‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 318 sur 683 · CONFÉRENCES HORTICOLES A PARIS · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES HORTICOLES A PARIS

Ainsi que le Journal l'a précédemment annoncé, M. J. Dybowski, chargé de conférences à l'école nationale d'agriculture de Grignon, a repris, à Paris, le samedi 3 mars, les conférences qu'il avait inaugurées l'année dernière sous le patronage de la Société d'encouragement à Taiïriculture.

Ces conférences sont spécialement destinées aux personnes qui aiment la culture des fleurs et des plantes, mais qui n'ont pas acquis les connaissances botaniques et horticoles nécessaires pour se guider elles-mêmes. C'est dire que c'est une œuvre de vulgarisation, dans le meilleur sens de ce mot, trop souvent mal appliqué.

Les conférences de M. Dybowski seront utiles à un grand nombre d'amateurs qui y trouveront à la fois instruction et véritable agrément. Aussi n'est-il pas surprenant qu'un public assidu se rende dans la grande salle de la Société centrale d'horticullure (8i, rue de Grenelle), afin de les suivre. La parole claire et attrayante du conférencier est écoutée avec attention. Ce sont de véritables élevés qui veulent s'instruire ; nous avons vu des jeunes dames prendre des notes avec zèle. Il y a là la meilleure preuve que cet enseignement volontaire portera des fruits. Henry Sagnier.

Dans le compte rendu du congrès de mécanique agricole, tenu par la Société d'encouragement à l'agriculture, j'ai lu que l'un de nos plus grands constructeurs d'instruments agricoles, M. Albaret, avait dit qu'il y avait la plus grande importance à savoir ce que devenait un instrument, lorsqu'il était sorti de la fabrique, ce qu'il coûtait de réparations et quelle pouvait en être la durée.

Je crois être utile aux agriculteurs en publiant le résultat de mes observations sur deux instruments, aujourd'hui bien répandus, la faucheuse et la moissonneuse.

J'ai acheté en 1875, à M. Pilter, une faucbeuse Wood, modèle de 1874, avec 4 scies et 3 bielles.

J'ai coupé avec cette machine en 1875, 1876, 1877 et 1878, 189 hectares de prairies artificielles. L'entretien, les réparations et le remplacement des pièces usées et cassées ont nécessité pendant ces quatre années une dépense de 101 francs.

Depuis 1878, j'ai conservé les mémoires des diverses dépenses occasionnées par l'usage de la faucbeuse et j(; vais les établir, année par année, en mentionnant la nature et le prix de chaque réparation et de chaque acquisition de pièces de rechange.

En 1879, la machine a coupé 32 hectares de luzerne et a coûté :

francs.

Réparation de l'arbre du premier mouvement 1 j 00

Un plateau de cliquet 4 00

Un pignon de l'arbre du volant 4 00

Deux guides de la bielle. , 2 85

Réparations à une roue et i)oulons 3 50

00 sections de lames et rivets 20 00

4 têtes de scie 1 1 00

Dépense en 1879 60 30

En 1880, la faucTieuse a coupé 36 hectares de luzerne et a coûté :

3 têtes de scie et boulons ■ 15 50

4 doigts et 4 guides 13 00

Réparations diverses 15 00

9 bielles soudées 6 *5

2 scies soudées 3 00

25 sections de lames et rivets 10 00

Dépense en 1880 63 25 '

En 1881, la faucheuse a coupé 55. hectares de luzerne et trèfle, et a nécessité les dépenses suivantes :

12 boulons des guides 3 00

4 doigts 9 00

4 têtes de scie 11 00

1 levier et une fourche d'embrayage 9 50

2 guides de la lame 3 00

8 bielles soudées C 00

Réparations diverses .■ 2 50

40 sections de lamos et rivets 14 00

Dépense en 1881 58 00

La rupture fréquente de la scie et de la bielle était une cause continuelle d'arrêts, de perte de temps et de dépense. J'ai reconnu qu'elle était due à l'usure du grand sabot. En 1882, j'ai fait ajouter à celte pièce, au moyen de rivets, une plaque d'acier, et j'ai pu faire, sans accidents, la première coupe des luzernes; mais, cette plaque s'étant usée, le jeu existant a de nouveau fait casser les bielles et les scies. Je me suis décidé à remplacer le grand et le petit sabot, malgré la fijrosse dépense que nécessitait cette réparation. J'ai pu faire placer ces deux pièces sans avoir recours à un maréchal. Depuis j'ai fait 'aucher 9 hectares de deuxième et 4 hectares de troisième coupe de luzerne, sans la moindre avarie.

