‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 442 sur 683 · DANS LA CULTURE DU NORD · texte numérisé non relu

DANS LA CULTURE DU NORD

Nous sommes unanimes à reconnaître que la situation pénible de l'agriculture, dans la région du Nord particulièrement, n'a pas pour unique cause l'inclémence passagère des saisons, mais que le trouble dont souffre notre industrie a au concontraire de profondes racines dans les révolutions économiques, qui insensible ment d'abord et complètement aujourd'hui, ont changé les conditions du travail et de la production agricoles.

Il serait étrange qu'un malaise dont se plaint la classe de la nation la plus nombreuse encore, malgré les pertes qu'elle ne cesse de subir, n'attirât pas l'attention des pouvoirs publics. Mais, sans méconnaître l'utilité et l'efficacité des mesures législatives que nous réclamions bien avant le régime actuel et que nous attendons toujours, malgré les promesse données, il est impossible de voir dans leur réalisation antre chose qu'un encouragement et qu'un palliatif incapable d'assurer à lui seul le retour de la prospérité.

C'est donc aux ressources intimes de notre art qu'il faut principalement demander les moyens de surmonter les difficultés de la situation.

On a d'abord cherché le remède dans un abaissement des prix de revient des principaux produits agricoles, et l'on s'est demandé si l'on pouvait obtenir ce résultat, soit en produisant davantage, soit en diminuant les frais de culture^ soit en ayant recours à ces|deux moyens à la fois.

Il est incontestable que les diverses applications à notre art des découvertes scientifiques nous donnent les moyens d'obtenir du sol des récoltes plus abondantes.

La chimie, par exemple, en nous faisant connaître avec précision les lois de la nutrition des végétaux et en nous indiquant les vertus fertilisantes de certains produits naturels ou labriqués, est de toutes les sciences celle qui aura le plus contribué au progrès, au soulagement de l'agriculture, et nous ne devons laisser passer aucune occasion de lui rendre justice. C'est elle qui nous donne le moyen le plus siir et le plus puissant d'augmenter notre production. Bien que cette science nous ait appris qu'il fallait le plus souvent demander à des formules bien raisonnées plutôt qu'à de fortes doses d'engrais les meilleurs résultats, il n'en est pas moins

[. Rapport lu à la Société des agriculteurs de France.

vrai qu'en généraf un emploi d'engrais plus considérable serait nécessaire pour augmenter les rendements. Mais peut-on demander dans ce sens un grand effort immédiat à une agriculture appauvrie et inquiète pour l'avenir? Il lui faudrait, dès aujourd'hui, d'importants capitaux, et ce n'est que progressivement et avec le concours indispensable de quelques bonnes années que cetto amélioration pourrait être obtenue.

Si, pour augmenter notre production, il est nécessaire d'employer plus d'engrais, il n'est pas moins indispensable de donner à la préparation du sol et à l'entretien des récoltes en terre des soins plus grands encore qu'auparavant. Il ne faut donc pas songer à diminuer le nombre ou la qualité des façons de culture, et sur ce point encore nous nous trouvons conduits à dépenser davantage.

Peut-on cependant, tout en multipliant et en perfectionnant les soins de culture, les pratiquer à moins de frais? Pressés par une nécessité plus impérieuse, le manque de bras, nous avons fait sous ce rapport de plus grands progrès que dans l'emploi des engrais, et la Société naiionale d'agriculture nous a rendu justice dans un rapport présenté au ministre, en disant que, depuis quelques années, l'outillage agricole avait été en France complètement transformé.

