‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 336 sur 683 · VI. — Concours de la Société des açjriouUeurs de France · texte numérisé non relu

VI. — Concours de la Société des açjriouUeurs de France

Voici le programme des concours ouverts par la Société des agriculteurs de France, pour lesquels elle décernera des prix agronomiques dans sa prochaine session, en 1884 :

1° A l'auteur du meilleur mémoire sur l'utilisation de la chaux. — Etudier le rôle physique et chimique de la chaux. Importance, utilisation et effet des chaulages dans les diOérentes natures de sol. Action de la chau.x combinée soit avec les fumiers, soit avec les engrais chimiques. — Les mémoires doivent être envoyés à la Société, 1, rue Le Peletier, avant le P"" décembre 1883.

2" A l'auteur du meilleur mémoire sur l'industrie laitière en France. — Le travail devra consister, s^oit dans l'étude de la production et de l'utilisation du lait dans une région de la France, soit dans une monogra[)hie détaillée d'une exploitation laitière. Les mémoires doivent être eavoyés à la Société avant le I" décembre 1883.

3" A l'auteur du meilleur mémoire sur les maladies souterraines végétales qui peuvent atteindre la vigne. — Les mémoires doivent être parvenus à la Société au plus tard le 1" janvier 1884.

4" A l'auteur du meilleur mémoire sur les procédés divers de Iti multiplication des végétaux ligneux. — Les mémoires devront être adressés au siège de la Société avant le 1" novembre 1883.

5° Pour les essais spéciaux d'une catégorie déterminée d'instruments agricoles à grand travail ; ce (concours sera organisé par une Société ou un Comice agricole de province sous les auspices de la Société des agriculteurs de France, à la condition de se contormer pour le |)rogramme, la formation du jury, la' durée des épreuves. -elc , aux indications fournies par la Commission de permanen;îe de la Section du génie rural. Les Sociétés ou les C «raices qui désireraient organiser un concours dans ces conditions doivent en informer, dans le plus bref délai, le secrétaire général, et indiquer la catégorie d'instruments sur laquelle a porté leur choix, ainsi que l'époque approximative du concours.

6" A l'inventeur d'un appareil, système, ou moyen de fabrication, apportant un progrès ré^là l'une des trois industries agricoles suivantes : sucrerie — distillerie -- léculerie : — ou à un procédé ouvrant ou développant sensiblement un emploi, un débouché nouveau, à un produit [)rovenant d'une des industries précitées. — Les concurrents devront se faire inscrire au siège de la Société avant le l"aoùt 1883.

7" A l'auteur du meilleur travail sur les méthodes rationnelles d'apiculture. — L'auteur devra faire connaître etcomparer entre elles les diverses méthodes usitées soit en France, soit à l'étianger, et indipierlcs inodilicatioiis ou améliorations dont elles lui paraîtraient susceptibles. — Les mémoires devront être envoyés au siège de la Société avant le 1" janvier 1884.

liSk CHRONIQUE AGRICOLE (31 MARS 1883).

8° A l'auteur du meilleur njiéraoire sur les moyens de retenir à la campagne les ouvriers agricoles. — Les mémoires devront être remis au siège de la Société avant le 1" janvier 188 '4.

90 A l'auteur d'un traité de comptabilité agricole en partie double qui, au point de vue théorique et pratique, sera le mieux approprié aux besoins de l'agriculture. — Les traités doivent être parvenus au siège de la Société au plus tard le 1" décembre 1883.

10" A l'auteur d'un mémoire sur les débouchés commerciaux à ouvrir à l'agriculture française. — Les mémoires doivent être envoyés à la Société avant le l" janvier 1884.

Nous appelons spécialement l'attention des associations agricoles sur le cinquième concours relatif aux essais de machines ou instruments d'agriculture.

VIL — Le phylloxéra.

Nous recevons le rapport de M. Mouillefert sur le traitement des vignes phylloxérées, par le sulfocarbonate de potassium, en 1882. Ce rapport démontre que l'emploi de cet agent contre le phylloxéra prend heureusement des proportions croissantes. Voici comment M. Mouillefert présente le résumé des opérations faites en 1882 :

« La campagne de 1882 a, comme les précédentes, affirmé en l'accentuant le succès du sultocarbonate de potassium pour combattre le phylloxéra. La superficie traitée a été beaucoup plus importante que les années antérieures, et le nombre des adhérents de ce remède a augmenté dans des proportions considérables. Pour ne parler que dr.s opérations que nous avons plus particulièrement suivies, la Société nationale contre le phylloxéra a traité avec ses appareils mécaniques (système Félix Hembert et P. Mouillefert), environ 2,225 hectares répartis entre 385 propriétés, et fourni du sulfocarbonate à 150 viticulteurs qui ont traité eux-mêmes environ 175 hectares; c'est donc un total de 2,^100 hectares traités par l'intermédiaire de la Société, répartis entre 535 propriétaires, en proportion presque égale entre le Sud-Ouest et le Midi.

