XV. — Concours agricoles dans Seine-et-Olse
Le concours annuel du Comice agricole de Seine-et-Oise, fondé en 1834, aura lieu cette année, sous la direction de son président, M. H. Besnard, le dimanche 10 juin, à Puiseux-lès-Louvres, canton d'Ecouen, arrondissement de Pontoise, sur les terres de la ferme de Puiseux-lès-Louvres, cultivées par M. Boisseaux, membre du Comice. On pourra s'y rendre par le chemin de fer du Nord, station de Louvres (ligne fie Paris à Creil) . Les demandes à concourir doivent être adressées à M. Barthéleni} Cuinet, secrétaire-adjoint du Comice, à Neauphle-le- Château, pour les concours donnant lieu à des visites, avant le 1 5 mai ; pour les prix de moralité, avant le 24 mai; pour le labourage, les animaux, les produits agricoles et horticoles, les instruments, les déclarations seront reçues jusqu'au 10 juin, avant dix heures du matin, sur le champ du concours.
Le Comice d'encouragement à l'agriculture de Seine-et-Oise tiendra son concours annuel à Houdan le 8 juillet. Le champ mis à la disposition du Comice par la municipalité est à peine à 200 mètres de la gare de HouJan. Une exposition d'animaux de basse-cour et de tous les appareils d'incubation et d'élevage sera annexée au concours. De nombreuses récompenses seront accordées à cette industrie qui a une si grande importance dans cette partie du département. Le prix d'honneur, consistant en un objet d'art, est offert par la Société nationale d'encouragement à l'agriculture.
XVI. — Concours du Comice de Seine-et-Marne. Le concours annuel du Comice des arrondissements de Melun, Fontainebleau et Provins aura lieu le 3 juin prochain. C'est dans ce concours que sera décerné le prix d'honneur départemental consistant en un objet d'art de la valeur de 1 ,000 francs et une prime de 500 fr. Ce prix sera décerné dans l'arrondissement de Provins. Les agriculteurs de cet arrondissement qui désirent concourir doivent en aviser M. Georges Pierrotet, secrétaire général des concours. En outre, un prix pour moyenne culture, consistant en un objet d'art d'une valeur de 250 francs et une somme de 500 francs, sera décerné aux agriculteurs dirigeant une exploitation de 10 à 40 hectares. Tous les cultivateurs de l'arrondissement de Provins, membres du Comice ou non, peuvent concourir pour le prix d'honneur départemental et pour le prix destiné à la moyenne culture. Les déclarations devront être adressées avant le 18 mai.
XVn. — Le laboratoire municipal de Paris.
A plusieurs reprises, nous avons dû signaler les dangers résultant de la publication des bulletins du laboratoire municipal de Paris, bulletins rédigés avec une telle légèreté qu'ils font peser sur l'ensemble du commerce français des doutes injurieux, et dont nos rivaux des antres pays ont su s'emparer avec habileté. Nous avons dû également protester hautement contre la prétention sortie de ce laboratoire relativement à l'emploi de la drèche dans la nourriture des vaches laitières. Aujourd'hui nous devons signaler une étude approfondie de M. H- Peliet, chimiste, sur les travaux du laboratoire municipal. La première partie est exclusivement consacrée à la question de la drèche; la deuxième partie, aux principales denrées alimentaires, et notamment aux vins. M. Peliet démontre que la plupart des allégations du laboratoire municipal de Paris ne reposent sur aucun fait scientifique. On peut se procurer la brochure de M. Peliet, chez l'auteur, 5, rue Fénelon, à Paris ^
XVIIL— La culture du panais.
A l'occasion d'un article de notre collaborateur, M. de La Morvonnais, sur les légumes de grande culture en Bretagne, nous recevons de M. Le Bian, agriculteur à Lambézellec, près Brest (Finistère), la lettre suivante :
« Monsieur le directeur, je viens de lire avec toute l'attention qu'il mérite, l'article que M. de La Morvonnais a consacré aux légumes de grande culture en Bretagne^ dans le n° 725 (mars 1883) de votre estimable Journo/.
