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Depuis lors aucune statistique officielle n'a été faite ; mais d'après les divers relevés effectués dans chaque département, par les soins des commissions cantonales de statistique, des Sociétés d'agriculture et Comices, il faut compter actuellement sur une surface cultivée en lin de 60 à 65.000 hectares seulement.
Comme on le voit dans le tableau ci-dessus, c'est en l'année 1802 que la surface culturale est la plus étendue. Ce fait tient à une cause spéciale : c'était en ce moment qu'avait lieu la guerre de sécession e^ Amérique: le coton subit une hausse de 300 à 400 pour cent ; on se rejeta sur le lin qui se trouvait, par suite de cette circonstance, à bien meilleur marché, et les cultivateurs firent des semis bien plus étendus que d'habitude.
A quoi tient la diminution que nous constatons aujourd'hui ?
A plusieurs causes que nous allons examiner brièvement.
1" Tout d'abord, il faut faire entrer en ligne de compte la grande consommation que l'on fait en France des tissus de coton qui sont en règle générale à très bas prix. En présence de cette concurrence, le lin tend de plus en plus à être regardé comme un article de luxe. On en jugera facilement par l'examen du tableau suivant :
Dépense moyenne par individu en tissu de
Époques. Lin et chanvre. Coton. Laine. Soie. Totaur.
fr. fr. fr. fr. fr
Il résulte de ce tableau que la consommation du lin qui en 1780 était trois fois plus forte que celle du coton est devenue, après un siècle, égale à celle de ce textile, c'est-à-dire qu'elle a perdu du terrain, la consommation de tous les autres textiles ayant doublé. Il y a en outre ici deux fibres, lin et chanvre, opposées à une seule : coton, laine ou soie, ce qui augmente encore l'infériorité des premiers à l'égard des seconds.
2° Les changements apportés dans l'industrie de la filature ont eu aussi leur intluenco sensible sur la culture proprement dite. Les tarifs de 1860 ont permis aux Anglais d'inonder la France de n" de fils de lin fins : les filateurs français ont été obligés de se rejeter sur les gros n"'. Ceux-ci sont alors devenus la base de la production française, et
comme ils ne peuvent être fabriqués avec les bons lins du pays, trop chers pour cette profJuclion, les tilateurs ont dû forcément faire. venir de diverses provenances des quantités considérables de lin à bas prix, au grand détriment de l'agriculiure nationale.
Les importations de lins étrangers sont donc devenues énormes et ont jeté le trouble dans la pr^oduclion agricole. Voici quelles ont été les importations annuelles de lin en France durant une période de deux années, de 1876 à 1878 :
RusMe 35, A 15, 752 kilog.
An^'leterie 1,47-2,495 —
Bel^iique 18,r)S0,-?9O —
Allema!,'ne 1,301,664 —
Autres pays 1,084 792 —
Total 07,693,993 kilog. "
Il faut remarquer que ces chiffres ne représentent qu'une moyenne.
Pour la Prusse, par exemple, l'exportation de 1875 a été de 40,731,818 kilog., et celle de 1877 s'est élevée à 52,034/120 kilog.
En se plaçant au point de vue exclusivement agricole, la culture du lin mérite-t-elle d'attirer l'attention?
On en acquerra le certitude par les chiffres suivants, qui montrent que c'est une de celles qui sont le plus rémunératrices en cas de réussite et qui nécessitentplus quetouteautre une circulation d'argent continue.
Les engrais valent en moyenne... 250 l'r. par heclare.
Les graines de Riga pour semence. 120 —
La m^iii-cJ'œuvre de culluie 240 — »
Le rouissage et le leiliage . 345 —
Total 1 ,220 fr.
Or le produit de la vente de la graine récoltée par hectare est de 200 francs environ, et la quantité moyenne de lin récollé sur un hectare e:ït de 970 kilog. La dépense totale pour cultiver un hectare de lin, déduction faite de la graine récoltée, est donc de 1 ,020 fr,, ce qui, pour 970 kilog. à l'hectare, établit le prix de revient du lin à I fr. 50 le ki'.og. Or la base de venle des lins de Riga importés cette année en France est de 0 fr. 70 le kilog.
On voit donc que le cultivateur ne peut retirer de bénéfice de sa culture que si toutes les circonstances ont, été favorables pour lui, s'il a récollé du lin fin et s'il a pu faire bien rouir et teiller ses pailles.
Mais si la saison est mauvaise, si le lin m.inque, il perd une partie de son capital. On pourrait remédier à la situation lâcheui-e que lui crée la concurrence des lins russes en mettant sur ceux-ci, à leur entrée en France, des droits suffisamment élevés pour compenser linégalité des charges qui pèsent sur la [)roduction agricole indigène et étrangère.
Le teillage du lin est une indu^trie agricole qui occuj)e, pendant 1 hiver surtout, un grand nombre d'ouvriers des campagnes, et qui, à ce ti're, doit être également encouragée.
