‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483 (volume 2)Chapitre 85 sur 166 · Interpolations et variantes, § LV · texte numérisé non relu

Interpolations et variantes, § LV

3. Lenglet donne aux Preuves de Gommynes (III, 1) le texte de la trêve conclue avec le duc de Bretagne au Mans, 13 janv. 1467, v. st. Cf. la pièce suivante, qui développe les conditions de cette trêve, négociée par l'archevêque de Milan, légat du pape (Montils-lès-Tours, 20 février 1467, v. st.).

4. Louis XI quitta le Mans à la fin de janvier 1468 (n. st.) et arriva aux Montils le 31 du même mois. — La prochaine expiration de la trêve bourguignonne, qui devait prendre fin le 1 er mai,

diz trois estas tenue audit lieu de Tours, qui pour ceste cause y estaient alez. Et ilec, le roy présent, fut pourparlé et conclud sur la question pour laquelle ili estoient assemblez audit lieu de Tours, jusques au jour de Pasques, qui fut mil IIII LXVIII 1 , que chacun d'eulx ilec venus s'en retournèrent en leurs maisons, après la conclusion par eulx prinse sur le fait de ladicte assemblée. Et pour ceste cause y estoient venus le roy premièrement, le roy de Cécile, monseigneur le duc de Bourbon, le conte du Perche, le cardinal d'Angers, le patriarche de Jherusalem et plusieurs autres seigneurs, barons, arcevesques, evesques, abbez et autres notables personnes et gens de grant façon, ensemble aussi les ambassadeurs venus audit lieu pour ceste cause de la pluspart de tout le royaume de France. Et par tous iceulx assembléement et à grant et meure deliberacion fut dit et conclud que, au regard de la question d'entre le roy et mondit seigneur Charles touchant son appanage, qu'il auroit et recevroit pour icellui appanage et de ce se tendrait pour bien content de xu m livres tournois en assiete de terre par an, et tiltre de conté ou duchié ; et, en oultre, que le roy luy fournirait en pension, par chascun an, jusques à LX m livres tournois, et tout sans préjudice aux autres enfans, qui pour le temps à venir pourraient venir à

fit avancer la réunion des états généraux. On trouvera dans les Lettres de Louis XI (III, 198 et suiv.) le texte de la circulaire envoyée de par le roi aux bonnes villes. Chacune d'elles dut expédier à Tours, le 1 er avril suivant, quatre députés, dont un d'Église, pour y délibérer sur ce qu'il y avait à faire dans le but de mettre fin aux troubles et aux divisions qui tendaient « à la foule et oppression du peuple » (Cf. Chastellain, V, 387). 1. 47 avril 1468.

la couronne, de povoir demander tel et semblable appanage, pour ce que le roy, pour avoir paix et bonne amour avecques sondit frère, se eslargissoit à lui bailler si grant somme que de lx* livres tournois par an. Et, en tant que touchoit la duchié et pays de Normendie, monseigneur Charles ne l'auroit point, disans qu'il n'estoit pas au roy de la bailler ne desmembrer de sa couronne. Et que au regard du duc de Bretaigne, qui detenoit mondit seigneur Charles et qm avoit prinses les villes du roy en Normandie, lequel on disoit avoir intelligence avecques les Anglois, anciens ennemis de la couronne de France, fut dit et délibéré par lesdiz trois estaz qu'il seroit sommé de rendre au roy lesdictes villes, et que où il en feroit refus et que le roy seroit deuement adverti de ladicte aliance aux Anglois, que incontinent le roy recouvrast sesdictes villes à main armée et de lui courir sus ; et que, pour ce faire, lesdiz trois estas promisdrent de secourir et aider au roy, c'est assavoir les gens d'église de prières et oroisons et biens de leur temporel, et les nobles et populaire de corps et de biens, et jusques à la mort inclusivement. Et que, en tant que touchoit la justice de tout le royaume , le roy avoit singulier désir de la faire courir par tout sondit royaume, et fut content que on esleust nobles personnes de tous estas pour y mettre remède et bon ordre. Et oultre, furent d'opinion lesdiz des trois estas que à ce faire ledit seigneur de Gharrolois se devoit fort emploier, tant à cause de la proximité de lignage qu'il a au roy comme aussi de per de France 4 .

1 . Lenglet donne aux Preuves de Commynes (III, 5) on extrait

Et, après ladicte délibération, le roy se party de Tours et s'en ala à Amboise 1 . Et puis après envoya son ambaxade par devers rassemblée estant à Gambray, afin de savoir leur vouloir et response sur la délibération prinse par lesdiz trois estas ainsi assemblez comme dit est 2 .

Après ces choses, le jeudi, V e jour de may mil GCCG LXVIII, dame Ambroise de Loré, en son vivant femme de messire Robert d'Estouteville , chevalier, prevost de Paris, ala de vie à trespas ce jour, environ une heure après myenuit, et fut fort plainte, pour ce qu'elle estoit noble dame, bonne et honneste, et en l'ostel de laquelle toutes nobles et honnestes personnes estoient honorablement receuz 3 .