« Tout en rendant justice au talent de l'écrivam et tout en lui sachant gré d'avoir parlé enicxcellents termes, de la tentative désintéressée de ma propagande en faveur de la culture du panais, je proteste de toutes mes forces contre ce qu'il' appelle (et cela sans preuves) la non-rémsite de ma propagation, qui, suivant lui tient à l'absence des conditions climatériques spéciales et à celles du sol et des engrais appliqués aux panais tant dans le Nord-Finistère qu'aux îles deJersnj et de Guernesey. Ce sont là des assertions bien témérairement hasardées et auxquelles il manque une démonstration; pour les infirmer, pour répondre péremptoirement aux erreurs qu'elles contiennent, il suffit de jeter un coup d'œil sur la 15*^ édition de ma bi ochure consacrée à la culture des panais et dont je me fais un devoir et nn véritable plaisir de vous envoyer un exemplaire. Il contient, comme vous pouvez le voir, de nombreux rapports qui donnent un démenti formel aux assertions de M. de La Morvonnais.
a Inutile de vous faire remarquer que je me serais fait un crime de n'y avoir pas inséré les rapports inédits et nouveaux beaucoup plus nombreux encore que
ceux qui sont déjà livrés à la publicité, et dans tous on y chercherait vainement quelques documents pour appuyer les erreurs de M. de La Morvonnais. « Agréez, etc. Le Bian. »
Nous rappellerons que, de 1874 à 1879, M. Le Bian a répondu à 5,070 demandes de graines de panais, et que la culture de cette plante a été essayée dans tous les départements français et dans une dizaine de pays étrangers; *i30 rapports adressés à cet ardent propagateur sur la récolte de 1 878 ont constaté la réussite de cette plante fourragère dans le plus grand nombre des circonstances. XIX. — Élection à la Société nationale d'agricalture.
Dans sa séance du 25 avril, la Société nationale d'agriculture a procédé à l'élection d'un membre étranger dans la Section de grande culture. Sur 43 votants, M. Julius Robert a été élu par 42 suffrages. Agriculteur et fabricant de sucre à Seelowitz, M. Robert est l'inventeur du procédé de la fabrication du sucre par la' diffusion, procédé auquel la sucrerie doit la plus grande part des progrès qu'elle a réalisés dans toute l'Europe depuis près de vingt ans. La vaste exploitation qu'il dirige est une des plus remarquables et des plus productives de l'Autriche; elle est considérée à juste titre comme un des plus beaux modèles de l'agriculture moderne. J.-A. Barral.
SÉANCE DQ 20 AVRIL 1883. — Extrait du Journal officieL
Le conseil supérieur de l'agriculture s'est réuni le vendredi 20 avril courant, à 4 heures de l'après-midi, sous la présidence de M. Méline, ministre de l'agriculture.
M. Méline a ouvert la séance en demandant à MM. les présidents des commissions nommées dans la dernière séance du conseil supérieur de vouloir bien donner un aperçu de l'état de leurs travaux. M. le ministre a fait savoir au conseil qu'une de ces commissions, la commission des tarifs de chemins de fer, s'est livrée à une étude approfonlie des tarifs intéressant l'agriculture, et lui a remis sur cette question un travail très important qu'il a communiqué à son collègue des travaux publics. M. Méline a ajouté que l'agriculture pouvait être assurée de trouver dans son collègue des travaux publics un avocat convaincu, auprès des compagnies de chemins de fer, avec lesquelles il négocie en ce moment; il s'est plu à reconnaître, du reste, que les compagnies paraissaient disposées à tenir compte des légi^mes revendications qui leur étaient soumises. Il n'y a encore là, a dit M. Méline, que des espérances, mais j'ai pensé que vous les eûregistreriez avec plaisir.
MM. Teisserenc de Bort et Boussingault ont ensuite rendu • successivement compte des travaux de la commission de représentation des intérêts agricoles dans les départements et de la commission de répression des fraudes commises dans le commerce des engrais.
