V. — Production des vins et des cidres en
Le Bulletin de statistique et de législation comparée, publié par le ministère des finances, vient de publier le tableau de la production des vins et des cidres en France en 1882, d'après les documents réunis par l'administration des contributions indirectes. Ce tableau est accompagné de commentaires que nous devons mettre sous les yeux de nos lecteurs; car ils résument, à la fois, les principaux faits que le commerce des vins et leur production ont mis en lumière. Il en résulte, ainsi que nous l'avons dit plusieurs lois, que l'année 1882 peut être classée au nombre des mauvaises années, au point de vue de la production vinicole; toutefois, elle a donné des résultats supérieurs à ceux des années 1879 et 1880. Quant aux cidres, les résultats sont également mauvais.
En ce qui concerne la production et le commerce des vins, le Bulletin de statistique présente les observations suivantes :
La production des vins, qui s'était un peu relevée en 1881 (34 millions d'hectolitres au heu de 2) miilioiis produits en 1880), s'est abaissée en 1882 au chiffre de 3u,886,':S52 hectoUtres. C'est une diirérence en moins de 3,252,363 hectolitres sur l'année correspondante, et de 16,054,830 sur la moyenne des dix dernières années.
Depuis que le phylloxéra a fait son apparition en France, le chiffre de la récolte varie chaque année entre 25 millions et 35 raillions d'hectolitres. Il y a loin de là à la production moyenne des périodes précédentes (50 millions d'hectolitres pour la période 1860-1869 et 54 miUions pour la période 1870-1878). Mais faut-il croire la production nationale condamnée à ne plus dépasser le niveau aui|uelelle est tombée? Ce serait oublier qu'elle a déjà eu à subir dans le passé des épreuves tout aussi difficiles et qu'elle en est sortie victorieuse. De 18'3 à 1856, lors de la première invasion de l'oïdium, les récoltes se sont abaissées à 22, 21, 15 et même 10 millions d'hectolitres, et cependant le chiffre de la production s'est successivement relevé pour atteindre, en 1875, le maximum jusqu'alors inconnu de 83 millions d'hectolitres. Il ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, que, par une coïncidence malheureuse, des conditions climatériques déplorables ont, depuis plusieurs années, amené parallèlement avec le phylloxéra les funestes etlets dont s'est ressentie la viticulture. Viennent des années de température normale et, avec les efforts déjà très appréciables tentés par les viticulteurs pour remplacer les plants infest''s do phylloxéra par des ceps sur lesquels le paras'te destructeur n'exerce aucune action, on peut espérer le retour de récoltes sufllsantes pour alimenter la consommation, sans que l'on ait besoin de recourir, dans de fortes proportions, aux fabrications industrielles ou aux importations étrangères.
Cette année, plus encore que précédemment, les résultats propres à chaque département semblent démontrer que la persistance du mauvais temps a été l'une des principales causes du mal. C'est, en effet, dans les régions du Centre, de l'Est
et de l'Ouest, où les froids survenus au coramencerrient de juin et les pluies continuelles ont entravé la floraison de la vigno, et nui au développement et à la maturité du grain, que les espérances provo(}uées au début par la belle ap['arence des vignobles ont été le plus particulièrement déçues. La perte est surtout sensible dans les départements suivants : Vosges, t'O pour 100; Charente, 58 pour 100; Loire-Inlérieure, t7 pour 100; Indre-et-Loire, 55 pour 100; Loir-et-Cher, 54 pour lOû; Vendée, 54 pour 100; Marne, 52 pour 100; Maine-et-Loire, 49 pour 100; Nièvre, 45 pour 100; Vienne, :- 0 pour 100; Deux-Sèvres, 36 pour 100; Gôte-d'Or, 34 pour 100.
Au contraire, dans le Midi, où la saison d'été s'est accomplie dans de bonnes conditions, les résultats ont été généralement satisfaisants. Ainsi, on remarque des améliorations notables dans l'Ariège, l'Aude, l'Aveyron, la Corrcze, le Gard, la Haute-Garonne, le Jura, les Hautes et Basses-Pyrénées, le Tarn, Tarn-et- Garonne etVaucluse. Si des diminutions apparaissent dans quelques départements méiidionaux et notamment dans les Pyiénées-Orientales, l'Hérault, l'Ardèche, la Dordogne et la Gironde, cela tient surtout à ce que les propriétaires n'ont pas encore reconstitué leurs vignobles en partie détruits par le phyJloxea On a bien cherché, là comme ailleurs, à acclimater les vignes d'Amérique, mais les plantations n'y ont encore été pratiquées qu'à litre d'essai et les résultats ne pourront être défmitifs qu'après que l'expérience aura permis de placer les ceps étrangers dans les terrains qui leur conviennent 1\ résulte des tentatives déjà faites que les ceps d'Amérique doivent être utilisés moins comme producteurs directs du raisin que comme plants, sur lesquels peuvent être greffés avec succès les divers cépages cultivés en France. Dans ces conditions, les viticulteurs ne doivent opérer qu'avec une extrême prudence et la reconstitution des vignobles ne peut s'effectuer qu'avec beaucoup de lenteur.
Pour l'ensemble de la France, le travail de réparation s'est cependant déjà affirmé. La superficie des terrains livrés à la culture de la vigne en 1882 présente, sur 18H1, une augmentation de 35,426 hectares.
Malheureusement les influences atraosphéiiques n'ont pas seulement diminué le rendement, elles ont en outre nui à la qualité des vins. Aussi, malgré la diminution des quantités récoltées, le prix de vente chez le propriétaire a-t-il généralement baissé.
Le tableau ci-après indique le mouvement de la production, de l'importation et de l'exportation des vins depuis 1872 : '