LE SYNDICAT D'ISSOUDUN-SAINT-GEORGES (INDRE
Les trous d'injection ont pu, en conséquence, atteindre difficilement 0"',30 sur le plateau et dépasser cette profondeur sur les pentes.
Ces trous ont été donnés à i'entrepr se à raison de 2 fr. 70 le mille. Un homme pouvait en faire, en moyenne, 800 par jour.
Le traitement a commencé le 22 mars 1882, sur les huit carrés qui forment la vigne :
Carré A. Vigne plantée en 1872, palissée sur fil de fer, très vigoureuse en grand rapport, peu atteinte par le phylloxéra, terrain léger calcaire de 0'".25 environ de profondeur, sous-sol calcaire, dur. rétractaire aux racines, plantation à ]"'.30 entre rangs, un mètre dans le rang, contenant 10,560 plants dont 7,000 ont été traités à raison de 4 trous par cep et 8 grammes de sulfure de carbone par trou, soit 225 kilog. à l'hectare.
Carré b. Vigne plantée en 1872, où la première tache, datant de trois ou quatre ans, s'est révélée en 1881, sur une étendue de 20 ares environ et où les ceps étaient morts ou mourants. Dans le restant de ce carré, bonne végétation, sarments bien nourris et ayant fructifié; terrain léger calcaire de G'". 25 à 0'".30 de profondeur, plantation à r".30 entre rangs, un mètre dans le rang, contenant ^1,708 plants soumis au traitement reitéré à six jours d'intervalle, à raison de 5 grammes par trou et par chaque injection, soit 30>J kilog. à l'hectare.
Carre C. Vigne plantée en IS^^S, la plus atteinte après le carré B. Sarments grêlés, mais assez allongés, ayant fructifié, terrain léger, calcaire, de 0'".25 à 0"'.30 de profondeur, plantation à 2 mètres entre rangs, un mètre dans le rang, contenant 4,884 plants traités à raison de 5 trous par cep et 9 grammes de sulfure par trou, soit 225 kilog. à l'hectare.
Carré D. Vigne plantée en 1862, peu atteinte, bonne végétation, terrain léger, calcaire, analogue à celui du carré A; plantation à 2 mètres entre rangs, un mètre dans le rang, contenant 5,016 plants traités à raison de 4 trous par cep et 10 grammes de sulfure par trou, soit 2oO kilog. à l'hectare.
Carré E. Vigne plantée en i868, peu atteiate, bonne végétation, terrain analogue à celui des carrés A et D ; | lantation à 2 mètres entre rangs, unmèti-e dans le rang, contenant 5,358 plants traités à raison de 5 trous par cep et 9 grammes de sulfure par trou, soit iib kilog à l'hectare.
Carré F. Vigne plantée en 1868, peu atteinte, bonne végétation, terrain analogue à celui des carrés A, D et E ; plantation à 2 mètres entre rangs, un mètre dans le rang, contenant 5,64:i plants traités à raison de 5 trous par cep et 9 grammes de sulfure par trou, soit 225 kilog. à l'hectare.
Carré G. Vigne })lantée en 1866, bien atteinte, assez bonne végétation, terrain léger, calcaire, de 0"'.30 à 0'".35 de profondeur, sous-sol compact et réfractaire aux racines; plantation à 2 mètres entre rangs, un mètre dans le rang, contenant 5,781 p'antft, traités à raison de 5 trous par cep et 9 grammes de sulfure par trou, soit 225 kilog. à l'hectare.
Carré H. Vigne plantée en 1866, peu atteinte, bonne végétation, terrain analogue à celui du carré Gr, plantation à 2 mètres entre rangs, un mètre dans le rang, contenant 6,432 plants, traités à raison de 5 trous par cep, et 9 grammes de sulfure par trou, soit 225 kilog. à l'hectare.
Voici les frais de traitement par le sulfure de carbone :
2,000 kilog. de sulfure provenant de la Compagnie Paris-Lyon-
Méditprranée et revenant net en gare d'Issoudun à 42 fr. 80 les f"".
