‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 225 sur 683 · CHARRUE FORESTIÈRE · texte numérisé non relu

CHARRUE FORESTIÈRE

Elle a pour objet de faciliter les semis de toute espèce^ et principalement d'utiliser les glandées qui se produisent le plus souvent sans résultat, comme le constatent les faits constatés dans les annales forestières. Elle manœuvre avec une extrêmi? facilité au milieu des réserves, des coupes d'ensemencement; elle manœuvrerait de même à travers les cépées d'un taillis appauvri. Les racines des arbres, les étocs, les bruyères^ le gazonnement le plus prononcé, ne sont pas des obstacles à son passage; un ouvrier vigoureux peut, d'une seule main, à l'aide du levier cintré E, replacer l'instrument sur ses roues pour lui faire franchir les obstacles et le remettre en travail sans arrêter l'attelage. Ce levier sert effectivement, par un mouvement de soulèvement et de recul, facile et simple, à dégager la charrue des obstacles qu'elle rencontre.

Dans les terrains forestiers, tels qu'on les trouve sous le couvert des arbres, deux chevaux suffisent pour conduire la charrue forestière et parcourent facilement par jour une étendue moyenne d'un hectare et demi. Dans les terrains découverts, encombrés de bruyères, d'ajoncs, ou fortement gazonnés, dans les sols d'une ténacité exceptionnelle, on attelera trois ou môme quatre chevaux, qui laboureront par jour la même étendue. Un inspecteur des forêts de Blois, pays dans lequel cette charrue fonctionne depuis fort longtemps, évalue de 7fr. 50 à 35 francs les frais de labour par hectare. L. de Sardriac.

L'adjonction d'une exposition de reproducteurs à celle des animaux gras, comme nous l'avons vu, n'est point une innovation absolue. Cette adjonction avait été essayée déjà, mais sans succès, à tel point qu'on fut obligé de la discontinuer. Toutefois cette année il y avait déjà un changement radical dans les conditions de cette annexe, lequel en modifiait sérieusement l'économie. H y a quelques années, lorsqu'on admit les étalons reproducteurs, on se contenta de leur ouvrir les portes du palais, puis on les relégua dans un coin obscur et on ne s'en occupa point autrement. Point de concours, partant point de jury, point de récompenses distinctives; en un mot, c'était tout simplement une bande d'animaux alignés et offerts aux acheteurs, comme dans une foire, ni plus ni moins. Cette fois-ci, il faut l'admettre, les choses ont été faites un peu plus dignement. On a assigné à cette annexe de rexpositioû un emplacement réservé plus clair, plus en vue et surtout plus accessible. Seulement la saison inopportune que l'on a choisie exigeait l'enveloppement des animaux exposés avec des couvertures, de sorte que l'inspection et l'appréciation pour le public général en étaient pour ainsi dire impossibles. C'était pratiquement une exposition fermée, et cet inconvénient n'était pas un des moindres «le ce malheureux choix d'une saison si intempestive et si peu adaptée à une exposition de reproducteurs, lesquels sont sensés ne pas avoir, pour les garantir du froid, cette couche de graisse qui est le propre des animaux préparés pour la boiicherie. En outre d'une installation plus convenable, il y avait au moins un concours sanctionné par une distribution de médailles. Les prix en espèces sonnantes auraient bien mieux fait l'atîaire des exposants. iMais, après tout, ces distinctions, purement honorifiques, avaient leur raison d'être, et témoignent dans une juste

