‹ Journal de Jean Le Coullon, 1537-1587Chapitre 31 sur 45 · MARIAGE DE SON FILS · texte numérisé non relu

MARIAGE DE SON FILS

Le 17 febvrier passa de ce monde Annon ma belle fille estant enceinte d'environ 6 moys.

Le 8 Juing i5y3 fuirent logez à Gorney environ 8000 personnes, duquel nombre y avoit environ 5ooo soldatz espaignol qui s'en allèrent es Pays bas contre le prince d'Orenge.

Vers la pasque 1 5/3 le bleidz qui depuis ung ans n'avoit passez 40 solz la quairte (contre l'opinion commune), par le vouloir de Dieu en 3 ou 4 mairchez suyvant il fuist vandu 8 et 9 fr. et avoit on grandes peine d'en recouvrer.

Au commencement du moys de Juillet i5y3^ suyvant l'opinion de mon frère et d'aultres nos parans, fuist contractez le mariaige de mon fils Collignon et Perrette fille Nemmery Herment, laquelle est niepce germaine à la femme de mon frère. A cause des troubles il convint à mondit fils aller espouser à Alteville, que fuist le i5 dudict Juillet. Les pauvres fidelles ont estes un ans en grand perplexitez et tourment pour se marier et faire baptiser les enffans : convenoit aller audict Alteville , ou à Andershousz dict maintenant Phalsbourg ou à Jametz.

En l'iver ans 1572 la gellée dura plus longuement que l'on n'avoit jamais veu. Elle commencea à la Thoussaint et dura jusqu'au Roys.

On passa sur la glace dès la vigille de la Saint- Martin jusqu'à la vigille des Roys journellement.

[P. 32.] La moisson de 1573 fuist très petite et jay pour ce le bleidz n'en fuist à meilleur marchez, mais pius cher. La famine fuist merveilleuse. En l'yver précédent les vigne fuirent gellé et au moys d'apvril n'y eust un seul jour qu'il ne gela. L'année fuist fort froide et pluvieuse. En toute l'année le soleil ne fuist clair 18 jours seulement. Les biens de terre fuirent morfondus. De sy peu qu'il y avoit (de grains aux champs tant bleidz, orge, aveine, febve et aultrement, il en demeura grande quantitez à mettre dedans qui fuirent pouris aux champs à cause des pluyes continue. Ce n'estoit rien des vandanges et sy petit vin que on n'en pouvoit boire. Jamais on ne vist sy grande faulte de biens que la présente et l'année 1 565. En tout le ban de Jouy on ne sceust assembler 10 charau de vin. Le vin de l'année 72, vers la Pasque 1574 se vandoit 70 fr. celui de l'année 1 571 se vandoit 80 fr. la queue. Cest icy la 5e années que en plussieurs contrées on n'y a vandangez. On ne vist aussy jamais mendier tant de pauvres gens. La pluspart du peuple ne mangeoit que aveine et gru-

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