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LA VIGNE ET LA SÉCHERESSE

En automne, en hiver et au printemps, la vigne ne couvre pas le sol, et alors les rares pluies qui tombent sont vite enlevées par le vent et le soleil. Ce sont là des vérités qu'il faudrait connaître, et on ne veut pas se donner la peine de les étudier.

La spéculation se glisse aujourd'hui dans les questions agricoles aussi bien que dans les questions industrielles.

Nous croyons être très pratiques en cherchant à obtenir vite du sol la plus grande somme de produits. Mais ceux qui agissent ainsi se»pré occupent-ils de l'avenir? Nous ne le pensons pas.

Nous devrions voir plus haut et nous devrions comprendre que le sol n'est pas inépuisable, et que c'est reculer, au lieu de progresser, quand, par suite d'une sécheresse qui s'aggrave, nous sommes amenés a remplacer momentanément la vigne indigène parla vigne étrangère.

En résumé, il faut demander au gouvernement une enquête sérieuse.

L'administration supérieure devrait former une Commission dans laquelle on prierait des Espagnols et des Italiens d'entrer, car la question qui nous occupe a également le même intérêt pour l'Espagne, pour l'Italie et pour tous les pays qui entourent le bassin de la Méditerranée. Cette Commission aurait pour mission de savjir si cette fameuse maladie de la vigne n'a pas pour point de départ le manque d'eau, et subsidiairement de rechercher, si avec de l'eau appliquée environ tous les quinze jours, il n'est pas possible de faire vivre la vigne malgré la présence du phylloxéra.

Déjà dans le Congrès qui vient de se tenir à Montpellier, on a reconnu que dans les jardins potagers il était aussi facile défaire vivre la vigne française, qu'il était facile de faire vivre des légumes quand on se donne la peine de les arroser. Ce résultat, aussi vulgaire que pratique, a une très grande importance.

Dès lors, il ne s'agit plus que de faire une enquête pour savoir si la diminution de la richesse a^-ricole de notre région doit être attribuée à la diminution de la pluie : nous disons richesse agricole, puisque dans le Midi, on veut que viticole soit synonyme d'agricole.

Si cette cause est la véritable, il convient d'indiquer la manière de rendre la pluie plus abondante. Après les essais concluants obtenus depuis six ans à Villeneuvette, nous n'avons pas à prouver que la vigne peut être sauvée par l'eau, le problème que nous avons à résoudre et sur lequel nous ne saurions trop insister est celui-ci : Prendre les dispositions les plus sûres et les plus pratiques, pour augmenter le régime de la pluie, dans la région du midi de la France, par des reboisements et des irrigations; et comme conséquence combattre la tendance de nos viticulteurs qui ne cherchent le retour à la richesse que par la plantation exagérée de la vigne.

Je crois que c'est là la solution que nous devons demander.

Veuillez agréer, etc. Jules Maistre.

REVUE COMIIERGIALE ET PRIX GOURANT DES DENRÉES AGRICOLES

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