On se tromperait cependant si l'on pensait que l'usage des machines perfectionnées a produit toute l'économie annoncée par les théoriciens. Dans un travail fort intéressant publié cette année par un de nos collègues, M. Gratellier, il est dit que, sur les frais de moisson, l'économie obtenue par l'emploi des moissonneuses ne s'élève pas à plus de 10 francs par hectare. Toutes les personnes qui, dans le rayon de Paris, se servent régulièrement de ces machines, souscriront à l'opinion de M. Gatellier, et il suffira, pour laire cesser l'étonnement que cette déclaration pourrait faire naître dans quelques esprits, de comparer la faculté qu'offrent au fonctionnement des machines les faibles récoltes d'Amérique dont on sacrifie la paille, aux difficultés qu'elles rencontrent dans nos céréales plus épaisses, plus longues, et dont la pailh est un produit trop précieux pour n'être pas recueilli pour ainsi dire jusqu'aux racines. Avec les appareils à vapeur, on exécute, il est vrai, des travaux considérables tju'il serait difficile d'obtenir des animaux ; mais, au dire des praticiens, les opérations ordinaires de la culture ne reviennent pas moins cher par ce procédé que par les attelages. L'emploi de certains instruments, les semoirs, les houes à cheval, les faneuses, les râteleuses ont bien réalisé certaines économies, mais la possession de toutes les machines perfectionnées représente un capital considérable dont l'intérêt et l'amortissement ne laissent pas de tenir une place importante dans la comptabilité d une ferme. Ainsi, tout en appréciant les services incontestables rendus par les constructeurs et les importateurs de. machines agricoles, et tout en reconnaissant que nos travaux peuvent, dans certains cas, être désormais exécutés avec plus de célérité, est-il juste de faire observer que les applications delà mécanique à notre art nous ont surtout permis de suppl er à la main-d'œuvre qui nous faisait défaut, et de mettre un frein à ses exigences toujours croissantes; mais qu'elles nont pas amené en réalité une diminution des frais de culture et de récolte assez considérable pour changer la situation.

En somme, l'application au système de culture en vigueur des procédés scientifiques dont nous disposons amènerait incontestablement une plus grande production et, par conséquent, un certain abaissement dans nos prix de revient, mais elle exigerait une augmentation de capital ; et si ce remède est à la portée de quelques-uns, le plus grand nombre ne peut en disposer.

L'industrie, avant l'agriculture et sous la pression des mêmes circonstances, a du modifier son outillage et ses procédés, mais ces translormations coiàteuses ne furent réalisables que pour un petit nombre de riches particuliers ou d'associations, et l'on vit peu à peu diminuer le nombre de petits ateliers incapables de se reformer promptement et, par suite, de soutenir la concurrence de leurs puissants voisins. Le travail manufacturier s'est ainsi trouvé centralisé dans un petit nombre de grandes usines, et c'est fatalement- le spectacle que donnerait bientôt l'agriculture du Nord si, pour toute réforme, elle appliquait aux systèmes de culture qui dominent chez elle tous les moyens scientifiques que notre époque a découverts, et dont Dieu nous garde cependant de médire.

L'agriculture de la région du Nord ne peut-elle donc obtenir une diminution de ses prix de revient que par des procédés coûteux, inaccessibles au plus grand nombre, et cette économie dans les frais de culture que nous indi([uons comme le second moyen d'abaisser nos prix de revient, serait-elle impossible?

110 CHANGEMENTS A INTRODUIRK DANS La CULTURE DU NORD.

Quand on considère la culture de chaque plante en particulier, il est certain crue l'on ne voit guère de moyens delà laire plus éconoraiquen'ent sans s'exposer à abaisser les rendements de la récolte. Mais si l'on réfléchit que selon l'ordre dans lequel elles se succèdent, les diverses plantes n'-^xigent ni les mêmes frais de préparation, ni les mêmes quantités, ni la même nature d'engrais, le problème t hange de face, et la question des assolements nous paraît satisfaisante pour la majorité des cultivateurs.

Quelles sont donc les réformes que comporte la pratique des assolements?

De toutes les lois qui les régissent, les lois climatériques sont celles qui présentent le plus de fixité. Certains climats favorisent la production des herbages, d'autres celle des céréales. Chaque plante industrielle a le sien propre. Tel climat convient bien aux forêts et aux pâturages, tel autre aux cultures arbustives. L'expérience leur a depuis longtemps assigné leurs limites, et il serait téméraire d'y rien changer.