Sur la proposition de M. le ministre, le conseil a procédé ensuite à l'élection de k vice-présidents. — Ont été élus : MM.-Teisserenc de Bort, sénateur; Dumas, membre de l'Institut; Paul Devès, député; Foucher de Gareil, seDateur.
Le conseil a abordé l'examen des rapports de la commission de viticulture.
Le premier de ces rapports, celui sur lequel la discussion s'est ouverte immédiatement, avait trait, d'une part, à l'utilité plus ou moins grande du maintien du prix de 3(j0,l00 francs otîert par la loi à l'inventeur d'un procédé de destruction du phylloxéra, et, d'autre part, tendait à démontrer la nécessité d'étendre aux vignobles français les avantages réservés par la loi aux terrains susceptibles d'êLre soumis aux opérations de drainage. M. Dumas, président de la commission de viticulture, a soutenu devant le conseil les conclusions de ce rapport.
Il a fait remarquer, en ce qui concerne le prix de 300,000 francs, que cette récompense n'avait jusqu'ici produit aucun résultat utile et n'a eu d'autre effet que d'éveiller les convoitises de milliers de personnes qui, sans études préalables, sans expériences préliminaires, envoient à l'administration des procédés dont elles ignorent encore la valeur, et qui, dans le plus grand nombre des cas, démontrent que les auteurs ne connaissent ni le phylloxéra ni la vigne.
D'un autre côté, a dit M. Dumas, il faut, pour obtenir ce prix, satisfaire à des conditions tellement absolues qu il n'est pas permis d'en distraire la moindre partie pour l'attribuer comme récompense ou à titre d'encouragement aux personnes qui ont réalisé un progrès certain et indiscutable dans la question du phylloxéra. Cependant, a ajouté M. Dumas, bien que le prix de 3 0,000 francs soit proba- Llement exposé à n'avoir jamais de destinataire, la commission de viticu ture n'a pas pensé qu'il convînt de le supprimer. Il a semblé à la commission que la suppression de ce prix impliquerait cette conséquence qu'un procédé de destruction complète du phylloxéra était chose impossible à trouver; or, rien ne prouve qu'on ne puisse pas découvrir un remède propre à mettre la vigne absolument à l'abri du phylloxéra. Dans ces conditions, la commission a pensé qu'il convenait de maintenir le prix dont il s'agit pour cette bonne fortune inespérée.
Mais, comme l'expérience démontre qu'on peut, chaque jour, avancer d'un pas vers la solution définitive de la question, la commission a pensé qu'il importait que chaifue étape parcourue fût signalét^ et devînt l'objet d'une marque publique de la reconnaissance du pays; dans ce but, elle propose qu'un crédit annuel de 30 à 4u,00o francs environ soit inscrit au budget pour être distribué à toutes les personnes qui, à un titre quelconque, auront rendu des services à la viticulture sur la questio I du phylloxeia.
En second lieu, M. Dumas a exposé les vues et les desiderata de la commission de viiicultuie, au sujet de la situation des populations méridionales éprouvées par la destruction de leurs vignobles. Les souffiances énormes des populations viticoles (lu Midi sont attestées, dit M. Dumas, par une émigration inquiétante. Et, cependant, il faut reconnaître que le découragement qui, pendant les premières années avait atteint les vignerons, a (ait place, dans ces derniers temps, à un sentiment plus viril. Mais les propriétaires de vignobles n'ont plus, en général, le moyen de faire les avance> d'argent nécessaires, soit pour pratirpier l'inondation de leurs vignes malades, soit pour reconstituer leurs vignes perdues.
Pour remédier, en partie tout au moins, à un état de chose si déplorable, la Commission a pensé que l'Etat pourrait, au grand avantage de la viticulture, et ainsi que cela se pratique pour les opérations du drainage, faire des avances aux pro[>riétaires qui désireraient reconstituer leurs vignobles détruits.
Eu un mot, la Commission propose d'étendre aux vignobles français les avan tages promis par la loi aux terrains susceptibles d être drainés.
