongne, vint et entra en

1. « Et puis se fie qui voudra à de semblables prometteurs, » dans Jean Ghartier, éd. Vallet de Virivilie, t. HE, p. 124.

2. Une ordonnance de Charles VII, datée de Salles-le-Roy, en Berry, le 24 septembre 1460, vise le cas dont parle notre chronique. Le roi y blâme sévèrement les c abus ou entreprises » commis au mépris de ses droits « sous couleur de l'Université et de ses privilèges. » Au c pourchas d'aucuns suppôts de l'Université, » on a cité certains fermiers des aides, fait admonester et excommunier les officiers élus de Paris et d'Alencon, déclaré parjures l'évèque de Troyes, président, Guillaume Longuejoue et Charles Rapioust, conseillers aux aides, et fait cessation de sermons en la ville de Paris. Le roi enjoint à l'Université de réparer tous ces excès avant la Toussaint et de ne pas les renouveler, sous peine de voir effacer ses privilèges (Collection des ordonnances royales, XIV, 197. Cf. dans Félibien, Histoire de Pans, V, 707, le texte de la bulle du pape Pie II, datée des ides de février 1462, et conçue en termes fort désagréables pour le recteur et pour les suppôts de l'Université de Paris).

ladicte ville de Paris en habit mescongneu, et n'y séjourna qu'un jour et une nuit, et puis s'en retourna. Et, quant il Ait sceu qu'il estoit ainsi venu en ladicte ville, plusieurs officiers du roy et gens de façon d'icelle furent fort ymaginatifz comment ne pourquoy il estoit ainsi venu que dit est. Et de ladicte venue en furent portées les nouvelles au roy par aucuns qui en parlèrent à la charge de ladicte ville, qui n'y avoient aucune coulpe. Et, pour ceste cause et à grant haste, le roy envoya audit lieu de Paris son mareschal, seigneur de Loheac, et maistre Jehan Bureau, trésorier de France, pour pourveoir et donner provision audit donné à entendre. Et, à ce que le roy n'eust aucune ymaginacion que ceulx de ladicte ville de Paris eussent aucune coulpe ou charge à ladicte venue, lui fut envoyé de par ladicte ville une ambaxade où estoient maistre Jehan de l'Olive, docteur en théologie et chancellier de l'église de Paris, Nicolas de Louviers, siçe Jehan Glerebout, gênerai maistre des monnoyes, sire Jehan Luiller, clerc de ladicte ville, Jaques Rebours, procureur d'icelle, Jehan Volant, marchant, et autres, tous lesquelz le roy receut très benignement. Et, après leur propos fait servant à leur excusacion, fut le roy très content d'eulx et leur fist bonne et gracieuse response, et s'en retournèrent joieusement à Paris dont ilz estoient partis 1 .

1. Sur les circonstances de cette affaire, voir l'analyse que M. de Beaucourt a donnée d'une délibération prise par le conseil du roi le 14 novembre 1460, et dont le procès-verbal se trouve au ms. fr. 5040 de la Bibl. nat., fol. 213. André de Laval, seigneur de Lobéac, de Kergorlay, etc., maréchal de France, celui que Ghastellain qualifie « une perle de chevalier

En ce temps messire Robert d'Estouteville, chevalier, qui estoit prevost de Paris, fut mis et constitué prisonnier en la bastide Saint-Anthoine à Paris, et depuis au Louvre, par l'ordonnance desdiz seigneurs de Loheac et maistre Jehan Bureau, pour aucunes injustices ou abus qu'on lui mettoit sus qu'il faisoit en excercant sondit office; dont de ce ne fut point