100 kilog. provenant du Comité départemental 42.80
Main-d'œuvre et surveillant 1 043.70
Entretien d'outils et frais divers , 57.50
Ensemble 2,uOU.uO
Ne sont pas compris les pals, pilons, pinces et accessoires qui rentrent dans le matériel de traitement. — La dépense par hectare est donc de 200 francs.
Fumure. — Afin de donner <à nos expériences une base scientifique et d'appliquer la fumure la plus rationnelle, nous avons soumis à M. Joulie l'analyse du terrain de la vigne des Barreaux.
Gomme conséquence des chiffres de son analyse, M. Joulie nous a conseillé d'employer le nitrate de potasse, au prix de 68 francs les 100 kilog., à raison de 50 grammes par cep, et nous avons suivi sa recommandation.
66 LE SYNDICAT D'ISSOUDUN-SaIJST-GEORGES (INDRE).
Nous avons cependant cru devoir expérimenter sur un carré de vigne un engrais spécial appliqué à la même dose et contenant :
100 superphosphate de chaux à 11 fr. 25 les 100 kilog. 200 nitrate de potasse 68 » —
ce qui donne à l'hectare, transport de l'engrais compris, avec le nitrate de potasse pur :
Par vi^ne à 1 "'.30 entre rangs et 1 mètre dans le rang 375 kilog. à 70 fr. = 262 fr. 50 — 2 — 1 — 250 70 175
et avec l'engrais composé :
Par vigne plantéeà l^.SO entre rangs et 1 mètre dans le rang 375 kilog. à 49 fr. 50 16S fr. 75 2—1 — 250 — 112 fr. 50
L'application de ces engrais a eu lieu par déchaussement en cuvette, autour de chaque souche, et le binage de printemps a été fait en même temps.
Résultat des fumures. — L'examen des deux parties du carré A a permis de constater que la partie traitée par le sulfure de carbone et fumée au nitrate a été plus belle, a mieux conservé ses feuilles et a donné des fruits qui sont arrivés à une maturité plus complète que l'autre partie non traitée par le sulfure et fumée au fumier de lerme.
Dans cette dernière partie, on a reconnu la présence de l'oïdium.
Dans les parcelles G et D, additionnées de nitrate de potasse, les feuilles étaient plus vertes, se sont mieux conservées et la maturité a été plus complète.
Le carré fumé avec l'engrais composé a donné des résultats intérieurs, ce qui doit être attribué à la moindre quantité de nitrate de potasse employée, cette différence n'étant pas compensée par le phosphate de chaux contenu dans cet engrais.
Les carrés E, F et H, traités au sulfure de carbone et non fumés, ont présenté une végétation moins belle et les sarmenis ont moins bien conservé leurs feuilles ; mais, aucune partie de ces carrés ou du restant du clos n'a présenté un état de soutfrance qui pût être attribué au sulfure de carl>one.
Les divers engrais ont été employés au commencement de mai, et il est possible que cet emploi tardif ne leur ait pas permis de produire, dès cette année, tous leurs eiïets utiles.
Résultats obtenus par le traitement. — Au mois de juillet 1882, la vigne présentait l'aspect suivant :
Carré A. Végétation très vigoureuse et fructification abondante.
Carré B. Sur les 20 ares de la première tache, aucun cas nouveau de mortalité, maintien de la végétation des souches, sarments très courts mais garnis de feuilles vertes.
Dans le restant du carré, sarments peu vigoureux, mais assez allongés et portant des feuilles vertes et des fruits.
Carrés C. Sur les 25 à 30 ares de la tache accentuée, constatée l'année précédente, mêmes résultats que sur les 20 ares du carré B. Dans le restant de la pièce, les sarments peu vigoureux et irrégulièrement allongés portaient des feuilles vertes et des fruits.
Carrés D et E. Très bonne végétation, sarments allongés, bonne fructification.
