‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 191 sur 683 · XIV. — Les joncs des fessés des chemins · texte numérisé non relu

XIV. — Les joncs des fessés des chemins

Uu agriculteur du département de l'Eure nous adresse la réclamation suivante que nous publions volontiers :

« Jusqu'à ce jour, les joncs marins qui croissent sur les talus des chemins vicinaux avaient été laissés aux propriétaires riverains. Vous n'ignorez pas, monsieur, combien cette plante d'une facile décomposition est précieuse pour la plantation du pommier à cidre, grande ressource aujourd'hui de notre culture si éprouvée. Mais voilà qu'un certain nombre d'entre nous ont reçu de M. l'agent voyer du canton avis qu'en enlevant ces joncs marins, nous avons commis une contravention à la loi du iO août 1871, et que ladite contravention était également prévue par les articles 10 et :i02 de l'Instruction générale du 6 décembre 1870, ladite instruction déclarant les talus partie intégrante des chemins vicinaux.

« Remarquez, monsieur, que la plupart de ces chemins ont subi lors de leur construction, un élargissement sur nos terres riveraines, que nous avons donné le terrain pour l'élargissement, que nous payons encore l'impôt foncier de la partie abandonnée et l'on nous dépouille des quelques bottes de joncs marins qui croissent sur les talus. Aujourd'hui, grâce à la plantation considérable du pommier à cidre, ces joncs marins ont acquis un prix lort élevé et l'on ne se les procure que dilficileracnt; on nous enlève alors ceux qui semblent nous appartenir et qui seraient pour nous d'un utile secours.

« Il en est de même pour les terres provenant desdiis chemins; les cantonniers semblent élever la prétention de les distribuer à qui bon leur semble, tandis q'uil paraîtrait juste qu'elles appartinssent aux propriétaires riverains qui seraient tenus de les enlever dans un délai fixé, car ces terres mises en tas constituent un excellent compost pour nos herbages.

« Nous osons espérer que vous voudrez bien, monsieur, vous faire l'interprète de nos intérêts qui tont ceux de cultivateurs luttant contre la mauvaise fortune qui s'acharne contre notre malheureuse agriculture.

« Agréez, etc., L. Dumont,

Cultivateur ».

Nous partageons complètement, sur les deux points traités dans cette lettre, l'avis de notre correspondant. En admettant même que ce soit purement par bienveillance que les joncs des fossés et les terres des chemins soient abandonnés aux cultivateurs^, il est évident qu'il est facile de prendre des mesures pour l'enlèvement de ces joncs et de ces terres, qui permettraient aux propriétaires et aux fermiers liverains d'en profiter, sans que cela portât aucun préjudice. Les vexations sont toujours des abus, et une bonne administration doit en éviter jusqu'à l'ombre.' Il y a d'ailleurs, dans le cas particulier qui nous occupe, une question de justice qui ne doit pas être oubliée.

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