‹ Journal de Jean de Roye: connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483Chapitre 77 sur 151 · De vous nouvelUi, dans le ms. Glairambault · texte numérisé non relu

De vous nouvelUi, dans le ms. Glairambault

2. Sur Aubert le Groing, chevalier, seigneur de Villebouscbe, etc., conseiller et chambellan du roi, voy. la notice de M. Vae- 8on, Lettres de Louis II, t. IV, p. 290.

En cedit temps, le roy, estant à Compiengne, escripvit unes lettres missives au grant maistre estant à Amyens, dont la teneur s'ensuit :

« Mens, le grant maistre, j'ay receu voz lettres et vous mercye tant que je puis de ce que avez fait, et ay entencion de le vous desservir et de corps et de biens, et Dieu me doint la grâce et Nostre Dame de le povoir desservir.

« Au regard de ce que avez promis à ceulx de la ville, j'en ay commandé la ratiffication, affin que tout ce que leur avez accordé leur soit entretenu selon les lettres que leur en avés faictez.

« Mons. le grant maistre, j'ay chargé à Pierre Cleret vous parler de toutes choses plus au long. Et, pour ce, je vous prie que le créez de ce qu'il vous dira de par moy. Escript à Compiengne, le vi* jour de février [1471]. Ainsi signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Tilhart. » Et au dos desdittes lettres : « A nostre cher et amé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France ^ »

Audit temps, le duc de Bourgoigne envoya son herault d'armes, nommé Flandres, par devers les manans et habitans de la ville d'Amyens pour le(s) réduire à luy et son obeyssance, et leur envoya les lettres dont la teneur s'ensuit :

« De par le duc de Bourgoigne, de Brabant, de Lambourg et de Lucembourg, conte de Flandres, d'Arthois^ de Bourgoigne, de Haynault, de Hollande, de Zelande et de Namur, à nos subjectz les manans et habitans de nostre ville d'Amyens. Combien que nous soyons esté bien advertis comment, en contrevenant aux seremens et promesses que faittes nous avez et à vostre loyaulté envers nous, vous avez dechassé et débouté nostre bailly et autres noz officiers de nostreditte ville d'Amyens et y avés mis et bouté noz enne-

i. Cette lettre est imprimée dans le recueil des Lettres de Louis II, t. rv, p. 196, d'après Toriginai à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 17.

mys, en tous soubstraiant de nostre obeyssanoe, et que eussions bien in tencion et moyennant Faide de Dieu poT oir et puissance d*y pourveoir et remédier ainsi qu'il appartient ; neantmoins, pour ce que Ten tous a rapporté que tous aTés ce &it par fiaulces et maWaises inductions et séductions d'aucuns, et dont depuis congnoissans la foulte par tous &icte rtcz esté et estes desplaisans, nous, ayans pitié et oompassion du pouTre peuple de nostreditte Tille et desirans escheTer tant que possible est tous inconveniens, avons touIu différer de plus BTant y procéder jusques à ce que aurons fait parler à vous aucuns noz conseilliers et serviteurs ou cas qu'ils pourront aller seurement en nostreditte ville et que par vous ne par autres en icelle nostre ville dommage ne desplaisir ne leur sera fait.

« Eiy pour ce, nous envoyons présentement en nostreditte ville d*Amyens devers vous nostre aimé et féal roy d'armes Flandres avec ces présentes, affin que luy dittez et dedairez se nosditz conseilliers pourront aller, entrer, séjourner et retourner seurement en nostreditte ville, et que sur ce luy baillez ou faictes baillier seurté soufflsant par ceulx qu'il vous nommera ou sur tout luy faittes telle responce que bon vous semblera.

« Donné en nostre ville d' Arras, soubz nostre seel de secret en l'absence du grant, le ix* jour de février, l'an de grâce mil IIIF LXX. Signé : par Mons. le duc, « Ruter. » Et scellé en cire rouge en placart. »

Nonobstant lesquelles lettres ainsi envoyées par ledit duc de Bourgoigne, lesditz manans et habitants de la ville d'Amyens demeurèrent bons et loyaulx au roy.

