VI. ~ Sucres et betteraves
Nous avons fait connaître que le Comité central des fabricants de sucre organisait un congrès sucrier qui aura lieu à Amiens pendant le prochain concours régional. Les séances de ce Congrès se tiendront lo 9 et le 10 mai. Voici le programme des questions qui y seront discutées :
9 mai. — Question unique. Des changements à apporter au régime des sucres français pour les mettre en mesure de soutenir la concurrence des sucres étrangers primas. — Rapporteurs : MM. F. Jacquemart et J.-B. Mariage.
10 mai. — V question. Des subventions industrielles. — Rapporteur : M. Dellisse.
2* question. La dernière campagne sucrière a-t-elle confirmé les bons effets des turbines Weinrich? — Rapporteur : M. Têtard.
3* question. De l'analyse commerciale et de l'échantillonnage des sucres. — Rapporteur : M Hallette.
4^ question. Des progrès à réaliser dans l'épuratio;) les jus par la conduite de la carbonatation. — Rapporteur : M. Vivien.
5* question. Des progrès à réaliser dans le travail par l'osmoe. — Rapporteur : M. Druelle.
6* question. Du transporteur hydraulique Reidinger, pour conduire les betteraves du silo à Téévateur. — Rapporteur : M. Vivien.
On voit que ce programme comporte à la fois des questions économiques et des questions techniques qui sont d'un très grand intérêt pour la sucrerie indigène. Il est probable que la transformation de l'assiette de l'impôt du sucre donnera lieu à des discussions importantes. Récemment, nous avons reçu une intéressante brochure de M. Mazuriez, fabricant de sucre à Pouilly (Aisne), qui arrive à des conclusions analogues à celles que nous avons récemment exposées sur la nécessité de réformer complètement la base de l'impôt. Sur ce sujet, le Comité sucrier des arrondissements de Laon, Vervins, Soissons et Château-Thierry (Aisne) a pris, à la date du 25 avril, la délibération suivante :
Le Comité sucrier des arrondissements de Laon, Vervins, Soissons et Château- Thierry, considérant,
1" Que l'industrie sucrière agricole française e^t en péril; et qu'elle va disparaître si l'on ne se hâte de prendre les mesures les plus énergiques pour parer les coups que lui porte la fabrication étrangère, notamment la fabrication allemande;
2° Que les agriculteurs et les fabricants de sucre des pays étrangers sont en pleine prospérité, grâce à des législations inspirées par cette pensée : que le meilleur moyen d'assurer la richesse publique e t de favoriser la proiuciion du sol ;
CHRONIQUE AGHIGOLE (5 MAI 1883). 165
3" Que les législations sucrières des pays étrangers ont toutes pour base l'impôt sur la matière première;
4° Que les pays allemands surtout, avec leur impôt sur la betterave, ont triplé leur production depuis dix ans; qu'ils ont déjà envahi tous les marchés de l'Europe; et qu'ils vent acc.iparer le marché français;
5" Que la France sucrière, avec son impôt sur le sucre fabriqué, est en pleine décadence; que sa production diminue rapidement; que son exportation est devenue impossible; et qu'elle va sombrer inévitablement sous la concurrence de ses rivaux ;
6" Que la culture française subit, et subira davantage encore, le contre-coup de la situation fatale qui est faite à la sucrerie;
Considérant en outre :
1° Que le seul moyen de tenir tête aux concurrents étrangers, se trouve dans l'adoption de celui des systèmes d'impôt qui a le mieux contribué à leur prospérité ;
z" Qu'il est reconnu que ce moyen réside dans l'impôt sur la betterave ;
3" Que si l'impôt sur la betterave ne conduisait pas au résultat extrêmement désirable de l'égalité pour tous, il aurait l'immense avantage d'assurer un relèvement général, en ravivant des principes de vitalité qui s'éteignent avec une rapidité désespérante ;
4° Que, dans l'état actuel des choses, toute législation qui ne comporterait qu'une demi-mesure serait plus dangereuse que le siala quo, car elle supprimerait toute réclamation pour un temps plus ou moins long, pendant lequel les concurrents étrangers mettraient la sucrerie française dans une position irrémédiable;
5" Que néanmoins, le Comité est d'avis qu'il est indispensable de recourir à une mesure de préservation partielle et provisoire, en relevant la surtaxe à l'entrée des sucres étrangers du continent, attendu que l'impôt sur la betterave ne peut êtie appliqué que pour la fabrication 1884-85, à cause des moyens de préparation à prendre par les cultivateurs, les fabricants et l'administration des finances;
Emet les vœ'ix suivants :
« p Que dans le plus bref délai, la surtaxe de compensation soit élevée de 3 à 4 francs par IOj kilog. pour les sucres bruts de tous les pays d'Europe;
« 2° Qiie l'impôt sur la betterave soit voté d'ici au mois de septemb e prochain, pour être appliqué lors de la fabrication 1S84-85 sur les bases prin'^ipales suivantes :
« 2 ) francs par 1,00U kilog. de betteraves; — 5 pour 100 de sucre rafli ,é pour le rendement légal; — sucre extrait des mélasses inde one de droits ; — et 40 fr. par 100 kilog. pour le remboursement ou drawback à l'exportation.
Le président, Le vice-président, Le secrétaire,