CAUSE DE L'APPAUVRISSEMENT EN TARTRE DES VINS PLÂTRÉS
Le salage des vins avec le sel marin ou l'eau de mer ne paraît pas appauvrir le vin en tartre.
Le tartrate de chaux est moins soluble dans les solutions aqueuse et alcoolique, saLurées de bitartrate de potasse que dans les mêmes solutions dépourvues de tartre.
Dans une solution aqueuse ou alcoolique, l'acide sulfurique libre, ou en excès à l'état de bisulfate, dissout, à dose égale, la même quantité de tartrate de chaux.
Dans une solution alcoolique saturée de bitartrate de potasse avec excès et renfermant du bisulfate de potasse, l'addilion de tartrate de chaux en excès ramène une partie du bisulfate en sulfate de potasse et donne lieu à un dépôt de tartre.
L'application ae ces données au plâtrage fournit l'explication des faits qui s'y passent quand on ne considère que l'action du bitartrate sur le sulfate de chaux.
La véritable cause de l'appauvrissement en tartre du vin plâtré à la cuve n'est pas dans la transformation du bitartrate qui y est toujours en grand excès, mais dans l'impossibilité où est ce sel de saturer une liqueur renfermant une certaine dose de sulfate de potasse.
Dosage rapide du bitartrate de potasse dans les vins non plâtrés. — La propriété que possède le sulfate de potasse de précipiter le bitartrate de potasse fournit un moyen de doser cet élément important du vin. La présence de l'acide tartrique libre serait un obstacle, parce qu'il décompose le sulfate de potasse en donnant lieu à du bisulfate et à un dépôt de bitartrate. Aussi le procédé n'est-il pas applicable aux vins plâtrés qui renferment toujours de l'acide tartrique libre, mais il convient parfaitement pour les vins ordinaires non plâtrés qui n'en renferment qu'exceptionnellement de. petites quantités.
Les acides malique, succinique et autres acides du vin ne nuisent en rien à l'exactitude du procédé.
On prend 100*^ de vin. On additionne de 3 à 10 grammes de sulfate de potasse pulvérisé, suivant le degré alcoolique, d'autaut moins que le degré est plus élevé; 6 à 7 grammes suffisent pour les vins de consommation courante.
On agite à plusieurs reprises pendant une heure ou deux; on laisse déposer 2 à 3 heures.
On filtre; tout le bitartrate reste dans le dépôt. On prend le titre acide de la liqueur filtrée avec de l'eau de chaux.
La même opération est faite sur le vin même. La différence de titre delà deuxième à la première opération correspond au bitartrate déposé. Par un simple calcul, on déduit, connaissant le titre de la liqueur de chaux, le poids de bitartrate contenu dans un litre de vin.
Si l'eau de chaux renferme 1*500 de chaux pure par litre, on est dispensé de tout calcul. En eft'et 10" de cette liqueur neutralisent OMO de bitartrate. Le titre acide trouvé est de 270'" d'eau de chaux; le vin contiendra 2*70 de bitartrate par litre.
Une eau de chaux ayant cette teneur en chaux se prépare facilement en faisant digérer de la chaux provenant d'un calcaire pur dans de Feau distillée, à basse température (10 à 12", température d'une cave). On agite pendant deux ou trois jours, on filtre; la liqueur filtrée se conserve bien dans un vase hermétiquement bouché. P. Pichard,
Directeur de la station agronomiqu« de Vauciuse.
EMPLOI PRATIQUE DQ SULPOCARBONATE DE POTASSIUM. 151
Monsieur le directeur, dans votre dernier numéro, vous reproduisez la communication fuite par M. Culeron, le 5 mars, à l'Académie des sciences, sur l'emploi " du sulfocarbonaLe de potassium aux vignes phylloxérées. J'ai le regret de porter à la connaissance de vos nombreux lecteurs que les observations relatées dans la communication en question ne concordent nullement avec celles que j'ai été amené à faire moi-même depuis une dizaine d'années que j'étudie et que j'applique le sulfocarbonate sur des milliers d'hectares, to'js les ans, dans toutes les parties de la France phylloxérées. La vulgarisation des bons procédés est déjà malheureusement si lente à se faire qu'il n'est pas nécessaire de venir encore, par un changement de méthode, porter l'incertitude dans les esprits, surtout quand le besoin ne s'en fait nullement sentir. Je suis d'autant plus étonné d'une pareille communication que M. Culeron, ancien agent de la Société nationale contre le phylloxéra, placé sous mes ordres, pour le traitement du Midi, jusqu'à l'été dernier, n'ignore pas que les bons résultats qu'il signale chez Mme Théron, sa belle-mère, et ailleurs dans la région, ont été obtenus par notre Société, c'est-à-dire suivant mes instructions.