« Cette superficie a exigé l'emploi de 821,317 kilog. de sulfocarbonate. La quantité par souche a varié dans le Sud-Ouest de 50 à 120 grammes, suivant le mode de plantation, et dans le Midi, de 75 à 120 grammes, suivant le degré de maladie, soit par hectare traité dans le Sud-Ouest une moyenne de 385 kilog. et 323 kilog. pour le traitement du Midi, et une moyenne générale de 350 kilog.

« Le prix a varié pour le Sud-Ouest à cause des nombreux modes de culture, de 5 à 9 centimes la souche ou, par hectare de 220 à 450 francs. Dans la région du Midi, le prix a été en moyenne de 7 cent. 5 par souche et par hectare de 307 francs.

« Les distances auxquelles on a eu à envoyer l'eau pour former la solution sulfocarbonatée a souvent dépassé plusieurs kilomètres et atteint, dans quelques cas, 4,500 à 5 000 mètres et même 6,000 et 6,500 mètres pour des altitudes quelquefois considérables, 180 à 200 mètres mesurés par la pression exercée sur les pistons de la pompe foulaat(5. Les quantités d'eau ont varié de 15 litres à 40 litres par suuche ou 120 à 150 mètres cubes par hectare.

« Gomme on le voit par ces chiffres, grâce aux appareils mécaniques de la Société nationale contre le phylloxéra, l'application du remède du savant M. J.-B. Dumas est donc aujourd'hui d'un emf)loi partout facile et économque en même temps qu'elle devient de plus en plus en faveur auprès des viticulteurs. »

M. Duponchel, ingénieur en chef des ponts et chaussées à Montpellier, vient de publier une intéressante brochure que nous devons signaler aux. viticulteurs. Sous le titre Les irrigations inseclicides, il préconise l'emploi de dilutions de sulfure de carbone, basé sur ce fait que l'eau peut diluer environ un 500* de son poids de sulfure de carbone. Il estime que, dans 100 mètres cubes d'eau répartis par hectare dans des cuvettes creusées par un déchaussage ordinaire au pied des souches, et communiquant par d'étroites rigoles de déversement, on

peut donner à la vigne à la fois l'eau utile à la végétation et la quantité de sulfure de carbone nécessaire pour tuer le phylloxéra. Le sulfure serait dissous dans des bassins formés au point culminant des vignes, et on pourrait, en même temps, y diluer les engrais à donner à la vigne. Le système proposé par M. Duponchel est propre à appeler l'atlentioa des viticulteurs; M. Duponchel se met d'ailleurs à la disposition des propriétaires ou des associations qui voudraient en faire l'expérience.

VIIL — Les eaux d'irrigation du Rhône.

M. Aristide Dumont, qui ne se laisse pas décourager par les péripéties qu'a traversées le projet de canal d'irrigation du Rhône, vient de présentera l'Académie des sciences une note sur la possibilité d'augmenter les eaux d'irrigation de ce fleuve, à l'aide de réserves à établir dans les lacs de Genève, du Bourget et d'Annecy. Ce projet rappelle celui présenté par M. Vallée en 1843, qji se bornait au lac de Genève. M. Dumont démontre que des travaux relativement peu coûteux exécutés à la sortie du lac de Genève permettraient d'augmenter de 200 mètres d'eau par seconde le volume d'étiage entre Lyon et Avignon, et que par conséquent le prélèvement d'un volume de 60 mètres cubes à la hauteur de Condrieu ne pourrait plus soulever l'ombre d'une objection. En dehors du lac de Genève, une réserve de 70 millions de mètres cubes pourrait être créée sur les lacs d'Annecy et du Bourget, laquelle, répartie sur les deux mois de pénurie du Rhône représenterait un volume constant de plus de 13 mètres cubes par seconde. Il y a donc là un moyen suprême de concilier d'une manière définitive les intérêts de l'agriculture avec ceux de la navigation.

