‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 226 sur 683 · Voir le Journal, du 17 février dernier · texte numérisé non relu

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J'ai constaté qu'aucune préparation n'assure aux plantes une végétation plus claire et plus brillante, une floraison plus belle et plus durable pour se prolonger en hiver, qu'un rempotage en sable d'alliivion et mousse fertilisée, opéré vers la fin de juillet, qu'il s'agisse de plantes annuelles en repiquage, de boutures reprises ou de plantes vivaces ou ligneuses.

Puis on tient la plante à une exposition éclairée et aérée, celle, en un mot, qui convient le mieux à sa nature, mais sans précautions exagérées, car il s'agit surtout de la rendre résistante, de développer en elle les énergies vitales et l'endurance qui seront mises à profit plus tard. Si elle vent fleurir trop tôt, on supprime les boutons à Heur, au besoin même on pratique quelques pincementb qui ont pour but de refouler la sève jusqu'à ce qu'il convienne de lui laisser son cours. Quand la première tleur va s'ouvrir, on met la plante sans terre, ou, s'il agrée mieux, on la laisse empotée, car, des deux manières, les racines se trouvant dans un milieu perméable, la floraison sera également belle et durable. Mais la mise sans terre a l'avantage de supprimer les pots encombrants, de parer aux accidents trop fréquents qu'ils occasionnent sur fenêtre, et surtout de permettre de réunir dans le même espace plusieurs plantes diverses dont la floraison successive durera des mois entiers.

Il ne faut pas compliquer. Ce rempotage en sable d'alluvion et mousse fertilisée est à recommander pour les [)lantes cultivées en pots ou de transplantation diflicile. Mais, tout excellent qu'il soit pour celles de pleine terre, il suffit qu'elles aient eu, préalablement avant la mise sans terre, un ou deux repiquages qui ont pour effet, on le sait, démultiplier le chevelu. Plus la plante en est ])Ourvue et moins les radicelles sont offensées dans l'arrachage et le lavage des racines, plus les résultats seront satisfaisants.

Que la plante, ainsi préparée, commence à fleurir en octobre, en novembre et même en décembre, voici ce qui arrive : toutes les énergies virtuelles qu'elle aura amassées à l'air libre au jardin se trouveront comme retenues par le ralentissement de la sève en cette saison, et s'utiliseront pour la durée de la floraison, surtout si la plante est placée à l'air sur une fenêtre, à une température basse qui viendra retarder encore la véi^étation. Alors la floraison dure indéfiniment, la force évolutive du végétal étant à la fois considérable par son accumulation antérieure et se trouvant ralentie dans son expansion par deux influences naturelles, la saison du repos des plantes et la température basse du milieu ambiant.

Dans ce jeu de forces naturelles en équilibre, le végétal se montre impressionnable au moindre abri. Voici quelques exemples de l'influence eflicace que la plus sim])le protection contre les intempéries, même dispensée avec une parcimonieuse sollicitude, peut avoir sur des plantes dans ces conditions.

Sur un assez grand nombre de boutures de rosiers, élevées d'après le procédé que j'ai exposé, et laissées au jardin aux rigueurs de la température, il en est qui, malgré tout, conservent leurs boutons sans pourrir, tant la force de résistance est grande chez des plantes rempotées en sable et mousse fertilisée. Il suiïit de mettre ces rosiers sur le rebord extérieur d'une fenêtre, dans une situation tant soit peu abritée en comparaison de celle qu'ils avaient au jardin, pour que le

bouton s'ouvre peu à peu et devienne une rose admirable. En cultivant ainsi à la fin de l'automne les rosiers à fleurs pourpres, si vite brûlées par le soleil en été, on obtient des roses durables et d'une richesse de nuances indéfinissable : les colorations rouge, pourpre, violet, orange, rose, s'accentuant davantage à l'arrière-saison.

Et pourtant la température que ces rosiers ont sur la fenêtre, donnant sur le jardin, est la môme qu'ils ont à l'air libre. Du moins c'est le même degré au thermomètre. Mais l'exposition, un peu garantie des courants d'air et des intempéries, suffit pour que la floraison, impossible au jardin, s'etfectue sur la fenêtre.

La douceur des derniers jours de la fin de décembre a fait pousser au jardin les hampes florales des primevères. Mais pas une fleur ne s'ouvre sans être flétrie en quelques heures ; tandis que ces fleurs sur fenêtre ont une durée pour ainsi dire illimitée, en gardant une fraîcheur printanière.

Des géraniums, il ne peut être question que sous châssis. Bien qu'y recevant la lumière par en haut, et qu'aucun rayon de soleil ne brille sans les atteindre, je constate que les fleurs sous verre sont beaucoup moins durables que celles sur une fenêtre au nord, à l'air, en plaques de mousse. Serait-ce qu'en raison des pluies persistantes les châssis ont dû être souvent fermés, qu'ils le sont avant ia nuit, dans la crainte des gelées inopinées ? Cette différence tient évidemment à l'intermittence dans l'aération et à des variations de température. Chose remarquable, les fleurs des géraniums sur fenêtre, au premier étage, au nord, sont plus durablement fraîches en décembre qu'elles ne l'étaient en septembre, sur un perron au rez-de-chaussée, lorque ces plantes se trouvaient exposées aux rosées nocturnes d'une vallée humide, aux écarts de température entre la nuit et le jour. Un abri contre les intempéries, une aération continue, une température ]ieu variable sont donc des conditions prépondérantes pour maintenir la floraison, et peuvent, jusqu'à un certain point, suppléer à une lumière moins vive.

