V. — La greffe de la vigne
Les efforts pour la reconstitution des vignes par la greffe des cepages français sur cépages résistant au phylloxéra, deviennent de plus en plus énergiques dans un grand nombre de départements. Aux concours de greffe qui ont eu lieu déjà en 1883, il faut en ajouter un qui est organisé par la Société centrale d'agriculture de la Savoie. Sur ce sujet, nous recevons de son président, M. Pierre Tochon, la note suivante :
« Un concours de greffe de vignes, organisé par la Société centrale d'agriculture du département de la Savoie, aura lieu le dimanche 20 avril^ à midi, sur une vigne mise à la disposition de la Société par le D'' Dénarié. Ce concours sera précédé d'une conférence de M. le baron Perrier de la Bâtliie, eur les divers systèmes de greffes préconisés, sur cell 'S qu'il faut préférer, sur la manière d'opéi'er pour en assurer la réussite; enfin, sur Ravaleur et l'application des diverses machines à greffer dont on fera l'application pratique.
« Seront admis à concourir tous les propriétaires-cultivateurs, vignerons et jardiniers du département qui en auront fait la demande au président de la Société, avant le 28 avril.
« Chaque concurrent exécutera, après la conférence, avec des greffons américains, de 10 à 20 greffes boutures à la greffe anglaise, pratiquées à la m.ain ou avec les machines mises à leur disposition. Les boutures et les greffons seront fournis par la Société, ainsi que le raphia pour ligatures.
« Les concurrents se muniront de leurs instruments à main; ils seront admis à appliquer, hors concours, d'autres systèmes de greffe que ceux ci-dessus indiqués.
« LaSociélé d'agriculture distribuera deux espèces de récompenses : l'une consiste en greffons des plants américains les plus recommandés et aura lieu immédiatement après le concours; la distribution eu sera faite à tous les concurrents qui en feront la demande; l'autre consiste en primes en argent, variant de 5 à 15 francs; la prime sera remise aux concurrents les plus méritants, lorsque le jury aura pu s'assurer de la proportion de réussite de leurs greffes. »
V Indépendant de la Charente-Inférieure rend compte, dans l^s termes suivants, du concours de greffe de la vigne, organisé par le Comice agricole de Saintes, qui a eu lieu le 15 avril :
« Le jury était composé de : 1" M. Boisgiraud, vice-président du Goiuice pour le canton de Gemoznc, nommé président; 2° M Boudet fil^, délégué de la Société d'agriculture dAngoulême; 3" M. Boulin (Victor), horticulteur à Saintes; 4» M. Fromaget, conducteur des ponts et chaussées à Saintes; 5" M. Ghausserouge, propriétaire, trésorier du Comice, à Colombiers, nommé secrétaire rapporteur j 6° M. Frédéric Bouyer, propriétaire viticulteur à Burie.
« Trente concurrents s'étaient rendus à l'appel de cette Société; après avoir tiré au sort leurs numéros d'ordre, ils se sontiangés devant de grandes tables, installées dans les magasins de l'ancienne Société viticole, puis sous la surveillance des membres du jury qui notaient le mode de greffage, de ligature et d'englument, l'outil (serpette ou machine), et le temps employé par chaque concurrent; ils ont fait les 20 greffes sur table (10 sur simples boutures, 10 sur racines) exigées par le programme. Ces greffes ont été réunies par paquets numérotés et confiées aux soins de M. Boutin, qui a dû les faire planter dès le lendemain avec tous les soins désirables.
« On s'est alors rendu à la plantation américaine des cantons de Saintes, située tout près, et chaque concurrent y a greffé dix ceps ayant un an de plantation. Un public nombreux et attentif a suivi les différentes opérations du concours, chaque greffeur était le centre d'un groupe de curieux désireux d'a[)prendre. Il y avait là des viticulteurs et des propriétaires des deux Gharentes et de la Vienne ; nous y avons rencontré M. le sous-préfet de Cognac, grand propriétaire dans le Lot; il se faisait donner une leçon de greffe par le brigadier, chef des quatre greffeurs que le Comité central a fait venir dans notre département.
« Le Comice agricole les avait envoyée au concours pour les faire professer pratiquement et publiiiuement, ce qu'ils taisaient de leur mieux dans un coin de la plantation. Ils ont été la great aUraction de la fête. Somme toute, bonne journée pour les agriculteurs charentais; ils ont pu se convaincre que la greffe n'était pas une opération compliquée, et qu'il n'y avait pas là un empêchement pour la reconstitution de nos vignobles sur souches américaines.
a Dacs quelque années tous nos vignerons saïu'ont greffer, alors on replantera hardiment et nous pourrons revoir nos coteaux couverts de verdure et, ce qui sera non moins agréable mais plus positif, nos cuves se remplir; nous saurons gré alors aux sociétés agricoles des efforts qu'elles auront faits pour hâter cette époque. Souhaitons que toutes celles de notre département remplissent aussi vaiL lammenc leur lâche que notre Comice. Depuis longtemps il est sur la brècne : il a déjà créé des pépinières américaines dans les cantons de Saintes, Pons, Gemozac, Cozes et Saujon, et nous espérons bien, l'an prochain, en voir à Burie 'et h Saint-Porchaire. Si son exemple avait été suivi, la grosse question de l'adaptatiiii serait déjà en partie résolue, c'est le seul point encore un peu obscur et qui eu fait hésiter beaucoup. »
Nous sommes heut-eux^ poarnotre part, de rendre justice aux efforts du Comice de Saintes qui, depuis de nombreuses années, travaille avec ardeur à l'étude de taus les moyens propres à enrayer la mardi ;> du fléau.