Dans notre chronique du 17 mars, nous avons signalé l'enthousiasme qui s'est manifesté pendant le congrès des fermiers pratiquant l'ensilage, à New- York, au mois de janvier dernier. Nous aimons à revenir sur ce sujet, parce que ces hommages tournent à l'honneur de l'agriculture française. C'est pourquoi nous reproduisons encore un passage du compte rendu de ce congrès, relatif à l'historique de l'introduciion de la méthode de l'ensilage des fourrages verts aux Etats- Unis d'Amérique :

« Quelle admirable découverte est celle de l'ensilage! Il y a un an, M. John Whiton, ce ^'rand manufacturier de Wintsorvihe-Mapt, vint dans sa voiture à ma porte et monta les escaliers pour me parler de son silo. Il me dit :« Dans ma « longue vie de quatre-vingt années, je n'ai rien vu qui m'ait autant impressionné « par sa grandeur que la découverte de l'ensilage. Le seul regret que j'éprouve, « par rapport à mon âge avancé, est que je ne vivrai pas assez pour voir ses « merveilleux résultats pour le peuple de la nouvelle Angleterre. » 11 mourut l'été suivant.

« Vous qui avez éprouvé une nerveuse anxiété en ouvrant pour la première fois votre premier silo, en face d'ouvriers et de voisins ricanant, qui vous avaient appelé stupide ou peut-être même fou, quelques-uns ayant peut-être même prématurément offert d'en acheter le contenu pour en faire du lumier ou de le jeter sur votre tas de fumier, vous pouvez apprécier la persévérance et le courage du grand homine qui, pendant vingt ans, ciierchait un meilleur moyen de conserver ses fourrages que celui de les sécher; et, finalement, trancha la question |ar la grande découverte de la conservation par la pression continue. Voyez ce qu'il a osé bâtir !

« Ces immenses silos, là oiî jamais aucun n'avait été construit. Puis, quand il fut assuré qu'il avait réussi, que ce ne fut pas un accident mais une certitude, un fait « écrit sur le roc » , sa bienveillance s'étendit sur le monde. Auguste

486 OHRONKJUE AGRICOLE (31 MARS 1883).

Goffart est un philantrope ; il n'a pas cherché à breveter son invention, mais à la faire connaître à ses risques, à ses frais, de la manière la plus généreuse. Il y avait là, en France, ceux qui voulaient lui ravir le mérite de la chose, sachant que c'était une personne paisible et vivant dans la retraite; mais il résista et leur fit reconnaître publiquement qu'en lui f-eul était la source de cette découverte. En 1875, le gouvernement français accorda à M. Groffrirt, pour sa découverte, la croix de la Légion d'honneur. Voyez comme cela prend du temps, malgré les meilleurs efforts, pour lancer une bonne chose. Notre commissaire à i'ExpOsit on de Paris, le capable, l'énergique M. Edouard Fringht, me dit qu'en 1878 il visita, avec le ministre de l'agriculture, plusieurs des plus fameuses fermes de France; il n'entendit pas prononcer un mot au sujet de l'ensilage ; ce ne fut qu'à son retour dans cette ville, en 1879. Il ne connaissait seulement pas la signification de ce mot. Il en devint plus enthousiaste plus tard et construisit un silo, l'été dernier, à Ohio. H fut l'aueur du Mechanical Diclionary et éditeur de beaucoup de volumes concernant son département. Il se proposait d'assister au Congrès, mais j'apprends avec douleur qu'il est mort avant-hier dans la force d'i l'âge et d'une utile carrière C'est par les efforts d'un bon et bienveillant homme qui, heureusement, entendit parler de l'ensilage par un petit-fils qu'il avait en France, que la découverte de M. Goffart fut révélée de bonne heure dans cette contrée.

«M, Francis Marris, de Maryland, commença à écrire au< journaux en 1877, après avoir bâti un large silo en ] - 76, et c'est, je crois, le premier considérable effort qui a témoigné de la découverte de M. Gotfart dans notre pays.

«L'ensilage est la découverte d'un homme d'affaires et a été adopté d'abord par des fermiers entreprenants et pratiquants, tandis que la science prudente et incrédule attendait et observait. M. Gotlart ne réclame pas comme ayant été le premier à conserver le fourrage vert; il dit : « La nécessité a si longtemps excité les efforts «de l'humanité, que des précédents peuvent être trouvés dans chaque signe de « perfectionnement. 35 C'est la pression continue qui est le fruit de son invention. La pression sur les tiges vertes, c'est d'une pratique universelle et d'un succès uniforme pour tous les climats et toutes les saisons. Ceci a été sa grande d'^couverte.

« M. Goffart supposait d'abord que le système exigeant de grandes dépenses comme maçonnerie et outillage, serait adopté seulement par de riches lermiers ou par association. Il sera content d'apprendre que l'expérience américaine constate que le système réussit aussi bien d'une manière très peu coiiteuse. »

II faut faire une observation sur le passage qu'on vient de lire. L'ensilasje était loin d'êti'e inconnu en France en 1878, et les visites qu'un grand nombre d'agriculteurs étrangers firent alors dans notre pays, servirent puissamment à propager cette méthode dans la plupart des pays civilisés.

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