3" Une troisième cause de la diminution de la culture du lin en France réside dans Faccroissement de la culture de la betterave depuis 1860 jusqu'en I870environ. Beaucoup de cultivateurs ont prélVré les résultats à peu près constants et connus à l'avance de la production betleravière aux chances si aléatoires de celle du lin.
Mais, il est de notre devoir de le faire remarquer, cette industrie également souffre beaucoup en ce moment de la concurrence que lui font les sucres belges, allemands ^ et autrichiens; les alcools s'en ressentent également.
Un grand nombre de sucreries et de distilleries sont déjà tombées, beaucoup d'autres sont sur le point de disparaître, et si l'on ne veut pas accorder à cette industrie, qui est une des principales branches de la vitalité de l'agriculture française, la protection qui lui est nécessaire pour lutter contre les produits similaires de l'étranger, il faut s'attendre à la voir prochainement sombrer complètement.
h° Les tarifs exagérés des chemins de fer appliqués aux proluils français voyageant sur notre territoire, sont encore une des principales causes de dépérissement du lin et de sa production en France. Les produits étrangers, au contraire, jouissent des tarifs les plus bas. Le taux kilométrique qui leur est appliqué est parfois le tiers de celui que l'on fait subir aux nôtres. Dounons-en quelques exemples :
Du mois de mai au mois de novembre, pendant la période de la navigation libre, c'est-à-dire à l'époque où il arrive ie plus de lins de la Russie, le transport de Riga à L'unkerque n'est que de 4 fr. 50 à 5 fr. le quintal, tandis que pour faire venir des lins des Basses-Pyrénées à Lille, par exemple, le coût du transport est en moyenne de 10 fr. De Marseille, il coûte 12 fr. !
Par contre, lorsque l'on fait venir des lins de Russie par voie ferrée, le transport coûte en moyenne de 12 à 15fr. le quintal, c'est-à-dire sensiblement le même prix, pour une distance quadruple!
Tout ce que nous venons de dire s'applique au lin en filasse.
Une entente entre MM. les ministres de l'agriculture et des travaux publics amènerait peut-être une modification à ce fâcheux état de choses en contraignant les Compagnies de chemins de fer à abaisser leurs tarifs.
5° Nous proposerons le môme remède à la situation encore plus funeste dans laquelle se trouvent les lins en pailles. En effet, il n'existe pas de wagons spéciaux pour ces marchandises légères et encombrantes. Quel que soit le prix d'un chargement, la taxe est toujours perçue pour 4,U00 kilog. par wagon sur la ligne du Nord, tandis que le matériel mis à la disposition du cultivateur n'en peut contenir que 2,000 en* moyenne. Sur les autres lignes, la taxe est appliquée pour 5,000 kilog. par wagon complet. La Compagnie de Paris-Lyon-MédiLerranée pourrait donner des wagons assez grands pour contenir effectivement cette quantité, mais il faudrait une autorisation spéciale pour faire transiter ces wagons sur la ligne du Nord.
Celle situation cause nécessairement à l'agriculture un préjudice permanent, et on pourrait cependant le supprimer en exigeant des Comp;ignies que la taxe ne fût appliquée que sur le poids réel des chargements, ou bien qu'elles fournissent des wagons assez grands pour contenir le poids sur lequel la taxe est ap^)liquée.
6° On doit, signaler aussi l'état de dépérissement dans lequel se trouve actuellement l'industrie de la filature du lin, dont la vitalité exerce une si grande influence sur la consommation de ce textile. Sans examiner s'il est vrai, comme le disent généralement les hommes du métier, que ce dépérissement est dû au régime commercial consacré par les traités de 18G0, je crois néanmoins devoir attirer l'attention sur la relation qui existe entre celte industrie et la culture proprement dite. Peut être un acquiesce tuent sérieux aux réclamations de l'industrie aurait-elle à ce point de vue une heureuse influence sur l'agriculture.
V La graine employée à l'ensemencement du lin exerce une influence considérable sur la réussite de cette culture.
Comme on est obligé d'employer dans ce but exclusivement les graines de lin russe venant de Riga, ou celles qui proviennent de leur première culture, les cultivateurs doivent s'adresser, pour se procurer ces semences, à des revendeurs qui seuls peuvent les leur céder par faibles quantités. Or, ils sont souvent trompés, soit parce que les revendeurs achètent une graine falsifiée, soit parce qu'ils la falsifient eux-mêmes, avec des graines de deuxième ou troisième année, qui ne sont plus propres à la culture et ne servent qu'à la production de l'huile.
Dans ce cas, les fermiers trompés abandonnent la culture du lin qui ue leur donne pas de résultats rémunérateurs et s'imaginent que leurs terres ne peuvent plus convenir à cette production.