Et, ce mesme jour, environ entre ix et x heures de nuit, se bouta le feu en l'un des moulins aux Musniers, de Paris, qui appartenoit au prieur de Saint- Ladre, et fut tout le comble d'icellui bruslé par ung

du procès-verbal signé par Jean Le Prévost, notaire et secrétaire du roi, commis à tenir le greffe de l'assemblée. Ghastellain nomme encore, parmi les princes présents à Tours, le comte du Maine, le prince de Navarre et le comte d'Ângoulême.

1. Réunis le 6 avril, les états siégèrent huit jours. Le roi arriva à Amboise vers le 24 du même mois et y séjourna jusqu'à la mi-juin.

2. Interpolations et variantes, § LVI. — La conférence de Cambrai s'assembla le 8 avril, mais se sépara sans rien conclure (Lenglet, III, 6). — L' « abstinence de guerre » entre le roi et le duc de Bourgogne fut prorogée d'abord d'un mois jusqu'au 1 er juin, puis jusqu'au 15 juillet. Le pouvoir donné par Louis XI au comte de 8aint-Pol pour le représenter à Cambrai est daté d 'Amboise, 27 avril 1468 (Ibid., p. 7).

3 # . Voy. ci-dessus, p. 12.

paillart varlet musnier, qui avoit ataché une chandelle contre le mur de son lit, qui chey dedens icellui lit et y brusla tout, réservé ledit paillart, qui se saulva et enfouy comme ung renart 1 .

Le XV e jour d' icellui mois de ma y, furent faictes joustes à Paris devant l'ostel du roy, aux Tournelles, par quatre gentilzhommes de guerre de la compaignie du grant seneschal de Normendie, qui avoient ordonné les lisses et préparé le champ, en faisant assavoir à ti||» qu ilz se trouveraient ilec audit xv e jour de may, pour attendre tous venans, rompans chascun trois lances à l'encontre d'eulx. Auquel jour y vindrent et comparurent cinq enfans de Paris, desquelz et tout le premier y vint et arriva Jehan Raguier, grenetier de Soissons et trésorier des guerres ou duchié de Normendie, filz de maistre Ànthoine Raguier, conseiller et trésorier des guerres du roy 2 . Lequel Jehan Raguier vint et arriva à bien grant haste de la ville de Rouen, où il esloit, pour estre et comparoir es dictes joustes. Et

1. C'est-à-dire comme un renard enfumé dans sa tanière. — L'église Saint-Ladre était située en dehors de la porte Saint-Denis, et il y avait des moulins entre cette église et la porte Montmartre (plan dit de la Tapisserie).

2. Jean Raguier, écuyer, seigneur de la Mothe et de l'Hay, conseiller du roi, trésorier des guerres en Normandie, fut investi aussi, de 1468 à 1480, de l'office de receveur général des finances de Normandie, où il succéda à Noël Le Barge. Maître des comptes sous Charles VIII (1485), il était mort au commencement de 1504. Il avait épousé Marie Beauvarlet, était neveu de Louis Raguier, évoque de Troyes, et frère de Louis, évêque de Lisieux. Son aïeul, Hémon Raguier, avait été trésorier des guerres sous Charles, VI et Charles VII (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 2425, doss. Raguier. Cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 244, et ms. fr. 25715, fol. 262, et Villon, éd. Longnon, p. 339).

arriva le soir de devant à Saint-Ladre lez Paris, acompaigné de plusieurs nobles hommes de la charge et compaignie de messire Joachin Rouault, mareschal de France, et autres gens, jusques au nombre de xx chevaulx. Auquel lieu de Saint-Ladre ilz se tinrent secrètement et sans faire bruit jusques au lendemain, qu'ilz y menèrent et compaignerent ledit Raguier, bien et honorablement garny de trompetes et clarons qui fttsoient de grans mélodies, jusques au lieu desdictes lices. Et lequel Raguier, acompaigné comme dit est, avoit autour de lui quatre piétons vestus de livrée et tousjours estans près de lui et du coursier sur quoy il estoit monté, lesquelz estoient prestz de le servir et recueillir son bois 1 . Et estoient tous ceulx de sadicte compaignie habillez de hoquetons brodez à grans lettres d'or, et 2 son courcier couvert de drap de damas ouvré de broderie aussi à grans lettres d'or. Et oudit champ et dedens les lices se pourmena plusieurs tours, attendant lesdiz quatre champions ou l'un d'eulx, contre lesquelz il se porta vaillamment, car il rompy cinq lances bien et nettement, et plus eust fait s'il eust pieu aux commissaires ordonnez pour lesdictes joustes. Et, après lesdictes lances ainsi rompues, s'en parti moult honnorablement, en soy pourmenant par lesdictes lices et prenant congié des juges desdictes joustes et merciant les dames, damoiselles et bourgoises qui ilec estoient venus, desquelz il acquist moult grant los. Et, après lui y vint et comparut ung esleu de Paris

