‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 113 sur 683 · X. — Association des anciens élèves de Montpellier · texte numérisé non relu

X. — Association des anciens élèves de Montpellier

L'association amicale des anciens élèves de l'école nationale d'agriculture de Montpellier vient de publier son Annuaire pour 1883. Fondée en 1881, cette Association compte actuellement 84 membres. Elle est présidée par M. Couvert, professeur à l'école, et elle a pour président d'honneur M. Gustave Foex, directeur de l'école. A côté des détails sur le fonctionnement de lassociation, V Annuaire renferme une intéressante étude de M. Chaurit sur l'organisation des laboratoires de l'école de Montpellier, ainsi qu'un extrait du rapport de M. Dufour sur l'attribution de la prime d'honneur, dans 1 Ar lèche, en 1882, à M. Fournat de Brézenaud, ancien élève de la Saulsaie.

XL — Le régime des eaux.

La première délibération du projet de loi relatif au régime des eaux a été achevée, durant cette semaine, au Sénat. Plusieurs articles du projet ont donné lieu à d'importantes discussions. Ces discussions ont porté principalement sur des questions relatives à la propriété des sources, des petits cours d'eau, sur les droits du domaine et des riverains sur les rivières navigables ou flottables. Il serait trop long de les analyser ici. Nous publierons le texte des articles des quatre prerait^rs titres du projet de loi, qui ont été successivement adoptés. J.-A.Barral.

La quatorzième session de la Société des agriculteurs de France a été ouverte, le lundi 29 janvier, à l'Hôtel Continental, à Paris. Un grand noinbre de tnembres assistaient à la première séance. A côté du pré-ident M. le marquis de Dampierre, on remarquait la présence de M. Chevreul, Tillustre président •le la Société nationale d'agriculture, dont les découvertes ont tant contribué, depuis trois quarts de siècle, aux progrès agricoles.

Au bureau, avaient pris place, en outre, MM. de Bouille, Josseau et Berlin, vice-président» de la Société; M. Teissonnière, secrétaire général, et un grand nombre de membres du Conseil d'administration.

Le fait principal qui ressort des documents qui ont été mis sous les yeux de la Société, est que le nombre de ses membres s'est considérablement accru depuis un an. Les adhésions nouvelles lui sont venues, grâce à une active propagande, au nombre de plus de six cents.

Après avoir remercié aux applaudissements répétés de l'assistance, M. Chevreul, le seul membre d'honneur français de la Société, d'avoir répondu à son invitation, M. de Dampierre a ouvert la session par le discours suivant :

« Messieurs, l'agriculture souffre et elle n'a pas reçu de la représentation nationale tous les secours ({u'eile était en droit d'en espérer. Gela est certain, et, pourtant mon intention n'est pas d'insister aujourd'hui sur les côtés douloureux de cette situation; je crois plus utile de chercher avec vous et en nous les moyens d'atténuer des souffrances que personne ne nie, car la fermeté en face de l'épreuve est la meilleure chance de salut des agriculti^urs.

« La vie du cultivateur est une lutte contmuelle contre les infortunes qui lui viennent et de Dieu et des hommes, et il lui faut taire un incessant appel à son courage pour le rendre capable de dominer les obstacles qui s'accumulent sous ses pas. Uu poète du dernier siècle avait dit :

Q<\e l'ait du laboureur est ua art incertain! Sa fortune dépend d un soir ou d'un matin, 11 voit au gré des vents errer ^es espérances... !l

