CES TERRAINS SALANTS DU SUD-EST
s'occupait le savant secrétaire" perpétuel ; mais, cette opin'on, trop généralisée, peut entraîner et entraîne en effet des conséquences pratiques dansjereuses, en faisant croire aux agriculteurs qu'ils n'ont affaire qu'à des dépôts salins limités en puissance et en étendue, en sorte que l'emploi de moyens combinés de submersion par l'eau douce, et d'écoulement ou d'épuisement des terrains salants qui ne communiquent plus depuis longtemps avec la mer, suffirait, au bout d'un petit nombre d'aîinées, pour rendre ces terrains stériles à la culture et spécialement à la viliculture.
Tout en admirant le courage, Tesprit d'entreprise et les moyens ingénieux employés par ceux qui ont tenté le dessalement de ce qu'on appelle dans le Sud-Est des sansouïres, j'ai cru nécessaire d'appeler Taltention des agronomes sur les conditions du problème à résoudre, afin d'inspirer aux praticiens de laprudence dans l'emploi de leur temps et de leurs capitaux.
Les belles études de M. Peligot nous ont appris en effet que, dans les polders de la mer du Nord, une fois la communication entre la mer et les terrains interceptée, au bout d'un petit nombre d'années, par le simple épuisement des eaux météoriques, les polders sont dessalés et propres à toutes les cultures que comportent le climat et le sol.
Il n'y a pas de comparaison possible entre les polders et les terrains salants de la basse vallée du Rhône. Dej)uis bien des années pour un certain nombre, depuis des siècles pour la plupart, depuis les âges géologiques pour quelques-uns d'entre eux, la communication avec la mer n'existe plus. Ils ont subi constamment l'action des eaux météoriques, du débordement des rivières, d'écoulement par des canaux, ds dessèchement sans communication directe avec des eaux salées, et cependant leur condition ne s'est pas modifiée; ils ont toujours été terrains salants et le sont encore, et ne portent que la végétation caractéristique de ces terrains.
La première conclusion à tirer de cette observation générale est celle-ci : tout au moins l'entreprise de dessalement d'un terrain salant, tout au rebours de la création d'un polder, est un problème indéterminé. Que le dépôt de sel qui, par les eaux souterraines, entretient la salure soit voisin ou éloigné, on ignore sa puissance, et par conséon ne sait si c'est en dix, vingt ou trente années de submersion et de drainage ou d'épuisement qu'on en viendra k. bout. Sans doute des combinaisons rationnelles multiplient les années, et peuvent faire dans un temps limité ce que les siècles n'ont pas fait, à cause r'*» l'imperfection des écoulements qui n'étaient souvent que des écoulements de surface et n'agissaient que dans une faible mesure. Mais le problème n'en reste pas moins indéterminé, et les accidents inévitables et connus sont bien assez redoutables pour l'agriculteur, sans y joindre les déceptions de l'inconnu, la poursuite d'une chance heureuse.
La deuxième conclusion est qu'en tout cas on ne doit jamais tenter le dessalement de terrains depuis longtemps sans communication avec la mer à un niveau de plus de 7 mètres au-dessus de l'étiage de la Méditerranée et pourvu depuis longtemps d'écoulements invariables ; on ne peut raisonnablement tenter d'improviser ce qu3 les siècles n'ont pas fait, quand on ne peut augmenter que faiblement par des submersions temporaires l'effet des eaux douces sur les terrains salants. La troisième conclusion, tirée de l'examen du bassin géologique et