Carré F. Végétation assez bonne, mais moins satisfaisante que celle des carrés D et E.
Carrés G et H. Végétation et fructification à peu près normales.
Les recherches, un peu sommaires, faites sur les racines, à cette époque, révélèrent la présence de rares insectes sur quelques points épars du clos, mais notamment sur la première tache de 20 ares.
D'autres recherches faites sim.ultanément dans les vignes voisines non traitées attenantes à celle de M. Hirault et où le phylloxéra avait été découvert l'année dernière, révélèrent une augmentation considérable du nombre des insectes.
Tout en faisant de sérieuses réserves pour l'avenir, nous devons constater que la végétation de ces vignes présentait néanmoins un état général assez satisfaisant.
Nous appelons particulièrement l'attention sur le fait suivant qu'il nous a été permis d'observer dans deux parcelles de vigne du clos Barreaux, appar enant à deux propriétaires difierents et dans lesquelles on avait constaté, l'année dernière, une tache aussi grave que celle trouvée chez M. Hirault. Cette tache présentait des ceps morts ou mourants et était coupée par un petit sentier de séparation entre voisins, le restant des deux parcelles était phylloxéré au même degré.
L'un des propriétaires, Mf Tillier, nous laissa traiter sa vigne, l'autre ne voulut pas y consentir.
LE SYNDICAT D'iSSOQDUN-SAlNT-GEORGES (liNÛUE). 67
Les résultats furent très intéressants.
Dans la vigne traitée, la tache fut circonsciite, les ceps s'allongèrent et se couvrirent de feuilles vertes, les autres plants montrèrent une bonne végétation et on découvrit fort peu d'insectes sur les racines.
Dans la vigne non traitée, au contraire, la tache s'agrandit, la plupart des ceps moururent et les autres se couvrirent de feuilles jaunes. Dans le restant de la pièce, le phylloxéra fut trouvé très abondant
Rroltcs. — Les vignes des Barreaux ont été classées en 1881 et 1882 parmi les petites moyennes de récoltes et sont dans d'excellentes conditions de comparaison. En 188 l , avant ffu'aucun traitement n'ait été appliqué, ces vignes produisaient:
Sur 2 hectares palissés sur iil de fer 80 nectol. ( , , ^ u » t. o 1' CA I+O hectolitres.
» 8 « non palisses — — 60 » /
En 1882, après le traitement au sulfure de carbone :
Sur 2 hectares palissés sur fil de fer 52 hectol. ( ,,^ , , ,-,
» 8 .> non palissés 58 . ( ^^^ hectolitres.
Différence en moins pour 1882 30 hectolitres.
On remarque que le déficit porte sur les 2 hectares palissés sur fil de fer; la cause en est due à l'oïdium qui a sérieusement envahi la portion non traitée et lumée au fumier de ferme.
La différence générale s'explique en outre, par les intempéries de l'année qui ont occasionné la coulure, l'incomplète maturité et le mauvais rendement à la cuve qui en a été la conséquence.
L'effet du traitement au sulfure n'a donc apporté aucun désordre dans la vigne des Barreaux.
Conclusions. — Des faits qui viennent d'être exposés et des résultats constatés à la suite de l'emploi du sulfure de carbone, avec ou sans l'adjonction d'engrais chimiques ou de fumier de ferme, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :
1" Le sulfure de carbone employé à raison de 225 à 240 kilog. par hectare, détruit énergiquement le phylloxéra :
2° A cette dose, le sulfure de carbone ne nuit ni à la végétation de la vigne ni à la production de ses fruits ;
3" L'extermination de l'insecte est telle, après un traitement en mars, qu'on le rencontre difhcilement en juillet, ce qui permet à la vigne débarras-^ée du puceron, de reconstituer de nouveaux chevelus et de reprendre sa vigueur ;
4" L'insecte qui échappe à la destruction se multiplie assez sensiblement après juillet, mais la vigueur acquise par les plants leur permet de se maintenir;
5" Un traitement annuel est nécessaire, mais nous sommes d'avis qu'on pourrait le limiter, dès la seconde année, aux parties où la présence du phylloxéra est constatée, ce qui atténuerait sensiblement la dépense totale;
6° Dans ces conditions nous estimons que le sulfure de carbone, dont nous avons constaté les excellents résultats pratiques, doit être recommandé pour défendre contre le phylloxéra les vignobles d'Issoudun, en attendant les moyens plus économiques que la science peut mettre dans l'avenir à la disposition des viticulteurs.