1. C'est-à-dire prêt à ramasser sa lance s'il la brisait ou si elle échappait de sa main pendant la joute.

2. Toute la fin de cette phrase fait défaut dans les éditions imprimées de la Chronique.

nommé Marc Sename 4 , et deux des filz messire Jehan Sanguin 2 , qui aussi vindrent en ladicte jouxte honorablement et y firent tout le mieulx qa'ilz porent, mais ilz n'en emportèrent gueres de bruit. Et, en après , y vint aussi et arriva Charles de Louviers 8 , eschançon du roy, qui moult bien et vaillamment s'y porta, en portant honnestement son bois et sans aide, et rompy nettement plusieurs lances, et tellement se porta la journée que en la fin le pris lui fut donné. Et demourerent lesdiz quatre gentilzhommes de dedens moult soûlez 4 , desquelz les deux portèrent les bras en l'escharpe et le tiers ot la main blecée dessoubz le gantellet. Et par ainsi l'onneur fut et demoura ausdiz enfans de Paris.

Et, le dîmenche précèdent, qui fut le vin 6 jour dudit moys de may, se firent aussi à Bruges en Flandres autres joustes devant monseigneur le duc de Bourgongne, qui furent aussi moult triumpheuses, esquelles

1. Au ms. fr. 5062, fol. 64, le nom de Senamy a été corrigé anciennement en Sename, mais la première forme a été conservée plus loin. On écrivait aussi Cename. Nous ne connaissons pas autrement ce personnage, qui appartenait à une famille de marchands d'origine lombarde, que des liens de parenté rattachaient au financier Jean Arnoulfin (Bibl. nat., ms. fr. 20428, fol. 84).

2. Jean Sanguin, chevalier, avait épousé Yonne de Feure. Son fils Antoine, seigneur de Meudon, panetier du roi, avait alors environ vingt-six ans. Un autre des fils de Jean Sanguin portait le nom de Louis (Bibl. nat., ms. fr. 2921 cité, fol. 55).

3. Charles de Louviers, seigneur de Ghàtel et de Nangis, était fils de Nicolas, conseiller aux Comptes, qui mourut en 1483, et de Michelle Brice (Longnon, Villon, Index, p. 321. Cf. Arch. nat., LL 437, et Bibl. nat., ms. fr. 21448, copie).

4. C'est-à-dire frappés, meurtris (Godefroy, Dictionnaire de l'an* cienne langue française).

aussi ung enfant de Paris, nommé Jerosme de Cambray, serviteur dudit mons. le duc, jouxta, et ilec se porta si vaillamment qu'il en emporta l'onneur de ladicte jouste * .

Après lesdictes joustes, le roy, qui estoit à Amboise, s'en party pour venir à Paris, et en amena avecques lui mons. de Bourbon, monseigneur de Lyon 2 et de Beaujeu et autres seigneurs, et se tint par aucun temps à Laigny, à Meaulx et autres villes ilec environ 3 . Et, avant son partement dudit Amboise, advint que,. le jour veille d'Ascension Nostre Seigneur 4 , la terre trembla à

1. Jérôme de Cambrai, écuyer, échanson ordinaire du roi, reçut de Louis XI, par lettres datées du Plessis, 8 décembre 1473, 800 1. p. de pension à prendre sur les émoluments des greffes civil et criminel et auditoires du Ghâtelet de Paris (Sauvai, Antiquités de Paris, III, 409). Peut-être était-il l'un des seize enfants du président au Parlement Adam de Cambrai. Jérôme de Cambrai est cité par Olivier de la Marche comme ayant pris part aussi à des joutes célébrées à Bruges au commencement du mois de juillet 1468 (III, 192).

2. Charles, fils du duc de Bourbon Charles I er et frère du duc Jean II, naquit à Moulins vers 1434, fut élu archevêque de Lyon à l'âge de dix ans, mais ne fut consacré qu'en 1466. Prieur commendataire de Souvigny (1457), légat à Avignon (1465), ce prélat guerrier et diplomate, grand protecteur des arts et des lettres, sut, malgré la part qu'il prit au Bien-Public, gagner la faveur de Louis XI et la conserver longtemps. Ses mœurs peu austères ne l'empêchèrent pas d'être nommé cardinal au titre de Saint-Silvestre et de Saint-Martin-des-Monts (18 déc. 1476). Il mourut à Lyon le 13 septembre 1488. Sur ce personnage, fréquemment mentionné dans la Chronique Scandaleuse, on trouvera des notices biographiques dans la Revue du Lyonnais (nouv. série), t. X et XI, et dans La Mure, Hist. des ducs de Bourbon, II, 376 et suiv.

3. Louis XI fut à Lagny-sur-Marne le 18 juin et les jours suivants (Itin. cité).

Page 1