LES FROIDS TARDIFS DANS LE MIDI
La neige, accompagnée d'un froid qui a fait descendre le thermomètre à 9 degrés au-dessous de zéro, est venue à deux repHses ditférentes désoler notre campagne, et détruire en grande partie nos récoltes. Le 9 mars surtout, le froid a été le plus intense et a fait beaucoup de mal à nos oliviers qui, pour la plupart se dépouillent de leurs feuilles. Gomme l'hiver avait été doux et que les arbres n'avaient point eu de fruit l'année dernière, ils poussaient déjà avec vigueur, quand le froid tardif est arrivé. Le mal est bien grand ; dans plusieurs quartiers, on sera obliger de saper les branches raz du tronc, car elles sont eniièrement mortes : qui sait même si le pied n'aura pas souffert? ce qui le ferait croire, c'est que Deaucoup de branches ont été fendues par la gelée. Notre pays est vraiment bien affligé. Deux années de suite, ce manque de récolte ne fera qu'augmenter la misère hélas! bien grande déjà. Des amandiers, inutile d'en parler, il n'y aura pas une amande dans le pays. Les pêchers ont subi le même sort que ces derniers et certains poiriers ont eu aussi leurs fleurs noircies par ce froid insolite.
Les poiriers même ont beaucoup soutîert et ont eu toutes leurs nouvelles pousses flétries et qui sont mortes ; il en est de même des luzernes et des trèfles. En somme, le mal est bien grand, puisqu'il a compromis en grande partie nos principales récoltes, et qu'il a complètement détruit nos fruits.
Les mûriers ne seront peut-être pas entièrement morts, mais ils ont beaucoup de mal, et les feuilles, au lieu de se montrer aux branches nouvelles, sortent sur le tronc, tout autour des branches ; on ce peut encore déterminer d'une manière précise tout le mal qu'a éprouvé cet arbre si productif dans nos contrées.
Ravoux,
A Buis-les-Baronnies {Drôme).
Séance du 2 mai 1883. — Présidence de M. Dumas.
M. le secrétaire perpétuel annonce la mort de M. Bonvié, correspondant dans la Section d'économie, de statistique et de législation.
M. Meugy, ingénieur en chef de mines, fait hommage de la carte agronomique de l'arrondissement de Rocroi (Ardennes), à l'échelle du 40,000* qu'il vient de publier. Déjà M. Meugy a publié antérieurement les caries des arrondissements de Vouziers et de Rethel.
M. Jos. H. Reall envoie le compte rendu du troisième congrès national de l'association agricole américaine .qui a eu lieu à Chicago le 12 décembre 1882.
i\l. Barrai fait hommage, au nom de M. Sanson, du mémoire renfermant ses recherches expérimentales sur la propriété excitante de l'avoine. Nos lecteurs savent que le savant professeur, en épuisant l'avoine par l'alcool, a isolé un corps spécial pour lequel il propose le nom d'avénine, qui existe en proportions variables dans les différentes sortes d'avoine, et qui agit sur le système neuro-musculaire du cheval, en l'excitant temporairement. C'est dans le péricarpe de l'avoine que l'on rencontre cette substance.
M. Barrai présente une traduction anglaise, imprimée à Boston, de la V édition du Traité d élagatje des arbres, de M. des Cars. A cette occasion, M. des Cars insiste sur la tendance qui se manifeste aujourd'hui dans une partie de l'Amérique, en faveur des études de sylviculture qui avaient été à peu près complètement négligées jusqu'ici.
Une discussion s'engage surles questions qui pourraient figurer sur le programme du congrès des Sociétés savantes en 1884. — M. de Retz propose d'y placer l'étude de la situation de la sériciculture. — M. Henzé
propose la question suivante : l'épine-vinette occasionne-t elle la rouille sur les feuilles des céréales et principalement sur celles du froment. MM. Ghatin, Boitel et Heuzé expriment des opinions contradictoires relativement à l'identité du cryptogame qui attaque Fépine-vineite et de celui qui est la cause de la rouille des céréales. — Enfin, M. N.iudin propose l'étude de la question du reboisement en Algérie ; il fait ressortir l'irrégularité du régime des eaux dans notre colonie, et il exprime l'opinion que le reboisement des pentes aujourd'hui dénudées, exercerait la plus grande influence tant sur le climat que sur la régularité du débit des rivières et des fleuves.
M. Renou présente le résumé des observations météorologiques faites au parc Saint-Maur pendant le mois d'avril.
M. Heuzé présente deux volumes qu'il vient de publier: l'un est le premier volume d'une étude sur les plantes fourragères ; le deuxième porte le titre: Les pâturages, les prairies naturelles et les herbages. Ces deux volumes font partie de la collection des ouvrages de M. Heuzé dont il réimprime actuellement plusieurs volumes.
M. Ghatin analyse une note de M. Léo d Ounous relativement au développement du gui sur plusieurs arbres exotiques, notamment sur des peupliers cendrés, des pacaniers, des érables de Virginie. A cette occasion, M. Ghatin signale l'envahissement de plus en plus grand des pommiers à cidre par le gui.
M. de Molon fait une communication sur plusieurs fraudes commises actuellement dans le commerce des engrais dans l'ouest de la France. La première est la vente, sous le nom de phosphate, d'un schiste ardoisier qu'on exploite en grande quantité aux environs de Redon; ce schiste ne renferme pas trace de phosphate de chaux, mais il est très riche en silicate d'alumine; comme la méthode d'analyse diie commerciale a pour effet de précipiter 1 alumine comme le phosphc^te, lorsque cette substance est analysée par cette méthode, elle paraît riche en phosphate ; ce qui entraîne une erreur absolue chez le cultivateur. La deuxième fraude est l'emploi d'une chaux d'usines à gaz, qui non seulement ne vaut rien, mais se montre nuisible à la végétation.
A cette occasion, M. Dumas montre l'importance que présenterait une enquête faite par la Société sur l'état actuel du commerce des engrais ; il lui paraît d'une urgence absolue que les cultivateurs soient bien fixés sur la valeur des substances qui leur sont offertes.
M. Ghevreul insiste sur les confusions qui existent trop souvent dans les dénominations données aux engrais, et sur les erreurs qui résultent de la rpauvaise direction donnée aux études sur cette question ; il rappelle ses longues recherches sur le guano, et il montre combien il est important que l'on s'occupe non seulement de la composition élémentaire des substances fertilisantes, mais de la nature des principes immédiats qui les constituent. Henry Sagnier.
REVUE COMMERCIALE ET PRIX COUMT DES DENRÉES AGRICOLES