LE METIER DE JOURNALISTE
J'inaugure aujourd'hui, en même temps que Tannée nouvelle (1), une nouvelle série d'articles qui prendront ce titre : Notes de la semaine. Ce que seront ces articles, et de quoi je parlerai plus spécialement, je n'en sais trop rien encore, à vrai dire. Je n'ai pas de programme bien arrêté. Je me laisserai guider à vos goûts, sans préjudice des miens, bien entendu. Car, voyezvous, il faut qu'un article de journal plaise à la fois à deux sortes de personnes : à celle qui l'écrit d'abord, et ensuite à celles qui le lisent. On n'a pas grand'chance d'amuser les autres, quand on ne s'amuse pas soi-même de ce qu'on jette sur le papier. C'est Alfred de Musset qui a dit dans un vers célèbre :
Quand on n'a pas d'argent, c'est amusant d'écrire.
Il voulait dire par là que lorsqu'on a la bourse confortablement garnie, il y a des amusements préférables à celui de noircir du papier. Je ne suis pas de son avis : c'est toujours amusant d'écrire, qu'on ait de l'argent ou qu'on n'en ait pas. Mais ce n'est amusant que si l'on y prend plaisir. J'ai l'air d'émettre une lapalissade. Réfléchissez-y vin peu, s'il vous plaît. Vous verrez que je ne suis pas si bête, ou pour employer, parlant de moi, un mot plus poli, vous verrez que je ne suis pas si naïf que je le parais.
Le pire des métiers, disait ce même Musset, c'est de cheviller. Eh ! oui, se mettre à son établi, sans goût à la besogne, avec un haut-le-cœur, et raboter sa planche en geignant, il n'y a rien de plus cruel et de plus