Je croirais manquer à mon devoir si je ne venais pas réfuter les erreurs ou les fausses interprétations contenues dans la communication dont il s'agit.
Je ne dirai rien de la dose de 100 grammes de sulfocarbonate avec 40 litres d'eau pour les souches de plein rapport : c'est une des doses que nous recommandons dans la plupart des cas, et que nous employons journellement. Mais je n'admets pas sans réserve la dose de 70 grammes indiquée pour les jeunes plants de moins de trois ans, avec 30 litres d'eau; elle donne une solution trop concentrée (1/210) qui est dangereuse dans les applications d'été ainsi que dans les cas de sol compact où l'absorption se fait mal. Il faut, en général, de 50 à 00 grammes de sulfocarbonate dilués dans 20, plus 5 ou 10 litres d'eau, soit une solution au titre de 1/333 à 1/400, qui est très efiicacc
et sans danger dans toutes les circonstances.
Il n'est pas exact non plus de dire que les doses ci-dessus de 70, 90 et 100 grammes avec 30 et 40 litres d'eau, ne sont pas suffisamment efficaces sur les œufs, car un bon sulfocarbonate a encore ses solutions au 1/400 et même 1/500 parfaitement capables de les détruire où elle passe.
En principe, ce ne sont pas les fortes doses de sulfocarbonate qui sont nuisibles, mais bien le titre de la solution que l'on emploie. L'expérience nous a appris que les solutions au dessous de 1/300 étaient dangereuses dans les cas de non-absorption au boat de quelques heures, ou en été, et inefficaces au delà de 1/500, sans, bien entendu, qu'il n'y ait rien d'absolu à cet égard; d'où il suit que le rapport entre la quantité de sulfocarbonate à employer et son eau de dilution doit donc être pris comme le seul guide dans les traitements, et non pas telles ou telles quantités de ces deux liquides considérés isolément; et cela est si vrai que l'on peut mettre jusqu'à I kilog. de sulfocarbonate par souche, sans lui nuire, si la quantité d'eau de
dissolution est suffisante, et qu'au contraire avec 50 grammes on peut tuer invariablement les souches les plus vigoureuses, si la quantité ti'eau est trop faible. Je le répète, les meilleures doses doivent être, d'une manière générale, comprises en poids entre 1/300 et 1/400. Audessus et au-dessous de ces titres, il peut y avoir des inconvénients dans un sens ou dans un autre pour des personnes qui ne seraient pas parfaitement familiarisées avec la nature du sol, sa perméabilité, sa sécheresse, ou qui ne sauraient pas suffisamment tenir compte de fâge de la vigne et de l'influence de la saison, toutes influences que j'ai signalées dans mes instructions, et ici dans ce Journal.
Ajoutons que, avec le système des l)acs et des arrosoirs employé jusqu'à ce jour pour former et distribuer la solution sulfocarbonatée, les choses se pas^^ent autrement qu'elles sont rapportées, et qu'il faudrait le vouloir pour mal opérer. D'un autre côté, on fera difficilement croire que c'est en multipliant les raesurages comme cela existe dans le moyen que l'on propose en remplacement des bacs que l'on obtiendra plus de garantie en ce qui concerne le dosage du sulfocarbonate ; c'est tout à fait contraire aux règles admises.
