II. — Police sanitaire des animaux
La loi du 21 juillet 1881 sur la police sanitaire des animaux a ordonné que les. villes où se tiennent des foires et marchés de bestiaux, préposeraient à leurs iVais un vétérinaire pour l'inspection sanitaire des animaux conduits à ces foires et marchés. L'application de cette mesure ayant été ajournée dans plusieurs départements, un décret en date du "23 décembre 1 882 vient de faire cessefcet ajournement pour les départements de l'Ardèchc, de l'Eure, d'Lidrs-et-Loire, de l'Isère et du Loir-et-Cher. Un deuxième décret ordonne que dans les départements de l'Ardèche, de l'Eure, de l'Isère et de Loir-et-Cher, l'exercice de la médecine vétérinaire dans les maladies contagieuses estii^terdit à quiconque n'est pas pourvu du diplôme de vétérinaire. On trouvera ces décrets à la partie officielle de ce numéro (p^igc 33). Le Journal officiel du 31 décembre annonce que l'épizootie de lièvre aphteuse qui régnait dans la commune d'Husigny (Meurthe-et- Moselle) étant actuellement éteinte, un arriHé du ministre de l'agric ulture, en date du 29 décembre, a décidé que, à parlir du 10 janvier, l'importation du bétail pourrait de nouveau setïectuer par le bureau de douane existant dans cette localité.
III. — La production des chtvaux percherons. Pour maintenir dans un centre d'élevage important, les meilleurs reproducteurs, un des moyens qui ont été employés avec succès^ est
la création des primes d'entretien. L'allocation de ces primes a toujours été suivie d'heureux résultats ; aussi nous comprenons dit'dcilement pourquoi elles ont été supprimées pour les chevaux du Perche. Les conséquences de cette suppression sont indiquées dans une lettre qu'un très habile éleveur, M. Bailleau, à llliers (Eure-et-Loir), vient d'adresser à ÏUnion agricole de Chartres, et que nous reproduisons très volontiers, sur la demande de son auteur. Voici cette lettre :
ic Vous devez vous rappeler les prunes de concours accordées aux étalons et juments, et les primes d entretien données aux sujets des deux sexes les plus méritants, avec la condition imposée aux propriétaires primés de les conserver pendant deux ans pour la reproduction. A llliers, ces primes de concours ont atteint jusqu'à 1800 francs, les primes de conservation variant de 500 à 6Û0 francs ; à Gourtalain, Mondoubleau, Nogent-le-Rotrou, les primes accordées aux juments pour leur reproduction dans le pays, pendant deux ans, ont atteint jusqu'à mille francs.
« Vous savez, comme moi, qu'à cette époque, on avait supprimé une partie des haras, avec l'intention bien comprise de mettre des encouragements entre les mains de l'industrie chevaline privée, la reconnaissant plus compétente que les administrations et les administrateurs des haras. A ce moment, on était dans la bonne voie pour conserver l'élite de notre race percheronne, enviée de toutes les nations.
« Vous devez vous rappeler l'une de nos réunions de Comice, où notre ami commun, M. Boutet, nous disait : — Plus de primes aux étalons et juments de production, primes d'entretien par les haras aux étalons approuvés. — Ce qu'ils approuvaient, vous le savez, c'était et c'est encore le cheval léger avec distinction de forme, pouvant faire la remonte dans différents corps d'armée.
« Les besoins de l'époque présente sont tout autres ; on veut le cheval et les juments propres à tous les services : courir et traîner de lourdes charges, ce qui est le propre de notre race percheronne, la seule remplissant ce but par excellence.
« Il aurait donc fallu, à tout prix, savoir la conserver; malheureusement, les hommes appelés à diriger cette production, qui a une importance sérieuse dans notre fortune nalionale, manquent trop souvent de compétence; la théorie sans pratique est toujours compromettante, nous en avons la preuve tous les jours.
« Hé bien! avec ce qui se passe depuis plusieurs années, vous voyez enlever de notre Perche les meilleurs étalons, l'élite de nos poulinières, ainsi que leurs enfants mâles et femelles de cinq à quinze mois !
« Si nos primes de concours et d'entretien eussent été maintenues et môme augmentées d'une manière sérieuse, avec obligation de conservation et de reproduction pendant deux ans au moins, croyez-vous que les étrangers, les Américains n'auraient pas attendu l'expiration du temps d'engagement pour se rendre acquéreurs des sujets primés, même à des prix plus élevés? Donc tout était à l'avantage des éleveurs : primes de concours, primes de conservation, et, pour notre pays , prodtaction assurée permettant de conserver l'élite de notre race percheronne.
« Depuis que ces primes n'existent plus, j'ai eu bien souvent l'occasion de parler des fautes commises à nos représentants ; ils ont paru comprendre qu'à défaut d'avoir maintenu et même augmenté ces sortes d'encouragements, on avait sérieusement compromis notre fortune nationale chevaline. Hé bien! nos représentants m'avaient bien promis de faire part à qui de droit de mes observations. J'espérais... Rien,que je sache, n'a été dit à ce sujet! Dire qu'il n'y a plus d'espoir, non, bien qu'il soit tard pour réparer les fautes commises ; le défaut de prévoyance nous amène à faire de grands sacrifices pour réparer ce qui a été malheureusement fait, alors que nous étions en pleine prospérité. Croyez-le bien, les Américains, qui trouvent l'écoulement de nos produits à des prix fabuleux chez eux, ne sont pas près de ne plus venir nous enlever nos meilleurs sujets.
« Donc, il n'y a qu'un seul moyen possible pour améhorer et refaire ce qui nous reste de nos reproducteurs percherons, c'est de rétablir les primes de concours, fortes primes d'entretien et de conservation, pendant plusieurs années, pour les étalons et juments percherons. 11 est temps, sinon bientôt notre espèce chevaline percheronne fera un grand vide dans notre fortune nationale. Avis bien sincère
aux hommes qui nous gouvernent : — surtout, qu'ils sachent trouver des hommes compétents; ils ne sont pas rares, il s'agit de les trouver où ils sont, théoriciens avec pratique, oui, théoriciens sans pratique, non.
« Dans uos concours régionaux, on choisit trop souvent des théoriciens sans pratique, sans compétence. Les juges choisis acceptent quand même d'être du jury, sans se préoccuper s'ils sont compétents. Pourquoi ne pas décliner son incompétence pour juger tel produit, et ne pas demander à apprécier tel autre proiuit que l'on connaît hicn?
« Je voudrais que tous les éleveurs de chevaux percherons soient aussi tenaces que je le suis avec mes mérinos; je vois aussi des étrangers, je ne vends plus qu'à eux. Mais ils n'auront jamais le droit de dire : « J'ai enlevé les meilleurs béliers et les meilleures brebis du troupeau de Bailleau, d'IUiers. » — Non, je sais conserver pour mii d'abord, et ensuite pour continuer à fournir de bons reproducteurs aux étrangers, qui en ont toujours besoin. Bailleau. "
La solution la plus pratique de la question est dans le dernier paragraphe de la lettre de M. Bailleau. La ténacité de la part des éleveurs, qui sont certains que leurs produits seront recherchés à tous prix, est pour eux. le meilleur moyen de sortir des difficultés dont se plaignent actuellement les éleveurs de chevaux percherons. Les éleveurs de moutons leur ont donné, depuis longtemps, à cet égard, un exemple utile à méditer.