« Ma S on n'avait pas imaginé dlors que les hommes ajouteraient leurs lois économiques, leurs impôts exagérés, leurs exigences sociales aux épreuves de la nature. C'était le contraire qui devait être à présumer du bon sens de la nation. « Quoi qu'il en soit, c'est un graûd mérite, Messieurs, que de ne se laisser ni accabler, ni même déconcerter par les périls qui vous environnent, et ce mérite vous l'avez au plus haut degré. ^ Si des pluies incessantes rendent impossible l'ensemencement de vos blés ou détruisent ceux que vous aviez déjà faits, vous vous entourez des plus sages conseils pour reprendre au printemps les travaux manques de l'automne, et vous comprenez que ces blés étrangers, qui ont été pour vous dans ces dernières années un sujet de si grandes préoccupations, apporteront au pays ce que vous ne pourrez lui fournir vous-mêmes; vous ne vous inquiétez pas de cette situation, car vous avez d'autres moyens de mettre vos terres en valeur ; il ne s'agit, après tout, que de faire de l'argent avec d autres récoltes pour n'avoir rien à redouter de cette éventualité qui autrefois eût p rté la terreur dans tous les esprits ; c'est d'ailleurs l'occasion a' expérimenter les conseils qui vous ont été maintes fois donnés de faire plus de bétail et moins de céréales, et il ne faut pas la laisser échapper.

« Lorsque vous u obtenez pas les dégrèvements promis et attendus, si même le budget de l'agriculture se voit retrancher d'utiles ressources, au profit de vues économiques et sociales qui n'ont pas vos sympathies, vos représentants n en continuent pas moins à affirmer vos droits, à les faire reconnaître, à les faire respecter jusque dans leurs échecs; partout et toujours ceux qui portent votre drapeau sont à la hauteur de leurs devoirs.

« C'est là, Messieurs, croyez-moi, une attitude qui fait grand honneur à l'agriculture française, et dont vous me permettrez de la louer hautement. Elle ne connaît, elle, ni les grèves bruyantes, ni les épouvantables épreuves de l'Irlande !

« Notre tâche ici est de nous préoccuper sans cesse, dans les circonstances difficiles que nous avons à traverser, des points sur lesquels doivent se porter le plus utilement nos efforts. Je vous remercie, Messieurs, de la rendre si facile par votre zèle, par vos talents, par un dévouement patriotique qui est vraiment l'âme de tout ce que vous faites.

« Nous ne sommes pas seuls dans cette voie, j'aime à le reconnaître, bien des efforts généreux se font à côté de nous en faveur de l'agriculture, et des sociétés se sont multipliées en proportion des besoins qui se manifestaient. Il faut voir dans cette émulation, non point de misérables rivalités d'amour-propre ou d'influence, mais la création d'institutions aui, loin de se nuire, peuvent se compléter utilement, — à l'expresse condition cependant que l'esprit qui les anime à l'égaril les unes des autres s'inspire de leur commun dévouement au pays, et que le venin de la politique ne vienne pas en altérer le caractère.

« Nous avons tous les jours sous les yeux l'exemple de ce que peuvent être pour le bien commun ces rapports que je qualifierais de fraternels, si le respect et l'admiration qui s'attachent à des maîtres vénérés, chefs en même temps de la Société nationale d'agri'culiure, n'imposaient à la Société des agriculteurs de France, bien moins ancienne, un sentiment plus filial encore que fraternel. Vous apprécierez, Messieurs, combien sont touchantes cette entente et cette union des deux sociétés par ce fait que, si restreint par ses vieux règlements que soit le nombre des membres de la Société nationale d'agriculture, — j'allais dire de cette noble académie de l'agriculture, — nous ne comptons pas dans son sem moins de cinquante et un de nos associés, dont la moitié à peu près fait partie de notre bureau et de notre conseil. Nous ressentons autant cl'orgueil que de satisfaction de cette confraternité, qu'un effort constant cherche à rendre fructueuse ; mais nous ne le manifestons aussi hautement que parce que l'exemple nous semble bon à mettre sous tous les yeux. Nous voudrions qu'il put profiter aux sociétés nouvelles dont je parlais tout à l'heure : les ressources financières dont elles disposent, grâce à la générosité du gouvernement à leur égard, un zèle incontestable, pourraient assurément faire beaucoup de bien, si elles se maintenaient dans les conditions que j'indiquais.

