POURSUITES CONTRE LES PROTESTANTS
dudict duc envoya de ces archers à Ancey pour garder le villaige. Ils fuirent en mon logis 3 jours.
Le 5 aoust suyvant le seigneur Claude de Bassompiere bailly de l'évesché manda au lieu de Metz ceux qui faisoient profession de la religion es mairies, en intention de les faire vuyder le lieu. Le nombre d'iceux estoit d'environ ioo hommes. Les ayans le seigneur mareschal Vieilleville veu (pour bonnes considération), ne voulut permettre leur despart, qui fuist cause que ledict bailly dit ausdicts de la religion qu'ilz retornassent en leur logis jusques aultres mandements.
Au moys d'octobre suyvant fuirent de grandes mutations à Metz. La pluspart de la garnison tant capitaines que soldatz estoient de la religion. Ils sortoient de Metz fortz et y rentroient. Ils fuirent par les villaiges ruyner et abbatre les ydolles des moustiers. A Ancey il fuirent trois jour [P. 26] que me cousta beaucoupt. J'avoys le capitaine nommé Lavallée, son guidon et plussieurs aultres. En partant de Metz pour aller en France il se joingnist grand peuple de Metz et du pavs avec eulx. Ce fuist la vigille de la Thoussaint. Le nombre estoit de 4 à 5ooo. Le mesme
jour s'enfuyrent dudict Metz et du pays presque tous ceux de la religion. Ce fuist le plus grand trouble que Ton eust jamais veu. Touteffois par la grâce de Dieu et prudence du seigneur mareschal de Vieilleville qui vint à Metz audict temps, les choses fuirent adoucies et retornèrent ceux qui s'en estoient fuys. Et ne fuist l'exercice de la religion discontinuez. Je fus à Haton chastel environ 7 jours.
Es feste de Noël suyvant le sieur prince de Condé vint au Pont à Mousson recepvoir le duc Hans Casimir qui le venoit secourir avec grand nombre de reystres et lansquesnestz. Il logea à Ancey 2 enseignes de gens de piedz de chacune environ 5oo hommes. Ils firent de grand dopmaige. Il abatirent toutes les mouuées des vignes pour trouver ce qu'estoit cachez dedans. Il y fuirent 5 jours.
Dès ledict temps jusques Tan revollu fuist une pestillence sy grande en Metz et au pays, voire en Lorraine, que on n'ouyst de loing temps pairler d'une pareille. En ung ans moururent à Ancey par compte fait 3oo que grand que petit et davantaige.
Voyans les dangers éminent, j'enmenna mes 2 filz Claude et Jean à Strasbourg. Nous y arri-
PILLAGES DES GENS DE GUERRE 3j
vasmes le 3 may 1 568. Ledict Claude avoit demeurez ung ans sur le greffier à Metz et Jean environ 8 moys à Scey et auparavant avoit estez à l'escolle à Jouy.
[P. 27,] Il fuist des biens abondamment en ladicte année 68 et fort bon, nompas tant touteffois qu'es 2 années précédentes. Au moys de novembre le duc d'Aumalle accompaignez de gens mal reiglez, estans de retour des montaignes de Sauvergne, s'en vint à Ancerville à Sainte-Barbe et à Nouvyan et y fuist jusqu'au moys de janvier. Ces gens firent partout grand dopmaige, gros degast et insollences, ransonnant et pillant partout. Il en fist loger à Ancey tant à piedz que à chevaulx à plussieurs foys 42 gitte. Les pauvres gens fuirent tellement molestez qu'il ne demeura pas 18 mesnaige. La reste quittont le lieu. Il fist abatre par le pays tout les temples des ceux de la religion. En ce temps passa par Metz 22 cornettes de reystres soubz la charge du Ringrafz et de Bassompiere.
Voyans les choses en telles desordre je m'osta d1 Ancey le 19 novembre audict ans 1 568 et m'en alla à Metz sur mon frère. Le jour que je partis entra en mon logis des larrons des compaignie dudict d'Aumalle qui me despandèrent en 2
jours 14 quairtes aveine, 6 quairtes bleidz, une queue devin; breif il me portèrent grand dopmaige. Et tant eux que ceux qui y logèrent depuis jusques que le roy fuist partis de Metz, y comprins les courses que les reystres firent, il me despandirent 21 queue de vin, 16 charrées de foing et tant d'aultres biens que merveille, car mon logis estoit bien fournis. La despance a estez de plus de 1000 frans, sans Finterestz que j1ai heu pour mon depairt que monta à plus de i5oo lbz. Estans à Metz mon frère et moy avons contractez avec Jean Lalouuette le mariaige de mon fils Collignon [P. 28] et d'Annon fille dudict Lalouuette. Nous les fismes fiancer par monssieur Tanin le dimanche 20 febvrier 1 568, présent une bonne et notable compaignie. L^xercice de religion fuist cessez le mercredy suyvant 2 3 dudict febvrier. .Le roy Charles 9 entra à Metz le vandredy 25e jour, comme fist aussy sa mère, sa sœur et plussieurs seigneurs et dammes. Le lundy 21 mars suyvant estans venue les nouvelles de la mort du prince de Condé, le temple des ceux de la religion fuist abatu et destruit. Le dopmaige que ces gens firent en Metz et au pays fuist grand. Il partit de Metz le jeudy 14 apvril i56q, ayans deffendu
RIGUEURS CONTRE LES PROTESTANTS 3o,
l'exercice de la religion. Touteffois par la grâce de Dieu et nonobstant les dangers on porta les enffans baptiser à Courcelles. Là estoit maistre Nicolle ministre. Mesmes on y célébra les mariaiges. Celluy de mon filz et de ladicte Annon y fuist célébrez le 4 mai 1569, présent bonne compaignie d'anciens, diacres et aultres.