entre mille » (éd. E. de Lettenhove, IV, 114 ; cf. Vaesen, Lettres de Louis 27 (Soc. de l'hist. deFr.),UI, 266), reçut Tordre de se faire assister, pour l'information qu'il était chargé d'ouvrir, par maîtres Pierre du Reffuge, Jeau A vin et Henry de la Cloche, qui ' les premiers avaient dénoncé la présence à Paris du fils bâtard de Philippe le Bon. Ce séjour clandestin, à un moment où les relations du roi Charles avec le duc de Bourgogne, aigries par la présence du dauphin en Flandre, étaient extrêmement tendues, avait paru suspect et fit craindre un moment qu'il n'y eût a quelque entreprinse ou que l'on pourchassast, par delà, faire aucune chose préjudiciable au roy. i — Jean Bureau, chevalier, seigneur de Montglat, etc., conseiller de Charles VII dès 1437, commis au fait de l'artillerie (1439), maître des comptes et trésorier de France (1445), maire de Bordeaux (1451), capitaine de Meaux, gouverneur de Pons (Bibl. nat., ms. fr. 20487, fol. 96), avait épousé Germaine Hesselin (voy. Beaucourt, Charles VII, passim, et Yaesen, Lettres de Louis XI, II, 93). Il mourut le 5 juillet 1463. — Jean de l'Olive était chanoine de Notre-Dame et passait pour fort éloquent (Mém. de la Soc. de VHist. de Paris, t. IV (1877), p. 31). — Nicolas de Louviers, bourgeois de Paris, échevin, puis receveur des aides, créé enfin conseiller aux comptes par Louis XI à son avènement, prévôt des marchands en 1463, mourut le 15 novembre 1483. Il avait épousé Michelle Brice (Longnon, Villon, p. 321, et Bibl. nat., Pièces originales, vol. 1764, doss. Louviers). — Jean Clerbout était l'un des sept maîtres des monnaies désignés par l'ordonnance du 29 juin 1443 (Beaucourt, Charles VU, III, 471). — Jean Luillier, bourgeois de Paris, était clerc-greffier et receveur tant du domaine que des aides de la ville depuis le 19 août 1447 (Vitu, La Chronique de Louis II dite Chronique Scandaleuse, etc., p. 44). Il avait épousé Jeanne de Vitry (Obituaire de la Grande Confrérie aux bourgeois, Arch. nat., LL 437, à la date du 5 janvier).

attainct. Et lors, par maistre Jehan A vin, conseiller lay en la court de Parlement, furent fais plusieurs explois en l'ostel dudit d'Estouteville, comme de cercher boistes, coffres et autres lieux pour savoir se on y trouverait nulles lettres ; et fîst plusieurs rudesses oudit hostel à dame Ambroize de Loré, femme dudit d'Estouteville , qui estoit moult sage, noble et bonneste dame. Dieu de ses exploiz le vueille punir, car il le a bien desservy 1 !

En ladicte année furent les rivières de Seine et Marne moult grandes, tellement que en une nuit ladicte rivière de Marne creut et devint si grande à l'environ de Saint-Mor des Fossez 2 comme de la haulteur d'un homme, et fîst plusieurs grans dommages en divers lieux. Et, entre autres dommages, ladicte rivière vint si grande à ung village nommé Gloye 8 , et en ung hostel ilec estant qui est à l'evesque de Meaulx, qu'elle en emporta toute la massonnerie du

1. Jean A vin avait été l'un des commissaires ordonnés à faire le procès de Jacques Cœur. Il vivait encore en 1489. Son hôtel était situé rue Saint-Antoine (Bibl. nat., ms. fr. 11686, fol. 129). Si la malédiction que le chroniqueur adresse à ce personnage n'a pas été ajoutée au moment des poursuites que Jean Avin fut chargé de diriger contre les officiers du duc de Bourbon en 1479 (voy. plus loin, à la date), il faut conclure que depuis longtemps il était l'ennemi des « Bourbonnais. » Il suffit peut-être que, dans l'occasion présente, il se soit acharné contre les d'Estouteville que Jean de Roye aimait, dont il fréquentait l'hôtel, et qu'il cite toujours avec un affectueux respect. Ambroise de Loré passait pour une des personnes les plus accomplies de son temps. Mariée vers 1446, elle mourut en 1468. Villon lui a dédié une ballade (éd. Longnon, p. 79 et 319).

