‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 4 sur 683 · I. — L'année · texte numérisé non relu

I. — L'année

L'an née qui vient de s'achever n'a pas été une année heureuse. Nous n'a\ons, dans ce Journal, à considérer les événements que dans leurs rapports avec l'agriculture. La mort de Gambetta, qui a rendu le dernier soupir quelques minutes avant que l'année expirât, ne saurait être envisagée par les agriculteurs que comme un fait douloureux. Doué d'une éloquence incomparable, il a exercé une action irrésistible sur la masse de la nation. Pour tous ceux qui ont au cœur l'amour de la patrie, il restera l'homme qui a ramassé le drapeau de la France tombé dans une heure de désarroi général, et a eu la puissance de réunir autour de ce drapeau tous les partis confondus dans un seul sentiment, celui de la nécessité de relever la patrie agonisante. Ceux qui appartenaient à l'Alsace et à la Lorraine lui ont surtout une éternelle reconnaissance, car il a sauvé l'honneur alors qu'ils perdaient toute fortune. Les cultivateurs des anciens départements de la Moselle, du Haut et du Bas-Rhin ont espéré^ quand ils ont vu Gambetta organiser avec une vaillance prodigieuse une héroïque et suprême défense ; après la défaite, ils espèrent encore, parce que le droit survit à la force. Gambetta n'a fait que passer au pouvoir; un acte qui reste de lui est la création du ministère spécial de Tagriculture. 11 avait compris, avec sa haute inteUigence, que les intérêts de l'agriculture doivent être étudiés et défendus par un administrateur qui n'a pas d'autre souci que de rechercher ce qui convient le mieux pour le bien-être des populations rurales et pour la prospérité de toutes les branches de la production agricole.

L'année avait commencé par des promesses ; elle n'en a tenu aucune. Les dégrèvements d'impôts que l'on avait fait entrevoir ne se sont pas réalisés. Les grands travaux publics n'ont pas été dirigés en vue de la satisfaction des intérêts agricoles. La question de la construction du canal du Rhône est plus embrouillée que jamais, en présence des opinions contradictoires des ingénieurs et des préten-

N' 717. — Tome I" de 1883,-6 Janvier.

lions de partisans d'une navigation qui n'existe pas. Toutefois deux lois favorables à l'agriculture ont été votées; l'une, d'un intérêt général, est relalive au reboisement et au gazonnement des terrains en montagne; l'autre, d'un ordre plus secondaire, concerne les moyens d'arriver à une plus rapide destruction des loups. La science, cependant, n'est pas resiée inaclive ; les découvertes de M. Pasteur relatives aux moyens de combattre victorieusement les maladies charbonneuses, ont reçu la sanction défmitivederexpérience; on peut regarder comme certaine la découverte de moyens préventifs efficaces contre le rouget des porcs; des perfeclionnements dans les procédés d'inoculation contre la péripneumonie des bêtes à cornes paraissent assurés, et M^ Pasteur et ses élèves sont sur la voie de trouver un remède décisif contre la rage. Mais, les météores délient toutes les recherches des savants. Des pluies excessives ont détrempé les terres, et empêché une grande partie des travaux d'automne de se faire en temps utile. Le fléau des inondations s'est déchaîné sur toute l'Europe. Peut-être la marche du phylloxéra est-elle enrayée, en ce sens que tous les viticulteurs qui veulent s'en donner la peine et faire les dépenses nécessaires, peuvent faire vivre leurs vignes malgré linsecte dévastateur ou les remplacer par de nouveaux cépages inattaquables. L'industrie sucrière continue à traverser, en France, une crise menaçante pour son avenir; elle ne peut être sauvée que par de grands efforts pour le perfectionnement des procédés de fabrication, en même temps que par des réformes dans la législation fiscale, puisqu'une forte réduction de l'impôt du sucre ne peut pas être édictée. Si les cours des céréales restent peu élevés, on ne peut pas dire qu'ils sont avilis; d'un autre coté, la production du bétail est encouragée par des prix de la viande suffisamment élevés; c'est toujours de ce côté qu'apparaît le salut pour les agriculteurs progressifs.

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