‹ Journal de Jean Le Coullon, 1537-1587Chapitre 38 sur 45 · HIVER RIGOUREUX · texte numérisé non relu

HIVER RIGOUREUX

ans 86 il rfeust fait ung temps amiable, on n'avoit espérance de faire moisson.

La vandange suyvante 86, fuist fort petite, assavoir que on ne trouva que bien peu de vandange, mais les vins fuirent bon , ce n'estoit qu'environ ung quart d'année. Nonobstant on ne faisoit grande distribution de vin, cause du bleidz qui estoit excessivement cher. CTestoit une pitiez très grande de veoir mendier une infinité de personne ; la plus part ne mangeont que pure aveine, voire des gros laboureurs et sy valoit la quairte 40 gr.

Le 5 octobre 1 586, Dieu de sa grâce a envoiez ung fils à mon filz Jean, que fuist baptizez a Courcelle le 8e jour et s'apelle Pierre. Ces parains sont Jaicquemin Michelet, gendre à Joly et Jean Duboys Pâmant. La mairaine Claudon, femme Michel de Flavigney. Le Seigneur le veuille recepvoir en sa garde et le gouverner par son Saint-Esprit !

Il fist une saisons assez propre pour semer, qui dura jusqu'au 22 de novembre dudict ans 86. Puis fist ung froit très terrible, et fuist la rivière prinse le 29 dudict moys qui dura i5 jours. Durant iceux il passa une infinitez [P.. 52] de chariots sur la glace, puis elle se rompist par

impetuositez nompas par grandes eaues, sy furent les rivaiges couverts de gros glaçon qui durèrent loing temps. Les froidures ont depuis tousjours continuées fort aspre. Et sy fuist encor la rivière gelée sur la fin de febvrier. Breifz il tomba force neiges et sy fist des froidures sy véhémentes que chacun en estoit tout esbahis. La terre fuist serrée bien 12 sepmaine. Le 6 de mars 87 il neiga toute la journée et sy se ferma, la gelée donnant aussy asprement comme si ce fuist estez au moys de décembre.

1587. La quairte de bleidz es moys de juin a vallu à Thoul, Nancey, Pont-à-Mousson xx fr. et xxvij fr. monnaye barroyse. A Metz par la diligence du gouvernement qui ait fait inhibition et desfances de ne le vendre plus de x fr., et n^n laisser sortir es ses deux moys hors de la ville mesmes au gens du pays ny pain ny vin, si ce n'estoit que les pauvres gens par subtil moyen en faisoient sortir. Une infinitez de pauvres mouroient en ce temps hors des portes de faim, ne mangeant aultres choses que des herbes et faisoient grand degatz es jardins et mesoiaiges, comme aulx, oignons et pattenées, etc.

[P. 53.] Il y avoit tousjours quelques avaricieux qui ne se contentant du taxe de dix fr. le

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