XV. — Nouvelles de Vétat des récoltes en terre
La plupart des notes de nos correspondants signalent la recrudescence de l'hiver. Voici la lettre que M. Jacquot nous adresse de Chèvreroche (Vosges), à la date du 25 mars :
a Nous n'en sommes pas encore à vous parler des récoltes en terre, encore moins des travaux de culture du printemps; c'est l'hiver, l'hiver rigoureux qui domine. Les tempêtes de neige qui en ont amoncelé des quantités considérables sur nos montagnes ont été précédées, accompagnées et suivies de froids rigoureux dont le maximum a atteint — 10". Aujourd'hui le cielgris et la température froide semblent encore indiquer la neige. y>
Sur la situation dans la Vendée, M. Boncenne fils nous adresse, de Fontenay-le-Comte, la note suivante à la date du 23 mars :
« Le mois de mars a commencé par des journées chaudes c^ui ont permis à la culture de reprendre les labours et les ensemencements; mais à partir du 7, le temps a subi une modification complète. L'air est tout à coup devenu très froid, la neige est tombée en petite quantité d'abord, puis en flocons plus épais et a couvert la terre pendant près de vingt-quatre heures. Nous avons relevé, le 7 et le 8, des minima de 2 et 3 degrés centigrades au-dessous de zéro. Le 9, le thermomètre est descendu à — 7", le 10 à — 5", le 1 1 à — 6", et le 12 à — 6" degrés. Cette température rigoureuse n'a pas été trop préjudiciable aux blés en terre. Les colzas seuls ont souffert. Les arbres dont la floraison est précoce, amandiers, pêchers, cerisiers, ont, en divers points, leur récolte sérieusement compromise. Actuellement les gelées ont cessé, mais la pluie est revenue et les travaux des champs sont encore une fois suspendus. Les semailles d'orge et d'avoine sont peu avancées, dans nos contrées, et l'on craint que ce nouveau retard n'ait de graves conséquences pour la récolte prochaine.
« Les transactions sont calmes sur la plupart des marchés. Les avoines de choix sont demandées, et par suite 'les cours accusent plus de fermeté. Les veaux et les porcelets sont en baisse. Les jeunes bœufs se vendent assez facilement. Les vaches et les génisses, moins recherchées que le mois dernier, se placent encore à des prix raisonnables. «
La situation das récoltes s'est peu modifiée depuis quelques semaines dans l'Allier. M. Nebout nous adresse les renseignements suivants d'Arteuilles :
«L'état de nos recettes ne s'améliore pas; jamais l'on n'avait vu le seigle avoir un si triste aspect à cette saison, et c'est la ])rmcipale récolte de nos montagnes; fort heureusement nous en avons cette année beaucoup diminué l'étendue, pour le remplacer par le froment; celui-ci est bien meilleur-^ mais il est infesté de chiendent, surtout celui qui a été fait sur défrichement de prairies artificielles, que fon n'a pu extirper, vu l'état lamentable de l'automne dernier, et encore depuis quelques jours il ne fait que geler les nuits, et le milieu de la journée est assez doux, ce qui est très défavorable à nos récoltes en terre; aussi elles semblent rentrer sous terre, et cependant malgré ces tristes apparences les prix
restent toujours bien bas, surtout pour le seigle, qui ne nous est nullement demandé. Par contre, cet état atmosphérique est très favorable à la récolte arbuslive, en ce qu'il retarde l'essor de la végétation et de la floraison, qui avaient fait de grand progrès en janvier dernier. Nos semences de printemps, avoine, oro^e. et prairies artificielles sont commencées, suivant les différents climats c'est-à-dire se terminent où le climat est plus doux, et commencent où il est un peu plus rigoureux. Nos poiriers dans ces parages ont c ttn année peu de boutons à fruits, ie crois que l'on doit l'attribuer à l'automne si extraordinaire de 1882.