Il y aussi des lois physiologiques dérivant de la nature du sol, de la nécessité de l'ameublir et de le nettoyer, et de l'obligation de l'entretenir clans un état de fertilité suffisant, si l'on veut que les diverses cultures y puissent prospérer. Nos pères, cjui n'avaient comme moyen de restitution que le fumier et c[uelques déchets industriels, et qui ne'possédaient, pour la préparation de leurs terres, que des instruments imparfaits, attachaient, à l'observation de ces lois, une grande importance, et l'ordre dans lequel, pour y satisfaire, les plantes devaient se succéder sur le même terrain, avait fait l'objet des travaux des plus grands agronomes

Mais aujourd'hui nous connaissons le secret des prétendues sympathie ou antipathies de spbntes les unes pour les autres, nous savons avec une approximation suthsante quelle nature d'aliment convient à chacune d'elles sur un sol d une composition donnée et cfuelle cjuantité de nourriture elle exige. Nous pouvons nous procurer des produits minéraux et des produits chimiques capables, à défaut de fumier, de satisfaire aux besoins de toutes nos cultures. Nous ne craignons plus de faire succéder les unes aux autres des cultures dites épuisantes, pane C[ue nnus connaissons exactement les causes de cet épuisement et c[ue nous avons généralement les moyens d'y remédier. Nous pouvons désormais , sans dommage, faire succéder une céiéale à une autre, parce cju'il nous est possible de satisfaire à leur grande exigence en azote, et les légumineuses, qui ne pouvaient plus revenir sur le même terrain qu'à de lont;s intervalles, y réu^^siront comme autrefois, c[iiand nous serons parvenus à rendre aussi bien aux couches inférieures du sol qu'aux couches supérieures les éléments minéraux qu'elles n'y trouvent plus et dont elles sont avides.

Nous avons aussi des instruments plus puissants et mieux construits pour ameublir nos terres et les préparer sans 1^ secours de la jachère, et nous pouvons désormais débarrasser des plantes adventices les céréales elles-mêmes, presque aussi bien que les plantes Srirclées.

Quand on peut acheter des engrais autant qu'il est besoin et à des prix convenables, disait M. de Gasparin, l'assolement, sous le rapport de la nutrition des plantes, est entièrement libre. Aussi ces lois physiologiques des assolements autrefois si sévères sont-tlles aujourd'hui bien souvent transgressées et jouissonsnous, pour nos successions de culture, d'une liberté que bien peu de nos devanciers ont connue. Cette liberté peut même être poussée jusc^u'aux dernières lim ites, puisque l'Angleterre nous lournit l'exemple d'une ferme cultivée avec succès depuis vingt ans, presque uniquement eu céréales, sans fumier, et avec le seul concours des engrais chimiques. Des savants ont même certifié c{ue ce système, C[ui eût jadis, avec les moyens dont on disposait, passé à bon droit pour impraticable, n'avait diminué en rien la fertilité primilive du sol. Dans certaines fermes industrielles, l'assolement est aussi d'une simplicité extrême, betteraves et blé, et donne également de bons résultats. M. Vandercolme, avec sa succession triennale, herbe, betterave, blé, produit assez de fumier pour se dispenser d'acheter des engrais, et déclare avoir augmenté tous ses rendements. On voit donc cju'en réalité, les assolements les plus dissemblables donnent au|0urd'hui, lorsqu'on a soin d'observer les lois chimiques de la nutrition des plantes, des récoltes égale ment bonnes

Mais si les plantes peuvent désormais se succéder, grâce aux notions exactes cjue nous avons de 'eurs exigences chimic[ues, dans un ordre à peu près indifférent, il y aura toujours des cultures plus ou moins dispendieuses. Aussi les asso-

lements, dans lesquels entrent en grande proportion les prairies permanentes ou temporaires, exigent certainement moins de frais de culture, moins de maind'o'uvre, et des engrais moins azotés que ceux où dominent les plantes industrielles, et ils peuvent, avec autant de succès que ces derniers, servir de base à la culture des céréales. Les premiers sont tout indi (ués pocr les contrées où la main-d'œuvre est rare et les capitaux pou abondants, les seconds s'appliquent mieux aux pays riches et populeux. Dans quelle mesure l'agriculture du Nord deviait-elle recourir aux cultures lourragères pour diminuer ses ('rais d'exploitation? C'est une question ([ui demande une sérieuse étude et qui ne peut être que signalée pour le moment.