« Quant à nous, messieurs, notre ligne de conduite sera toujours déterminée

Sar les seuls besoins de la cause qui a été confiée à notre sollicitude. Nous avons emandé aux pouvoirs publics de notre pays, avec une per^:évérante insistance, ce que nous attendions de leur justice ; nous avons cherché, au prix de travaux dont on a apprécié le mérite, à montrer les raisons de droit, d'équité et de bonne politique qui inspiraient nos conseils; nous n'avons obtenu qu'une trop faible partie de ce que nous voulions, mais nous ne cesserons de dire que l'agriculture doit recevoir une plus large part que celle qui lui a été faite dans les conseils du gouvernement; si nous reconnaissons le bien qui a été fait, nous avons surtout pouriievoir de signaler celui qui reste à faire. — D'une autre pnrt, nous stimulons de tout notre pouvoir les découvertes et les expériences de la science ; nous veillons à la distribution annuelle la plus équitable des dons généreux que nous ont faits des bienfaiteurs dont vous n'oublierez jamais les noms; nous cherchons tous les moyens de fortifier les liens qui doivent unir tous les membres de notre Société. Ce sont là nos seules préoccupations, mais elles ne laissent pas que d'être quelquefois bien lourdes : laissez-moi en mettre un exemple sous vos yeux. L'importance que nous avons donnée à l'intervention des sociétés départementales affiliées, l'action qu'elles exercent par leurs délégués sur les programmes de nos sessions, ont accru leur nombre au point que 80,0.00 agriculteurs sont ainsigroupés autour de nous Vous jugez quel prix nous attacherions à des rapports directs avec ce nombre considérable d'hommes qui, par leur seule volonté de faire partie d'un Comice cantonal ou d'une Société départementale, ont prouve l'intérêt qu'ils prenaient aux choses de l'agriculture, et ([ui doivent ainsi exercer une influence sur les méthodes culturales des contrées qu'ils habitent. De là dériverait un moyen d'action des plus importants pour nous ; mais les difficultés augmentent en proportion du nombre de nos adhérents, et notre budget est bien restreint en face de telles aspirations !

« Un signe certain de l'estime dans laquelle on veut bien tenir nos travaux, c'est le prix que l'on attache à nos modestes récompenses, et nous y voyons un

encouragement à rester dans la voie que nous nous sommes tracée sous ce rapport. Nous n'avons pas, il me semble, à nous inquiéter beaucoup de quelques critiques. Si ces critiques sont fondées, elles nous donneront l'occasion de nous amender ; si elles ne le sont pas, notre bonne volonté et notre désintéressement suffiront à nous défendre.

a Au milieu des agitations qui fatiguent l'esprit public, le terrain des purs intérêts de l'agriculture est comme une oasis que tout le monde est iieureux de rencontrer-, et les témoignages de confiance de M. le ministre de l'agriculture la générosité des Compagnies des chemins de fer à notre égard, nous mootrent bien qu'on apprécie à sa valeur une indépendance ferme et respectueuse comme celle dont nous nous honorons. Gardons-la donc soigneusement malgré les sacrifices qu'elle nous impose quelquefois, et qu'elle reste le point de départ de tous nos actes.

« M. le comte de Luçay vous a, l'année dernière, rendu compte, avec un soin et une méthode qui vous ont vivement intéressés, de l'état de nos travaux. Ce rôle appai tient aujourd'hui à notre secrétaire général, et M. Teissonniôre va vous donner un résumé de ce que nous avons fait depuis ua an. L'énoncé seul des matières qu'il va traiter vous fera comprendre que nous nous sommes occu])és de toutes les questions qui se rapportent à notre régime économique, à la législation rurale, à l'enseignement agi-icole, aux relations internationales, aux tarifs des chemms de fer, au génie rural, aux industries agricoles et à toutes les conditions techniques des diverses branches de la production nationale. Nous espérons avoir accompli cette mission avec tout le soin que nous imposait votre confiance- mais nous ne pouvons nous défendre d'un sentiment d'amère tristesse, il faut vous l'avouer, en voyant que tant d'efforts, dont on reconnaissait hautement la raison d'être et la justice, ont si peu obtenu. La lutte est ingrate, mais la cause est si juste que nous persévérerons cependant sans défaillance.