Après cet exposé de M. Dumas, et à la suite d'un très court é hange d'observations, le Conseil, à l'unanimité, a voté la prise en considération des propositions de la Commission de viticulture" et les lui a renvoyées pour l'étude et la préparation d'un texte législatif.
M. le ministre a entietenu ensuite l'assemblée des projets concernant les canaux dérivés du Rhône, dont il désire saisir le Conseil supérieur. Il lui a demandé, à cet effet, de nommer une Commis*;ion chargée, non pas précisément de reviser le projet déjà étudié et. préparé sur cette importante question par 'a Commission permanente de 1 hydraulit[ue agrico'e, mais de l'examiner plus i articulièrement au point de vue parlementaire.
Le Conseil a procédé à la nomination de cette Commission, qui est ainsi composée : MM. Tei^serenc de Bort. sénateur; — Devès, député; — Gaston Bazille, sénateur; — Gruyot, sénateur; — Cuvinot, sénateur; — Hervé Mapgon, député; — Mir, défiuté; — Baïhaut, député; —Tisserand, conseiller d'Etat, directeur de l'agricultuie ; — Philippe, directeur de l'hydraulique agricole ; — Chambraient, ins| ecteur général des ponts et chaussées; — Croizette-Desnoyers, inspecteur général des ponts et chaussées ; — de Fourcy, inspecteur général des ponts et chaussées; — Gosselin, insi eceur général des ponts et chaussées; — Voisin-Bey, inspecteur général des ponts et chaussées; — Pascal, inspecteur général des ponts et chaussés; — Perrier, inspecteur général des ponts et chaussées; — Lan, ingénieur en chef des mines; — Dumont, ingénieur en chef des ponts et chaussées; — Fournie, ingénieur en chef des ponts et clraussées ; — Cotard, ingénieur;— Bédel, inspecteur général des forêts; — Clément de G-randpré, inspecteur général des forêts; — Boitel, inspecteur général de l'agriculture; — Barrai, secrétaire perpétuel de la Société nationale d'agriculture ; — Rouget, inspecteur général des finances ; — Ronna, ingénieur civil.
Le Conseil s'est ensuite ajourné au vendredi 4 mai, pour la discussion du projet de la Commission des voies de communication qui doit avoir pour effet de rendre aux communes rurales la disposition de ressources considérables.
MM. Le Corbeiller et Jolivet. Ferme de Cungy, commune de Valençay. — Je n'ai point ici à refaire l'historique de la terre de Gungy; il a été fait, il y a sept ans, par une voix plus autorisée que la mienne ; mais je dois vous exposer les améliorations importantes qui ont été réalisées depuis celte époque.
Tout d'abord, laissez -moi vous dire que ce n'est pas sans un légitime sentiment de curiosité que les membres du jury, tous étrangers à ce département, se présentèrent à Gungy.
Nous savions tous qu'il y avait là, dans cette vaste propriété, le travail accumulé, depuis longtemps, de deux agriculteurs hors ligne. MM. Le Corbeiller et Jolivet ne possèdent pas seulement l'art de bien cultiver, ils possèdent aussi la science agronomique qui les a si sûrement guidés dans toutes leurs opérations pratiques. Ce sont deux savants qui, en 1857, quittèrent l'enseignement professionnel pour s'associer et devenir fermiers, à prix d'argent, du domaine de Gungy, d'une étendue de 203 hectares, et dépendant de la terre de Valençay.
Ces deux agriculteurs ont eu, dans leur entreprise, de grandes difficultés à surmonter. Le sol de Gungy, de nature argilo-siliceuse sur la plus grande partie et reposant sur un sous- sol imperméable, était extrêmement rebelle aux améliorations, et l'ensemble de ia propriété était dans de mauvaises conditions : les cultures produisaient des rendements très médiocres, le bétail était peu nombreux et le matériel d'exploitation tout à fait insuffisant.