De tons temps, les considérations d'ordre économique, le capital dont on dis pose, les avances exi^'ées par les diverses culture:^, les ressources du pays en main-d'œuvre, les débouchés et la valeur des produits ont exercé une grande iniluence sur le choix des assolements, mais elles n'ont jamais été aussi prépondérantes qu'aujourd'hui. C'est pour n'en avoir pas tenu un compte suffisant que bien des cultivateurs ont éprouvé des déceptions. Séduits par les excellents résultats que ci'itains systèmes de culture donnaient dans d'autres pays ou ciiez leurs voisins mômes, ils ont adopté des assolements semblables sans réfléchir qu'ils se trouvaient dans des conditions de capital, de main-d'œuvre et de débouchés toutes différentes. Ainsi n'est-ce pas avec un entraînement souvent regrettable que la culture de la betteiave à sucre, sur une très grande échelle, a été adoptée dans certaines fermes delà région du Nord ? On a cru que cette culture, qui avait autrefois donne une si grande prospérité à la Flandre et aux i égions voisines, devait produire partout et toujours les mêmes effets. Pour alimenter l'industrie sucnère qui quittait son pays natal parce qu'elle s'y trouvait déjà en souffrance, et qui se présentait avec la liste séduisante des bienfaits dont elle disait le Nord redevable envers elle augmentation des salaires, des loyers, des recettes du Trésor, production plus grande de blé et de viande, on a augmenté le capital de culture, créé un matériel d'un amollissement très lourd, recherché un personnel plus nombreux dans des pays où la dépopulation allait croissant. A quel résultat ont conduit trop souvent tous ces efforts? A donner un produit de peu de valeur sous un poids considérable, un produit qui doit être utilisé dans l'espace de trois mois, et dont la récolte est souvent difficile parce qu'elle se fait dans une mauvaise saison, à obtenir enfin une marchandise dont le transport est excessivement coûteux et qui, par suite, ne peut se vendre que dans un rayon restreint, et un petit nombie d'acheteurs. C'est alors que le mirage d'un produit brut plus élevé a disparu devant la réalité d'un bénéfice presque toujours négatif.

Quand, au contraire, la culture de la betterave a été faite pour alimenter des usines existant dans les fermes mêmes, des distilleries, par exemple, les résultats ont été bien différents En convertissant sa betterave en alcool, le cultivateur a donné à un j roduit immédiat de sa culture un prix plus élevé, une forme plus négociable et accessible à un plus grand nombre de consommateurs. Il a diminué ses frais de transpoit, il a enfin recueilli une certaine partie des bénéfices que prélèvent les industries iotermédiaires entre le producteur et le marchand.

Ainsi les cultures industtielles, qui exigent en général de gros capitaux, ne sont profitables qu'aux agriculteurs qui peuvent manufacturer eux-mêmes leurs produits ou ;u'à ceux auquels le voisinage immédiat des usines donne des avantages particuliers. Pour les cultivateurs ([ui ne se trouvent pas dans ces conditions, c'est à la culture de plantes moins exigeantes en engrais et en main-d'œuvre qu'ils doivent avoir recours; en un mot, c'est une plus grande place qu'ils doivent donner dans leurs assolements aux plantes fourragères.

Quant à la culture des céréales, que l'on peut aussi bien combiner avec celles des plantes fourragères, nous n'en projjoserons pour la région du Nord ni l'abandon ni même une importante diminution.

Si une région, en France, se prête bien en effet à cette culture sous tous les points de vue, c'est celle-là. Le sol, dans la plupart des cas argilo-siliceux, y donne d'excellentes récoltes de blé avec des appoits d'azote modérés Les éléments minéraux, acide phosphorique, potasse, chaux, n'y sont pas généralement en quantité suffisante, mais ce sont les engrais hs moins chers, et il est bien rare que tous les trois y fassent défaut à la fois. Le climat n'en est pas en hiver aussi dur que celui de l'Est, ni aussi humide que celui de l'Ouest. Le terrain peu accidente et la couche végétale suffisamment profonde se prêtent bien à l'aclioii des instruments puissants et perfectionnés.