Ainsi on peut expliquer comment des géraniums en fleur sur fenêtre, au nord, supportent une température aussi basse. Justement parce qu'elle varie peu, comme cela a lieu en hiver tant que le thermomètre est au-dessus de 0, elle maintient très lente, mais régulière, la circulation déjà faible de la sève. Pourvu que la plante ne gèle pus, elle s'accommode mieux sur fenêtre d'une température basse, mais qui ne change guère^ que sous verre des écarts entre la chaleur du soleil qui sollicite la végétation et les courants subits d'air froid, quand on ouvre les châssis qui l'interrompent.

Ai-je besoin de faire remarquer que toute plante, déjà étiolée, qui aurait poussé par la chaleur artificielle, réussirait mal sur fenêtre, à l'air presque glacé qui y règne. C'est à des plantes déjà aguerries au froid, qui ont toujours été baignées d'air, qu'on peut impunément faire supporter un tel abaissement de température. Si les plantes de serre vivent moins mal que les rustiques en appartement, cette culture sur fenêtre demande des plantes robustes.

Ce que j'ai dit de la quantité minime d'engrais, c'est-à-dire de mousse fertilisante, utile aux plantes sans terre, dangereuse et même mortelle dès qu'on l'augmente inconsidérément, peut se dire également de la protection contre les intempéries pendant la saison rigoureuse. En effet, on s'aperçoit que pour bien nourrir un végétal, il

s'agit moins de lui prodiguer une nourriture intensive que de le mettre à même, par l'aération des racines, d'élaborer parfaitement les moindres quantités de cetle nourriture, comme pour accroître sa résistance vitale, le moindre abri suffit quand la plante s'aide elle même. Ce n'est pas un paradoxe de dire que l'ei'reur en culture est de traiter les plantes comme des êtres passifs. Le principe fécond est de les rendre complices du jardinier. On les sature d'engrais comme si elles étaient insatiables, on les pourrit de couvertures, sans voir que ces créatures de l'air ne sont avides que d'air, à ce point que le meilleur préservatif de la partie aérienne est l'aération des racines. Comme tout ce qui vit, les plantes sont impressionnables au bien-être, mais avec une sensibilité exquise, car il ne leur profite qu'à petite dose.

J'ai remarqué précédemment combien un peu plus de lumière que ramène janvier se fait sentir aux plantes sur fenêtres pour les embellir. Il serait intéressant, à ce point de vue, de faire succéder les anémones aux anémones, les primevères aux primevères, etc., etc., depuis octobre jusqu'en avril. On pourrait ainsi comparer l'influence de la lumière décroissante et de la lumière croissante sur des plantes de même sorte, et constater la durée de la floraison suivant la variabilité dans la température à l'arrière-saison et au renouveau.

Les expériences que j'ai sous les yeux semblent mettre ceci en évidence : que la coloration de la corolle est due principalement à la sève, et que cette coloration est d'autant plus réussie que la sève est élaborée par une aération plus continue du végétal. Quant au rôle de la lumière, au moment même de la floraison, elle n'aurait qu'une influence indirecte sur la coloration de la corolle, qui serait pour ainsi dire tout acquise avant que la fleur épanouisse. La lumière agissant surtout sur les feuilles contribuerait puissamment à la santé^enérale du végétal. Voilà pourquoi sur une fenêtre au nord ou au nord-est, oii le soleil n'arrive pas en hiver, des plantes placées au moment de leur floraison, qui ont été élevées préalablement à l'air libre et à toute la lumière désirable, des géraniums, des anémones aux brillants coloris, gardent en fleurissant tout l'éclat de leurs fleurs. Et je remarque que chez ces mêmes géraniums qui sont sur cette fenêtre depuis octobre, les feuilles ont reçu du très faible accroissement de lumière en janvier une vitalité nouvelle.

Il n'est pas jusqu'aux arrosements qui n'accusent, selon le mode d'opérer, l'excitabilité des plantes sur fenêtres. Pour compenser la faible évaporalion qui se produit, en hiver, à l'air le plus souvent humide sous notre climat brumeux, il suffit, de temps à autre, démettre un peu d'eau dans l'assiette où repose la motte de mousse, ou de faire tomber l'eau goutte à goutte d'une éponge mouillée sur la superficie. Mais si l'on dirige sur la mousse et un peu sur les feuilles, sans atteindre les fleurs, le jet d'un petit arrosoir vaporisateur, la plante s'avive comme à vue d'œil. J'hésitais à employer les vaporisations sur une fenêtre au nord, lorsque le thermomètre marquait -\- 3 degrés. Bien à tort, à voir la physionomie de santé qui éclaira les plantes. C'est ainsi qu'elles sont le plus heureusement disposées pour servir dans leur fraîcheur et dans leur éclat à des décorations florales temporaires à l'intérieur, ou bien à une figuration artistique, saisissables dans leur liberté de port, dans leur vérité d'aspect, comme à l'étude du savant qui avec une loupe observerait le mouvement de la vie dans les feuilles.

la fleur et dans les radicelles. Car il suffit d'écarter quelques brins de mousse pour voir, sans le troubler, le mystérieux travail des racines caché jusqu'ici dans la terre.