Nous ferons observer d'ailleurs que le surcroît de dépense qui vient s'ajouter aux frais ordinaires de culture delà vigne, se trouve compensé parla plus-value que les vins ont prise et prendront dans l'avenir ;
1" Si les 10 hectares de la vigne des Barreaux ont produit 140 hectolitres de vin en 1881, alors qu'ils n'avaient pas encore été traités au sulfure de carbone et 110 hectolitres seulement en 1882 après le traitement, la cause ne peut en être attribuée à ce traitement, mais bien à la coulure et à la mauvaise maturité qui a été générale cette année dans notre région ;
8" Les engrais sont des auxiliaires très utiles, mais les fumures à haute dose ne nous semblent pas indispensables ;
9" En conséquence, notre syndicat, confiant dans les résultats obtenus et à obtenir par le traitement au moyen du sulfure de carbone, convaincu de la nécessité de pousser à ce traitement par l'exemple et l'expérimentation, est résolu à continuer en 1883 l'œuvre commencée en 1882.
Il est résolu, en outre, à employer tous les moyens en son pouvoir pour faire entrer dans l'association les propriétaires des vignes environnant celle de M. Hirault, de façon à protéger et sauver le clos entier des Barreaux, qui se trouve isolé des autres vignobles. Hirault, A. Louet, A. Petit, G. Louet.
Membres du Syndicat d'Issoudun-St-Georges.
DE l'agriculture FRANÇAISE. — IL
Administration des fermes. — Il a été établi précédemmeat, et l'opinion publique est d'accord avec nous sur co point, que l'agriculture française luUe en ce moment contre des difficultés considérables.
Ces difficultés sont d'ordres divers et chacun fait ressortir l'importance de quelques-unes d'entre elles sans bien reconnaître la réalité des autres.
Elles sont : 1° générales, dérivant de la situation politique, économique et sociale, ou : 2" spéciales, et propres à chaque situation particulière.
Aux premières, il faut opposer des lois nouvelles, les dégrèvements, l'institution du Crédit agricole, des règles de douanes plus favorables à la nation, tous les encouragements enfin, qui peuvent être offerts aux classes laborieuses des campagnes ou aux détenteurs de la propriété foncière.
Aux autres le développement par l'éducation aussi bien que par l'instruction des qualités comme des facultés individuelles, l'amour du travail et celui de l'étude, une science plus développée unie à une pratique sérieuse de Tordre, de l'économie, de l'activité, le coup d'œil sûr de l'expérience, toutes choses qui permettent de comprendre une situation particulière et d'en tirer bon parti.
Or, il est facile de voir que c'est surtout à ce dernier point de vue qiM3 l'on doit étudier les moyens de relever notre agriculture, car il n'est pas possible d'écarter la concurrence dô l'étranger, point non plus de compter sur un crédit agricole efficace ni d'obtenir des dégrèvements considérables.
Dès lors quel sera l'effet des demi -mesures dont on espère l'application dans un temps plus ou moins rapproché?
Si, dans une exploitation où le cultivateur se plaint de ne pouvoir payer son fermage, on obtient des dégrèvements qui s'élèveront au vingtième du prix de ce fermage, le résultat cherché serat-il obtenu?