« Messieurs, de nouveaux deuils bien cruels ont frappé notre Conseil et la Société elle-même cette année, et vous vous associerez à mon affliction personnelle devant les noms si universellement estimés de MM. Bella et le marquis de Virieu, membres de votre Conseil, devant ceux de quelques-uns de vos plus vaillants défenseurs dans le Sénat, MM. le vicomte de Forsanz, le général de Cissey, de Kerjégu et le baron de Larcy ; ceux de collègues aussi dévoués que MM. Juvénal Dessaignes, Chenu-Laffitte, de Lamballerie, Bodin, le comte de Bonneval, Ancelin, Bataille, Jacquet, le marquis de Mallet.

« D'autres noms mériteraient d'êire cités, qui vous feraient mieux apprécier encore la grandeur de nos pertes, mais il faut s'arrêter et regarder aussi quels éléments de vie, de force et de prospérité la Providence vous envoie. Beaucoup de membres nouveaux sont entrés dans nos rangs cette anaée, et si nous avons perdu 85 sociétaires, 584 les ont remplacés. Nous remercions nos nouveaux collègues de nous apporter cette consolation; puissent-ils se montrer, comme ceux que nous pleurons, d'utiles, de courageux défenseurs de la cause agricole. »

M. Teissonnière a donné lecture du rapport sur les travaux de la Société; dans ce rapport, il a principalement insisté sur les réunions des Commissions et les études auxquelles elles se sont livrées. Ensuite, M. Jacquemart a présenté le rapport sur la situation financière de la Société, dont les recettes augmentent avec l'accroissement du nombre de ses membres.

Avant de se retirer, M. Chevreul a tenu à remercier la Société de l'accueil enthousiaste qu'elle lui avait fait. Dans une improvisation éloquente, il a insisté sur les services que la Société des agriculteurs peut rendre, par son rayonnement dans toute la France, pour réunir les documents nécessaires pour faire un traité d'agriculture scientifique dont les éléments manquent encore. H faut, en effet, dans les questions agricoles, se bien garder de faire des généralisations hàlives, et de tirer des conclusions absolues de faits particuliers et isolés; M. Chevreul cite, comme exemples, les recherches relatives aux eaux souterraines et aux engrais complémentaires, improprement appelés engrais chimiques, dontondoit faire varier l'emploi suivant la nature

des terres et celle des récoltes qu'on veut obtenir. Il termine en rappelant une devise de Malebranche qu'il s'estappropriée : tendre toujours avec effort à l'infaillibilité, sans jamais y prétendre.

Nous rendrons compte des travaux de la session. Mais nous devrons faire connaître immédiatement les prime** de monte qu'elle a décernées, pour l'espèce bovine, au concours d'animaux reproducteurs du palais de l'Industrie. La Commission de classement pour ces primes était composée comme il suit : M. le marquis de Dampierre, président; M. le comte de Bouille et M. Boitel, vice-présidents; MM. le comte de Champigny, Debailly, Desloges, le comte de Diesbach, J. de Felcourt, Gréa, le marquis de Grossourdy de Samt-Pierre, le marquis de Montlaur. Les primes ont été décernées comme il suit :

l'"'' Catégorie — Race Durham. — 1'*= Section, (li taureaux âgés de moins d'un an), brevet n" 1 et prime de 300 fr., Canotier, appartenant à M. Signoret Nièvre) ; brevet n° 3, Connétable, à M. Signoret (Nièvre). — 2« Section, (10 taureaux âgés d'un an à deux), brevet n" 1 et prime de 3(i0 fr. , Mutin, à M. Daudier (Mayenne) ; brevet i." 2 et prime de 200 fr., Apis, à M Grollier (Maine-et-Loire); brevet ii"3 et prime de .00 fr., Coq-^iu-Village, à M. Signoret (Nièvre) ; brevet n° 4 et prime de 100 fr., Tudor, à M. Duquénel (Charente-Inférieure). — 3° Section, (15 taureaux âgés de plus de deux ans), brevet n" 1 et prime de 300 Ir., Vladimir, à M. Gastinel (lUe-et-Viiainei; brevet n° -2 et prime de 200 fr,, Papillon, à M Rousseau (Mayenne) , brevet n« 3, Avant-Garde, à M. Grrollier (Maine-et- Loire) ; brevet n*^ 4, Diogè'ie, à M. Tiersonnier Nièvre); brevet n" 5, Novalis, à M. Aucler (Cher) ; brevet n» 6, Oauphiné III à M. Daudier (Mayenne).