On sait que les racines ne sont jamais inactives en liiver^ et que comme dans la germination d'une graine la radicule pousse avant la gemmule ou petite tige, chez les arbres fruitiers, dans la saison du repos apparent de la végétation, les radicelles puisent à l'avance la sève nourricière du bourgeon qui deviendra rameau et se couvrira de feuilles, de fleurs et plus tard de fruits. J'observe ce travail préliminaire sur un [)elit framboisier en mousse dont les feuilles, grâce à la mise sans terre, ne sont tombées que le 20 décembre, et déjà en janvier, les radicelles s'évertuent à gonfler les bourgeons qui vont succéder aux feuilles.

Mais voici qui me paraît bien digne d'attention. Chez un petit rosier franc de pied mis sans terre le 20 octobre, qui avait alors deux boutons à fleur peu développés, la marche de la végétation a été si lente que les deux boulons, au 20 janvier, ne sont pas encore pleinement ouverts, bien que très sains et ayant touj(»urs grossi peu à peu en avivant leur coloration pourpre. Et pendant ce temps de nouveaux bourgeons ont poussé, qui ont des feuilles et dont une des extrémités a même un bouton à fleur. De sorte que sur ce rosier la végétation ininterrompue dans la partie aérienne présente ce singulier spectacle, de feuilles et d'une fleur naissantes de l'année qui vient poussant simultanément avec des feuilles et des fleurs encore à fleurir de l'année écoulée. Et comme cela se passe sur une fenêtre au nord-est, à une température moyenne de 0 à -j- 5 degrés Iléaumur, on entrevoit ce que sous un climat meilleur on pourra obtenir par l'aération des racines. Et combien prête à l'observation cette culture sur fenêtres, qui dans la réclusion de l'hiver permet de suivre à travers une vitre, commodément à portée de l'œil, les moindres incidents de l'évolution des plantes. Le champ des expériences peut être aussi vaste qu'on voudra, car il n'y a qu'à les varier sous différents climats pour que des plantes de toute sorte puissent être ainsi observées.

Aussi, encouragé pir ces premiers résultats, ai-je peu à peu garni toutes mes fenêtres de plantes fleuries. Elles en sont maintenant encombrées. Rien de plus agréable à voir de ma table à écrire que cette plate-bande verdoyante égayée de corolles de toutes formes et de toutes couleurs servant de premier plan à un paysage austère — c'est Thiver vu à travers avril. Ajoutez que ces plantes se trouvant à l'air, c'est-àdire heureuses et fraîches dans leur élément naturel, réjouissent les yeux sans être gênées ni gênantes comme elles le sont toujours en appartement.

Aussitôt que le soleil luit, les abeilles se succèdent sur les plantes fleuries qui garnissent le rebord extérieur des croisées. Et c'est un intéressant spectacle pour l'amateur d'insectes qui sans les troubler observe à l'aise derrière la vitre. Il serait possible d'hybrider des plantes en réunissant sur une même fenêtre celles qu'on voudrait croiser entre elles. Les mouches se chargeraient de porter le pollen de l'une à l'autre, sans adultération possible, lorsque des plantes de même sorte ne sont pas fleuries au jardin.

Qu'une gelée un peu prolongée survienne, alors on apprécie les plaisirs imprévus que tient en réserve cette culture sur fenêtres. Dans

l'era brasure de croisée d'une anticharabra sans feu, sur une table d'un mètre carré environ recouverte de toile cirée," une centaine de plantes en mousse trouveront place, formant hu éblouissant parterre : hellébores naines, pâquerettes variées, saxifrage liueti, primevères des jardins doubles et simples, cyclamens de Perse, anémones de toutes couleurs, violettes de Parme et le czar, perce-neige, primevères du J;ipon prolongées d'automne, etc., etc., — pendant qu'à une autre fenêtre des plantes plus hautes et plus ^brtes, rosiers, géraniums, roses de Noël, héliotropes d'hiver, composent un épais buisson lïeuri. Ces tables encadrées de poirées gigantesques, daralia, d'abutilon, d'eulalia, précieuse en hiver où les graminées sont rares, de férule du Japon, très recommandable par ses feuilles d'un beau vert élégamment découpées et qui a le mérite d'être en végétation d'octobre à juin. Notez que ces plantes, isolées ou groupées selon leur dimension par 4, 6, ou plus, en plaques de mousse ou en vases, déplaçables à volonté, se prêtent à toutes les combinaisons qui plaisent.

J'indique les plantes que j'ai sous les yeux (25 janvier), mais rfue d'autres pourraient y être ajoutées ! Ainsi réunies, c'est un charmant spectacle en contraste avec la désolation du dehors que la végétation saine, la verdure intense, l'éclat des fleurs qu'ont seuls les végétaux qui vivent à l'air et qui, en pleine santé, peuvent attendre tout le temps que dureront les gelées pour revenir sur les fenêtres. Pendant que les plantes restent rentrées, quelques vaporisations à l'arrosoir-vaporisateur les entretiennent dans leur fraîcheur.