Sans doute il ne faut négliger aucun des moyens qui permettront de venir en aide h l'agriculture;- mais à moins de fermer nos ports et nos frontières à l'étranger et de ne plus demander de contributions aux habitants des campagnes, ce qui ne saurait venir à l'idée de personne, on peut dire qu'aucune modilication dans l'état économique du pays ne sera assez profonde pour donner satisfaction aux intérêts pourtant si légitimes de ceux qui exploitent sa terre; et que la lutte énergique, autant que la connaissance approfondie de l'agriculture, est nécessaire pour que la ruine ne vienne pas menacera la fois la nation, forcée de donner son épargne en échange de marchandises importées, le cultivateur écrasé par l'élévation progressive du taux des salaires et le propriétaire lui-même.
En effet, le bien de ce dernier perdra de sa valeur à mesure que les fermiers découragés fuiront les communes rurales, pour chercher au sein des villes, ou dans l'industrie, une situation meilleure que leurs fils surtout ne manqueront pas de choisir.
Et les jeunes filles, combien en voit-on qui consentent encore à habiter le village? Et, si la propriété foncière est en discrédit, quelle
perte pour une G;rîmc]e nation qui sera obligée de la calculer sur 57 millions d'hectares!...
il faut donc un efïort suprême, pour lutter contre la double concurrence de l'étranger et de 1 industrie, puisque cette dernière seule, en faisant renchérir la main-d'œuvre, charge Texploitation du sol d'une somme annuelle que l'on peut évaluer en moyenne à 25 francs par hectare, et que le travail toujours plus cher est aussi toujours plus mal exécuté dans les fermes.
Voilà les difficultés que j'ai combattues il y a quelques années déjà par la londalion de la Société d'encouragement et de bienfaisance pour les campagnes du département de Meurthe et-Moselle, qui cherche à relever ie courage des ouvriers, en donnant aux familles laborieuses et fidèles des primes et des diplômes, l'honneur et l'argent à la fois.
Que peut faire un cultivateur s'il n'est pas entouré d'aides dévoués et laborieux, au moment où les bras, les intelligences et les capitaux sont entraînés vers les centres industriels et populeux, ou sollicités par mille spéculations exe-^întes de fatigue et pleines de promesses?
Mais s'il fallaiL aileniu e, pour voir l'agriculture française reprendre sa marche d'un pas assuré, que l'opinion revienne à elle, et que l'instruction qui, avec i;i scienee, donne parfois tant d'ambitions exagérées, lui fournisse des aides fidèles et énergiques, on ferait preuve d'une étrange confiance.
Hàtons-nous donc; ne comptons pas sur des promesses, ne nourrissons pas de vaines espérances, car il est fort à craindre que le mal ne fasse qu'empirer, si l'on ne cherche pas à le combattre efficacement; et puisque la jeunesse que rien ne lie, est libre de choisir la situation qu elle veut occuper, il ne reste plus qu'à lui indiquer par quels moyens on peut trouver dans les campagnes les profits légitimes qu'elle espère réaliser dans les villes ou dans l'industrie, en s'imaginant que l'on ne saurait les obtenir ailleurs.
En dehors de toute appréciation politique, on peut dire que le suffrage universel présente du moins cet avantage, qu'il forcera tout le monde à respecter le paysan, l'homme du pays attaché au sol national par des liens si intimes. On l'honorera surtout en comparant ses services à ceux de tant de domestiques urbains ; et devant le fermier qui emploie l'honnête nianouvrier des campagnes, oa s'inclinera aussi quand on verra deux hommes fidèles à la terre nationale, rester unis l'un à Tautre par le travail, après une épreuve de trente ou quarante années.
Enfin, si l'on parvient à démontrer que l'agriculture, tout en assurant à ses représentants fidèles une honorabilité indiscutable, est aussi la profession qui promet les bénéfices les plus sûrs à l'homme qui en connaît toutes les ressources, le bon sens public, las des déceptions de la Bourse, ramènera vers les campagnes les forces qui s'en éloignent pour se perdre dans les plus stériles spéculations.
Sans doute les soutîrances qu'ont éprouvées ses représentants depuis plusieurs années semblent donner raison à ceux qui ne croient pas à la possibilité de relever, au point de vue du profit, une industrie si respectable et si digne d'estime.
