Jean V de Bueil
da Bueil estoit très mal content, et à ceste cause tenoit ladite ville de Sancerre le parti du duc de Berry.
Et ledit conte, estant audit Sancerre, dist audit Yoyau qu'il allast jusques aux barrières de la ville pour parler à ung nommé ThibergaultS alors gouverneur de laditte conté, pour ce que ledit conte le congnoissoit ; et à l'eure n'y trouva ledit Thibergault : parquoy ledit Voyau, voyant qu'il ne trouvoit point ce qu'il sarchoit, requist à plusieurs gens de bien estans à la porte dudit Sancerre qu'on luy dist nouvelles dudit seigneur du Bueil, conte dudit Sancerre. Â laquelle porte estoit ung nommé maistre Jehan Girard, lequel sortit de laditte ville et alla avec ledit Voyau jusques à la maladerie de Sancerre, où estoit ledit conte de Dampmartin, et lequel conte dist ledit Girard qu'il luy prioit qu'il retoumast en la ville et qu'il luy fist venir Tybergaud, s'il le veoit ; ce qu'il flst.
Et, eulx estans à laditte malladerie et ainsy qu'ilz parloient ensemble, virent venir ung chevaucheur, bien monté sur ung cheval de poil gris, auquel fut demandé par ledit Voyau dont il venoit ; et il luy respondit qu'il venoit de Montargis. Et ledit conte, estant assés loing de sesdits gens, dist à iceulx : € Sachiez dont il vient. » Et il respondit audit Ginot Acquest qu'il venoit de Gyen, puis dist qu'il venoit de Saint-Fergeau. Dont ledit Voyau luy dist qu'il estoit contraire en ces parolles : parquoy ledit conte, voyant sa variation, comme se congnoissoit en plus grant matière que icelle, s'aproucha dudit homme et luy demanda à qui il estoit ; lequel luy respondit qu'il estoit à l'evesque de Bourges^. Et devés savoir que à ceste cause ledit conte, rempli de ire et de mautallent, donna des espérons à son cheval et ala contre ledit homme, et tellement le hurta que il le tumba par terre. Et, icelluy tumbé, ledit bastard descendit et print la boete qui estoit à l'arçon de sa selle, et icelle bailla audit conte, qui en fist ouverture.
i. Sur Jean Tibergeau, seigneur de la Motte, voy. le Jouvencel, Introduction littéraire, 1. 1, p. ccciv et suiv. 2. Jean Cœur.
!78 INTERPOLATIONS BT VARIANTES
Et ce pendant, icelluy bastard releva icellay homme tombé, et en le relevant mist la main en sa bource, en laqadle trouva deux pièces d'or et ung signet pesant quatre escus ou envyron. En faisant lesquellez choses par ledit bastard, ledit homme tumbé le regardant piteusement, parquoy ledit Voyau luy demanda qui le mouvoit à faire si mauvaise chère. Lequel respondit que c*estoit pour ce que ledit bastard luy avoit esté deux pièces d'or, ensemble ung signet d'or qu'il avoit en sa bource, dont il signoit en la court de l'official dudit Bourges. Icelluy serviteur dist et dedaira que par Tordonnance dudit archevesque il avoit esté à Saint-Fergeau, devers G^ifBroy Cueur, qui estoit audit lieu, pour luy notifier et dire qu'il gardast bien la place dudit Saint-Fergeàu, pour celle émocion qui estoit esmeue par le duc de Berry et les seigneurs de France contre le roy ; et que, pour quelque rescripcion qui faicte luy fust, il ne mist personne en ladicte place ne ne saillist d'icelle, sinon qu'il veist le signet d'or de son frère l'arcevesque, qui estoit le signet que ledit bastard luy avoit osté. Et, ce fait, après plusieurs autres paroUes, ledit conte, ses gens et le serviteur dudit archevesque allèrent disner en la ville dudit Sancerre.
Et, après le disner, demanda à ceulx de laditte ville qu'on luy baillast quelquez gens pour l'acompaigner. Au moyen de quoy ceulx de laditte ville luy baillèrent deux francs archiers, dont l'un avoit nom Christofle Barbarin, desquelz il fut receu à bonne chère ; et s'en partit ledit conte dudit Sancerre, et avec luy mena ledit maistre Jehan Girard, les dessusditz qu'il avoit trouvez audit LirayeS et passa par le pont Saint-Tybault^ et par les faulxbourgs de la ville de Cosne^; auquel lieu il trouva trois archiers qui estoient à misire Philebert de Thorcy , et s'en alla jusques auprès dudit Saint-Fergeau, auquel lieu fist troys ambusches.
i. C'est Léré (Quicherat).
2. Lisez port Saint-Thibaut, sur la rive gauche de la Loire, à 2 kil. à l'ouest de Sancerre.
3. Gosne (auj. ch.-l. d'arr. du dép. de la Nièvre, sur la rive droite de la Loire).
M LA CHRONIQUE SCANDALKU8S. 179
Et, oe fait, ioelluy conte descendit en l'ostel d'un nommé Bechereaa, près dudit Saint-Fei^eau, et mena avec luy ledit serviteur, et luy fist escripre des lettres adressans à Geufiroy Gneur, qui furent baillées à l'un desditz francs archiers, ayecques le plaquet dudit archevesque. Lesquellez lettres reoeues par ledit Geuffroy Cueur, avec ledit plaquet, incontinant follement issit hors de ladicte place de Saint-Fergeau ayecques ung nonmié Bernard, son maistre d'ostel, et ung nommé Dimenche Brimon, son serviteur, et allèrent jusques k la croix de Yauvert^ A laquelle croix ledit Benard alla devant, vers la maison dudit Bechereau, et ledit Dimenche vers le Boulin*. Et, en aprouchant par ledit Benard à l'hostel dudit Bechereau, dès ce que ledit conte les vit, il n'eut aucune passience qu'il ne suyvist ledit Benard vigoureusement jusques ad ce qu'il eust attaint. En laquelle attainte luy donna plusieurs coups d'espée, et fut chassé jusques à laditte croix de Vauvert.
Et, en ce faisant, ledit conte vit traverser ledit Yoyau du Beau-Chesne, lequel lieu est constitué en Puisaye. Auquel Yoyau ledit conte demanda dont il venoit ; lequel luy respondit qui venoit de là où il [l'javoit envoyé. Et ledit conte luy dist : « Nous avons perdu nostre homme ; > et ledit Yoyau respondit : « Yous n'avés riens perdu; regardés derriOTe vous, vous verres qu'on le vous amené. » Et ledit conte luy demanda s'il savoit bien que c'estoit ; il luy respondit que oy .
Alors ledit conte ne bougea et attendit ledit Geuffroy Cueur k laditte croix^ et, sitost que ledit Cueur congnut ledit conte de Dampmartin, requist k ceulx qui le menoient qu'ilz le laissassent descendre ; ce qu'ilz firent. Et, quant ledit Geufiroy Cueur s*aproucha dudit conte, se mist k deux genoulx devant luy, luy requérant mercy. Lequel conte icelluy releva et le print par dessoubz les bras, et luy dist : € N'aiez peur, * et le mena k pied jusques k la porte de la ville dudit Saint- Fergeau, laquelle ilz trouvèrent fermée. Et estoit sus le por-