Cependant, grâce au savoir et à l'énergie des deux fermiers, de grandes transformations ne tardèrent pas à se produire. Dès leur début, ces messieurs n'hésitèrent pas à faire l'acquisition, souvent coûteuse, de machines et d'instruments perfectionnés. Tous les appareils qui caractérisent le vrai progrès agricole, et qui permettent de réduire la main-d'œuvre, furent introduits à Gungy.
Des étangs, des landes et de mauvais bois furent convertis en bonnes terres arables. De grands travaux d'assainissement furent exécutés au milieu de difficultés fort nombreuses. Le chaulage et le marnage, judicieusement combinés avec les fumiers de ferme et les engrais de commerce, accrurent la fertilité des terres, et il s'en suivit des récoltes abondantes en céréales et en fourrages.
Les étables se garnirent d'un magnifique bétail, et la bergerie fut bientôt insuffisante pour contenir le superbe troupeau obtenu par un heureux mélange des races berrichonne, charmoise et southdown.
Les fumiers de ferme furent Tobjet d'une véritable perfection agricole; nulle part nous n'avons encore vu une plate-forme et une fosse à purin dont l'installation donne des résultats plus satisfaisants.
Après quinze années d'un travail opiniâtre et persévérant, les deux fermiers avaient réalisé de grandes améliorations et se trouvaient prêts pour entrer dans la licé avec les concurrents à la prime d'honneur. Cette haute récompense leur fut décernée à l'unanimité par la Commission de 1874.
Depuis, MM. Le Corbeiller et Jolivet paraissent avoir redoublé d'ardeur et de courage pour pousser plus avant le perfectionnement de leur œuvre. Les améliorations nouvelles que nous avons constatées à Gungy ont laissé, en effet, bien loin derrière elles celles qui existaient à l'époque du dernier concours régional.
Ce qui frappe, en visitant Gungy, c'est l'esprit d'ordre et de régularité. C'est toujours la propreté qui règne partout, dans les étables comme dans les magasins, dans les cours comme dans les champs.
Cette impression, très vivement ressentie par toute la Commission, est aussi, nous le savons, celle de toutes les personnes qui, à des moments fort divers, y sont appelées, soit pour leurs affaires, soit par le sentiment de légitime curiosité qu'inspire toute exploitation agricole bien tenue.
M.Vi. Jolivet et Le Corbeiller ont puisé une grande partie de leurs connaissances agronomiques dans nos meilleures écoles d'agriculture. Ils y ont probablement puisé aussi cet esprit d'ordre et de méthode qui s'observe dans toutes leurs opérations et qui est parfois trop rare chez l'homme des champs, et cependant si nécessaire à tout agriculteur.
En s'associant, ces messieurs ont su prendre d'un commun accord des décisions importantes desquelles devait dépendre le succès de leur entreprise. Ils se sont répartis le travail suivant leurs goûts et leurs aptitudes personnelles. M. Le Corbeiller dirige les ouvriers et les travaux extérieurs. M. Jolivet s'occupe parti-
culièrement de la comptabilité, de la surveillance des magasins, des rationnements des animaux et opérations diverses pour lesquelles il est habilement secondé par Mme Jolivet qui, en même temps, consacre ses soins entendus à la laiterie, à la basse-cour, à la porcherie et à tout ce qui est du ressort habituel de la maîtresse de maison. Mme Jolivet s'est fait une véritable renommée par la fabrication de l'excellent fromage qui |>orte son nom.
L'assolement adopté à Gungy est quadriennal et mérite d'être connu en raison des avantages qu'il présente; il commence et finit par des plantes fourragères : racines et fourrages verts au début, prairies artificielles à la fin ; entre deux une céréale d'hiver et une de printemps. Cet assolement, soutenu par des champs de luzerne et de sainfoin, hors sole, par des prairies naturelles et par de forts achats d'engrais de commerce, est approprié à la nature du sol et aux diverses spéculations animales.