Pour ce qui est de la mise de l'eau claire après l'absorption de la solution sulfocarbonatée, j'alfirme de nouveau sa nécessité par les raisons suivantes :
r Elle empêche le dégagement en pure perte dans l'atmosphère d'une certaine quantité de vapeurs insecticides;
2° Elle chasse plus profondément dans le sol la solution antiphylloxérique qui désinfecte ainsi un plus grand volume de terre et une plus grande quantité de racines;
3" Dans le cas de non- absorption ou d'absorption incomplète, elle protè^ue les racines supérieures qui pourraient être affectées par la solution;
4" Elle est indispensable surtout dans le Midi pour empêcher les émanations de sulfure de carbone et d'hydrogène sulfuré qui ne manqueraient pas de griller les feuilles inférieures du cep ainsi que les raisins ;
5" Indépendamment de ces avantages, l'eau claire ne nuit en rien à l'efficacité du remède par la raison que les vapeurs antiphylloxériques tendent toujours à s'élever, à arriver dans les couches superficielles du sol et à se dégager dans Tatmosphère, d'oii il s'ensuit qu'elles tuent les insectes des racines supérieures. Dans le cas où les couches superficielles du sol seraient humides, le sulfure de carbone étant soluble dans l'eau dans la proportion de 2 grammes par litre environ, en outre de l'hydrogène sulfuré qui est très soluble, il en résulte une solution que dans nos études nous avons toujours reconnue comme très insecticide. En deux mots, que le sol soit perméable ou humide, il n'y a donc aucune crainte de ce côté, toutes les racines superficielles seront débarrassées de leurs phylloxéras. Mais lorsque l'on ne ramène pas la terre autour du cep presque aussitôt après le traitement, il arrive parfois que l'on a sorti, en faisant les cuvettes, des fragments de racines ou du chevelu portant des phylloxéras qui ne reçoivent pas l'action du sulfocarbonate et qui sont rapportés au pied de la souche, lorsque la solution sulfocarbonatée a terminé son action; c'est une des causes les plus fréquentes de la réinvasion et non la mise de l'eau claire.
Eafin, je le répète, les bons résultats que nous avons obtenus dans nos traitements depuis 1874, et ils sont nombreux, l'ont été avec le procédé de l'eaiî claire que j'ai été amené, pour la plupart des cas, à adopter de préférence à tout autre mode de procéder. On se trouve donc ici en présence de faits précis et non vis-à-vis de quelques observations isolées qui peuvent être voilées par certaines circonstances restées inaperçues ou mal interprétées.
Quant à l'époque et à la fréquence des traitements, je l'ai dit depuis lon2;temps, rationnellement il en faudrait deux dans le Midi : l'un du mois de novembre à la fin d'avril pour détruire les phylloxéras qui ont hiberné, et un. autre de fin mai au 15 juillet, pour détruire les individus issus de l'œuf d'hiver et de ceux épargnés lors de la première opération. Ces deux traitements produisent le meilleu" effet sur la véo;étation de la vienne et sa fruclification, car en outre de l'action insecticide, le traitement d'été avec ses 40 litres d'eau par souche fait le plus grand bien. Mais pour ce qui est de deux opérations en été à huit ou dix jours d'intervalle, comme le recommande l'auteur de la communication, outre que leur nécessité ne se justifie pas si la première a été bien faite, il est facile de se rendre compte combien serait peu pratique une semblable manière de faire et je doute fort qu'elle trouve jamais beaucoup de partisans.
Veuillez a^rréer, etc. P. Mouillefert.
Mars nous a fourni un spécimen de toutes les températures : neige, pluie, brouillard, rosée, gelée blanche, grésil, orages, temps sombre et beau ciel, ce dernier état le plus rare (7 jours). C'est assez dire que les travaux déjà si en retard ont encore été ajournés. On a Cf^pendaat utilisé les rares éclaircies qui se sont produites pour ensemencer pommes de terre, pois, fèv s et donner pour la sole de printemps quelques labours de préparation. Ces derniers travaux s'exécutent péniblement et dans de mauvaises conditions à cause du tassement dû aux pluies hivernales et de l'état encore partiellement humide de beaucoup de nos champs.