Les mauvaises récoltes et les autres difficultés dont il a été question précédemment semblent venir à l'appui de leurs craintes, et il serait injuste de ne point prêter l'oreille à des plaintes qui décèlent les an-
goisses de tant de familles. Mais, toat ea reconnaissant qu'une grande révolution s'est accomplie dans les campagnes, et que la situation nouvelle a causé des psitcs, même des ruines nombreuse:?, on a le droit d'affirmer que bien des ressources restent entre les mains du cultivateur, ot qu'il y a dans le développement de la consommation el de la richesse générales que cause le déplacement des populations devenues chaque jour plus exigeantes, des sources très importantes de bénéfices qui se développeront de plus ea plus et qui deviendront la base sur laquelle repose la garantie des bénéfices offerts au travail de la famille agricole.
Cette famille, il la faut bien unie, active, laborieuse, économe, prenant sa part de la peine journalière, et conservant ainsi pour elle-même la juste rémunération de louables efforts.
Mais pour revenir à notre point de départ, examinons comment, par une harmonie bien comprise, la réalisation d'un bénéfice important est assurée.
L'économie n'exclut pas la dépense, mais elle sert à la régler, et puisque la campagne ne dispose plus d'un capital considérable à la suite des années d'épreuves qu'elle vient de traverser, le problème à résoudre aujourd'hui peut être posé ainsi :
Obtenir aux moindres frais possibles les résultats les plus avantageux.
{La suite prochainemenl). . E.Duroselle.
BIBLIOGRAPHIE AGRICOLE
Les\ piaules potagères, descriptiim et culture des princ'paux légumes des climats tempérés, par MM. ViLMORi>i-ANDRiEUx et Cie. — Un volume in-8 de 6ô0 pages, avec de nombreuses gravures noires. — Chez Vilraorin-Andrieux, marcliands-grainiers, quai de la Mégisserie, 4, à Paris.
Il y a un peu plus d'un an, nous signalions ici le grand ouvrage publié par la maison Vilmorin, sur les meilleurs blés. La valeur de ce travail a été immédiatement appréciée par tous les agriculteurs. Ce que nous disions du livre sur les blés, nous pourrions le répéter pour celui sur les plantes polagères, que MM. Vilmorin-Aadrieux viennent de faire paraître. Nous nou^ trouvons encore en présence d'observations et d'e-^périences plus que séculaires, faites par des hommes d'élite, sur des questions délicatco, avec une patience et une soUicitude qui ne se sont pas démanlie- un seul jour depuis le dixhuitième siècle. C'est le résultat de ces expériences qui est offert aux agriculteurs, dans un volume que tout le monde peut consulter, où l'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus de la précision des descriptions, de la simplicité avec laquelle elles sont faites, ou enfin de la sûreté avec laquelle les conseils de culture sont donnés, pour les diverses circonstances dans lesquelles le cultivateur peut se trouver.
Les plantes potagères cultivées en France sont extrêmement nombreuses; ce sont elles qui, par leur diversité, donnent aux repas la variété qui plaît dans la plus modeste chaumière, comme dans les plus brillants palais. Les unes sont à peu près exclusivement 'du domaine du jardin; les autres appartiennent à la culture des champs. Les études de MM. Vilmorin-Andrieux se sont portées sur ces deux catégories de plantes; toutefois, c'est avec plus de détails, et avec une véritable prédilection, qu'ils s'occupent des plantes potagères de grande culture. Nous citerons notamment les chapitres consacrés aux
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choux, aux haricots, aux pommes déterre, aux pois, comme de véritables monographies complètes, au double point de vue de la description des variétés et des soins de culture.