« Nous commençons dans nos parages à tailler et provigner nos vignes. L'année dernière, elles ont poussé avec vi^jucur, mais leur bois est noir, et leurs bouts secs malgré l'excessive douceur de cet hiver; cela tient à ce qu'elles n'ont pu bien aoûtcr leurs pousses à l'automne dernier. Mon vignoble est en majeure partie planté de cépages, dit Nicolas, plant très fertile, très rustii|ue et précoce, produisant dès la deuxième année de sa plantation, et l'autre partie de Lyonnais, plant moins vigoureux que le premier et tout aussi fertile; ces deux espèces de cépages sont à raisins noirs; l'Allier jusqu'ici est indemne du phylloxéra; pour venir en aide à mes confrères en viticulture, je leur ofï"re des boutures de ces deux excellentes variétés à 20 francs les I,OOJ boutures rendus en gare cmballafe compris. Ces deux variétés prennent facilement racines même dans les terrains les plus ingrats, comme ceux de ma contrée; leur maturité est assez hâtive (septembre). .T'ai aussi le cépage blanc, dit Saint-Pierre, excellente variété de l'Allier, et le teinturier, dont généralement nous plantons 200 ou 300 ceps par hectare, pour donner plus de couleur au vin rouge. »
Les principaux phénomènes constatés -pendant le mois de février dans le déparlement de la Dardogne, sont résumés comme il suit par M. de Leatilhac, dans la note qu'il nous envoie de Saint-Jean-d'Ataux, à la date du 1 5 mars :
« Deux phases bien distinctes ont caractérisé février; celle des pluies avec température relativement douce durant la première quinzaine, celle des vents de hâle avec gelée blanche le matin durant ie reste du mois. Les cultivateurs ont mis à proht cette dernière période pour herser les blés, travail assez mal exécuté du reste, vu l'état^ de dureté de la couche superficielle du sol et de plasticité de la coucue inférieure. Les labours pour avoines et pommes de terre sont commencés, mais à part quelques légumes, aucune semence n'a été confiée au sol, encore trop saturé d'eau. — La taille de la vigne, en pleine activité, est des plus difficiles; ie sarment mal aoùté, attaqué par l'antrachnose, presque aux trois quarts sec, ne se prête pas à la vergue ; encore doit-il être choisi avec soin pour établir le courson. — Les livraisons des tabacs de la dernière récolte ont été effectu-'es aux divers magasins de la régie; les prix généralement bas ne sont pas un encouragement pour l'extension de cette culture, il est vrai de dire que les produits manquaient de qualité, ayant eu beaucoup à souffrir de l'humidité, tant au sé''hoir que dans le cours de leur végétation — Quant aux cultures en terre, la situation peut se résumer ainsi : seigle-fourrage, jarosse, farouch, bien réussis; seigle pour grain et froment, défectueux, surtout les blés semés en mouWcres sur la fia de novembi-e; les premiers et les derniers semés sont les meilleurs, pour le moment du inoins. »
Le phénomène le plus remarquable de presque tout le mois de mars est le refroidissement subit de la température, refroidissement tel qy les jours les plus froids de l'hiver ont été presque partout ceux que nou venons de traverser. Ce refroidissement a été accompagné de fréquentes chutes de neige. C'est surtout dans le Midi que ces intempéries ont creusé des perles cruelles; car les arbres fruitiers étaient en tleurs, les cultures de primeurs étaient en pleine activité Les vignes n'ont pas été épargnées, mais elles ont été atteintes dans des proportions très variables, et il est difficile de faire une évaluation, même approximative, du dommage qui a pu leur être causé. Dans les régions plus septentrionales, c'est surtout au point de vue du nouveau retard apporté aux travaux des champs, que le refroidissement de la température a été funeste. J.-A. Baural.
492 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aGRIGULTURE DE FRANGE.
Séance du 28 mars 1883. — Présidence de M. Chevreul.
M. le secrétaire perpétuel présente V Annuaire du la Société pour 1883 qui vient d'être publié.
M. Duponchel, ingénieur en chef des ponts et chaussées^ envoie une notice sur les irrigations insecticides, en vue de lutter contre le phylloxéra ; — M. de Lapparent envoie une notice biographique sur M. Delesse; — M. Ch. Delattre, une étude sur les gisenaents français de phosphate de chaux.
M. le président du Comice de Béthune (Pas-de-Calais) transmet le texte d'une pétition qui est reproduite dans la chronique de ce numéro.
M. Gatellier, président de la Société d'agriculture de Meaux, envoie une notice sur les dispositions prises par cette Société pour contrôler le commerce des engrais, et un rapport sur les réformes à apporter, au point de vue de la réduction et de l'unification, dans les tarifs de chemins de fer.
M. Chabot donne lecture, au nom de la Section d'économie des animaux, d'un rapport sur les conférences piscicoles de M. Gobin, professeur départemental d'agriculture du Jura. Ilinsiste d'abord surl'importance des travaux qui ont pour but d'accroître le rendement des eaux douces en poissons, et sur les heureux résultats que l'on peut retirer aussi de l'organisation de la pisciculture marine sur toute l'étendue des côtes. Il montre d'ailleurs comment lindustrie de la pêche est la meilleure école de formation des marins de l'Etat et de ceux du commerce.
M. Barrai appelle l'attention delà Société sur l'organisation d'essais qui vont être faits par une Comxmission de la Chambre syndicale des grains et farines sous la présidence de M. Gatellier, sur la valeur comparée de la mouture par les meules et par les cylindres suivant le procédé hongrois. Il croit que l'attention des agriculteurs doit se p jrter sur la qualité des grains qu'ils produisent, au point de vue de la proportion de gluten que ces grains renferment; car c'est la plus grande richesse en gluten qui donne au,ourd'hui aux farines hongroises et américaines la supériorité sur les farines françaises. Quelques observations sont ensuite présentées sur ce sujet par M.M. Pluchet, Heuzé, Peligot et Chevreul. M. Heuzé rappelle que les gruaux hongrois sont spécialement recherchés par la boulangerie, parce qu'ils donnent un pain d'une blancheur remarquable; il pense que c'est là que se trouve le secret de leur succès. M. Peligot annonce qu'il se propoc>e de faire connaître à la Société le résultat d'analyse d'un grand nombre de blés et de farines, faites dans un laboratoire spécial, et qui montrent les différences sensibles qui se présentent dans la richesse en gluten. M. Chevreul insiste sur l'i.Tiportance, pour comparer les systèmes de mouture, de soumettre aux différents systèmes \ des blés de même variété et de même origine, se présentait dans les mêmes conditions au point de vue de leurs qualités; les expériences faites dans des conditions identiques pouvant seules donner des conclusions.
Sur la proposition de la Section d'économie des animaux, la Société déclare l'ouverture d'une vacance pour une place de membre associé dans cette Section. Henry Sagnier.