13 jours de fortes gelées avec une baisse thermométrique de — 8° ne pouvaient passer sans laisser de traces. Les arbres fruitiers précoces, bon nombre de plantes maraîchères et arbustes ont été atteints. La vigne cependant ne paraît pas avoir souffert, son bourgeon n'ayant pas encore débourré. On ne se plaint pas de Ctt état des choses, car le retour tardif du froid après le réveil de la végétation, si fréquent dans nos contrées, occasionne invariablement des dégâts incalculables. E. DE Lentilhac.
Séance du 25 avril 1883. — Présidence de M. Dumas.
M. Dietz-Monnin, président de la Chambre de commerce de Paris, fait connaître que le consul du Mexique, à Saint-Nazaire, désirait recevoir, pour les transmettre à son gouvernement, les catalogues et prix courants des constructeurs de machines et instruments agricoles, des marchands de graines et de plantes, ainsi que des éleveurs des meilleures races d animaux de ferme et de basse-cour.
M. Léo d'Ounous, correspondant, envoie une note sur l'élagage des arbres et arbrisseaux. — Renvoi à la section de sylviculture.
M. Grandeau, correspondant, fait hommage de la deuxième édition de son Traité de l'analyse des madères agricoles, qu'il vient de publier.
M. Barrai analyse une note de M. Chevron, professeur à Gembloux (Belgique), sur la nature inflammable des gaz dégagés dans la diffu-
sion des betteraves. Il résulte des expériences de M. Chevron que l'hydrogène entre pour une forte part dans la composition de ces gaz, et que sa présence est due à l'attaque de la tôle des diffuseurs par les sucs acides de betteraves.
M. d Esterno fait une nouvelle communication relative aux moyens de prévenir la fraude dans le commerce des engrais. Cette communication est renvoyée aux sections des sciences physico-chimiques et d'économie, de statistique et de législation agricoles.
M. Lavallée fait une communication sur la récente exposition internationale d'horticulture de Gand, en signalant la grande place que les horticulteurs français y ont prise. A cette occasion, M. Chevreul insiste sur les nombreuses expériences qui l'on doit aux horticulteurs de notre pays; il rappelle les faits positifs qu'ils ont mis en lumière, notamment sur Thybridation des plmtes et sur les limites dans lesquelles on peut faire varier les plantes cultivées.
M. Lecouteux donne lecture d'une lettre de M. Houette, qui demande à la Société de bien établir si la cuisson et l'ingestion de la viande d'animaux atteints de maladies Infectieuses, détruisent les germes de l'infection. M. Bouley ra ppelle qu'il est parfaitement prouvé que la cuisson des animaux morts est le meilleur moyen de détruire les germes des maladies infectieuses; que ce moyen, d'une efficacité supérieure à celle de l'enfouissement, permet d'utiliser les viandes pour la nourriture d'animaux carnivores, tels que les porcs, sans qu'il en résulte de dangers pour les hommes qui consommeront ensuite la viande de ces porcs; toutefois, il y a une question de proportion à établir dans cette alimentation, au point ne vue de la sapidité de ces viandes. MM. Pluchet et Heuzé rappellent des faits dont ils ont élé les témoins et qui viennent à l'appui de ces affirmations.
M.. Gayot fait observer que la viande des porcs nourris exclusivement avec des produits d'équarrissage, est de qualité médiocre, et que si ces produits peuvent entrer dans des rations d'élevage, il faut se garder de les introduire dans des rations d'engraissement. 31. Chevreul insiste sur l'importance d'étudier les transformations en espèces chimiques qui se produisent dans la cuisson des matières animales. M. Gareau ajoute qu'il y a une différence à établir entre la consommation de la viande crue et celle de la viande cuite. M. Dumas rappelle les expériences faites jadis par M. Payen sur l'emploi des produits d'équarrissage dans l'alimentation des porcs. — • Après ces diverses observations, la question est renvoyée, sur la proposition de M. Barrai, à la Section d'économie des animaux, afin qu'elle prépare un rapport.
La Société procède à l'élection d'un membre étranger dans la Section de grande culture. M. Julien Robert, de Seeiowitz (Autriche), est élu.
Henry Sagnier.