Cette faculté de maintenir la végétation en laissant la plante à l'air tout en la soustrayant à l'excès des intempéries, cette possibilité de conserver en hiver la floraison commencée à l'automne, a une portée qui n'échappera à personne. Elle permet, à l'arrièrc-saison, à l'époque où nous sommes privés des fleurs au jardin, de les avoir durables sur fenêtres, d'en jouir' et de les étudier peut-être mieux que dans leur évolution rapide en pleine sève. Il y a là des ressources inattendues pour prolonger les jouissances florales des personnes vouées dans les villes aux travaux sédentaires. J'avoue que j'ai ressenti une des plus pures joies à voir ce que j'essaie à dire. Que de fois, le matin, au réveil ou dans la journée, en me relevant de mon papier, j'ai regardé à travers les vitres si mes plantes ne s'étaient pas dédites ! et toujours elles m'assuraient que leur floraison inaltérée était la réalite et que mon doute était l'illusion. Cela est certain; voilà trois mois que je l'observe sans relâche : la facilité de cette culture, qui la rend possible sur le rebord d'une mansarde abritée, comme sur tout appui extérieur de fenêtre dans une situation un peu garantie des pluies et des vents ; la durée, pour ainsi dire enchantée, des plantes fleuries qui permet aux reclus du travail, aux solitaires du cœur et de la pensée, aux moins fortunés, de jouir avec intensité, et dans la sécurité d'un lendemain, du spectacle toujours nouveau, toujours imprévu, du beau dans la fleur.

La nature n'est que forces, et par conséquent recèle des virtualités inépuisables qu'il suffit, aussitôt qu'on est sur une piste, de rapprocher, de combiner, d'équilibrer pour obtenir des résultats inespérés.

1. « Cesl aujo .rd'hiii seuleuiuiu qti on apinécie un bouton de rose, inijourd'hiii que la saison des roses est passée (Gœthe). » Kii parlant des (leurs et surtout de la rose on serait loujours tenté de citer Gœthe. l\ aobservé les plantes en poète, en jardinier, en décoiivreur. Il a dit : « La rose semble toujours impossible », et a trouvé pourTexpliquer ce sursiim corda i «< Courage! l'impérissable est l'éternelle loi selon laquelle fleurissent le lis et la rose. "

L'expansion de la vapeur d'eau a pu être utilisée comme force impulsive dès que dans la chaudière où elle se condense elle a rencontré pour sortir un obstacle à vaincre qui, à peine vaincu, se représente toujours. Par une sorte d'analon;ie, il est possible d'accumuler la force évolutive d'un végétal par la culture à l'air libre, de l'aviver, de la régénérer par une aération continue (l'air faisant l'office de charbon, et le milieu perméable oii sont les racines de générateur pour l'élaboration de la sève). Par ces effets, le végétal acquiert une résistance assez grande pour que les influences de contre-saison, de diminution de lumière, d'abaissement de température, qui ordinairement suspendent la végétation et empêchent la floraison, n'agissent plus que pour ralentir l'évolution vitale en la maintenant au profit de la végétation persistante et de la floraison durable. Une faculté nouvelle se trouve ainsi au pouvoir de la culture, car il arrive que la plante réalise d'ellemême, docile sous l'empire de circonstances complexes, qu'on peut faire coïncider à volonté, ce que le jardinier n'a jamais pu conquérir par artifice, à grand renfort d'abris de charbon et de soins, la durée indéfinie de la Heur.

N'en est-ce pas une manifestation éclatante qu'en l'absence du soleil, dans nos froides brumes, la rose puisse rester fleurie cinq semaines sur une fenêtre, en hiver, sans chaleur artificielle !

Alfred Dumesnil.

Il faut toujours demander aux années de sanctionner les progrès agricoles ; lorsque des expériences répétées ont démontré la valeur d'un système, il entre dans les habitudes des cultivateurs, et ce qui avait d'abord paru exagéré semble ensuite tout naturel. Il y a bientôt dix ans que M. Auguste Goffart a fait connaître le système d'ensilage des fourrages verts qu'il avait trouvé, et les résultats qu'il en avait obtenus. Les imitateurs devinrent bientôt nombreux, non seulement en France, mais dans les autres parties de l'Europe et jusqu'en Amérique; le nom de l'inventeur devint populaire dans les deux inondes. Les Américains, avec le sens pratique qui les distingue, eurent bientôt compris l'importance du nouveau procédé de conservation des fourrages; dans un grand nombre de fermes, surtout dans les Etats de l'est, on construsit des silos, et les agriculteurs se piquèrent d'émulation dans la nouvelle voie. En 1882, sur l'initiative de M. Brown, un congrès de fermiers pratiquant l'ensilage fut organisé à New-York ; un deuxième congrès vient de se réunir en janvier 1883. U American cuUivator de Boston donne, sur les discussions de ce congrès, un compte rendu détaillé dont nous plaçons la traduction sous les yeux de nos lecteurs :

D'après les invitations faites par M. J.-B. Brown, une grande réunion de fermiers et d'autres personnes s'intéressant au système de l'ensilage a eu lieu, 55, Beckman-street, à New-York, les 25 et 26 janvier 1883.