Qiian 1 une région produit en moyenne de 22 à 25 hectolitres de blé à l'hectare, lorsque le rendement de toute la France n'est que de 14 ou 15, ses aptitudes à la culture du blé sojit bien évidentes, et il est permis de penser qu'il suffirait de (juelques efforts pour élever encore sa production.

Autour de Pans, et depuis la capitale jusqu'aux frontières du Nord et de l'Est se trouvent concentrées, pour la défense du territoire, de grandes masses de cavalerie. La paille, produit important des céréales, trouve donc dans cette région des marchés plus nombreux que dans celles du Centre. Le blé d'ailleurs est encore un des produits agricoles dont le prix spécifique est le plus élevé et dont la conservation présente le moins de dilfi culte.

Mais, pour que la culture du blé soit profitable, il faut l'associera d'autres cultures qui viennent prendre leur part des frais généraux si considérables dans les fermes et qui soient elles-mêmes rémunératrices. Quand la culture du blé avait pour base la jachère pure, la récolte de cette céréale devait supporter les frais généraux de deux années. C'est pour y remédier que la jachère fut remplacée par des cultures diverses qui prirent leur part de frais généraux pi'oportionuellement à leur étendue, et qui souhigèrent d'autant le compte du blé. Ces cultures intercalaires, qui donnaient autrefois des profits, se trouvent aujoui'dhui, par suite de circonstances diverses, ne pas payer leurs frais. Le déficit est donc reporté au compte du blé, sous prétexte que cette céréale profite des grandes dépenses d'engi'ais et de façons que les cultures précédentes ont exigées. Faire que les cultures intercalaires, industrielles ou fourragères, donnent par elles-mêmes des bénéfices, telle est la situation économique de la question du blé. Or, comment obtenir ces bénéfices?

Les produits immédiats du sol ne sont, dans la plupart des cas, guère avantageux en eux-mêmes. Ils ont peu de valeur sous un poids considérable, et ils ne peuvent en acquérir qu'en subissant plusieurs ti^ansformations et qu'en passant par les mains d'un certain nombre d'intermédiaires. Mais l'agriculteur r[ui, au moyen d'un, procédé industriel, donne lui-même à ses principaux produits une forme recherchée par une plus grande quantité d'acheteurs élargit son marché, il profite des bénéfices que doit donner une fabincation bien conduite et conserve tous les déchets et produits accessoires dont beaucoup ont comme engrais ou nourriture du bétail une valeur importante.

Les cultures fourragères, qui, dans la situation actuelle, conviennent au plus grand nombre d'agriculteurs parce qu'elles exigent des moyens moins coûteux, ne seraient pas plus avantageuses que les cultures dites industrielles, si elles n'avaient pour but que la production des fourrages en eux-mêmes. La vente directe des produits fourragers n'est en etïet possible que dans des conditions particulières de proximité de certains contres de consommation, et, pour que, dans la plupart des cas, ces produits deviennent rémunérateurs, il faut leur donner, au moyen des animaux, la forme de viande ou de lait.

Mais tandis que la viande peut s'expédier à d'assez grandes distances sous forme d'animal vivant, le lait, matière d'une conservation locale, ne sulfil pas à son écoulement, et le cultivateur est obligé pour le placer de recourir à des intermédiaires. C'est alors que la fabrication du beurre ou du fromage vient s'imposer.

Ce n'est donc pas seulement dans une production plus gr-ande ou plus économique qu'il faut chercher le soulagement aux souffrances de l'agriculture, mais c'est surtout dans une meilleure utilisation de ses produits au moyen de transformations industrielles réalisées par les cultivateurs eux-mêmes et non par d'autres. Les résultats de la culture proprement dite sont devenus, sous l'influence de la concurrence universelle, tellement aléatoires aujoui'd'hui, que le cultivateur, pour rendre sa situation moins précaire, se trouve conduit à pratiquer des industries annexes dont la prospérité dépende de causes plus coerxibles.

