SUR LE COMMERCE DES ENGRAIS
SUR LE COMMERCE DES EiNCRAIS
Monsieur le secrétaire perpétuel, j'estime qu'on ne doit jamais intervenir dans les relations commerciales sans en avoir reçu mission expresse, et malgré le puissant intérêt qui s'attache au commerce des engrais complémentaires qui a pris dans ces dernières années un énorme développement, je crois qu'il faut se garder de mettre en cause les entreprises industrielles qui s'appliquent à la production de ces engrais, d'autant plus que lorsque nous sommes appelés par les agriculteurs à leur donner notre avis sur la valeur de tel ou tel produit, les échantillons qu'ils nous soumettent ont déjà passé du fabricant au déposant, du déposant à l'acheteur, peuvent avoir subi des altérations de plus d'une nature et ne sauraient nous donner le droit de traduire une raison commerciale devant le tribunal de la publicité. D'un autre côté, les acheteurs ont des moyens de contrôle; il dépend d'eux d'en user, et cette liberté est, en théorie au moins, le meilleur remède aux abus de l'esprit d'entreprise.
J'ai dit en théorie : en effet, dans la pratique il n'en va pas ainsi. Les grands propriétaires qui achètent les engrais complémentaires en grandes masses s'adressent directement aux entrepôts des fabricants, acceptent un mode de vérification et en usent. Quant aux petits cultivateurs qui forment la grande masse, dans notre région au moins, sans doute ils s'associent quelquefois et ces associations, vous 1^ savez, n'ont pas toujours un but avouable; mais dans la plupart des cas ils achètent les engrais complémentaires à des sous-traitants, chacun pour son compte, et les frais de voyage et d'une analyse qu'il faut aller chercher à vingt lieues de leur résidence les arrêtent toujours; ils vont donc un peu au hasard suivant leur inclination et le plus ou moins de savoir-faire d'un cDurtier en engrais. Il en résulte des erreurs ruineuses pour l'agriculteur et un encouragement à prodiguer les promesses les plus fallacieuses.
J'ai la confiance de quelques voisins, et mes relations agricoles sont avec eux assez étroites pour qu'ils m'apportent, avant d'acheter, des échantillons des merveilles qu'on leur propose; quand mes travaux me le permettent, je les analyse avec la plus rigoureuse exactitude.
Il y a huit jours, on m'a apporté un superphosphate très pulvérulent, presque sans odeur, facile à répandre à la volée et qui était vendu au prix doux de 9 fr.50 les 100 kilog.
Je l'ai fait digérer dans l'acide azotique dilué, et en voici l'analyse très rigoureuse :
Inattaquable par l'acid o azotique dilué 27 . 60
Acide sulfurique anhydre 22.00
Alumine souillée d'un peu de sesquioxyde de l'er 18.00
Chaux , 5.50
Acide phosphori(iue anhydre 7.70
Eau .' 19.20
Total 100.00
Acide phosphorique solublc dans l'eiu 6 .40
C'est la première fois que l'on me soumet un superphosphate à base d'alumine, et je remarquerai en passant que la solution dans l'eau distillée se troublait avec une grande rapidité par la formation d'un phosphate insoluble d'alumine, ce qu'on appelle improprement du