L'organisation s'est etï'ectuée en nommant pour président M. Francis Morris, de Baltimore, le premier qui a construit un silo ou récipient pour la conservation du fourrage, et M. Brown pour secrétaire.

M. Brown qui l'ut aussi le secrétaire du premier congrès, fît le premier discours à peu près comme il suit : Ceci est un pas en avant vers celte grande étude et de nombreuses et importantes lettres nous ont été adressées du Maine et de la Californie de la part de ceux qui ne peuvent assister en personne à la séance. ^; 11 était évident que, peu de temps après notre premier congrès, un second

était nécessaire afin de corriî^er certains malentendus qui s'étaient élevés au sujet de l'ensilage; bien des questions non abordées à cette époque devaient être plus tard discutées et si possible résolues; nous sommes bien plus compétents pour le faire maintenant que nous ne l'étions alors. Nous nous sommes réunis l'année dernière dans un espèce d'ébahissement, de ce qu'un si grand nombre avait réussi; nous sommes maintenant ensemble curieux de savoir si aucun n'a failli.

Pour apprécier la valeur de ce système ou de tout autre, il faut comparer le prix du labeur requis pour produire les mêmes résultats. Si nous avons appris à diminuer le prix de revient, en produisant la récolte, ou en préparant le silo, ou en le remplissant avec moins de hâte, nous avons augmenté la valeur du système.

Presque tous les premiers silos furent construits par des hommes qui ne devaient pas ne pas réussir, et ils coûtaient tant que cela décourageait les voisins pauvres qui croyaient qu'ils devaient être tous construits en maçonnerie. Plus de la moitié des 400 millions de fermes des Etats-Unis ont 100 acres ou moins d'étendue. Ce congrès de l'ensilage enverra dire à ces petits fermiers qu'ils pourront prendre leur part dans les avantages de ce système qui était suoposé réservé aux capitalistes ou aux fermiers qui possédaient des revenus provenant d'autres sources que de celles de leurs fermes. Voici un échantillon d'ensilage d'un silo qui n'a coiité que 50 francs et contient 10 tonnes, et c'est même un très bon ensilage. Nous pouvons dire à l'Angleterre et à l'Ecosse : N'attendez pas après le temps ! rentrez vos fourrages quand ils sont mouillés.

Nous pouvons dire à la nouvelle Angleterre : N'abandonnez pas vos fermes, mais gardez tous vos rayons de soleil en conservant les jus (l'essence) de vos récoltes. M. Brown remarque que la valeur de l'ensilage a été la découverte d'hommes d'affaires expérimentés tandis que la science la contemplait avec un air de doute.

M. Brown lit une lettre d'Eugénia Groffart, belle-sœur d'Auguste Groffart, offrant le buste de l'inventeur au Congrès pour lui, et il en enlève la couverture.

L'orateur suivant a été M. Alfred-A. Reid, fermier à Warwick, B. S. un fervent disciple de l'ensilage. Pendant la dernière année, en nourrissant son bétail, ses veaux se sont bien développés; sjs vaches ont donné une égale quantité de lait et elle n'a pas diminué en hiver comme cela avait lieu habituellement, ses porcs étaient en bonne condition, et ses bœufs ont augmenté de poids, sans aucun cas de maladie parmi le stock vivant.

Il a nourri ses animaux avec tout l'ensilage qu'ils désiraient trois fois par jour, donnant aux vaches laitières un supplément de trois quarts de son, à ses bœufs deux quarts, mais rien à son jeune bétail.

En ensilant du seigle, il a remarqué deux fois en deux semaines, un léger goiàt au lait. 11 a pensé que l'ensilage était resté trop longtemps exposé à l'air, et que la fermentation était exagérée. Il a lu un extrait du journal quotidien de sa ferme sur le coiàt et revient de l'ensilage de 4 acres. Lci. prix total de 66 tonnes dans le champ est de ê 159. 57 et la dépense depuis le champ jusqu'au silo était £ 69 37 de sorte que la dépense totale était de € 228.9 i ou ê 3.'i5 par tonne. M. Reid dit qu'il a ensilé du trelle, du seigle de même que du maïs, mais son expérience l'a convaincu que le maïs faisait le meilleur ensilage.

Le révérend D"" William Ormiston cite ensuite son expérience. Il a construit un silo, et il montre le produit de l'ensilage de sa ferme située à Whitby, sur le lac Ontario à Farento. Même les plus intelligents de ses amis, dit-il, se sont moqués de lui lorsqu'il s'est proposé (l'essayer de l'ensilage mais il avait foi dans le système et persévéra en dépit des railleries de ses amis. Il construisit un silo de .50 pieds de long et de 20 pieds de largeur, mura les côtés en pierres de 20 pouces d'épaisseur et ensila du trèfle, du maïs et même de mauvaises herbes (weeds) Ses 12 acres de terre avaient produit un avoir de 12 tonnes et demi chaque d'ensilage. La dépense pour chercher la récolte depuis le champ et l'avoir tassée dans le silo était environ £ 1.20 par tonne ,et le fourrage quand le silo fut ouvert la première semaine de janvier, fut trouvé aussi vert et succulent que le premier jour où il fut recueilli.