Messieurs, s'il est facile d'indiquer le sens général des réformes à accomplir, leur application prescrite au contraire de grandes difficultés. Aucun art n'est pratiqué dans des conditions économiques plus variées que l'art agricole, et aucun ne demande par suite plus de variété dans les procédés. Ce ne sont donc pas des théories qui peuvent donner la solution d'un problème aussi complexe, mais c'est de la connaissance et de la discussion des tentatives de réforme, heureuses ou malheureuses, faites par nos contemporains, que l'on doit tirer un enseignement profitable.

L'application des réformes les plus séduisantes et les plus justes en théorie est

toujours hasardeuse quand aucune expérience préalable ne guide ceux qui les entreprennent.

Afin de sortir d'une position pénible et inquiétante, des agriculteurs plus actifs et plus hardis que les autres ont en France comme à l'étranger essayé de transformer leur système de culture en leur donnant pour but des spéculations industrielles on commerciales déjà connues, ou tout à fait nouvelles. Quidquns-unes de ces tentativesont déjà été signalées au mondi agricole, mnu le p'.m grand nombre, f;iit:es par d'obscurs pionniers du progrès, reste encore inconnu.

Nous pensons qu'il y aurait un intérêt capital à ce qu'elles fusscnf recherchées et signalées plus activement. Nous voudrions que la Section d'agricnUure prît sur ce point l'initiative d'une enquête semblable à celle qui adonni de si heureux résultats touchant les prairies temporaires à base de graminées, et nous voudrions que cette enquête ïùt permanente.

Dans ce dossier qui devait rester toujours ouvert, parce qu3 chaque jour apporte des faits nouveaux, chacun viendrait puiser ses iuspiration-;, reconnaître les réformes les plus facilement a[iplicables et les plus avantageuses dan^ la situation où il se trouve, et l'expérience de quelques-uns servirait à éclairer le plus grand nombre.

C'est pourquoi nous proposons à la Section de commencer le plus tôt qu'il sera possible une enquête sur les transformations nouvelles subies par les divers systèmes de culture dans la région du Nord, afin de réunir les éléments d'une discussion qui pourrait alors être mise à l'ordre du jour de la session de 1884.

A. Brandin.

LA YiaNE ET LA SÉCHERESSE

Monsieur le rédacteur, j'ai lu, dans votre Journal du 17 mars, deux cirticles, l'un sur la réunion qui vient d'avoir lieu à l'Ecole d'ai^riciiliure de Montpellier, où l'on assure que le seul moyen de salut pour le Midi consiste à planter des vignes américaines.

L'autre, de M. Jules Serret, où il est dit : « La disparition des forêts a eu pour conséquence la suppression des sources, et, dans nos terrains tertiaires, si peu perméables, la stérilité des prairies dans les vallées, et ia gêne dans les m^naiiçâs, po;ir ralim3ntation des individus et du bétail. Ces causes d'insalubrité ont réagi notablement dans les cantons déboisés où la vigne domine. »

Le premier conseil indique la plantation des vignes américaines comme étant le meilleur remède.

Le deuxième indique, au contraire, le déboisement et l'exagération delà culture de la vigne comme* ayant amené la maladie, la dépopulation et l'infertilité du sol.

Je crois que l'auteur du deuxième est entièrement dans le Vrai.

Ne serait-il pas possible de donner à nos cultivateurs des idées plus arrêtées sur ce qu'il convient de faire?

Ne pourrions-nous pas leur conseiller de se laisser moins séduire par ceux qui subissent ou acceptent l'inlluence de la mode, même dans les questions agricoles?

C'est être victime d'un engou3ment passager et frivole dans les questions agricoles, que d'abandoimer les règles les meilleures et les plus fondamentales de toute bonne agriculture pour se lancer brusquement dans des innovations qui n'ont pas fait leurs preuves.

Que penser d'un peuple qui, vivant dans un pays sec où l'eau est un des premiers éléments de fertilité, au lieu de chercher à s'en procurer, travaille à déboiser les montagnes, et, au lieu de couvrir les plaines et les collines d'une belle végétation, fait tout le contraire.

La vigne n'a une belle végétation qu'en été, c'est-à-dire à une époque de l'année où les pluies ne tombent pas.

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