Il serait difficile d'établir une classification des plantes potagères qui échappât complètement à l'arbitraire. Afin d'éviter cette difficulté et pour faire un ouvrage qui pût être consulté sans aucune peine, MM. Vilniorin-Andrieux ont adopté l'ordre alphabétique. Depuis A jusqu'à Z, les plantes se suivent ainsi comme dans un véritable dictionnaire. Pour chaque genre, la méthode est la même : description de la plante et de ses variétés, culture, usage; la description est le plus souvent accompagnée d'une gravure. Tel l'ouvrage se présente dans son ensemble, ouvrage absolument nouveau et sans aucun similaire; car, comme les auteurs le disent dans leur introduction, la description des plantes potagères qu'ils ont publiée en 1 855, n'en était que l'ébauche.
Est-ce à dire que le volume que nous sommes heureux de présenter aujourd'hui à nos lecteurs, soit un catalogue absolument complet de toutes les variétés, de toutes les races de plantes potagères qu'il soit possible aujourd'hui de cultiver? Loin de nous la prétention de faire une affirmation de ce genre. Mais ce que nous pouvons affirmer, parce que nous savons avec quel soin on travaille dans la maison Vilmorin, c'est que toutes les variétés décrites sont des variétés réelles, bien étudiées, et que le cultivateur peut choisir, sans crainte de se tromper, d'après les indications qu'il trouvera dans le volume. Nous sommes loin ici d'une enfilade de noms plus ou moins étranges alignés pour grossir un catalogue ; mais nous nous trouvons en présence d'une œuvre • sérieuse, dérivant, comme nous le disions en commençant, d'expériences multiples, et par conséquent digne de toute confiance.
Henry Sagïsier.
Monsieur le directeur,, j'ai lu avec beaucoup d'attention dans le dernier numéro du Journal de l'ncjncidturc le rapport de M. Jules Bénard à la Société d'agriculture de Meaux sur le drainage dans le département de Seine-et-Marne.
Dans la citation de ma maison de drainage dans ce remarquable rapport, il existe une erreur sur la date de sa fondation. Ce n'est pas depuis vingt ans qu'elle existe, mais depuis trente-quatre ans ; sa fondation date de 1849. Mon père a comencé à celte date le drainage de la ferme d'Egrénay (Seine-et-Marne), exploitée par M. Decauville, agriculteur éminent qui exploite toujours cette ferme. Puis mon père a drainé Villaroche, exploitée par M. Garnot; Eorunes, exploitée par M. Dufoy, etc., etc.; et en 1854, le Comice agricole de Seine-et- Marne lui décerna une médaille d'or pour les importants drainages qu'il avait déjà exécutés. Coopérateur de mon père, je lui succédai en 18G3.
L'extension des travaux de drainage exécutés par ma maison autour de Moissy-Cramayel ont eu une telle importance qu'en 1878, à l'exposition universelle (classe 76), j'ai pu exposer un plan de 15,000 hectares, et j'ai obtenu une médaille d'argent. En 1879, la Société nationale d'agriculture de France me décerna une médaille d'argent, et en 1881, au concours agricole régional de Versailles, j'ai reçu une médaille d'or.
La plus-value produite par le drainage est très considérable, son entretien est pour ainsi dire nul, et sa durée sera très longue, car les premiers drainages exécutés depuis plus de trente ans sont toujours aussi bons, il n'est pas exagéré de dire que le drainage pourrait faire produire en France plus de 30 millions d'hectolitres de blé par an, indépendamment d'autres produits. Le drainage mérite donc la haute considération de l'Etat, et peut prendre rang parmi les travaux d'utilité publique.
C'est pourquoi, dès le 7 février 1880 dans un exposé sur le drainasse que j'ai fait à la Section du génie rural de la Société des agriculteurs de France (voir Vannuairc de la Société des agriculteurs de France, page 465), je concluais par émettre le vœu suivant : « Les lois susmentionnées des 17 juillet 185t) et 28 mai 1858 relativement à l'encouragement au drainage par des prêts hypothécaires n'ayant pas produit les résultats voulus, attendu qu'aujourd'hui surtout, par suite de l'abaissement du taux de l'intérêt des prêts ordinaires faits par le Crédit foncier, l'avantage que pouvait procurer ces lois est encore plus restreint; j'émets le vœu qu'au lieu de prêts hypothécaires, l'Etat accorde comme mmimuui à titre de subvention ou prêt, la part qu'il entendait prendre à sa charge par l'application de ces lois pour l'encouragement etle développement du drainage, l'une des branches principales de l'amélioration et du progrès de l'agriculture, source de notre existence. »
Je suis très heureux de voir M. Jules Bénard appuyer le vœu que j'ai émie.
