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LA LUTTE CONTRE LE PHYLLOXERA DANS LES GHARENTES

Nous avons dépensé, cette année, suivant diverses notes, la sorame de 1,762 l'r. 70. Ce qui réduit notre encaisse à 3,842 l'r. 13. Il nous reste encore à recouvrer 40{» francs alloués par le Conseil général.

Nos plantations ont compris 5,400 boutures, oont 5,000 fournies par l'Ecole d'agriculture de Montpellier.

La reprise a présenté ce contraste : c'est que les riparias qui, d'habitude, s'enracinent parfaitement, ont été dépassés parlesœstivalis qui ont mieux réussi. Cette remar(jue a été faite aussi à lécole de Montpellier.

La végéialion a marché d'une manière satisfaisante. Pour éloigner les vers blancs qui nous avaient tant maltrailés, précéd-iinment, nous avons employé avec succès, non seulement des pommes de terre cultivées à toutes les deux rangées de vigne, mais encore un mélange de sable de mer, de cendre et de suie placé autour des sujets. Je dois dire qu'en dehors de ce mélange employé comme insecticide, le terreau ordinaire convient mieux aux boutures.

Les riparias sauvages, le solonis, les rupestris sont au premier rang par leur bonne tenue. Le jacquez et l'herbemont marchent d'une façon normale, (j iel([ues hybrides, ccmme l'olhello, l'autuchon, la wylie, montrent que notre sol et notre climat leur sont particulièrement favoraldes. Au contraire, l'elvira, le vialla, le york's-madeira semblent ne pas s'accommoder des terrains calcaires. Le môme phénomène se reproduit dans le Var. — A Yitis-Parc, chez M MouUon, à Bouliers, chez M. Rambaud, toutes ces variétés ont un meilleur aspect.

Des personnes habituées à voir la vigueur propre à nos vignes indigènes peuvent s'étonner que notre champ d'essai ne présente pas une plus belle végétation. Il fautqu'e les sachent que les vignes américaines restent faibles à leur début, dans les terrains d'une culture pratique comme le nôtre. Ce n'est, le plus souvent, qu'à la troisième année que la plante prend tout l'essor dont elle est susceptible. On a constaté sur une partie de nos riparias la teinte jaune des feuilles accusani une souffrance Indépendamment des intempéries et des gelées survenues pendant l'été (nuit du ^3 au 2-i aoiàt), l'expérience permet d'ahirmer que cet état de choses est commun aux terrains extra-calcaires.

Cette indication nous a déterminé à étendre la culture des rupestris dont quel([ues pieds ont pris un avantage marqué, et se sont montrés constamment à l'aise dans notre pépinière. M. le D'' Davin prétend que l'ancienne variété de rupestris est la plus recom.mandable.

Notre récolte de pommes de terre s'est élevée à vingt et quelques hectolitres. Nous en avons fait la distribution entre le bureau de bienfaisance et l'ho-îpice.

Le syndicat de Cognac, qui s'étend à tout l'arrondissement, a continué l'application du sulfocarbonate de potassium. Treize propriétaires ont traité 29 hectares. J'ai vu, en compagnie de M. Cally, la plus grande partie de ces vignes qui présentaient un aspect encourageant : celles de M. Moullon, dont la végétation est toujours proligieuse; celles de MM. Boisferon et Loiseau qui sont en bonne voie de ré|)aration ; de MM. Dagnaud et Petit, qui tranchent par leur vigueur et l'abondance de leurs fruits avec les vignes malades qui sont à côté.

Nous nous sommes fait un devoir de porter notre attention sur les points où des expériences pouvaient nous révéler des renseignements utiles.

J'ai eu l'honneur de représenter notre Comité au concours agricole et viticole de Libourne. Il m'a été possible d'apprécier les bons résultats tournis par divers propriétaires qui ont employé des insecticides ou cultivent des vignes américaines.

Permetiez-moi de renouveler ici mes remercïments aux membres du Comice avec lesquels j'ai été en rapport, pour leur charmant accueil et leurs intéressantes communications. Ce que j ai le plus admiré, c'est le bon vouloir de tous les viticulteurs, l'activité des notables, députés ou autres, accompagnant les délégués aux vignobles pour leur montrer des opérations instructives, des succès évidents.

Nos {Vlicitations, notre reconnaissance à ceux qui comptent dans leurs rangs des concitoyens si dévoués au bien public.

Il y a longtemps que nous avons dit que dans les terrains profonds et fertiles, on pouvait maintenir sûrement la vigne à peu de frais.

A Libourne, des expériences plus étendues, concluantes, ont réjoui les propriétaires qui ne semblent préoccupés que du choix des moyens. C'est la submersion, où elle est possible, qui est pratiquée comme le remède souverain. Ailleurs, on emploie les insecticides pour conserver les vignes encore résistantes.