Et, en cedit temps, le xvj^ jour de février mil UIP LXX, de la partie du roy fut envoyé au grant maistre de France, estant en la ville d'Amyens, une instruction telle qui s'ensuit* :

i. Cette instruction est imprimée aux Preuves de Vhist de la maison de Chabannes, U, 282. L'original est au ms. fr. de la Bibl. nat. 2898, fol. 15.

« Instraction à Mons. le grant maistre, et cetera. Premier, se le duc de Bourguoigne alloit droit à Amyens, que Mons. le graut maistre garde bien la ville et qu'il se garde bien de combatre tant que le roy soit joinct avec luy, et il ne mettra gueres à y estre, et qu'il face faire tousjours s^ les fourrageurs dudit duc de Bourgoigne du mieulx qu'il pourra et sur leurs gardes.

€ S'il passe deçà la Somme pour venir à Mondidier ou à Roye, Mons. le grant maistre pourroit lesser tout l'arriereban qui ne seroit pas bien en abillement pour la guerre, et les frans archiers, pour garder Amyens, et s'en venir avec les gens de l'ordonnance et aucuns de l'arriere-ban, s'il en veoit qu'ilz fassent pour amener, se joindre avec le roy . Et, s'il savoit quelque logis de chevaulx à l'escart, qu'il donnast dessus et aussi sur les fourrageurs dudit Bourguignon , et qu'il leur fiace du pis qu'il pourra .

€ S'il venoit au mont Saint-Quentin , il pourroit aller ramparer Rue et la ville du CrotoyS et avec l'artillerie ffu'ilz ont prandroit le chasteau, qui ne dureroit plus hault de vn ou de huyt jours, et peut estre pourroient prandre Saint-Requier ou Montereul sur la mer^, et, ce fait, lesser les gens de l'arriere-ban et frans archiers à Rue, au Crotoy et à Montereul s'ilz le prenoient, et n'en lesser nulz à Ssrint- Requier, mais en abbatre la fortification et s'en revenir avec les V cens lances de l'ordonnance à Amyens et à Picquegny, pour garder le pays d'illec environ, en tenant bon ordre et tel que les vivres ne leur faillent. Et par ce moyen lesdittez gens de l'arriereban et frans archiers vivroient hors des pays obeyssans au roy. Fait à Noyon, le xvi* jour de février, Tan mil IIIP soixante-dix. Signé : « Loys. »

En icelluy temps que le conte de Dampmartin estoit dedans laditte ville d' Amyens, le duc de Bourgoigne, voyant la

1. Rue, auj. dép. de la Somme, arr. d'Abbeville; le Crotoy, même dép., cant. de Rue, sur la baie de Somme.

2. Saint-Riquier, auj. dép. de la Somme, arr. d*Abbeville; Montreuil-sur-Mer, auj. chef-lieu d'arr. du dép. du Pas-de-CSalais.

perte qu*il avoit £aitte, qui n*estoit pas petite, pour ce que depuis il ne âst chose digne de mémoire qui fust à sa louange contre le roy, tantost après, à toute bonne et grosse armée de Boui^ignons, se partit, très bien garni de bonnes fleostes d'artillerie, pour soy aller parquer devant Amyens, en espérance de faire son effort de la recouvrer. Et, en y allant, passa par Piquegni, où il prinst le bourg et le chasteau, dedans lequel estoient aucunes gens de guerre, tant de la compagnie du grant maistre que d'autres, avec certain nombre de frans archiers, dont aucuns leur donnèrent blasme de ce qu'ilz avoient laissé prandre ledit chasteau par leur faulfe.

Et advint que, pendant que le duc tenoit son parc devant Amyens, il y fut fait plusieurs grosses courses et escaiv mouches, tant d'un côté que d'aultre; et entre les autres 7 en fiit faitte une par aucun des cappitaines estans en laditie ville, qui estoient ou nombre de quatre cens lances, cuidans destrousser les vivandiers et quelque grant nombre de honmies d'armes qui estoient au duc et qui avoient la charge de garder et conduire lesdits vivandiers, là où Hz fedlirent à leur emprinse pour ce que les vivres arrivèrent plus tost au parc du duc qu'ilz les peussent rencontrer. Et, voyant qu'ilz avoient failly à leur entreprinse, repeurent en ung villaige.