2^ ' alegorie. — Races Gharolaise et Nivernaise. — 1" Sect-on (3 taureaux âgés de moins d'un an), brevet n» 1 et prime de ."^OO fr., à M. Joyon (Nièvre) ; brevet n° 2 et prime de 200 fr., à M. Régnier (Nièvre). — 2" Sect'on (8 taureaux â'és de plus d'un an), brevet n» 1 et prime de 300 fr . àM. Bourdeau (Nièvre) ; brevet n** 2 et prime de 200 fr., à M. Régnier (Nièvre) ; brevet n" 3, à M. Joyon (Nièvre) ; brevet n" 4, à M. Ghaput (Cher); brevet n» 5, à M. Mary-Lépine (Cher); brevet n» 6, à M Gentil (Cher).

3* Catégorie. — Race Normande (3 taureaux), brf^vet n** 1 et prime de 200 fr., à M Géran-Maillard (Manche i ; brevert n" 2 et prime de 2u0 fr. , à M. Geste (Yonne) ; brevet n° 3, à M. Lhotte (Aisne) .

^^ Catégorie. — Race Limousine. (4 taureaux), brevet n" 1 et prime de 300 fr,, à M. de Léobardy ^Haute-Vienne) ; brevet n» 2 et prime de 200 fr., à M. Gibot (Haute- Vienne) ; brevet n" 3, à M. Gaillaud (Haute-Vienne).

5'= Catégorie. — Race de Salers (1 taureau), Drevet n» 1 et prime de 300 fr., à M. Deltour (Gantai).

6* Catégorie, — Race Garonuaise (1 taureau), brevet n» 2 et prime de 200 fr., à M Régimon (Girondp)

7^etii'Catêgi,ri>'s. ~ Races Bazadaise et Parthenaise. Pas d'animaux pi ésentés.

9' Catégorie. ■ — Race Bretonne (4 taureaux), brevet n" 1 et prime de 300 fr., à M. Lefloch; brevet n° 3, à M. Jozon (Seine-et-Marne); brevet n" 4, à M Henrat (Morbihan).

10" Cmégorie — Races diverses (6 taureaux), brevet n» 1 et prime de 300 fr., Schwtz, à M. Bertrandus (Seine-et-Oise) ; brevet n" 2 et prime de 2.i0 fr., Hollandais, à M Loumaye (Ardt^nnesy ; brevet n° 2 et prime de 200 fr. , Schivitz, à M. Hcrment-Bidant (Marne) ; brevet n" 3, Schwitz, à M. le comte Sapia de Lenciey (Seine-et-Oise).

Dans quelques catégories, la Commission n'a pas décerné les primes ; mais elle a attribué une partie de ces primes disponibles aux jeunes taureaux â^és de moins d'un au dans les races durham et nivernaise. Pour tous les animaux, les primes en argent seront détternées aux éleveurs qui posséderont les animaux primés, au premier janvier prochain.

Les séances de la session se tiennent tous les jours, jusqu'au mardi 6 février. Henry Sagmer.

Décidément l'Exposition des animaux gras, coïncidant avec l'époque du carnaval, devient une institution à la mode, el le public parisien, naturellement peu enclin vers les choses de 1 ajj^riculture, semble enfin lénieigner un certain empressement pour venir visiter le palais de rindustrie, et manifester en même temps de la satisfaction, sinon du plaisir, à contempler les ricliesses agricoles de la France, entassées avec une profusion caractéristique dans le splendide palais des Champs-Elysées.