Sur d'autres points où la vigne a succombé, on plante des cépages américains, surtout les riparias sauvages qui se comportent très bien dans les terrains argilosiliceux de la Gironde.

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Dans le choix des insecticides, la majorité inclinerait pour le sulfure de carbone. Après ce traitement, me disait- on, nous ne voyons plus de phylloxéras; tandis qu'après le sultocarbonate de potassium, qui se verse au pied du ce]), nous trouvons encore beaucoup d'insecLes aux extrémités des racines. Donc le sulfure serait plus efficace. Ajoutons que la dépense totale serait de 150 francs au plus par hectare. La dose trop considérab.'e au début, ce qui a produit des accidents, est maintenant de 15 à 18 grammes par mètre carré, distribués en 'i trous rayonnante 0"',35 du ce^), et de 0"',2u de profondeur.

J'ai remarqué ([ue hs vignes greffées sur pieds américains ont généralement des fruits plus nom! lieux et plus beaux.

La greffe ••ommence à la lin d'avril. — O-i opère sur des plants de deux ans élevés sur place ou sur des racines disposés l'hiver précédent.

La greffe à cheval renversée, qui ne laisse pas d'accident sur la tige, a donné les meilleurs résultats. Elle se pratique à l'aide d'un instrument en forme de sécateur qui évite la i'ente du sujet, et taille également le biseau du gretfon. Vient ensuite la gretfe en fente pleine et la greffe anglaise. L'emploi de l'argile n'a pas d'importance. Une simple ligature faite avec le raphia suffit.

Le i!8 septembre dernier, mon honorable collègue, M. Moullon et moi, nous quittions Cognac, à 6 heures du matin, pour aller visiter le domaine d'un de ces hommes remarquables qui, par leur amour de l'agriculture, leur initiative, leurs travaux, sont de pr(;cieux bienfaiteurs dans la contrée qu'ils habitent. La voiture de M. le docteur Menudier nous attendait à la gare de Saintes, et quelques instants après nous étions au Plaud-Ghermignac.

Nous eûmes un spectacle bien consolant : 25 à 30 hectares de vignes s'étendaient sur un terrain élevé, pleines de vigueur, régulières, chargées de fruits. Ces vignes sont traitées avec le sulfure de carbone depuis 5 ou 6 ans. A côté, elles n'ont pas été traitées : toutes ont disparu, ou sont perdues, desséchées

M. Menudier ne s'en tient pas aux insecticides. De superbes pièces sont plantées de vignes résistantes : riparia sauvage, solonis. La plupart sont gretïées, d'autres le seront à la fin d'avril. Tout cela e.^t admirable de bonne reprise et de végétation. On nous montre de vastes terrains qui seront également j)lantés d'ici une couple d'années. De nombreuses rangées, d'énormes touiles de cépages étrangers, disséminées dans le voisinage de l'habitation, fourniront le plan nécessaire.

E>t-il I esoin maintenant d'attendre encore, et d'aller chercher ailleurs des exemples plus frappants de l'efficacité des insecticides et de la résistance relative des vignes américaines?

Vous reconnaîtrez, Messieurs, que la lumière est faite, que le moyen est indiqué pour réparer sûrement une partie de nos désastres.

Je dis une partie, car si l'on peut affirmer un succès, ce n'est (Qu'autant que les vignes indigènes seront cultivées dans de bons terrains et les vignes américaines adaptées au sol qui leur convient, c'est-à-dire compact, frais, argileux presque toujours. — Quant aux terrains de moindre qualité, légers, calcaires, nos efforts aboutiront, sans doute, à leur faire supporter d'une façon pratique la culture de la vigne, mais nous restons encore dans le domaine des études.

En terminant, ré(iétons à nos compatriotes : n'attendez pas pour traiter les vignes que vous possédez encore que la maladie s'annonce par un ralentissement do la végétation ; car en ce moment les racines sont déjà détériorées et vous devinez le temps nécessaire pour qu'il s'en forme de nouvelles qui ne les vaudront jamais. Veillez, cherchez, et lorsque vous aurez con taté la présence de l'insecte, ne négligez rien pour le combattre.

Si vous plantez vos bons terrains de cépages indigènes, que ce soit avec la résolution de les traiter chaque année et de leur donner parfois de bons engrais.

Plantez de préférence les vignes américaines, notamment les riparias sauvages; le solonis que vous grefferez la dtîuxièrac année Vous grefferez en même temps quelques pieds de réserve pour remplacer les man([uants.

Donnez une attention toute particubère aux rupestris qui, probablement, permettront de repeupler les terrains très calcaires. Choisissez les pieds les plus robustes pour les multiplier.

N'oubliez pas que si vous avez des frais plus considérables, le vin a beaucoup augmenté de prix et qu'il vous laissera encore un profit satisfaisant.

G.RARDIN,

Secrclaire du Comité de vigilance de Cognac.

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