Et devez scavoir que le seigneur d'Esquerdes, qui estoit au duc, avoit des gens sur les champs qui luy allèrent dire la couvyne des François. Le duc de Bourgoigne, qui estoit gamy de plus grant vertu que de sens, et par l'oppinion du seigneur d'Esquerdes, fit sonner sa trompette, laquelle avoit de coustume ne oser sonner sans le commandement de son maistre. Et, après que laditte trompette avoit sonné, toutes les autres de l'ost sonnoient, autrement nom. Sy advint que le duc marcha acompaigné de huyt ou dix mil hommes devant la ville d' Amyens. Et, entre ces entrefaites, estoit sorty hors de laditte ville le conte de Dampmartin pour savoir nouvelles des cappitaines qui estoient sortis ddbors

par son oommandement. Et estoit ledit grant maistre vestu d'une robe de veloux noir, n'ayant sur soy que une longue dague que voulentiers il portoit pour toute défense. Et estoit en sa compaignie ung nommé Gravieres, bon et hardi homme d*armes qui estoit à l'admirai bastard de Bourbon, à l'occasion que la compaignie dudit admirai estoit soubz la charge dudit grant maistre, et aussi celle de monseigneur de Bueil et de plusieurs autres grans cappitaines, gens de bien et de bonne et grande renommée. Et aussi avoit avec luy ledit grant maistre ung homme d'armes nommé Grau-^ zay, de la compaignie de monseigneur de Pointhievre, Regnault du Chesnoy, son maistre d'ostel, qui depuis le fat du roy pour ce qu'il s'estoit trouvé en ceste compaignye, et aussi fut depuis cappitaine de Sausses et de LocadeS et ung nommé Jehan de Harmes, natif de Beauvoisin, bon et hardi homme d'armes.

Et, pour advertir de cest afaire tous ceulx qui prennent plaisir à lire et escouter les faitz de la guerre, moy, croniqueur, ay oy dire et raconter à ceulx que j'ay cy dessus nommés, lesquelz en ma présence en furent interrogés devant le roy et monseigneur de Nerbonne, fllz du conte de Fouez ; et aussi le sçay de vérité pour ce qu'ilz ne s'en parjurèrent point, car le roy m'avoit envoyé expressément à Amyens pour veoir conunent il y estoit servy '. Et furent leur deppositions telles : c'est assavoir que quarante hommes d'armes qui estoient au roy soubz la charge des cappitaines et qui avoient repeu audit village et s'en retournoient audit Amyens, pour ce que leur entreprinse avoit esté rompue, furent chassés cul par dessus teste par les coureurs et quelque nombre de gens de l'avant garde du duc, qui s'estoient partiz de leur enseigne. Et advint en cest endroit que Jehan de Harmes, qui estoit monté sur ung bon cheval d'Espaigne, qui avoit esté envoyé

i. Salses, auj. dép. des Pyrénées-Orientales, arr. de Perpignan; Lencate, auj. dép. de l'Aude, arr. de Narbonne. 2. Cf. Bibl. de l'Éc. des chartes, XYI, 245.

270 nrrrapoLATioNS rr vabiamtbs

par le grant maistre pour aaToir des nouvdleB que faisoieDt leurs gens, 8*en retourna , inocMitmant qu'il Tit la foite desditz François que les Bourguignons suTYoient, et dist au grant maistre : < Monseigneur, retirez tous, car voicy le duc de Bourgoigne qui Tient ; » qui luy respondit qu'il n'estoit pas Tray. Et icelluy de Harmes luy dist : « Monseigneur, sauf Totre grâce, tous en Terrez présentement l'expérience. » Et lors le grant maistre se retourna tout soubdainement et apercent Tenir lesditz Bourguignons approcher, et ne dist autre chose aux François qui alloient deTant , synon : € Tournez, tournez ! » ce que firent quinze ou seize hommes d'armes; et le surplus print son chemin où il peult pour soy saulTer, et ceulx qui estoient demourés furent la pluspart tuez et les autres prins ^ .

