‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483Chapitre 5 sur 151 · Depuis la bataille de Tewkesbury (4 mai · texte numérisé non relu

Depuis la bataille de Tewkesbury (4 mai

3. Cette ceesion fut faite par acte notarié en date du 7 mars 1475 (v, st.). L'acte en est imprimé dans Lenglet, III, 473; il fut renouvelé le 19 octobre 1480, après la mort du roi René (ibid., p. 479, et Ordonn. des fois, XVm, 585).

4. Lisez VlJJ^Jour. En 1486, le 13 juin tomba un jeudi. Yoy. au reste la note 3 de la page suivante.

16 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [i476

d'un village DODuné Rouvres lez Dourdan, à lui apparteuant, et avecques lui y avoit amenée madame Gharlote de France, sa femme, fille naturelle dudit feu roy Charles et de damoiselle Agnès Sorel, advint par maie fortune, après que ladicte chasse fut faicte et qu'ilz furent retournez au souper et au giste audit lieu de Rouvres, ledit seneschal se retray seul en une chambre pour ilec prendre son repos de la nuit ; et pareillement sadicte fenmie se retrahy en une autre chambre. Laquelle, meue de lecherie^ desordonnée, conune disoit sondit mary, tira et mena avecques elle ung gentilhonmie du pays de Poictou, nommé Pierre de la Vergne, lequel estoit veneur de la chasse dudit seneschal, lequel elle fist coucher avecques elle. Laquelle chose fut dicte audit seneschal par ung sien serviteur et maistre d'os tel, nommé Pierre TApoticaire. Lequel seneschal incontinent print son espée et vint faire rompre Tuis où estoient iesdictes dame et veneur. Lequel de la Vergne il trouva en chemise, en pourpoint, auquel il bailla de son espée dessur la teste et au travers du corps, et, depuis qu'il le eut veu mort, lui bailla cent cops d'espée et plus. Et après s'en ala en une chambre ou retrait, au joignant de ladicte chambre, où il trouva sadicte fenune mucée dessoubz la couste d'un lit, où avoient couché ses enfans; laquelle il print et tira par le bras à terre, et, en la tirant à bas, lui bailla de ladicte espée au travers d'entre deux espaules, et puis, elle descendue à terre et estant à deux genoilz, lui traversa ladicte espée par deux foiz parmy les tetins et l'estomac, dont incontinent ala de vie à trespas. Et puis l'envoya enterrer

i. Luxure.

en Fabbaye de Coulons^ et y fist faire son service, et ledit Pierre de la Yergne fist enterrer en ung jardin au joignant de Tostel où il avoit ainsi esté murdry^.

En après, le roy estant à Lion, qui auprès d'ilec avoit grant quantité de son armée, ot certaines nouvelles que monseigneur le duc de Lorraine, qui estoit ou pays de Souysse avecques les Suixes, Barués

1. Près Nogent-le-Hoi, sur TEure. C'était une abbaye de Tordre de saint Benoit.

2. M. Donêt d'Arcq a publié, sous le titre Procès criminel intenté contre Jacques de Bré%é, etc., une notice sur ce drame conjugal (Bibl. de V École des chartes^ t. X, p. 2H et suiv.). Le savant historien assigne an meurtre de Charlotte de Valois la date du 31 mai ikll et s'appuie à la fois sur le texte d'une lettre de rémission délivrée à Jacques de Brézé au mois d*août i486 et sur la plaidoirie de son avocat, prononcée devant le Parlement le 3 mai 1484. Le premier de ces documents nous parait peu convaincant, car il porte que le crime fut consommé c dix ans y a, un samedi, veille de la Trinité, » ce qui équivaudrait, quant à la date de Tannée, à dire 1476. Cette année-là, il est vrai, le samedi veille de la Trinité tomba le 8 juin, mais, dans le ms. fr. 5062, la date du jour est écrite en chiffres romains ; un simple laps\As de plume suffit donc à expliquer Terreur de la Chronique Scandaleuse, Quant au plaidoyer, il porte en effet 1477, mais sans indiquer le jour ni le mois, et il a été rédigé an moins sept ans après Tévénement. Nous préférons donc conserver la date fournie par notre Chronique, en nous bornant à changer le chiffre xm* jour de juin en viii« jour de juin. Jacques de Brézé ne fut pas arrêté immédiatement, peut-être parce que les circonstances de la mort de Charlotte de Valois ne forent pas alors révélées au roi. Assigné à comparaître devant le Parlement, Brézé fut enfermé d'abord à la Conciergerie du Palais, pais au château de Vernon. Son procès fut instruit par commission. Louis XI consentit à ce que le cas fût civilisé, et un arrêt rendu le 22 septembre 1481 condamna le grand sénéchal de Normandie à payer une amende de 100,000 écus d'or. Il fut incapable de l'acquitter, et ses biens furent mis en la main du roi, qui les rendit à ses enfants.

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