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sot au monde. Je me souviendrai toujours d'avoir vu un jour Théophile Gautier, dans les bureaux du Moniti ur, penché sur son feuilleton, le feuilleton du lundi, et Dieu sait s'il avait le théâtre en horreur ! Il me fit pitié. La nausée lui montait aux lèvres. Il me montra la page blanche, et usant d'une de ces expressions teri iblement familières qui lui étaient habituelles dans la conversation :
— Si je ne me retenais, dit-il, je vomirais dessus.
— Ne vous gênez pas peur moi ! lui dis-je en riant. C'est pour soi, pour se faire plaisir à soi-même,
pour son amusement personnel qu'un journaliste doit écrire, comme un homme du monde cause peur cette volupté chatouillante d'exprimer ses idées ou de conter les anecdotos qu'il sait? et de lire, dans les yeux de ceux qui l'écoutent, l'effet qu'il produit sur eux. Il n'a de verve, de gaieté, de mordant, qu'à la condition d'être pris tout le premier aux choses qu'il débite, et de sentir ensuite le contre-coup de l'impression qu'il a excitée.
Je m'en irai donc au hasard de la conversation, ne parlant que de ce qui m'intéresse, et, si je ne sais pas vous y intéresser, j'en serai bien vite averti par je ne sais quelle sensation de froid, qui me tombera sur les épaules et gèlera l'encre dans ma plume.
Un comédien, qui entre en scène, sent tout de suile, à d'invisibles effluves qui le frappent au visage, si la salle devant laquelle il paraît est bien eu mal disposée. Il en va de même du journaliste. Le vrai journaliste est doué à cet égard d'un flair particulier qui est, pour lui, comme un septième sens.