Veuillez agréer, etc. L. Chandora,
à Moissy-Cram.ayel, par Lieusaint (Seine-et-Marne).
ESSAIS VITIGOLES
Dans les montagnes du Lyonnais, à une altitude d'environ 300 mètres, je possède un petit enclos bien exposé au soleii et planté en vigne française. C'était pour moi, il y a quelques années, une sorte de terre promise, féconde autant qu'agréable; ma vigne avait une végétation luxuriante, elle donnait chaque automne des raisins à foison, si bien que le revenu annuel de mon petit domaine viLicole n'était pas de moins de 15 à 'iO pour 100 du prix d'acquisition.
Le phylloxéra est venu ruiner tant de prospérité. Il y a six ans, je constatais sa prétence pour la première fois; j'essayais, pour le combattre, fumures intensives, suies, plâtras, cendrées, sel, chiffons; rien de tout cela, accompagné desoins culturaux minutieux, n'a pu arrêter le mal. Deux ans après la constatation de la présence du phylloxéra, ma vigne avait perdu sa fécondité.
J'ai tenté alors d'en reconstituer une petite partie sur défoncement à 1™.50 et même 2 mètres de profondeur. C'était un essai; j'espérais que les racines des nouveaux plants, pouvant se développer plus à l'aise, se défendraient contre l'insecte. L'essai n'a pas réussi.
Ma jeune vigne française, comme son aînée, est restée chétive avec des pousses de 0'".30 au plus.
Voyant cela, j'ai eu recours aux vignes américaines. Ces trois dernières années, j'en ai planté une certaine quantité. Le résultat me satisfait. Ma plantation a tous les signes de la vigueur.
il est un point que je crois surtout utile de constater, car la consta-
ESSAIS VITIGOLES. 73
tation peut éclairer de nombreux viticulteurs, c'est que la reprise des plants américains n'offre pas autant de difficultés qu'on l'a dit.
J'ai obtenu 80 pour 100 environ de reprises des broches de Jacquez; autant des broches de Senasquoact âO pour 100 des Cynthiana.
Outres ces broches, j'ai planté des plants racines d'un an. J'ai obtenu GO à 80 de reprises pour les variétés suivantes :
Solonis, Cynthiana, Alvoy, Gaston Baziilo, Horl)emont, York-Madeira, Elvira, NouLt, Jacquoz. Les racines Jacqaez n'ont pas donné plus de reprise que les simples broches.
Si la généralité des plants américains ne s'est pas montrée d'une reprise diriicile, il y a pourtant des différences de vigueur et de végétation à noter.
Les Jacquez, les Solonis, sont chez moi, en terre ferrugineuse et fertile, les plants qui se comportent le mieux. Leur végétation est dmirable. Reste à savoir ce qu'ils donneront en fruits. Je le verrais dans deux ans. J'attends beaucoup de la production directe, la bonne et chaude exposition de mon vignoble me laissant espérer que les raisins américains pourront y miàrir presque aussi bien que dans le Midi.
Dans tous les cas, je pourrai toujours greffer sur les ceps américains nos vignes françaises, si je ne suis pas satisfait de la production directe.
D'une manière ou d'une autre, la reconstitution de mon vignoble et, par conséquent, celle de tous les vignobles de la région me paraît assurée par les cépages américains.
Ces renseignements pouvant intéresser vos nombreux lecteurs, je suis heureux de vous les adresser. Pierre Valik.