2. Aujourd'hui dép. de la Seine, cant. de Gharenton-le-Pont. k 3. Glaye, Seine-et-Marne, arrond.de Meaux, sur un petit affluent de la Marne.

devant dudit hostel, où il y avoit deux belles tours nouvellement basties, dedens lesquelles y avoit de belles chambres bien natées, voiriées 1 , garnies de litz, tapisserie et autres choses, que tout emporta ladicte rivière.

En ce temps, advint en Normandie que le corps de l'église de Fescamp, par maie fortune et feu d'aventure, qui vint de la mer de devers les marches de Cor nouai lie, se bouta ou clocher d'icelle abbaye, qui fut tout brûlé et ars. Et furent les cloches d'icelle abbaye toutes fondues et mises en une masse, qui fut moult grande pitié en ladicte abbaye 2 .

Oudit temps, fut grandes nouvelles par tout le royaume de France et en autres lieux de une jeune fille de l'aage de xvm ans ou environ, qui estoit en la ville du Mans, laquelle fist plusieurs folies et grandes merveilles, et disoit que le dyable la tourmentait, et sailloit en l'air, cri oit, escumoit et faisoit moult d'autres merveilles, en abusant plusieurs personnes qui l'aloient veoir. Mais, enfin, on trouva que ce n'estoit que tout abus et qu'elle estoit une meschante foie et faisoit lesdictes folies et dyableries par l'ennortement, conduite et moien d'aucuns des

1. C'est -à -dire dont le sol était recouvert de nattes et les fenêtres vitrées :

c Sur mol duvet assis ung gras chanoine Lez ung brasier, en chambre bien natée. »

(Villon, éd. Longnon, p. 83.)

2. Cette catastrophe eut lieu le 1 er février 1461. Suivant Du Clercq, la foudre fondit les cloches et abattit le clocher avec la moitié de la nef (HE, 97). L'abbé Cochet signale seulement la destruction d'une flèche en bois qui surmontait le clocher (Les églises de l'arrondissement du Hawe, 1845, in-8°, 2 e part., p. 9).

officiers de Tevesque dudit lieu du Mans, qui la maintenoient et en faisoient tout ce que bon leur sembloit, et qui ausdictes folies faire l'avoient ainsi duite 1 .

Oudit temps, advint derechef oudit royaume d'Angleterre, après que la desconfiture devantdicte ot ainsi esté faicte par ledit conte de Warwyk que le duc de Sommerset, cousin dudit roy Henry d'Angleterre, acompaigné de plusieurs autres jeunes seigneurs, parais et héritiers des autres princes et seigneurs qui avoient esté tuez à la prinse dudit roy Henry de L en castre, firent de grans amas de gens d'armes et vindrent tenir les champs à rencontre du dit duc de York. Et tant firent qu'ilz le vindrent trouver en ung champ lui et sa compaignie, qui furent ruez jus. Et oudit champ, nommé les pleines Saint- Albons, fut tué ledit duc de York ; et, après qu'il ot esté tué, lui copperent la teste, laquelle ilz mirent au bout d'une lance ; et autour d'icelle teste lui mirent une couronne de feurre en figure de couronne royale,

1. Cette c diablerie • fit grand bruit à l'époque, et Du Glercq en conte tout au long les péripéties (III, 98 et suiv.). La soidisant possédée, Jeanne Seron, réussit à abuser complètement l'évoque du Mans, Martin Berruyer, ainsi qu'en témoigne la lettre qu'il adressa à la reine Marie d'Anjou le 19 décembre 1460, lettre dont le chroniqueur d'Ârras a transcrit le texte. Charles VU envoya de Bourges au Mans, pour informer du fait, plusieurs doctes personnages, et, entre autres, le doyen de Rouen, maître Nicole Dubois (Reg. de l'hôtel de ville de Rouen A», fol. 184). A la suite de cette enquête, Jeanne Seron fut, par délibération du conseil du roi, amenée à Tours, interrogée, trouvée « sorcière et corrompue, i Convaincue de concubinage avec un jeune clerc, elle avoua son imposture, et fut condamnée à être mitrée et prèchée publiquement au Mans, à Tours et à Laval, enfin à pleurer ses péchés en prison à Tours pendant sept ans a en pain de douleur et en eau de tristesse. •

en desrision de ce qu'il se vouloit faire roy dudit royaume. Et avecques lui moururent oudit champ bien six vins barons, chevaliers, escuiers et gens de nom dudit royaume et grant nombre d'autres gens de guerre, que bien on estimoit de ix à x m cornbatans 1 .