La faucheuse a coupé en 1882 40 hectares de luzerne et nécessité les dépenses suivantes :

4 doigts 9 00

Petite roue du sabot et sa vis • ' .^ ^'9

Grand sabot et son support .">2 75

Petit sabot 14 50

Réparations diverses 5 00

5 bielles soudées 3 75

5 scies soudées 6 25

40 sections de lame et rivets 20 00

Dépense en 1882 115 Ih

En récapitulant les détails qui précèdent, la faucheuse a coupé en huit années 352 hectares de luzerne, trèfle et sainfoin, et a occasionné une dépense de 398 fr. 35, soit par an une dépense de 49 fr. 80 et par hectare de 1 fr. 13.

L'état de ma faucheuse est encore bon. Aucune pièce n'est usée, et le bruit qu'elle produit en marche est le même que celui que produirait une machine neuve. Je suis certain qu'elle fera encore plusieurs c impagnes, avant d'être hors de service. On peut estimer qu'une faucheuse peut couper 450 hectares au moins, avant d'être usée. Quant

au nombre d'années qu'elle peut durer, il varie naturellement suivant le nombre d'hectares coupés chaque année.

D'après les chiffres précédents, en admettant qu'une faucheuse dure . dix ans et coupe 450 hectares, chaque hectare aura à supporter pour l'amortissement, 1 entrelien et les réparations, une dépense de 3 fr. 11.

Des observations que j'ai faites en surveillant la marche de la faucheuse Wood et en la réparant, il résulte :

V Que les. doifi;ts devraient être fixés sur la barre par deux boulons, au lieu d'un, comme dans la faucheuse Aultman, par exemple. Us remuent souvent, et, si la scie ne brise pas, la machine est arrêtée, et les sections de la lame sont ébréchées ;

2° La barre devrait être réunie au grand sabot par deux boulons pour là rendre plus fixe. Cette amélioration a été apportée au nouveau modèle de la faucheuse Wood, dile Favorite;

3" Le jTuide de la bielle s'use rapidement; son remplacement n'exige qu'une dépense de 1 fr. 50. Je ne puis me prononcer sur le nouveau guide employé, n'en connaissant pas l'usage;

4° La partie du grand sabot sur laquelle passe la scie devrait être munie d'une plaque d'acier, fixée par des rivets, et pouvant être facilement remplacée quand elle est usée. Son usure est une cause fréquente de la rupture de la bielle ou de la scie.

En terminant les résultats du travail de la faucheuse Wood, je dois dire qu'il ne faudrait pas conclure de la dépense occasionnée par cette machine, que son usage est plus onéreux que celui des autres faucheuses, auxquelles je n'ai pu la comparer. Je la considère toujours comme une des meilleures. Je désire que des agriculteurs fournissent des renseignements sur l'emploi des faucheuses des autres systèmes ; c'est alors seulement qu'il sera possible de les comparer au point de vue pratique. Toutes ou presque toutes fonctionnent très. bien la première année; mais beaucoup sont promptement hors d'usage.

Voici maintenant les résultais de l'emploi de la moissonneuse.

J'ai acheté en 1875, de M. Piller, la moissonneuse Samuelson, dite Omnium. N'ayant reçu cet instrument qu'à la fin de la campagne, il n'a coupé que 3 hectares. En 1874 et 1875, j'avais fait la mois.-on à l'aide de la moissonneuse Samuelson, dile Royale. Depuis 185G je coupais les céréales avec la moissonneuse Mac-Corinick.