A Cungy les labours et tous les travaux d'ameublissement et de nettoiement du sol sont exécutés avec un soin extrême, et les cultures sont toujours dans un état de propreté remarquable. L'emploi de la charrue fouilleuse, qui ameublit le sol jusqu'à 40 et 50 centimètres de profondeur, explique la réussite de la luzerne sur les terres argilo-siliceuses de cette propriété. Le trèfle rouge associé avec le ray-grass y occupe une grande place et y prospère à merveille. Les betteraves, les carottes et les pommes de terre y sont également cultivées sur une vaste étendue, et rien n'est négligé pour assurer leur complète réussite; aussi ces cultures donnent-elles d'une manière constante les rendements les plus élevés.
Toutes les céréales sont semées en lignes à l'aide d'un excellent semoir. C'est encore là un exemple de progrès qu'on ne saurait trop faire connaître.
Les produits en racines, fourrages verts et secs, sont tous consommés dans la ferme ; et c'est ici que se manifestent tout particulièrement les habitudes d'ordre et de régularité que ces messieurs ont su imprimer autour d'eux. Les magasins de racines, de pailles, de fourrages et les greniers sont admirablement bien tenus. Les rations des animaux sont consignées toutes les semaines sur un tableau. L'âge de chaque animal, son entrée et sa sortie sont soigneusement enregistrés.
Si nous sommes entré dans tous ces détails, c'est parce que nous avons tenu à bien faire connaître cette importante exploitation, où se manifeste depuis plus de vingt-cinq ans le principe fécond de l'entente et de l'association; c'est parce que l'ensemble comme les détails de ce grand mouvement agricole sont irréprochables, et que non seulement sous le rapport de l'ordre qui règne dans tous les services, de l'organisation des divers travaux, des améliorations réalisées, mais encore à tous les points de vue, Cungy mérite d'être connu. C'est une véritable ferme modèle qui fait le plus grand honneur aux deux intelligents agriculteurs qui l'exploitent avec tant d'habileté et de savoir.
En présence de tant d'exemples si dignes d'être imités, le jury de 1882 s'est fait un devoir de signaler de nouveau à M. le ministre de l'agriculture là ferme de Cungy, non pas seulement comme étant restée toujours digne de la haute récompense qu'elle a obtenue en 1874, mais comme ayant continué à marcher dans la voie des améliorations et du progrès.
En félicitant publiquement MM, Le Corbeiller et Jolivet, nous sommes heureux de faire connaître que par une décision exceptionnelle M. le ministre leur accorde un rappel de prime d'honneur.
M. Texier. Firme de Villebussière, commune de Vigoux. — Depuis 1879, M. Texier exploite comme fermier, à l'aide de domestiques à gages fixes, le domaine de Yillebussière, situé dans la commune de Vigoux, canton de Saint-Benoît-du- Sault, sur les limites des départements de l'Indre et de la Creuse.
Cette ferme, d'une étendue de 116 hectares, comprend 45 hectares de terres arables, 21 hectares de prairies naturelles irrigables, 25 hectares de bois taillis et de haute futaie, 12 hectares de taillis et de landes en voie de défrichement, 10 hectares 50 ares en pâturages et terres vagues, et enfin 2 hectares 50 ares sont occupés par'lfis bâtiments, les cours et le jardin potager.
La propriété de Yillebussière est placée sur les bords de la rivière de l'Abloux. Sa surface accidentée est exposée en partie au sud et en partie au nord. Le sol est de nature très variée. La portion qui longe l'Abloux, d'une étendue de 14 hectares, est granitique et présente une })ente rapide.
Le reste du domaine est argilo-siliceux, et n'a qu'une faible couche de terre végétale reposant sur un sous-sol formé de gravier granitique et d'argile. Ce sous-
LA PRÏiME D'HONNEUR DE L'iNDRE. 135
sol se laisse facilement fouiller par la charrue et M.Texier sait en tirer parti en l'attaquant par de forts labours pour le mélanger à la couche végétale. Ce clélbncement augmente, sans grande dépense, la profondeur du sol et rend ainsi la terre propre à la culture des plantes fourragères et de la betterave. Cette amélioration foncière est complétée par des chaulages accompagnés de fortes fumures. A Yillebussière, les fumiers ne sont pas toujours assez abondants. M. Texier a alors recours aux engrais de commerce. Il achète surtout du phospho-guano, qu'il emploie sur les blés d'automne à raison de 500 kilogrammes à l'hectare.