Cet accroissement d'intérêt s'est manifesté, cette fois-ci, de diverses manières : d'abord la fouie des visiteurs, le samedi, jour où le prix d'entrée est fixé à cinq francs, était la plus nombreuse qu'on ait encore vue, et le lendemain, dimanche, l'encombrement égalait presque celui des concours du club de Smithfîeld, à Londres. — C'est un symptôme important, car il révèle dans le public parisien un courant plus sérieux dans sa poursuite du plaisir. Il semble s'apercevoir enfin que l'agriculture française est autre chose qu'une occupation avilissante, ne convenant qu'à de simples ruraux, rustres, incivdisés, sentant le fumier et le suint des bêtes, parlant patois et portant blouse. Aujourd'hui les bœufs gras redeviennent à la mode et, au lieu des noms de bouchers, inscrits comme acq léreurs, au-dessus de la plaque des lauréats, on voit celui des magasins de nouveautés les plus à la mode et celui des grands hôtels. C'est ainsi que le bœuf prix d'honneur de M. Siguoret, est devenu la propriété des grands magasins du Louvre, qui en offriront sans doute les filets, les entrecôtes et les gîtes à la noix comme primes à leurs cli nts, après l'avoir promené en public, comme on le faisait autrefois. Voilà, dans tous les cas, une bien singulière réclame!

Du reste, il faut bien admettre que cet empressement des visiteurs avait une cause bien légitime; car, à moins qu'il ne s'agisse de fêtes nationales, il n'est guère possible d'éialer aux regards du public un spectacle plus varié, plus attrayant et mieux organisé que celui qu'offrait, ces jours derniers, le palais dans son enceinte intérieure et dans se^ alentours immédiats. Jamais un aussi grand nombre d animaux, dont quelques-uns pouvaient rivaliser avec les meilleurs des expositions analogues ai l'Angleterre, n'avaient encore rempli ses travées ; jamais, on peut l'uirirmer, produits plus variés, plus beaux, mieux réussis, n'avaient encore orné les galeries du premier étage. Cette exposition des produits, ainsi que celle des volailles, étaient sans rivales; car moi, qui assiste tous les ans, depuis si longtemps aux grands concours de l'Angieterre, je puis allirmer n'avoir jamais vu rien qui approchât de l'Exposition qui vient d'avoir lieu au palais de l'Industrie, laquelle est incontestablement la plus belle qui ait encore eu lieu.

Pour donner une idée générale et complète de cette exposition à nos lecteurs, il faudrait écrire tout un gros volume, ce dont je n'ai ni le loisir, ni la disposition de.sprii. Je me vois donc forcé, à mon grand regret, de laisser de côté la splea<lide exposition île machinerie agricole, celle des produits qui témoignaient, dans leur étal ige muet, mais éloquent, de la richesse de notre sol et de l'habileté ae nos cultivateurs,

lesquels peuvent être égalés, mais non surpassés; puis celle non moins intéressante des ustensiles ingénieux que l'esprit fécond des industriels met à la portée des cultivateurs comme de précieux auxiliaires de leurs travaux. Il m'est aussi impossible de traiter de l'exposition des volailles, ce sont là des tâches que je suis obligé de laisser à des collaborateurs spéciaux. Je dois uniquement appeler l'attention de nos lecteurs sur le sujet principal des animaux, lequel est plus spécialement de ma compétence.

Comme on le sait, les animaux d'espèce bovine sont divisés en cinq classes, subdivisées elles-mêmes en diverses catégories.