Ce Toyant le grant maistre qu'il estoit impossible à luy de résister contre lesditz Bourguignons, pour ce que les quatre cens lances estoient hors de la Tille, comnie dit est, et aussi pour garder que aucun incouTenient ne adTint à la Tille, se print à galoper sur une hacquenée noyre qu'il avoit et dist à GraTieres, à Grauzay, à Regnauld du Chesnoy et Jehan de Harmes telles parolles ou semblables : « Noos fout-il à ceste heure fuyr? » Lesquek luy dirent : « Monseigneur, la présente fortune le quiert ainsi. S Et, lors que fut £aicte la retraicte desditz gendarmes, l'enseigne de l'aTantgarde du duc estoit très près d'eulx. Si adTint que le grant maistre, acompaigné des dessusnommez seulement, arriTa à la barrière, deTant laquelle il se getta à pié aTec ses gens, et passèrent par dessoubz la barrierre ; et fut baillé audit grant maistre une lance par ung de ses paiges, nommé Antoine de Camazet, qui pour lors estoit assés aagé pour soy deffendre : ce qu'il sceut bien faire pour ce qu'il aToit oy le bruyt et tou sonner l'eSroy. Et illec trouTerent monsei-

1. Au fol. 267 du ms. Clair, est une miniature double, représentant un combat livré aux portes d'Amiens et le grand maître Antoine de Ghabannes recevant des mains d'un messager la lettre du roi dont le texte est rapporté ci-après.

gneur de Nerbonne, fllz du conte de Foix, acompaigné de XXX hommes d'armes. Et est assavoir que les Bourguignons ne faillirent point d'aller au droit de la barrière, où il y avoit une de leurs enseignes, là où il fut vaillamment combatu tant par monseigneur de Nerbonne que par le grant maistre et ses gens ; mais c'estoit en façon qu'il sembloit qu'ilz désirassent plus de garder leur honneur que de saulver leurs vies. Et par leur moyen ne vindrent point les ennemys à leur intencion.

En laditte année, le roy manda audit grant maistre qu'il fist mettre dedans la ville d'Amyens tous les nobles et frans archiers et luy en escripvit unes lettres dont la teneur s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, je vous prie tant comme je puis que vous faictes mettre dedens Âmyens tous les nobles et frans archiers que vous pourrez trouver, et n'y espargnez rien, car de ma part aussi ne feré-ge. J'ay ordonné pour ceste guerre que toutes les monnoies se prengnent ainsi qu'ilz faisoient par avant certaine ordonnance nagueres faicte, car on m'avoit dit que les cappitaines et gens de guerre y feiisoient aucuns reffuz. Donné à Noyon, le xxvn® jour de février. Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Bourré. » Et au doz desdittes lettres : « A mons. le grant maistre ^ »

En laditte année mil IIIP LXX, le roy mist en conseil assavoir se Mons. de Bourgoigne seroit combatu dedans son parc et s'il seroit possible de le deffaire, dont il faisoit doubte, veu le grant nombre de gens d'armes qu'il avoit, lequel estoit merveilleux et grant. Et estoit ledit duc de Bourgoigne garny de bons et vaiUans capitaines, entre lesquelz y estoit Phelippe de Crevecuer, sgr d'Esquerdes, et Jacques Galiot, bon et vaillant chevalier, envieilli d'onneur. Et estoient audit conseil pour le roy Mons. le duc de Bourbon, Mons. [le] connestable, Mons. le grant maistre, les

1 . Cette lettre a été imprimée par M. Yaesen {Lettres de Louis II, t. IV, p. 204) d'après Toriginal à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 11.

mareschaolx, Mons. l'admirai de France, JouachÎD Bouault, le sgr de Torcy, Sallezart, sgr de Saint-Just, bon et loyal chevalier, qui bien et loyaulment servit le roy avec d'autres capitaines qui avoient aydé à expulser et mettre hors les Ânglois du royaulme de France du temps du bon roy Charles septiesme. Et pour première oppinion le roy demanda à Mons. du Bueil, très notable chevalier et de vertus envielly entre les gens d'armes, ce qui luy en sembloit de la forme et manière comment se pourroit faire le combat ; lequel respondit les parolles qui s'ensuivent : « Sire, ne Caittes nulle doubte, puisque vous avés ceste voulenté d'essayer la force de Mons. de Bourgoigne, qui n'est pas petite, mais grosse et puissante selon ce qu'il me peult sembler, que je ne m^te ma vie et mes biens à vous faire service touchant la pescherie du duc de Bourgoigne de mettre en essay de l'allar pescher en son parc. Mais je vous vueil bien advertir que, s'il n'estoit question que de huit ou dix mil honunes, desquelz je ne veiz jamais gueres plus grant assemblée, je vous en diroye ma voulenté, mais je ne veiz jamais telle armée*.

