I. — Vhiver au mois de mars
Les perturbations survenues depuis une dizaine de jours, dans les phénomènes météorologiques, ont vivement préoccupé les agriculteurs. Le temps s'est refroidi subitement, la neige est tombée en abondance pendant plusieurs jours dans presque toute la France. Le thermomètre est descendu à — 6" et à — 7"; ce sont les températures les plus basses que l'on ait eu à enregistrer depuis le commencement de l'hiver. Dans le centre et dans le nord du pays, ces phénomènes n'ont pas eu d'autre effet que de retarder le mouvement de la végétation ; dans le Midi, il en a été autrement. Les arbres fruitiers étaient en fleurs, les cultures des primeurs étaient très avancées, la vigne avait épanoui ses bourgeons dans beaucoup de localités; là, le froid a exercé une action néfaste, en tuant fleurs et jeunes pousses, et en amenant ce phénomène de répercussion de la sève que tous les agriculteurs redoutent à juste titre. Il est encore difficile d'apprécier les résultats de ce fléau, mais il est à craindre qu'ils soient considérables. Toutefois, il ne faudrait pas croire que les phénomènes qui viennent de se produire soient sans exemple. On a vu souvent l'hiver se prolonger jusqu'en mars; on a vu aussi les températures les plus basses de l'année se produire, comme cette année, dans ce mois. Nous en trouvons la preuve dans la table des températures absolues les plus basses constatées chaque année dans un certain nombre de localités, que nous avons dressée pour les œuvres de François Arago. Nous trouvons dans cette table pour Paris, des minima de — 10°.9 le 1" mars 1785; de —3°. 4 le 12 mars 1806; pour Bruxelles, de — 6».3 le 22 mars 1837, et de — 10°.3 le 11 mars 1847; pour Genève, de — 10M le 4 mars 1851, et de — 13°.2 le 5 mars 1853; pour Metz, de —7' le 4 mars 1843; pour Avignon, de — 8\8 le 2 mars 1803; pour Hyères, de 0°.3 le 25 mars 1840. Pour n'être pas absolument sans précédents, les phénomènes qui viennent de se produire n'en sont pas moins à déplorer pour les agriculteurs.