Du temps que le Roy estoit à Metz, le cardinal de Lorraine Charles rist des cruels edictz contre ceux de la religion estant en ces terres, leur commandant d'en sortir dans huit jours ou se reunir à son église romaine, imposant de grandes peines aux contrevenant, Ce fuist le 26 mars 1569. Plussieurs se révoltèrent, voire beaucoupt que Ton n'eust jamais pensez, qui estoient anciens et diacres. D'aultres myeux touchez en leur consciences quittèrent les lieux
Puis le 12 apvril suyvant ledit Cardinal fist ung aultre edictz par lequel il receoit ceux qui s'estoient révoltez et bannit ceux qui s'estoient retirez. Ces officiers rirent grande diligence d'exécuter ces edictz, uzant de grandes cruautez.
[P. 29.] En ce temps là je n'eusse osez fréquenter à Ancey. Partant, je fis faire mes vigne par argent. Il me cousta grandement. Nicollas Chaussié m'y assista fort. Or, au moys de may
audit ans 1569, je me retira à Jouy faire résidence.
Le 24 Juillet suyvant, Nicollas Chaussié en une rencontre donna un coupt d'espée à Pierron Brecquin, maire d'Ancey, dont il mourust au bout de 5 ou 6 heures. Sa mort ait beaucoupt coustez à Nicollas (son bien fuist confisquez), et à moy qui n'en estoit coulpable en façon que ce fuist. Les officiers saisirent mon biens soubs couleur que je Pavois vandu à Nicollas (combien que c'estoit pour l'envie quil portoient à la Religion.) Voyant qu'il n'en pouvoient aucunes choses paroistre, il se déportèrent. Néantmoins il me cousta beaucoupt.
En l'yver précédent 1 568, au temps que le duc d'Aumalle estoit en ces quartier, il gela sy fort que les vignes fuirent metellée et borgne en plussieurs contrées. Partant la vendange 1569 fuist petite et les vins ne fuirent guères bon. Il fut aussy une gelée le 11 may 1569 qui fist de grand dopmaige. Le vin se vandoit 25 et 3o fr. la queue. Le bleidz 2 fr. La char fort cher.
Le 27 de Juing 1 570 mourust ma tante Mariette La Roche sœur de ma feue mère. Elle avoit estée femme à mon oncle Willaume Richier environ 3o ans. En sa viduité elle demeura auprès
GRANDES GELEES 41
de mon père après la mort de ma mère jusquez à la mort de mondit père, puis auprès de moy environ 2 ans. Apres elle se remaria à Pieresson Le Royer eschevin à Naville. Elle est ensepvelie audit Naville.
[P. 3o.] L'année 1570 fuist assez fertilles, combien que par la gelée qu'avoist estez en l'yver 69, il y eust beaucoupt de vigne perdue et gelée. Les vins ne fuirent guères bon. Il se vandont touteffois 20 fr. la queue.
L'yver de ladite année 1570 fist pareillement sy grosse gelée que les vignes fuirent metellée tellement qu'au vandange T571 on n'eust pas ung demi quart d'année. Les vins fuirent bons en plussieurs lieux.
Le 6 mars audit ans 1570 nasquit Sarra ma petite fille , fille de mon fils Collignon et d'Annon et fuist baptizée à Courcelle par Me Nicolle.
En l'iver i5yi la gelée fuist sy véhémente que les vignes fuirent metellée et borgne, tellement que on ne pretendoit faire vandange en l'an 1 572. Il y avoit peu de raisin aux vignes. Mais, par la graice de Dieu, il devindrent sy gros que on ne les avoit jamais veu croistre de sy grande abondance, de sorte qu'il fuist du vin en plussieurs
lieux raisonnablement et assez bon. La queue se vanda 25 et 3o fr. Le bleidz i escu. L'année fuist fraische et pluvieuse.
Audit ans 1 571 le 25 novembre l'exercice de la Religion fuist mis à Montoy et y fuist continuez jusques au i3 octobre 1572. G'estoit choses honnorable de veoir sy belle assemblée. Le règne de Jhesucrist augmentoit journellement.
Au moys de novembre i5j2, le conte de Retz vint à Metz. Sa veneue espouvanta fort ceux de la Religion, estant desja troublez pour le massacre fait à Paris le jour Saint-Barthelemey auparavant. Il fist vuyder maistre Guillaume Le Maignier et aultres gens de bien craingnant Dieu qui visitoient les malaide. Il convint aussy à maistre Nicolle abandonner Courcelle.
[P. 3i]. Le 16 décembre 1572, mourust mon beau père Jean Chaussié qu'avoit estez loing temps maire de Saint-Vincent et qui avoit en son temps heu grandes fascheries pour avoir par trop tenu le party de l'abbé et du couvent. Nonobstant l'abbé de Saint-Vincent ait traitez ces héritiers à toutes rigueurs, qui pour crainte des procez qu'il les menaçoit, se sont composez à des conditions iniques et fort dopmaigeable pour eux.