Sur laquelle oppinion se arresterent plusieurs capitaines. Et lors le roy demanda l'oppinion à sondit grant maistre, qui luy respondit ces motz :

« Sire, je ne vys point en doubte que Mons. de Bueil ne die vérité et que luy et moy, ne tous ceulx de la compagnie, ne veismes jamais telle assemblée que sont les Bourguignons. Mais, sire, il fault que vous entendez aussi qae le roy Charles vostre père ne fut jamais veu en telle puissance que vous estes, car vous avés aujourdhuy quatre mil hommes d'armes et plus de vingt mil combatans, sans ce que avez derrière vostre doz, qui est soufflsant pour combatre tous les princes du monde pour ung jour. Et, s'il voas plaist, sire, ferez getter l'oppinion par escript dudit seignrar

i. M. Favre a donné la substance de ce discours de Jean de Bueil dans rintroduction au Jouvencel, t. I, p. cglxxzi, mais d'après Barante (Ducs de Bourgogne, t. IX, p. 37i). Il ne parait pas avoir connu la source où Barante avait puisé.

im LA CHRONIQUE SGANDALBUSB. 273

de Bueil et autres notables gens qui sont icy presens et assemblés et la forme et manière comment il entendoit faire ledit combat. Et, de ma part, je suis d'avis et d*oppinion que faire se doyt, car j'espère le tout venir à vostre louenge et honneur et à la gloire de tous ceulx qui s'en mesleront. »

Et, quant le roy eut 07 les responces et oppinions, il 7 Yoult penser, et icelle(s) flst redigier par escript et ordonna Gastonnet du L7on, seueschal deThoulouse, plain de seing, de très grant diligence en l'affaire, pour rapporter les oppinions desditz capitaines et chief de guerre par escript. Et icelles veues et leues, se arresterent tous à celle dudit grant maistre, comme la plus apparante et plus chevalereuse. Et, veuez lesditz oppinions, fut par le ro7 en plain conseil ordonné ledit combat.

Depuis laquelle ordonnance fut grandement debatu par ledit seigneur et les chefz de guerre qui auroit la charge des gens de cheval ou de gens de pié, ou se le conte de Dampmartin, grant maistre [de] France, ou le seigneur de Bueil les auroient, et lequel des deux meneroitles gens de cheval. Lors respondit ledit grant maistre qu'il estoit prest à mener l'une desdittes bandes, tant celle des gens de pié que de cheval, ou laquelle qu'il plairoit au ro7, ofirant d'7 emplo7er sa vie; laquelle bande, dont il auroit la charge, il n'esperoit point perdre sans estre chierement vendue à ses ennem7S et qu'ilz n'en eussent doloreuse victoire. Mais tost après, le ro7 escripvit au connestable et grant maistre, qui avoient la charge desdictes bendes, qu'il n'7 eust aucun combat fait pour la suspection qu'il avoit d'aucuns ses capitaines ; par qu07, en obtempérant à la volunté du ro7, n'en fut riens fait.

En laditte année que le duc de Bourgoigne estoit encores en son parc devant Âm7ens, ledit grant maistre qui, comme dit est, estoit lieutenant du ro7, IU7 fut rapporté par une de ses trompettes qui venoit dudit parc que ung nommé Saint- Omer^ qui estoit de la compaignie de Mons. d'Esquerdes, lu7 avoit monstre ung pourtraict d'armes dudit grant maistre fait en manière diffamatoire, lequel, conmie il disoit, avoii n 48

Î74 INTERPOLATIONS BT VARUNTKS

charge de ce £aire de par le duc de Bourgoigne, qui pour lors estoit ennemy du roy. Desquelles nouyelles ledit grant maistre fat tort marry, et, pour en estre reparé de son honneur, reacripyit unes lettres audit sgr d'Ësquerdes, dont la teneur s'ensuit :