Et le mercredi, tiers jours de février oudit an mil CGCCLX, furent leues et publiées à Rouen et en divers autres lieux de la duchié de Normandie, es lieux publiques et à son de trompe, les lettres patentes du roy par lesquelles il declairoit son plaisir estre tel que, par tout ledit pays de Normandie et les pors de mer d'icellui, feussent laissez paisiblement descendre tous Anglois et Ânglescbes, de quelque estât

1. La reine Marguerite, réfugiée en Ecosse, reprit les armes à la fin de l'année 1460, entra en Angleterre et réussit à soulever les comtés du Nord. Renforcée par les contingents qu'amenaient Edmond Beaufort, duc de Somerset, le comte de Northumberland et d'autres seigneurs de la Rose-Rouge, l'armée de la reine battit Richard, duc d'York, près de Wakefield, le 30 décembre 1460. Le duc fut tué, et son jeune fils, le comte de Rutland, fut massacré après le combat avec nombre de partisans de la Rose- Blanche (Chronique de Jean de Wavrin, H, 260 et suiv. Cf. la Lettre d'Antoine délia Torre au due de Milan, du 9 janvier 1461, dans Rawdon Brown, Calendar of State papers, etc., t. I, p. 95). — Le chroniqueur a confondu la bataille de Wakefield, où le duc d'York perdit la via le 30 décembre 1460, avec la seconde bataille de Saint-Albans, gagnée également par Marguerite d'Anjou, le 17 février 1461. Il ne dit pas non plus que la reine, après avoir reconquis son mari, le roi Henri VI, abandonné par les Yorkistes sur le champ de bataille de Saint- Albans, n'osa pousser sur Londres, où l'opinion publique était défavorable à la cause lancastrienne. Le nouveau duc d'York, Edouard, s'y fit proclamer roi le 4 mars suivant, se mit à la poursuite de ses adversaires et leur fit essuyer une sanglante défaite à Towton, le 29 mars 1461.

officiers de l'evesque dudit lieu du Mans, qui la maintenoient et en faisoient tout ce que bon leur sembloit, et qui ausdictes folies faire l'avoient ainsi duite*.

Oudit temps, advint derechef oudit royaume d'Angleterre, après que la desconfiture devantdicte ot ainsi esté faicte par ledit conte de Warwyk que le duc de Sommerset, cousin dudit roy Henry d'Angleterre, acompaigné de plusieurs autres jeunes seigneurs, parens et héritiers des autres princes et seigneurs qui avoient esté tuez à la prinse dudit roy Henry de L encastre, firent de grans amas de gens d'armes et vindrent tenir les champs à rencontre du dit duc de York. Et tant firent qu'ilz le vindrent trouver en ung champ lui et sa compaignie, qui furent ruez jus. Et oudit champ, nommé les pleines Saint-Albons, fut tué ledit duc de York ; et, après qu'il ot esté tué, lui copperent la teste, laquelle ilz mirent au bout d'une lance; et autour d'icelle teste lui mirent une couronne de feurre en figure de couronne royale,