La f" classe comprenait les jeunes bœufs sans distinction de races. Cette classe était divisée en deux, catégories : celle des jeunes animaux nés depuis le 1 '''"janvier 1880, et celle des bœufs nés depuis le 1*"^ janvier 1879 et avant le l" janvier 1880. Cette classe était naturellement la plus intéressante, car c'était Texpression topique de la précocité des races et la solution du problème de la réalisation rapide des anim,iux de bou(*herie, c'est-à-dire d'une des conditions les plus importantes de l'agriculture, car c'est la plus avantageuse et la plus lucrative au point de vue de la production de la viande. La précocité, c'est-à dire la maturité rapide des animaux de boucherie, multiplie la production sans doaner lieu à une plus grande dépense de nourriture, ni à Temploi d'un plus grand capital, c'est-à-dire qu'avec une même somme de nourriture, et par conséquent avec une même dépense, on arrive à produire le double de viande pour la consommation publique. Ainsi deux bœufs, mûrs à 24 mois, ne coûteront pas plus et produiront deux fois plus de viande qu'un bœuf qui n'arrive à maturité qu'à quatre ans. Ces chiffres sont des extrêmes, sans doute, mais ils sont suffisamment exacts pour faire comprendre la proposition que je viens d'émettre, laquelle s'applique avec plus de force encore aux espèc^'s ovine et porcine, comme nous le verrons plus loin, lorsque je calculerai les rendements et les augmentations diverses, d'après le système de calcul que j'ai présenté l'année dernière.

Ces deux catégories de la 1'* classe des animaux d'espèce bovine ne comprenaient pas moins de 45 têtes, chiffre considérable qui démontre combien nos éleveurs et engrais&eurs comprennent l'importance de la précocité.

La 1" catégorie, celle des plus jeunes, comprenait 21 têtes exposées sur 26 déclarées. Le plus âgé, le bœuf prix d'honneur, exposé par iM. Signoret, ne pesait pas moins de 940 kilogrammes à l'âge de ;^5 mois et 25 jours. La 2* catégorie se composait de 29 animaux exposés sur 36 déclarés, dont le plus âgé avait un poids de 836 kilogrammes à l'âge de 4 ans.

La 2' classe comprenait les bœufs répartis par races, quel que fût leur âge. (^ette classe était divisée en neuf catégories et trois souscatégories dont voici la nomenclature avec le nombre des animaux exposés :

têtes.

l" Catégorie. Race charolaise et nivernaise lî

2° — Race limousine.. 13

3' — Race f^aronnaise 10

V — Race bazadaise ti

h' — Race de salers 4

6' — Races partheiiaise, clioletaise et nantaise.. ..... .. 6

7° — Races françaises diverses autres que «elles désignées ci-dessus, telles que :

.^ 1. Flamande, Normande, Mancclle, Fcnielinc, Bourbonnaise, Comtoise, etc 8

§ 2. Races Béarnaise, Basquaise, Aubra?,Mezenc, etc 6

§ 3. Races Bretonne, Tari ne, etc 4

Total des bieufs de races françaises 69

8' catégorie. Races étrangères diverses " 2

9° — Croisements divers

Dont 23 avec le sang Uurham

La 3" classe comprenait les femelles nées avant le l"" mai 187'.). Cette classe était divisée en deux catégories, dont la première était réservée aux races françaises ou croisées entre elles, et la seconde aux races étrani^ères et croisements divers autres que ceux de la première catégorie. Cette première catégorie ne comprenait que 15 têtes sur 25 déclarées, ce qui dénote une trop grande proportion d'abstentions de la part des exposants. Un accident peut empêcher, sans doute, .l'envoi d'un animal déclaré; mais, ici, on ne peut supposer que, sur 25 animaux déclarés, il se soit produit 10 empêchements provenant d'une cause légitimé. En Angleterre, ceux qui, sans motifs bien certifiés, n'exposent point les animaux déclarés, sont soumis à une amende, et, en cas de non paiement de cette amende, les récalcitrants sont à l'avenir exclus des concours. On remarque, dans les catalogues de nos expositions, une bien trop grande abstention de la part des exposants, et je crois qu'il serait opportun d'y remédier par une sanction sévère.

La seconde catégorie comprenait 10 animaux exposés sur 13 déclarés. Dans la première catégorie, c'est la race limousine qui dominait parmi les absents; sur douze vaches déclarées, cinq seulement avaient été envoyées par les exposants. Il y a là incontestablement un abus contre lequel il serait bon de réagir.