Les bâtiments du domaine se composent d'un château habité par le fermier et de deux étables, dont l'une est en mauvais état et de construction très ancienne, et dont l'autre a été construite en 1879 par M. Texier et peut contenir 60 têtes de bétail. Elle est bien aménagée, le renouvellement de l'air s'y obtient aisément, les mangeoires sont en ciment, disposées en deux rangées dans le sens de la longueur de i'étable et séparées par un couloir placé au milieu. Cette heureuse disposition facilite beaucoup la distribution des aliments.
Les fumiers sont enlevés par un autre couloir ménagé derrière les animaux. Un caniveau conduit les purins dans des aqueducs établis dans le sol et débouchant à la partie supérieure d'une prairie naturelle.
Les bêtes bovines sont au nombre de 35, dont 10 bœufs de travail, 8 vaches laitières pleines ou suitées, 1 taureau reproducteur et 16 jeunes animaux, tels que bœufs, génisses et veaux. Tous ces animaux sont en assez bon état et appartiennent aux races parthenaise et limousine.
L'espèce chevaline est représentée par deux juments de labour et le troupeau compte 98 tètes de races diverses : crevant, berrichonne et charmoise.
M. Texier a présenté au jury différeats projets appelés à transformer complètement la terre de Yillebussière. Quelques-uns de ces projets sont en cours d'exécution. Le défrichement d'un bois taillis de 12 hectares destiné à être converti en [trairie naturelle est dans ce cas. L'irrigation de cette prairie fait déjà l'objet des préoccupations de M. Texier, qui se propose de bien utiliser une source abondante située à la partie supérieure du teirain. Il a assaini par le drainage 3 hectares d'une terre nouvellement défrichée et il continuera cette opération sur d'autres points.
Ces grands travaux d'amélioration seront longs et pénibles, mais il y aura un grand mérite de les avoir obtenus.
Actuellement, l'assolement de cette ferme est triennal pour certaines cultures et irrégulier pour d'autres; il ne sera définitivement réglé et exactement suivi qu'après la transformation en prairie naturelle de 6 hectares de terre arable et des 12 hectares de bois taillis en voie de défrichement.
Le jury a examiné avec la plus grande attention la comptabilité de Villebussière; elle est régulièrement tenuCj mais on ne peut suivre les résultats financiers que pendant deux ans puisque les premiers comptes ne datent que de 1879.
M. Texier est un homme plein de courage et d'énergie, tout fait espérer qu'il mènera abonne fin ces grandes entreprises.
Une œuvre aussi considérable et pour ainsi dire à son début, ne pourra être terminée que dans quelques années. Dans ces conditious le jury regrette de ne pouvoir accorder une récompense à M. Texier, mais il le félicite du travail déjà fait et l'engage vivement à continuer, afin d'être prêt pour affronter la lutte avec chance de succès, à l'époque du premier concours régional qui se tiendra à Chàteauroux.
M. Cauchois. Ferme de Glatigny, commune de Saint-Christophe-en-Bazelle. — M. Cauchois exploite comme fermier, depuis vingt-cinq années, le domaine de Glatigny, d'une contenance de 138 hectares et situé à peu de distance de Saint-Christophe-en-Bazelle.
Cette terre est fortement argileuse et d'un ameublissement difficile. Sur une grande partie de la ferme le sous-sol est calcaire. Quand cet élément, dont l'absence rend le sol infertile, se trouve immédiatement après une couche végétale de nature argileuse, c'est toujours une bonne fortune pour le cultivateur qui sait en tirer parti. M. Cauchois qui, dans toutes ses opérations agricoles, montre une grande habileté, n'a pas manqué d'exploiter cette source de richesse, par des labours profonds. Il a ainsi augmenté l'épaisseur de la couche arable sur une vaste étendue. De plus, par ce travail, il a avantageusement modifié les propriétés physiques de la terre en la rendant plus perméable et moins compacte. C'est une véritable amélioration foncière.