Les chevaux, vaches et porcs le mansjeaient avec avidité. Il avait cultivé une seconde récolte de trèlle, il l'avait ajoutée au maïs, ainsi que des pommes empilées sur le tout. Le bétail préfère l'ensilage aux navets et à la nourriture sèche, et la qualité du lait s'améliore sensible nent sans aucun doute par la nouvelle nourriture. La seule question pour lui maintenant est de savoir si elle fera du bon bomf (bonne viande) et ^'est ce dont il va s'occuper; il est heureux de voir que l'on peut construire les silos à bon marché.

350 l'ensilage DES FOURRAGES VERTS EN AMÉRIQUE.

Une lettre de M. E.-W. Steward recommande très chaudement de mettre dans les silos du très bon fourrage pour obtenir de la bonne viande. Il a trouvé que le mélange du maïs et du trèfle avait produit autant et d'aussi bon lait que le fourrage vert.

La question de savoir si les silos en bois sont aussi bons que ceux en pierres ou en béton (concrète) a occupé leur sérieuse attention. M. Moore, du pays de Rochlande, et M. Persey, de Ghatham des Etats-Unis, ont raconté leurs essais avec les silos de bois et se sont prononcés en leur faveur, déclarant qu'ils avaient réussi à. conserver de l'excellent ensilage dedans, et que le fourrage était presque aussi protégé contre la gelée que dans ceux qui étaient maçonnés. M. Moore constate qu'il a construit un silo dans la grange et un autre dans la terre avec des planches goudronnées. Dans la terre, l'ensilage était pourri dans l'espace de 6 pouces tout autour; dans la grange, l'ensilage était aussi sain autour des planches qu'au centre. Quand c'était gelé, il en a nourri son bétail quand même et il paraissait le savourer.

M. Charles F. Cromwel, de Eye N.-Y. , ditqu'ila bâti son silo beaucoup plus dispendieusement que cela n'était nécessaire. L'année dernière, il avait semé son maïs tardivement. Il leva, etavec lui tant de mauvaises herbes qu'ilne put être cultivé; il ensila le tout ensemble comme cela poussa. Dent de cheval, maïs du Midi, fait le meilleur ensilage selon lui; les avoines font mieux que le seigle

M. W.-A. Strong, de Golden Spring's (sources d'or), N.-Y., montre du maïs qu'il a ensilé sans le couper en petits morceaux, il a trouvé que c'était plus facile de laisser les tiges de cette façon et que son bétail s'en régalait aussi bien que celui qui était coupé. Il est heureux de ce que ce soit une erreur de croire qu'il est nécessaire d'exclure complètement l'air des silos pour conserver le fourrage. La seule ^chose nécessaire est une pression suffisante. Gela ne lui a coûté que 2 cents et demi par jour pour nourrir une vache avec l'ensilage, et à cela il a mêlé un peu de graines de brasserie. La question du montant total de la pression nécessaire pour conserver l'ensilage fut discutée pendant quelque temps. Il avait obtenu 65 tonnes de maïs sur 6 acres de terre au prix de £ I.2Û par tonne, à raison de £ 2.50 par jour. Il commença par nourrir 14 vaches (SI décembre); à ce moment elles donnaient 3 bidons de lait; maintenant elles donnent 4 bidons.

M. Smith, de Syracuse, N.-Y., grand éleveur de bestiaux du Holstein, dit qu'il élève ces précieux animaux presque entièrement avec l'ensilage, et dit que le premier silo qu'il a construit était en briques et qu'il a employé une pression de 300 livres au pied carré. Le résultat fut que lesilo éclata. Le D"" Orraiston dit qu'il a employé une pression de 100 livres au pied carré, mais il croit que c'est trop, il en emploiera moins. M. Reid de la Providence dit que sur un de ses silos, il a employé quatre vis pour obtenir la pression convenable, et sur un autre, 15,950 kilog. de pierres, ce qui équivaut environ 66 livres au pied carré et il a trouvé que cette pression était ce qu'il fallait pour s'assurer d'un bon ensilage.

M. J.-Y. Smith, de Doylestown, P. A., pense que le fourrage doit être coupé avant d'être mis dans le silo et qu'avec sa machine il peut couper et tasser son maïs à meilleur compte que M. Strong peut lier et tasser son maïs non coupé. Il est enthousiaste en ses éloges de l'ensilage pour la nourriture des bestiaux et déclare qu'il fait d'aussi bonne viande que celle produite en Angleterre ou ailleurs.

M J.-W. Walcott, de Ganton-Massa, dit que l'entier coût de son ensilage avec lequel il a nourri 104 vaches était d'environ £2 par tonne. Il vendait par semaine 1,000 livres de beurre d'ensilage au prix de 65 cents par livre.

Un silo que vous pouvez remphr dans un jour, dit M. Walcott, est la grandeur la plus commode. Le plus tôt vous pouvez le remplir et y ajouter la pression,, le mieux ce sera pour votre ensilage. En matière de silos, il est indifférent que cela coûte € 25 ou £ 25,000. L'un conservera votre ensilage aussi bien que l'autre.