La quatrième classe comprenait des bandes de quatre animaux chacune. Cette classe était divisée en deux catégories, celle des bœufs répartis en deux sections et celle des vaches. Dans les bandes de bœufs il n'y avait d'autre restriction, quant à l'âge des animaux, que celle de la naissance antérieure et postérieure au l'"' janvier 1879, et au 1" janvier 1880 pour les vaches; comme je donnerai mon appréciation de toutes ces classes dans un second article, je me borne à indiquer ici le nombre et les races des animaux exposés.

Il y avait, dans la première section des bandes de bœufs, celle comprenant les jeunes animaux âgés de quatre ans au plus, sept bandes, et onze dans la deuxième, celle des animaux âgés, sur quinze bandes déclarées, ce qui constituait quatre abstentions dont trois de race limousine; décidément cette race semble craindre la lutte. La catégorie des bandes de vaches n'en comptait qu'une seule présente sur quatre déclarées. Là encore les limousins brillaient par leur absence; sur trois abstentions il y en avait deux appartenant à l'élément limousin. Je ne dirai rien des veaux gras, car vraiment les déclarations d'âge variant d'un mois neuf jours à deux mois dix-neuf jours .pour des veaux évidemment plus âgés, étaient par trop fantaisistes. Cette exposition n'était pas sérieuse. En cela elle n'était égalée que par celle de l'espèce porcine où les déclarations d'âge dépassaient toutes les bornes de l'exagération, comme j'aurai lieu de le remarquer plus tard.

L'ensemble de l'exposition de l'espèce bovine comprenait donc 251 têtes, y compris 17 veaux. Maintenant veut-on savoir dans quelle

proportion l'élément Durham entrait dans ce nombre total? Sur 234 bœufs et vaches, il y avait 98 durhams ou croisés durbams; si de ce nombre total on élimine le nombre appartenant aux catégories exclusivement consacrées aux races françaises et par conséquent fermées à la race Durham, les chiffres sont comme suit : sur 165 animaux exposés en dehors des catégories des races françaises, il y avait 98 animaux ayant du sang durham.

Parmi les croisements dont il y avait 107 sujets, 89, c'est-à-dire la totalité moins 18, consistaient en produits de croisements avec le sang durham.

On a coutume de me tenir pour un partisan aveugle du sang durham. Il me semble que la plupart des éleveurs de mon pays partagent en cela ma manière de voir, je n'invente point les chiffres que je viens de citer. Chacun peut les vérifier sur le catalogue et en tirer la conclusion logique.

Comme élément d'amélioration de nos races, — je dis amélioration, car pourquoi fait-on des croisements, si ce n'est dans un but d'amélioration? — c'est évidemment le sang durham qui obtient le plus de faveur. On aura beau dénigrer cette admirable race, les faits parlent plus haut que la simple expression d'opinions plus ou moins sévères. Il faut donc considérer avec un intérêt tout patriotique l'innovation dont nous venons de voir l'inauguration au concours qui vient de se terminer, c'est-à-dire l'exposition de reproducteurs, car cela peut devenir un des plus puissants facteurs de la régénération de nos races, en permettant aux plus humbles éleveurs de faire l'acquisition de taureaux durhams. Si cette annexe réussit dans l'avenir, comme j'en ai la conviction, surtout si, à partir de l'année prochaine, on l'établit sur des bases plus libérales, et avec l'institution bien organisée d'une vente aux enchères, préparée à l'avance et annoncée par la publication d'un catalogue spécial, comme cela se passe en Angleterre, cette nouvelle branche de notre concours national sera la source directe d'une ère de progrès et de prospérité pour notre agriculture nationale dont il est impossible d'exagérer la portée.

Dans un prochain article, je continuerai l'examen de ce remarquable concours afin d'en tirer les leçons qu'il comporte, et suggérer les améliorations que sa future organisation réclame.

(La suite prochainement). F.-R. de la Tréhonnais.

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