‹ Journal de Jean Le Coullon, 1537-1587Chapitre 37 sur 45 · SAISONS DÉPLORABLES · texte numérisé non relu

SAISONS DÉPLORABLES

quemment tous les moys de Tannée 1 5 8 5 , à cause des froidures, pluyes et aultres contrarietez, que les biens hors les foings, diminuont si fort que on ne trouva la moitiez des biens que on esperoit veu la belle apparence qu'ilz avoient au commencement. Venant la moisson, que le bleidz qui n'avoit valu que 3 fr. le plus cher, devoit diminuer de prix, il rencherist de 2 fr. sur la quairte. La vandange aussy fuist petite et sy ne fuirent les vins guères bon. Car on ne commencea de vandanger que vers le 20e jour d'octobre, cause qu'une intinitez de pauvres gens avoient grande nécessitez de vivres, pour ce que les ceux de la religion, qui n'attendoient que d'estre tuez ou chassez ne faisoient plus de traflcque.

Le 26 septembre 1 585 il pleust continuellement et sy desmesurrement que le lendemain 27e jour, les rivières qui estoient guéable avant ledict 26e jour fuirent autant desmesurées et hors de tout limites qu'elles avoient estez passez 10 ans.

Ledict 27 jour vint le beau temps et dura 10 jours jusqu'au 8 octobre et fist sy doux et des bruynes si gracieuses qui duroient jusqu'à une heure après midy, puis venoit une très grande

chaleur qui duroit jusque la nuyt, tellement que les raisins, dont en la pluspart on ne sceust veoir une graine tallée avant ledict 27e jour, prindrent murisson, du moins ilz devindrent rouge.

Le 12 octobre 1 585, il fist un vent terrible et merveilleux qui abastist plussieurs arbres et fist tumber à terre les pesseaux et les seppes des vignes. Aussy le 23 novembre suyvant, il fist pareillement ung vent terrible toute la nuyt qui fist de grand dopmaige en plussieurs maisons.

Combien que la vandange seroit estez fort petite, les vins sont estez fort méprisez, nompas tant parce qu'ils estoient fiers et rudes, mais pour ce que les pauvres gens ne pouvoient estre secourus et aidez, d'aultant que les maistres (speciallement ceux de la religion qui sont le meilleur et plus grand nombre) les delaissoient.

[P. 5 1 .] L'yver 1 585 fuist par trop pluvieuse de sorte que les semences se portont mal, car venant le moys de mars 1 586 on ne voyoit que bien peu de bleidz aux champs, que fuist cause qu'il rencherist grandement. Car tout incontinent il valust 6 et 7 fr. la quairte. Et venant la moisson qui fuist fort petite, mais les bleidz fort bon, il valust 10 fr. la quairte. Et sy au moys de may dudict

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