M. LALIMAN ET LE PHYLLOXERA
de la douane autrichienne à Trieste. A leur arrivée à Budapesth, beaucoup de ces boutures étaient mortes, mais un certain nombre qui se trouvaient à côté d'un sac de sable d'Aigues-Mortcs et dont le contenu s'était répandj dans la caisse, avaient poussé des racines sous l'influence de l'humidité de l'emballage. Le sable avait été calciné auparavant pour en éloigner toute trace du phylloxéra, et il n'est pas admissible qu'il s'en trouvait dans le marc de raisin. Il me semble qu'il devait donc être hors de doute pour tout le monde, excepté pour M. Laliman peut-être, que les phylloxéras trouvés sur les radicslles qui s'étaient formées dans la caisse provenaient de simples boutures. Mais pour éviter le moindre doute à ce sujet, j'ai fait l'expérience suivante qu'on pourra répéter même au château de la Tourrate.
Cette expérience consiste tout simplement dans la réédition de mon envoi fait au D"" Horvath; seulement, pour tenir compte du tait que la température joué un grand rôle dans l'éclosion des insectes, j'ai emballé des boutures dans deux différentes caisses, dont l'une a été déposée à un endroit chaud oi!i la température n'est jamais descendue au-dessous de 12 degrés, tandis que l'autre est restée sous l'influence de la température extérieure. Au bout de trois mois, j'ai ouvert les deux caisses : dans celle restée en plein air les boutures étaient assez bien conservées et ne montraient pas la moindre trace de radicelles, mais dans l'autre la plupart des boutures étaient moisies et celles seulement qui touchaient le sable (dont l'enveloppe était pourrie) se trouvaient en bon état de conservation et avaient poussé des radicelles couvertes de phylloxéra et de nodosités. Tous les cépages ne développent pas avec la même facilité des radicelles, et tandis qu'il y en avait beaucoup sur les Elvira, Taylor et hybrides de Roger, on en trouvait point sur les Jacquez, Herbemont et Neosho ; je crois aussi que l'écorce lisse des œstivalis se prête moins au transport du phylloxéra que celle plus rugueuse d'autres cépages.
J'ai la conviction que le phylloxéra peut être transporté d'un pays à un autre par de simples boutures, et il est plus que probable qu'il a été importé d'Amérique de cette manière, quoi qu'en dise M. Laliman, qui a des raisons toutes particulières pour soutenir le contraire.
Louis Reich.
SITUATION AaPJGOLE DANS LA GIRONDE
Le rang qu'occupe le mois de février, dans l'année agricole : sa courte durée, l'état encore passif de la végétation, son rôle de transition entre deux importantes saisons, l'hiver et le printemps, enfin sa participation trop complète à celle qui finit ou à celle qui commence, tout cela ne laisse pas que de lui donner parfois une certaine influence et de préoccuper les cultivateurs. Ainsi qu'on a pu le remirquer cette année, cette préoccupation a été d'abord vive et n'a cessé que le 19, premier jour du beau temps qui a occupé le reste de ce mois.
On comprend eifectivement combien eût été dangereuse la continuation du régime pluvieux des mois précédents : juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre et même janvier. G'eiit été la continuation de l'impossibilité de préparer les terres destinées aux céréales, la continuation de cet important travail. Heureusement, tout cola a pu être repris et continué et sera, sur la plus grande échelle, la tentative d'une manière d'opérer qui n'est ni de notre climat, ni dans nos habitU'ies.
La taille de la vigne est aussi un travail auquel il couvenait de songer. Le retour du beau temps et sa coutiQuation, jus ju'au moment où nous écrivons ces lignes, l'a rendu possible et facile. Espérons (fu'il n'agira pas trop énergiquement sur sa tendance déjà remarquée en précocité. Aug. Petit-Lafitte.
Séance du 7 mars 1883. — ■ Présidence de M. Chevreul.
M. le ministre de l'agriculture envoie l'ampliation du décret qui approuve Télection de M. Ghabot-Karlen comme membre associé. Celui-ci adresse ses remercîments pour son élection.
M. Sacc, correspondant, adresse de Buenos-Ayres une note sur le maïs blanc des Incas cultivé en Bolivie, sur les troupeaux d'alpacas, et sur la production de l'aracacha.
M. P. Renard adresse le questionnaire sur la culture de la vigne qu'il vient de publier^ et M. Maynard envoie une note sur son système de reconstitution des vignes françaises phylloxérées.
M. Renou présente le résumé des observations météorologiques faites au parc Saint-Maur pendant le mois de février.
M, Muret fait une communication sur les résultats des vaccinations opérées d'après le système de M. Pasteur sur sa ferme de Noyen (Seine-et-Marne) Il résulte de ses observations que 407 moutons et brebis, vaccinés au mois d'août 1881, ont conservé jusqu'ici l'immunité que la vaccination leur avait fait acquérir contre le sang de rate. M. Muret cite aussi les nombreuses vaccinations opérées par M. Huot, vétérinaire à Trénel (Aube) ; ces vaccinations ont porté sur 8,000 moutons environ et 1,000 bêtes à cornes; elles ont été couronnées d'un complet succès. A cette occasion, M. Barrai demande que la Société prenne l'initiative d'une vaste enquête sur les résultats des nombreuses expériences qui ont été faites depuis deux ans, dans beaucoup de départements. M. Pasteur fait observer que la durée de l'immunité dépend beaucoup des individus, et qu'il serait imprudent de formuler une loi absolue applicable à tous les animaux d'une même race; il croit d'ailleurs qu'il n'y a que profit à adopter le projet suggéré par M. Barrai.
M. Pasteur donne ensuite quelques détails sur les recherches auxquelles il se livre sur la rage. Dans ces études, la grande difficulté était d obtenir un procédé qui permît d'inoculer à coup sûr la rage et d'en provoquer le développement rapide. M. Pasteur a trouvé que le moyen certain est de trépaner les animaux et d'introduire sous la dure-mère, qui est, comme l'on sait, une des enveloppes du cerveau, le virus rabique à l'état de grande pureté. La salive des animaux atteints de la rage ne fournit pas un virus suffisamment pur; il faut prendre le virus dans les cavités des glandes et à la partie périphérique des nerfs. M. Pasteur espère que les études auxquelles il se livre auront pour résultat de donner le moyen de préserver les chiens de la rage, et par conséquent d'empêcher cette maladie de se développer. La Société procède à l'élection d'un membre titulaire dans la Section de grande culture. M. Boitel est élu. Henry Sagnier.
(10 MARS lb83).