La seule chose nécessaire est une pression continue. Je crois qu'une pile de maïs en plein air peut être parfaitement conservée, si l'on met sur le dessus un poids suffisant pour en expulser l'oxygène. J'emploie environ 130 livres de poids au pied carré et je ne découvre aucune partie de mon silo avant que je n'aie besoin d'employer mon ensilage. Le coût de la récolte selon lui, était moins que 44 cents la tonne, et le total du tassement dans le silo environ € 2. Il a employé le seigle en ensilage pendant quatre ans et n'en a jamais eu de mauvais résultats, mais le seigle doit être coupé plus tôt,

A ses vaches laitières, il avait donné depuis le 20 novembre .le maïs ensilé

mélangé de 3 pintes de maïs alimentaire et 3 pintes de coton alimentaire par jour. Au bétail plus jeune l'ensilage seulement.

Le prix de revient de l'ensilage a soulevé de grandes discussions, et il y avait des différences notables pour le coût.

M. J. M. BruglerdeNew Brunswick, N.-J., a lu un rapport constatant qu'il avait obtenu un rendement de 353 tonnes et 1,930 livres d'ensilage sur 36 acres au prix de £ 6.25 par tonne,

M. C. T. Benedict, de Holyoke Map., dit que l'ensilage lui coûte une bagatelle, moins que € 5 par tonne.

LeD"" W. B, Eagcx, jadis à New-York maintenant à West-Point, dit qu'il emploie encore l'ensilage et qu'il l'aime mieux que jamais. Il nourrit 330 vaches; il préfère le maïs au seigle, il trouve cela plus nourrissant, le maïs donne plus de lait. En 1881, il a dépensé 90 cents pour le cultiver et le mettre dans les silos.

M. B. Cannon qui a pratiqué ce nouveau mode d'alimentation dans ses grandes fermes près Burlington, dit que son expérience de l'ensilage était pour ainsi dire limitée et se bornait presqu'exclusiveraent à cet effet d'engraisser les animaux. En vue de déterminer l'économie relative de la nourriture de l'ensilage et foin il acheta l'année dernière un troupeau ds 19 bêtes de iShorthorn, il les sépara en trois groupes. Le premier groupe fut traité comme le fermier de New-England traite son bétail; en hiver, il le plaça dans la cour de ferme à l'air libre sous son hangar et lui donna journellement 20 livres de paille et foin et 3 livres de gi'ains; il tint le second lot dans des étables, le nourrit avec 20 livres de foin et un picotin de mangel, espèce de betterave. Le troisième groupe fut aussi tenu dans des étables, et nourri avec l'ensilage et 3 livres de grains. Il pesa toute la nourriture el pesa aussi les animaux une fois par mois. Fixant le coût du foin à £ 10 par tonne, son transport à £ 1 en sus, il a trouvé que le coût relatif de la nourriture des 3 lots était comme suit pour six mois. Le premier lot, É 19,20; le second lot, £ 23,40; le troisième lot, € 14,^*0. L'ensilage était évalué à 8 cents par jour. L'économie de l'ensilage sur le foin était de è 4.80, ou 2 -> pour 100; de l'ensilage sur foin et racines, € 9 ou 39 pour 100. Le gain en poids des animaux était : 1" lot, 5 pour 100; 2'' lot, 9 et demi pour 100; 3'' lot, II et demi pour 100.

Le gain en qualité était à peu près le même dans le second et le troisième lot. Il vendit ces deux lots sur pied à la ferme pour l'exportation, pour 6 cents la livre; mais pour le premier lot, il ne put obtenir qu'une otîre de 5 cents. Le gain total en faveur de l'ensilage était 5 et demi pour 100. La température normale de la famille bovine est 102 et l'orateur a trouvé que la température du bétail nourri par l'ensilage était uniforme durant tout l'hiver, tandis que pour l'autre il y avait continuellement variation. M. Cannon dit qu'il est pleinement satisfait des résultats de son ensilage et se propose de le continuer cette année.

M. Orlahdo B. Potter dit que son essai de l'anné'i dernière a été répété celle-ci dans sa ferme de Sing-Sing, N,-Y. et il n'a fait aucun changement à ses expérimentations sinon d'avoir augmenté son ensilage et diminué la quantité de grains donné à son bétail.

Gomme auparavant ses vaches préféraient cette nourriture et étaient en meilleures conditions quand elles étaient nourries par l'ensilage au lieu de l'ancien système. Il fit l'année dernière un essai qui lui fut suggéré par M. Goffart, lequel était d'avoir de 10 à 20 pour 100 de vieux foin coupé et joint au maïs et mis dans le silo.

IL a trouvé que quand on mettait plus de 10 pour 100 l'ensilage était endommagé; l'année prochaine, il en mettra très peu puisque l'expérience a prouvé que l'ensilage n'en a pas bénéficié. Il a trouvé que les silos sous terre conservaient l'ensilage mieux que tout autre.

Il est aussi convaincu que la meilleure et la plus économique couverture du silo doit être la terre, mettant dessus quelques pouces de paille (chaume).

Il a trouvé qu'en général une couverture de 8 à 12 pouces suffisait. En réponse aux questions adressées, M. Potier dit que l'ensilage de deux ans est aussi bon que celui d'un an et qu'il l'emploie en nourriture tant qu'il y en a.