136 LA PRIME D'HONNEUR [DE L'iNÛRE.
Depuis quelques années, de grands travaux de drainage ont été exécutés à Glatigny, aux frais du propriétaire, mais le fermier y a pris une large part en fournissant les ouvriers et les attelages pour le transport des matériaux, et maintenant il entretient le fonctionnement des drains d'une manière digne d'une mention élogieuse.
L'assolement adopté par M. Cauchois est bien combiné : les plantes fourragères de la famille des Légumineuses et les plantes sarclées y tiennent une large place et elles alternent avec diverses céréales.
Le jury a constaté avec satisfaction que, malgré la sécheresse extrême de l'année, toutes les récoltes étaient remarquablement belles.
Les fumures abondantes, les soins minutieux apportés à tous les travaux d'ameublissemcnt du sol et la propreté avec laquelle les champs sont tenus, permettent à chaque culture de donner son maximum de rendement. Le blé produit 34 hectolitres par hectare; le seigle, 36 hectolitres; l'avoine, 48 hectolitres; les pommes déterre, 35,00(jkilog. ; les betteraves, 46,000 kilog.; le trèfle ordinaire, 7,000 kilog. de foin en deux coupes et la luzerne, 8,500 kilog. à l'état sec et en deux coupes également. Après la seconde coupe, la luzerne repousse encore, mais ce regain est généralement consommé sur place.
L'outillage agricole est très complet; il comprend des machines et des instruments perfectionnés et variés. Le matériel aratoire est parfaitement approprié à la nature des terres.
Les étables et les bergerieis de Glatigny, quoique vastes, sont pleines d'animaux de choix, dont le bon état indique qu'ils reçoivent une alimentation abondante et substantielle.
La vacherie est fort bien tenue et l'ensemble des bêtes bovines est d'un grand rapport pour M, Cauchois qui est un conuaisseur hors ligne en bétail. Dans ses achats, son coup d'œil le guide sûrement pour le choix des sujets les plus avantageux; dans ses ventes, son talent n'est pas moindre et la réputation qu'il s'est faite autour de lui de savoir gagner de l'argent avec ses animaux, est jusîtement méritée. Les bêtes à laines sont aussi pour lui l'objet d'une spéculation très importante et très lucrative. La bergerie de Glatigny ne comprend pas moins de 450 têtes delà race southdown.
La basse-cour représente également un produit considérable; elle est peuplée par près de 6û0 volailles diverses qui sont l'objet des soins intelligents et assidus de Mme Cauchois.
Les animaux de la ferme étant nombreux et copieusement nourris, les fumiers ne peuvent manquer d'être abondants ; ils le sont, en effet, et leur état physique et les conditions dans lesquelles ils sont placés indiquent clairement que leur bonne préparation fait la constante préoccupation du fermier. Leur installation seule dénote en M. Cauchois un homme d'ordre et de progrès.
Disons encore que bien rarement on rencontre dans les fermes un jardin potager mieux tenu et mieux cultivé que celui de Glatigny. Ce jardin offre en tout temps par ses abondants légumes des ressources considérables pour l'alimentation du personnel de la ferme.
Le mérite de ce potager et des cultures qui y sont faites est d'autant plus grand que généralement, dans les exploitations agricoles, l'horticulture est malheureusement très négligée et très mal comprise.
La comptabilité de M. Cauchois est en partie simple, mais parfaitement tenue ; elle accuse des bénéfices s' élevant d'année en année.
Au début de l'entreprise, le capital d'exploitation n'était que de 12,000 francs; aujourd'hui ce môme capital dépasse 50,000 francs.
Le jury, à l'unanimité, félicite M. Cauchois et lui accorde le prix cultural de la deuxième catégorie, consistant en un objet d'art, pour la bonne tenue de la ferme de Glatigny et pour les excellents résultats financiers réalisés dans l'administration de ce domaine. Franc,
{La suite prochainement] . Professeur départemental d'agriculture du Cher.