VI. — U ensilage clts fourrages verts
Il a été, de nouveau, question de l'ensilage des fourrages verts dans la Section d'agriculture, pendant la dernière session de la Société des agriculteurs de France. Des observations intéressantes ont été apportées par plusieurs agriculteurs, notamment par MiVI. de Gbezelles et Tarneaudqui pratiquent aujourd'hui cette méthode de conservation des fourrages sur une grande échelle, La publication des procès-verbaux de ces séances ayant été faite dans les derniers Bulletins de la Société, M. Goffart a jugé utile d'adresser à M. le marquis de Dampierre, président de la Société, une lettre dont il nous communique le texte. Nos lecteurs liront cette lettre avec intérêt :
« Monsieur le président, l'état de ma santé m'ayant empêché de prendre pan aux travaux de la dernière se^sion, je n'ai pii assister aux séances de la Sectiou d'agriculture ; mais j'en trouve le compte rendu dans le BuHeiin, page 206, n° du V' avril, et j'y lis cette assertion que la pratique del'ensilHge des lourrages verts, employée en Autriche, nous a été révélée par M. Vilmorin en 1870, et que les personnes qui, par leurs travaux pratiques ou leurs publications, ont ouvert la voie en Fiance, sont MM. Lecouteux, Guffart, comte Rœderer, etc.
« Je viens vous demander la permission de rétablir l'histoire réelle des phases par lesquelles est passée cette invention que je crois avoir le droit de revendiquer complètement pour moi.
ce Sans nier les efforts qui ont été faits en Autriche, pour arriver à conserver les fourrages verts, je dois d'abord, rappeler que j'ai .commencé dès 1852 sur ma ferme de Burtin, en Sologne, à attaquer le problème et à en chercher la solution,, Les méthodes autrichiennes et les premières méthodes que j'ai emfdojées ne donnaient que des résultats incomplets; une partie du fourrage était détériorée et était incapable de servir de nourr ture au bétail.
ce Le problème de la conservation complète et absolue des fourrages verts n'a été résolu que le jour où je suis arrivé à hacher le maïs et les autres fourrages et à les soumettre dans le silo à une pression continue, à l'aide de pierres, de madriers, ou de tous autres matériaux lourds. C'est l'application de cette métkode seule quia permis la propagation rapide de l'ensilage en France et dans les autres pays. Or, cette découverte m'appartient complètement. Elle n'a pas été pratiquée en Autriche avant moi, et personne n'en avait eu l'idée, en France. C'est ce que M. Lecouteux a d'ailleurs reconnu dans le n" du 24 décembre 1874, du Journal d'agriculluie pratique :
« Je crois dit-il, que M. Goffart est le premier, en France, qui soit entré réso- « lument dans la voie du hachage du maïs. Il était organisé pour cela. Cette « année, il n'avait pas hésité, faute d'eau pour sa turbine, à louer une machine « à vapeur pour faire son hachage sur le Lord du silo. J'ai vu ses gigantesques « maïs sur pied. J'ai assisté à l'un des repas de ses vaches. J^i puis attester que le « maïs ensilé est un grand régal pour elles. J'ajoute que M. Goffart, avant d'enta- « mer ses silos, a fait consommer, jusqu'au 15 décembre courant, c'est-à-dire « jusqu'après les gelées, du maïs laissé à cet eflet sur pied en plein champ et « coupé au jour le jour pour le besoin de ses étables. »
a Plusieurs revendications ont été élevées contre cette invention, mais elles ont àù s'arrêter devant l'évidence des faits. J'aiiçais pu, pendant nombre d'années, faire successivement connaître les tentatives auxquelles je m3 livrais; mais je m'en suis bien gardé, et je n'ai parlé que lorsque j'ai été en possession d'u'je méthode sûre, applicable partout, et aujourd'hui partout appliquée, ainsi que les faits le . prouvent tous les jours. Sans doute, tout est perfectible, et plusieurs agriculteurs distingués rnt travaillé à perfectionner les procédés d'ensilage et aies généraliser; mais, les principes fondamentaux restent ceux que j'ai posés et que j'ai rappelés plus haut.
« Ce n'est pas, Monsieur le président, mix par un sentiment de vaine gloriole que je parle ainsi. Mais je tiens à cœur à ce qu'il soit démontré que la pratique rationnelle de l'ensilage est une métiiode française, livrée de toutes pièces à tous ses conlrères par un agriculteur français. C'est ce que reconnaissent aujourd'hui les agriculteurs de tous les pays.
« Vous avez probablement lu récemment dans le Journal de Vagrlculture le compte rendu du Congrès des agriculteurs pratiquant l'ensilage, qui a été tenu à New-York, et vous y avez vu avec quelle chaleur ils expriment leur reconnaissance envers l'agriculteur français auquel est due cette méthode. Les mêmes sentiments ont été exprimés plus récemment à Chicago, dans un autre Congrès. Le rapport officiel du délégué américain, D'' Edward Knight, membre du jury de la classe 76 à l'Exposition universelle de 1878, rend hommage à ma découverte.
ce Faut-il citer aussi les publications faites en Angleterre, où un grand mouvement se produit aujourd'hui en faveur de l'ensilage? Les revues agricoles, les grands journaux politiques, les sociétés agricoles, les sociétés savantes, agitent la question, et presque chaque jour je reçois de nouveaux témoignages de sympathie et de reconnaissance. Je n'en suis fier que parce que j'y trouve un hommage rendu à 1 agriculture française.
« Veuillez agréer, etc. A. Goffart. »
Nous ne croyons pas utile d'ajouter de nouvelles réflex^ions à celles qui ont paru dans nos numéros des 3/17 et 31 mars dernier. La valeur pratique de la méthode n'est plus discutée nulle part; son succès s'affirme de plus en plus dans tous les pays où elle est appliquée. Récemment, en Angleterre, M. Rogers a donné, devant la Société des arts, un exposé complet des excellents résultats obtenus en Amérique; cette note et une publication de M. Th. Christy ont été le point de départ d'une agitation qui s'est propagée dans toutes les îles Britanniques et qui continue actuellement. Dans un prochain numéro,
nous publirons une traduction du Times, de Dublin, en date du 3 avril, qui montre combien la question est aujourd'hui vivace chez nos voisins de l'autre côlé de la Manche.