M. Benedict, de-Holyoke-Mass, certifie de l'adaptibilité de l'ensilage pour les porcs. Il nourrit 65 porcsavecson fourrage conservé; ils le savourent et engraissent rapidement. M. Power, en réponse à la question qui lui est faite, «si l'ens'lage convient aux chevaux», répond qu'il a nourri ses cinq chevaux avec le maïs ensilé avec foin et grain. A l'exception d'un seul, tous l'aiment, el celui qui semble ne

3b2 l'ensilage des FOURRAGES VERTS EN AMÉRIQUE.

Faimer qu'à peu près s'arrange de manière à manger toute sa ration dans la iournée. « Mes chevaux n'ont jamais paru mieux », dit l'orateur.

M. W. Meiriam, de Sommerville, N.-Y., dit que le professeur Cooke du New- Jersey, collège d'agriculture, proclame que les tiges sèches, convenablement préparées' produisent une aussi bonne nourriture que l'ensilage. L'orateur n'est pas de l'avis du professeur. Il place un lourd poids de pierres sur son silo et il en sort un produit ensilé aussi beau que possible.

M. Lmsley, de Morris (comté de) N.-Y., a exhibé un échantillon de beurre fail avec la crème du lait des vaches.qui avaient été nourries par l'ensilage. Le lait avait augmenté de 15à20pour 100, etmême en qualité en une semaine. M. W.Truslow qui a mis 1 ,400 tonnes d'ensilage sur sa nouvelle ferme de Samuel Remingston, à Gazanna,'N.-Y., dit que le sorgho fait du bon ensilage, mais que le produit'était si (^rossier et si aigu que les bestiaux en perdaient beaucoup. Il a essayé de tout et il trouve que rien ne remplace le maïs.

Son expérience lui a appris que le silo doit être rempli dans la journée, et qu'en général trop de pression est employée. Le grand point est de couper le maïs quand il est en bonne condition, et on pense qu'il l'est quand l'épi est formé, la soie est apparue et que quelques épis grillés puissent être cueillis. C'est une grande faute de le couper trop vert. D'autres orateurs disent avoir obtenu un bon ensilage, même quand les tiges de maïs avaient été un peu gelées. M. Truslow pense que le trèfle contient trop d'azote pour faire du bon ensilage ; il sort l'ensilage du silo 18 heures avant de le donner à manger, le mélange avec du grain, puis le plonge dans de l'eau chaude avant de le donner au bétail. Le moha de Hongrie, dit M. Truslow, fait de l'excellent ensilage. M. Gol-Weigh, d'Atlantic-Gi'y, est a accord avec M. Truslow, et dit qu'il n'a jamais coupé un champ de maïs pour ensiler avant qu'il n'y eiit quelques épis pleinement développés.

M. Francis Morris, de Baltimore, dit qu'il a toujours employé des silos en terre, et n'importe quel fermier peut en faire en creusant un trou, en le remplissant de fourrao-e et en le couvrant de terre. C'est le meilleur silo, parce que c'est lé moins

cher. . , ,. •

M. John B. Kennetz a employé des chevaux pour tasser son ensilage, les laip sant partir du bord extérieur et les faisant travailler vers le centre. Le coiît pour lui de ."bOO tonnes de maïs ensilé sur 40 acres, estimant cette quantité sur la base de 50 livres au pied cubique et l'entassage, fut de 81.38 par tonne.

Le D'' Ormisson dit qu'il y a quarante-cinq ans quand il était dans la ferme de son père, en Ecosse, c'é ait l'usage de nourrir le bétail avec des feuilles.

Des médecins de New-York ont constaté que bien des maladies des enfants provenaient de la nourriture non mûre que les fermiers donnaient à leurs vaches. M. Potter dit qu'un des grands avantages de l'ensilage du trèfle était qu'il ne surissait pas et que les veaux qui le mangeaient quand ils quittaient les pâturages, continuaient agrandir aussi vite ([ue quand ils étaient aux prés.

Le congrès était unanime dans l'opinion que l'ensilage est un grand succès.

Une résolution fut adoptée exprimant l'appréciation de la grande valeur du système de l'ensilage découvert et introduit par M. Goffart de France et recommandant aux fermiers des Etats-Unis de l'adopter comme étant la meilleure méthode la plus économique pour conserver les récoltes de fourrage. Le congrès adopte la résolution de remercier M. Brown pour le zèle qu'il a apporté à introduire le système de M. Goftart dans ce pays et à établir le congrès de l'ensilage de cette année et de l'année dernière.

Le président du congres, M. Francis Morris, de Maryland, et M. Brown sont autorisés à former un plan pour une organisation permanente et à faire un rapport qui sera imprimé.

C'est avec une légitime fierté que nous pouvons constater l'accueil qui a été fait en Amérique à une découverte française ainsi que le parti qu'on a su en tirer : le fait n'est pas fréquent, et c'est pourquoi il doit être enregistré. Il y a d'ailleurs là un exemple; si la découverte de M. Goffart provoque de tels enthousiasmes que ceux qui viennent d'être constatés, il importe que les cultivateurs français ne se laissent pas distancer par les étrangers dans son application et, par suite, dans les avantages qu'elle peut procurer.

Henry Sagnier.

MOYENS d'améliorer LA SITUATION DE L'AGRICULTURE. 353

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