mesure de la sollicitude de l'administration. En conscience, il n'eût pas été raisonnable de réclamer davantage. Le but ostensible de cette exposition était la vente des animaux exposés. Cette vente, sans aucun doute, était surtout l'afYaire et l'intérêt des exposants; mais au-dessus de cette considération terre à terre, il ne faut pas perdre de vue celle, bien supérieure, de la dissémination de ces éléments de progrès, de la facilité ainsi créée pour les éleveurs, de choisir et d'acheter, dans des conditions abordables, les étalons dont ils ont besoin. Il faut aussi considérer la création d'une occasion unique de faire connaître et apprécier au public les qualités des reproducteurs dont lintluence amélioratrice a produit ces magnifiques animaux gras remplissant les travées voisines. Si ce n'était l'inconvénient de la saison froide de janvier et de février, si funeste à la santé de reproducteurs, généralement tenus en stabulation permanente et qu'on fait ainsi voyager par une saison presque toujours rigoureuse, cette juxtaposition des reproducteurs et des produits pourrait donner lieu à un très utile enseignement. Mais en somme. Je crois que les inconvénients de la saison contrebalancent, et bien au delà, l'avantage qui pourrait découler d'un semblable rapprochement. Dans tous les cas, offrant des médailles, le gouvernement a, tout fait ce qu'il pouvait faire, ce qui ne mempêche pas de dire que je crois cette générosité absolument inutile, car elle n'ajoute aucune sanction sérieuse au verdict du jury. C'est de l'argent on ne peut plus inutilement employé. Ces médailles n'ont aucune raison d'être. Il faut qu'une récompense soit la sanction d'un mérite absolu et non celle d'un mérite relatif. Voilà une exposition composée d'un nombre très restreint de reproducteurs, tous d'une flagrante médiocrité; on donne une médaille d'or au moins mauvais; je demande quelle recommandation pratique et réelle cette distinction donne-t-elle à cet animal comme reproducteur? Quelle valeur additionnelle cet animal acquiert-il? En cas de vente, à qui revient la médaille? à l'acheteur? ou bien restet-elle au vendeur? En un mot, la récompense est-elle accordée à l'animal pour établir sa valeur comme reproducteur, ou bien à l'exposant comme appoint de sa spéculation, ou bien à l'éleveur comme récompense de son habileté? C'est ce qui ne ressort pas bien clairement du programme, et cependant tout cela est indispensable à savoir. Le fait est que la chose a été décidée trop à la hâte. On a senti le besoin de faire quelque chose dans le sens indiqué par l'expression des vœux formulés par les éleveurs. L'exposition ébauchée était devenue une nécessité, mais le temps a manqué pour mi^u^ir l'idée et en établir l'exécution sur des bases rationnelles et pratiques. Dans tous les cas, il n'y a aucun reproche à faire au gouvernement qui a fait ce qu'il a pu faire, et qui, il faut l'espérer, a pu acquérir assez d'expérience par cet essai peu réussi, pour organiser à l'avenir cette nouvelle institution d'une manière plus solide et plus efficace.

Mais que dire de l'idée de la Société des agriculteurs de France d'off'rir aux taureaux lauréats des primes de saillie, comme on en donne aux étalons approuvés du gouvernement ou du département? Voyez-vous ces taureaux, allant de foire en foire, démarchés en marchés, de chefs-lieux en chefs-lieux, leur carte de prime attachée aux cornes ou à la queue, avec des faveurs bleues, jaunes ou violettes selon le degré de la distinction, et attirant les vaches du pays par un boniment quelconque.

Ces primes de reproducteurs, si elles ont une signification quelconque, ne peuvent avoir que celle-là, car on les a assimilées à celles des chevaux entiers qui t'ont la monte dans les campagnes. On a voulu, et on l'a dit, l'aire pour les taureaux, ce qu'on fait pour les étalons rouleurs. Risum teneatis amiril Esl-il possible de rien concevoir de plus saugrenu, et comme je l'ai dit dans mon dernier article, de plus ridicule? Mais en admettant que les propriétaires de taureaux munis de leur pancarte attestant la prime de perfection, ne soient pas tenus de les faire circuler en quête de vaches à saillir, ils doivent sans doute être soumis à quelques obligations en retour des 300 francs ou 200 francs qu'on leur attribue. Seront-ils obligés de faire saillir toutes les vaches qu'on leur amènera? ou bien leur accorde-t-on une certaine latitude d'éclectisme? La saillie est-elle limitée au pur sang, ou bien sera-t-on obligé d'admettre des vaches d'autres races, ou déjà croisées? Le prix de la saillie est-il facultatif au gré du propriétaire de l'animal ou bien y aura-t-il un tarif fixé à l'avance? Il est possible que tout cela soit prévu et arrêté, mais j'avoue n'avoir vu nulle part la solution de ces questions. Comme tout cela est impraticable!

Supposons que j'aie un voisin dont l'étable est fort inférieure à la mienne. Il a mené ses taureaux au concours d'étalons, moi j'ai gardé les miens pour une raison ou pour une autre. Ses taureaux reviennent avec des cartes de prime dont il se fait naturelhmient une réclame. Les animaux ont facilement triomphé sur un ensemble de médiocrité. Un troisième voisin arrive avec une vache à faire saillir; il dédaigne naturellement mes taureaux, bien qu'ils soient infiniment supérieurs à ceux de mon voisin, parce que celui-ci am-a fixé à sa porte le signe de la prime qu'il aura gagnée. Quelle valeur absolue peut-on attribuer à un animal qui triomphe dans une classe remplie de médiocrités ? Et il ne faut pas se le dissimuler, tant qu'on n'offrira pas de bons prix bien substantiels aux exposants, ces concours gratuits n'attireront jamais que des animaux inférieurs, et l'objet qu'on a en vue sera fatalement déjoué.