€ Mons. d'Ësquerdes, je me recommande à tous. J*ay sceu que ung nommé Saint^mer, qui se dit autrefoys avoir esté en ma compaignie, monstra hier à une de mes trompettes, qui estoit allée pardelà pour ung prisonnier, une pourtraicture d'armes en manière diffamatoire, et luy diat que Mons. de Bourgoigne luy avoit donné congié de me porter deshonneur. De quoy je ne me puis trop esmervdllier, pour ce que je ne cuide estre tenu à nully ne à hooune vivant pour quoy nul homme ne me peut faire telle honte. Et ne pourroye croyre que Mons. de Bourgoigne, sans de ce faire avoir congneissance de cause, en tel cas deust donner congié à ung de ses serviteurs de porter [à] moy ne autre dehonnore pour le donner à entendre seulement d'un tel marchant, car il luy ^ a longtemps que je suis à la guerre, et ay vea plusieurs jugemens en armes, mais je n'ay point aprins que les princes ne les chefz de guerre, qui ont charge de gens d'armes, en usassent en ceste manière, et que, avant que procéder en telles matières, qu'ilz ne fussent bien informés de la raison des parties. Et m'est bien estrange chose que ung homme, à qui je ne cuide en riens estre tenu, ait eu congié de son prince de soy efforcer ne vouloir foire telles choses.

« Mons. d'Ësquerdes, je vous advertis de cecy, afiSn que vous y pourvoiez et que vous m'en faittes raison, car jen'aj pas intencion de lesser la chose en cest estât. Et, se Mons. de Bourgoigne ou autre luy avoit donné congié de faire œ qu'il dit (ce que je ne pourroie croyre, car vous entendes bien que, quant je luy devroye quelque chose, ce que non» si l'a il confisqué, veu qu'il a lessé le parti du roy et s'en

* t. Lisez il y.

est allé rendre au duc de Bourgoigne, vostre maistre), je suis gentilhomme et n'ay riens à garder si chier que mon honneur : il fauldra par la raison que face le semblable cas à ceulx qui luj auront donné congié de me faire ceste honte, ce qui me desplairoit. Et, pour ce, je vous prie que y pourvoyés, ainsi qui vous semblera que en deyés faire. Mons. d'Esquerdes, Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à Amyens, le xnn** jour de may [1471].

« Le tousjours estant vostre, mon honneur salve, le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France, lieutenant du roy à Amyens : « Anthoine de Chabannes. » Et en la subscription : « A Mons. d*Esquerdes. »

Lesquelles lettres furent portéesauditseigneur d'Esquerdes, qui estoit au champ dudit duc de Bourgoigne, par ung des serviteurs dudit grant maistre. Lequel seigneur d'Esquerdes, après ce qu*il les eut leues lesdittes lettres, ôst venir pardevant luy ledit Saint-Omer pour en sçavoir la vérité; lequel disoit lûy estre deu la somme de deux cens escus par ledit grant maistre pour vente de deux chevaulx, l'un gris et l'autre bayart. Et, après ce que ledit seigneur d'Esquerdes l'eut bien interrogué, si en ôst le tout sçavoir audit grant maistre par unes lettres missives, dont la teneur s'ensuyt :

« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. J'ay receu voz lettrez que m'avez envoyées par l'un de voz trompetes, qui, comme j'entends, vous a raporté avoir veu ung pourtraict de voz armes en manière diffamatoire, qu'il dit luy avoir esté monstre par ung nommé Saint-Omer. Et plus vous a esté dit, comme j'ay veu par vozdittes lettres, que Monseigneur le duc luy a donné congié de vous porter deshonore ; et me demandés avoir raison dudit Sain^Omer, que vous dittez à tort et sans cause vous avoir fait ce que dit est.

« Mons. le grant maistre, j'ay pour ces causes mandé incontinant venir vers moy celluy que vous appelles Saint- Omer, et trouvé par ses paroUes qu'il vous tient estre vers luy tenu par vostre promesse en la somme de deux cens escus, pour vente de deux chevaulx, que avez donnez, l'un k