1. Cette c diablerie » fit grand bruit à l'époque, et Du Clercq en conte tout au long les péripéties (III, 98 et suiv.). La soidisant possédée, Jeanne Seron, réussit à abuser complètement l'évêque du Mans, Martin Berruyer, ainsi qu'en témoigne la lettre qu'il adressa à la reine Marie d'Anjou le 19 décembre 1460, lettre dont le chroniqueur d'Arras a transcrit le texte. Charles VII envoya de Bourges au Mans, pour informer du fait, plusieurs doctes personnages, et, entre autres, le doyen de Rouen, maître Nicole Dubois (Reg. de l'hôtel de ville de Rouen A 8 , fol. 184). A la suite de cette enquête, Jeanne Seron fut, par délibération du conseil du roi, amenée à Tours, interrogée, trouvée « sorcière et corrompue, i Convaincue de concubinage avec un jeune clerc, elle avoua son imposture, et fut condamnée à être mitrée et prêchée publiquement au Mans, à Tours et à Laval, enfin à pleurer ses péchés en prison à Tours pendant sept ans « en pain de douleur et en eau de tristesse. •

en desrision de ce qu'il se vouloit faire roy dudit royaume. Et avecques lui moururent oudit champ bien six vins barons, chevaliers, escuiers et gens de nom dudit royaume et grant nombre d'autres gens de guerre, que bien on estimoit de ix à x m cornbatans * .

Et le mercredi, tiers jours de février oudit an mil GGGGLX, furent leues et publiées à Rouen et en divers autres lieux de la duchié de Normandie, es lieux publiques et à son de trompe, les lettres patentes du roy par lesquelles il declairoit son plaisir estre tel que, par tout ledit pays de Normandie et les pors de mer d'icellui, feussent laissez paisiblement descendre tous Anglois et Anglesches, de quelque estât

1. La reine Marguerite, réfugiée en Ecosse, reprit les armes à la un de Tannée 1460, entra en Angleterre et réussit à soulever les comtés du Nord. Renforcée par les contingents qu'amenaient Edmond Beaufort, duc de Somerset, le comte de Northumberland et d'autres seigneurs de la Rose-Rouge, l'armée de la reine battit Richard, duc d'York, près de Wakefield, le 30 décembre 1460. Le duc fut tué, et son jeune fils, le comte de Rutland, fût massacré après le combat avec nombre de partisans de la Rose- Blanche (Chronique de Jean de Wavrin, II, 260 et suiv. Cf. la Lettre d'Antoine délia Torre au duc de Milan, du 9 janvier 1461, dans Rawdon Brown, Calendar of State papers, e\c 9 t. I, p. 95). — Le chroniqueur a confondu la bataille de Wakefield, où le duc d'York perdit la vie le 30 décembre 1460, avec la seconde bataille de Saint-Aibans, gagnée également par Marguerite d'Anjou, le 17 février 1461. Il ne dit pas non plus que la reine, après avoir reconquis son mari , le roi Henri VI , abandonné par les Yorkistes sur le champ de bataille de Saint-Albans, n'osa pousser sur Londres, où l'opinion publique était défavorable à la cause lancastrienne. Le nouveau duc d'York, Edouard, s'y fit proclamer roi le 4 mars suivant, se mit à la poursuite de ses adversaires et leur fit essuyer une sanglante défaite à Towton, le 29 mars 1461.

qu'ilz feussent et en tel habit que bon leur semblerait, tenans et advoans le parti dudit roy Henry d'Angleterre et de la royne sa femme, sans aucun sauf conduit avoir de lui, et de les laisser converser par tout son royaume.

En l'an mil GGGG LXI, ou moys de juillet, advint que ledit roy Charles fut malade ou chasteau de Meun sur Yevre 1 , d'une maladie qui lui fut incurable, dont et de laquelle maladie il ala de vie à trespas audit lieu de Meun, le mercredi xxn e jour dudit mois de juillet, feste de la benoiste Magdaleine, entre une et deux heures après midi dudit jour, dont fut grant pitié et dommage. Ou royaume des cieulx puisse estre l'ame de lui en bon repos! car, quant il vivoit, c'estoit ung moult sage et vaillant seigneur et qui laissa son royaume bien uny et en bonne justice et transquilité*.

Et, incontinent après ladicte mort et qu'elle fut manifestée, la pluspart des officiers dudit lieu de

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