Tous les éleveurs savent fort bien que si l'on donne à saillir à un mâle pur sang une femelle d'une race différente de la sienne, ayant des traits caractéristiques qui diffèrent de ceux de la race à laquelle il appartient, il arrive souvent que ce mâle communique aux femelles de sa race les traits distinctifs, et même certaines difformités de la femelle hétérogène qu'il aura précédemment saillie. Avec un semblable phénomène, comment osera-l-on prescrire au propriétaire d'un reproducteur mâle primé une obligation quelconque d'admettre à la saillie de son étalon toutes les femelles qu'on lui amènera? S'il y a une restriction, où est-elle indiquée? et s'il n'y a aucune obligation, à quoi bon la prime?

D'un autre côté, comme la prime peut être, laute de bons concurrents, ou par erreur de jugement de la part du jury, attribuée à un animal défectueux, voilà le goût des jeunes éleveurs tout à fait dévoyé. L'animal primé sera naturellement considéré comme un type de perfection qu'on viendra admirer et étudier. A quelque point de vue qu'on se place, il est impossible de ne pas être frappé de l'anomalie d'un pareil système et de son inanité. Si encore le jury était assez sévère pour n'accorder cette magnifique prime de 300 francs qu'à des animaux d'élite, et la refuser irupitoyablement, dans le

cas où les accidents de ces expositions n'offriraient aucun animal digne de cette distinction, le principe serait sauf, mais il n'y aurait plus d'exposants. Le vice radical de ce mode de distinction, c'est le risque d'attribuer à un animal médiocre une prééminence continue, qu'il peut ne devoir qu'à une concurrence restreinte comme nombre et comme qualité. Le véritable principe d'un concours semblable est de se suffire à lui-même; la véritable sanction du mérite d'un animal, c'est l'enchère. Donnez des prix, cela est essentiel; mais que ces récompenses n'aillent pas au delà du concours. Un animal gagne le premier prix, mais ce premier prix n'a qu'une valeur relative, c'està-dire que l'animal qui l'a remporté a été le plus beau de ceux avec lesquels il concourait. Mais là s'arrête la distinction. Avec ce système de primes d'étalons, vous donnez une valeur continue à un animal, laquelle tend à lui donner une prééminence même sur ceux qui ne concouraient pas avec lui. C'est un principe faux dont l'application peut aller à Tencontre de nos intentions à tous, c'est-à-dire l'encouragement au progrès.

11 ne m'est guère possible de quitter le sujet de la splendide exposition qui vient d'avoir lieu sans exprimer l'impression favorable que j'en ai ressentie. Tout y était à admirer. C'était une des choses en ce genre les plus complètes et les mieux organisées que j'aie jamais vues. On avait tout sous la main, quelques pas en avant ou en arrière vous mettaient en contact presque immédiat avec ce que vous vouliez voir, sans compter ces spectacles imprévus qui attiraient l'attention et excitaient l'admiration.

En terminant, il n'est que juste de féliciter M. l'inspecteur général Heuzé de la réussite éclatante de ses soins organisateurs. Il nous a donné la plus belle exposition qui ait encore eu lieu dans cette magnifique enceinte du palais de l'Industrie depuis celle de 1856. J'aime aussi à rendre justice à son aménité et à sa complaisance, ainsi qu'à sa fermeté. C'est évidemment un homme qui se possède. Cependant, j'ai une critique à faire. On n'aurait pas dû donner aux membres du jury des catalogues avec les noms des exposants. Je sais bien que les membres des jurys sont des hommes des plus honorables, et que la connaissance des noms des exposants n'a point influencé leur jugement. Quant à moi, tout entier à l'examen des animaux, je n'ai pas même lu le nom des exposants. Mais de même qu'il ne faut pas que la femme de César soit soupçonnée, il convient aussi de mettre la responsabilité des membres du jury sous la sauvegarde d'une mesure aussi simple que celle dont il s'agit.

F.-R. DE LA TuÉHOlSNAIS.

LES FLEURS EN HIVER SUR FENÊTRES {Suite)

Les expériences que j'ai exposées' permettent de tracer des règles pratiques et raisonnées de cette nouvelle culture sur fenêtres à l'arrièresaison.

Toute plante convient, pourvu qu'elle puisse fleurir à la fin de Tautooine. Peu importe qu'elle ait fleuri au printemps ou en été, si elle peut refleurir.

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