276 WTKRPOLâTIONS ET VARIAimS

R^naolton et Tautre à Mennyou : ce dont il dit vous avoir fait avertir devant la ville d'Amyens par Parpignan et V«rmandois, heraulx, dont il ne scet s'ilz ont fait leur devoir. Et, quant au congié que Ton vous a dit qu'il avoit eu de Monseigneur en ceste partie, il m'a confessé que, dès le vivant de feu Mons. l'escuier Bosequin, il luy resquist en parler à mondit seigneur le duc, qui luy flst responce que, après les sonunations et trêves acoustumées tenir en tel cas, il estoit content qu'il y fiist procédé par toutes voyes doues et raisonnables. Et, au regard de la raison que sur ce demandez avoir dudit Saint-Omer, je l'ay fait venir pour la vous faire telle que je verroye au cas appartenir, et y besogneray pour vous comme je vouldroie que feissez pour moy en cas semblable. Et devez croyre que aucun accord se flst si legierement par deçà soubz le donné à entendre de partie, au deshonneur de nul. Mons. le grant maistre, je prie Nostre Seigneur qu'il soit garde de vous. Escript au champ de Mons. le duc, le nu* jour de may. Et au dessoubz : € Le tout vostre Phelippez de Crevecuer. » Et en la suscripdon desdittez lettres : « A Mons. le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France, lieutenant du roy à Amyens. >

LXX. — (Clair. 481, fol. 274, 1. 27. Chron. scand., t. I, p. 256.) -^ La ville d'Amiens. De laquelle trêve estoit conservateur Anthoine de Chabannes, conte de Dampmartin, grand maistre d*ostel de France, qui avoit esté constitué par lesditz seigneurs lieutenant gênerai en laditte ville d* Amyens, comme povoit apparoir par lettres patentes da roy à luy envoyées, donnéez à Fontaines, le x* jour d'avril, l'an mil IlIP LXX, es présences de maistre Jehan de la Drisque, président des Comptes, et autres presens. Et signé: « des Moulins. »

LXXI. — (Clair. 481, fol. 275, 1. 13. Chron. scand., 1. 1, p. 257.) — Bons prisonniers. Et y estoit pour lors le conte Daulphin, lieutenant gênerai, avec Mons. le mareschal de Cominge, le seneschal de Beaucaire, tous trois lieutanans du roy. Lesquelz lieutenans et capitaines, en exerçant leurs

charges et commissions, se maintindrent si vaillaument qu'ilz furent cause de gaigner la journée de Buci à l'onnenr du roy et au desavantaige de leurs ennemys, jaçoit ce que les Bourguignons eussent une bonne et grant armée, qui fut par eulx mal exploictée ; et, par lesdits lieutenans, capitaines et gens du roy , y furent gaignez de beaux et grans butins et y prindrent de bons, gros et riches prisonniers.

LXXII. — (Clair. 481, fol. 276, 1. 5. Ckron. scand., 1. 1, p. 258.) — Contre l^dit Henry, lequel avoit espbusé la seur du duc de BourgoigneS qui estoit assés mescienne^ et non chaste, tant durant sondit mariage que depuis.

LXXIII. — (Clair. 481, fol. 276, 1. 20. Chron. scand., 1. 1, p. 259.) — Que autrement. Ety fut navré ledit prince de Galles, qui fut moult grant pitié, car il estoit beau jeune prince, très hardi et vaillant chevalier, lequel fut amené pardevers ledit Eduart, qui lùy demanda qui le mouvoit de venir en Angleterre. Et il luy flst responce qu'il y povoit bien venir poiur ce que c'estoit son royaulme. Et, après ces parolles dittes, le fist en sa présence tuer.

LXXIV. — (Clair. 481, fol. 278, 1. 14. Chron. scand., 1. 1, p. 262.) — Son vray héritier, mais nonobstant fut contraint de ronger son frain et piller pacîence'.

LXXV. — (Clair. 481, fol. 278, 1. 26. Chron. scand., 1. 1, p. 262.) — Et ailleurs. Audit temps, ung mareschal nommé VuiÛenbourte, de la ville d'Amyens, fut condampné par la justice faire amende honnorable, c'est assavoir de comparoir pardevant Mons. le grant maistre de France, conte de Dampmartin, ou en son absence devant Mons. de Gaucourt, ledit mareschal estant en chemise, tenant ung cierge en sa main, en desdisant aucunes parolles injurieuses contre

i. C'est là une erreur : le roi d'Angleterre Henri VI avait épousé Marguerite d* Anjou, fille du roi René.

2. De mauvaise vie (Godefroy, DicL de l'anc. langue française, au mot mesehin).

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