I. — La situation agricole
Coiniiient vont les récoltes? c'est une question qui nous est adressée plusieurs fois chaque jour. Qa^ répondre, si ce n'est que, comma les afTaires en général, elles vont douceiuant. A peu près partout, la végétation est en retard d'une dizaine de jours ; le temps maussade qui règne ne la hâte pas, mais lavenir agricole de Tannée ne nous en semble pas assombri. Jusqu'à présent, il n'y a guère de mA produit, si ce n'est en un petit nombre de loi^alités. Dans le Midi, la production des arbres à fruits sera médiocre. Les champs de seigle, presque partout, sont loin de présenter la vigueur qu'on est habitué de leur voira celte épo(|ue de Tannée; cependant aucun mal définitif n'est signalé. Dans quelques départements de TOaest, on n'a pas pu faire toutes les semailles en retard ; on signale une assez grande quantité de champs qui n'ont pu être ensemencés. Il sera peut-être bon d'y semer des fourrages hâtifs, tels que le mélange auquel Dezeimeris a donné son nom. Les fourrages, en effet, n'ayant pas encore pris la pousse qu'ils ont d'ordinaire dans les premiers jours de mai, donneront probablement des coupes en déficit. L'hiver s'est achevé alors que Ton commençait à être obligé de ménager les rations du bétail, et comme les fourrages verts sont loin d'offrir de la précocité, tous ceux, qui entretiennent des animaux domestiques se trouvent gênés, et les bêtes commencent à souffrir. Aussi les marchéssont-ils plus garnis qu'ilsne devraient l'être, et en présence d'offres plus nombreuses sans demandes plus considérables, il y a baisse dans les cours. Mais rien n'est irréparable quant à présent, et la venue d'un temps propice pourrait faire espérer encore des temps prospères. La vigne peut doimer de meilleures vendanges que les années précédentes; les arbres fruitiers de toute la région du Centre et du Nord sont riches de promesses. Les céréales ont un aspect satisfaisant. Toutes les plantations ou semailles du printemps ont réussi, ou du moins donnent de belles espérances. Nous sommes dans une saison critique; il n'y a guère qu'une chose à faire, attendre. Seulement, toujours attendre impatiente. Les transactions languissent; on ne se décide pas, par exemple, à acheter des machines alors qu'on ne sait pas comment les récoltes tourneront; mais il peut suffire de quelques jours pour tout mettre en état. Cette situation s'est souvent présentée, avec un dénouement favorable. Les agriculteurs ont un peu de loisir; ils peuvent se rendre aux concours régionaux, qui commencent cette semaine à Amiens, Bourg et Foix. Avant la fin du mois, il y aura encore ceux de Vannes, Digne, Troyes, Blois et Rochefort. Les
N° 735. — Tome II de 1883. — 12 Mai.
autres solennités du même o;enre auront lieu en juin, pour Caen et Aurillac, en septembre pour Mende, et en novembre pour Nice. Puisse d'ici là le ciel s'être éclairci, et nous avoir déversé en temps utile une chaleur assez bienfaisante pour nous donner de riches moissons et d'abondantes vendanges.