L'Omnium a coupé en 1 876, 1 877 et 1 878, 1 1 4 hectares de céréales et a coulé pendant ce laps de temps 80 francs d'enlretien et de réparations. Cette dépense a été occasionnée par le remplacement des pièces suivantes :

12 sections de la lame , , 12 00

Support de l'essieu de la roue de côté • 10 00

Un essieu et boulons , • 4 90

2 supports de la vis de la roue de côté 10 00

Bras des râteaux 25 00

Arbre et pignon de la crémaillère 8 00

2 guides, 3 doigts et boulons 10 10

Total de la dépense en 3 ans. , . . , 80 00

Depuis 1878 je puis établir, année par année, les diverses dépenses occasionnées par l'usage de la moissonneuse Omnium.

En 18; 9, elle a coupé 39 heclares de céréales et nécessité une dépense de 2 fr. 50 pour réparation au support de Tessieu de la roue de côté,

En 1880, elle a coupé 28 hectares. La dépense a été de 14 fr. 80 pour acquisition de 4 doigts et de 12 boulons pour les fixer.

En 1881, la machine a coupé 38 hectares et n'a rien coûté.

En 1882 4le a coupé 29 hectares de céréales et nécessité une dépense de 1 0 fr. 25 pour remplacer l'arbre et le support de la roue de côté.

En sept ans la moissonneuse a donc coupé 248 hectares de céréales et nécessité une dépense de 107 fr. 55, soit par an 1 5 fr. 35, et par hectare 0 fr. 43.

Aujourd'hui la moissonneuse est en état parfait et aucune pièce n'est à remplacer. Elle estpresqu'aussi bonne qu'une neuve. Changeant les sections de la scie de la faucheuse dès qu'elles commencent à être pointues, je les emploie pour remplacer celles de la scie de la moissonneuse qui cassent.

Les résultats, consignés ci-dessus, pourront surprendre bien des agriculteurs et des fabricants qui n'ont pas recherché ce que coûte l'entretien des instruments qu'ils emploient ou qu'ils livrent à l'agriculture.

Ce compte aurait cependant une grande importance; il donnerait sur l'entretien et la durée d'une machine des notions qui manquent, et que ne peuvent fournir les essais faits dans les concours, quelque longs qu'ils soient„

Si une solution favorable est donnée au vœu, émis par le Congrès de mécanique agricole, pour la création de stations d'essais d'instruments agricoles, Tagricullure sera promptement éclairée sur la valeur réelle d'une machine.

Cette création de stations d'essais peut être faite, sans frais, dans les établissements d'enseignement agricole pratique. Les constructeurs n'hésiteront pas à obtenir la sanction de l'expérience pour les instruments qu'ils fabriquent, et à mettre à la disposition des directeurs de ces établissements les machines qu'ils seront chargés d'essayer.

Deux faits à l'appui.

En 1874' j'ai organisé des essais publics de moissonneuses. Quatre constructeurs m'ont envoyé leurs machines, et c'est de ce momentquedate l'introductiondans ledépartement des moissonneuses. On les compte aujourd'hui par centaines.

Chargé par le Conseil général de la Vienne d'établir, à la fermeécole, une pépinière de cépages américains et une école de greiïage, j'ai fait appel aux divers constructeurs de machines à grefTer, dont je connaissais les noms, et tous, ou presque tous m'ont répondu par l'envoi gratuit de la machine de leur invention.

Le besoin d'ouvriers forgerons capables de réparer les instruments se fait peut-être moins sentir qu'autrefois, parce que les constructeurs sont arrivés à faire des pièces de rechange parfaitement calibrées, que tout conducteur de machines peut poser sans peine.

D'un autre côté les diverses écoles d'ensei^rnement anrricole fournissent des hommes familiarisés avec l'emploi des machines, et capables de faire exécuter, sous leur direction, par le premier forgeron de village, les réparations qu'elles nécessitent.

H. -S. DE Larclause,

D'recteur de la ferme-école de MonUouis (Vienne). 1. Journal cU l'ayricuUiire du 15 août 1874.

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