Les graines russes sont renfermées dans des barils qui sont parfois défoncés à Anvers ou ailleurs, et remplis avec de mauvaises graines du pays, revendues comme graines d'origine russe. Ces faits révoltants n'ayant jamais lieu en France^ les cultivateurs éviteraient cette chance d'insuccès en n'achetant que des graines de Riga importées directement dans les ports français.
Le gouvernement, de son côté, pourrait peut-être mettre un droit sur les barils de graines en transit ou exiger des négociants des certificats d'origine collectifs, av3c des coupons correspondant à chaque baril.
En outre, Fauteur de cette note ayant reconnu par de très nombreuses analyses que les graines d'origine russe présentent une composition chimique très constante et toute différente de celle des autres provenances impropres aux semailles, on pourrait engager les cultivateurs à envoyer les échantillons de leurs graines de semences à l'analyse. Je m'offre à faire gratuitement ce travail pour tous les agriculteurs qui me le demanderont, moyennai.t une augmentation annuelle de mille francs, de la subvention qui m'est accordée par le ministre de l'aiîriculture.
Cette proposition mente d être sérieusement examinée et prise en considération, l'importance du service ainsi rendu à la culture étant hors de toute proportion avec la faible dépense qui en résulterait pour le budget.
8° Le cultivateur ne pouvant, en général, rouir et teiîler lui-même son lin, doit, pour en tirer parti, le vendre à un homme du métier; beaucoup d'entre eux ont dû renoncer à cette culture, parce qu'ils ne pouvaient trouver à vendre leurs produits à des rouisseurs et teilleurs habitant des contrées que ceux ci ne fréquentaient pas.
Un comité linier, dit national, s'est formé à Paris, sous la présidence de M. Féray, sénateur; ce comité a pour but principal de mettre en rapport les producteurs de lin avec les acheteurs de ce textile, et de faciliter ainsi aux cultivateurs la vente des lins en paille qu'ils ont produits. Ce but est louable, il est utile au relèvement de la culture linière et ce comité mérite des encouragements pécuniaires qui lui sont nécessaires pour mener son œuvre à bien : j'appelle sur ce point la bienveillante attention de M. le ministre.
9" Enfin depuis quelques années, les champs de lin ont été assez souvent victimes d'une maladie bizarre désignée par la culture sous le nom de brûlure ou froid-feu.
Cette maladie, qui s'attaque toujours à la plante aux débuts de sa croissance, détruisait en quelques heures tout un champ.
Quand les cultivateurs l'avaient éprouvée à plusieurs reprises, ils se décourageaient et renonçaient à celte production : c'est encore là une des grandes, une des principales causes de la décroissanci3 de la culture du lin. Aujourd'hui, grâce aux travaux et aux études entrepris sur cette intéressante question par l'auteur, on sait que cette terrible maladie est due aux attaques d'un petit insecte, et on connaît les moyens de la combattre efficacement.
Le mémoire que j^ai publié sur cette question a été récompensé par une médaille d'or que m'a décernée la Société industrielle d'Amiens.
Voilà quels sont les résultats de l'enquête à laquelle je me suis livré sur les causes de la décroissance de la culture du lin en France et sur les moyens propres à y obvier. Si je ne les ai point toutes reconnues, j'ai du moins la certitude d'avoir énuméré les principales et d'avoir proposé les remèdes les plus sûrs et les plus iaciles à appliquer.
A. Ladi]iu::.\i,
directeur de la Station agronomique du Nord.
Depuis quelques années, tout ce qui touche aux Etats-Unis attire vivement l'attention du public européen; on comprend enfin, chez nous (on y a mis le temps), que la nature a comblé ce bienheureux pays de tous ses dons : pas de voisins gênants, pas de question romaine, pas de question d'Orient, l'uniformité de langue, de monnaies et d'usages commerciaux, une incroyable variété de sols et de climats, des mines d'or, d'argent, de cuivre, etc. de la plus grande richesse, des charbons de terre, de l'anthracite, du pétrole en quantités immenses, des fleuves, des lacs et des ports merveilleux : au milieu de cela, une race intelligente et laborieuse à laquelle viennent chaque année s'ajouter environ cinq cent mille émigrants allant à la conquête du « Great west », et n'étant pas comme certaine race Européenne, occupée à tout démolir, depuis quatre vingt ans, sans mettre à la place rien de durable; on compren Ira alors que toutes les nations occidentales suivent, avec le plus vif intérêt, le problème social qui se déroule de l'autre côlé de l'Atlantique.
La population augmente là, dans des proportions énormes : quand j'abordai pour la première fois à Nev^^-York, il y a quelque cinquante ans, il n'y avait pas 300,000 habitants : aujourd hui il y en a plus de deux millions ; que sera-ce dans quelques siècles, lorsqu'on étudie la disposition des lieux qui se prêtent bien mieux que Londres, Paris ou Canton à une grande agglomération d'hommes? Pour résumer ma pensée, je dirai que, en Europe, la table est mise pour quinze personnes et l'on est vingt pour s'y asseoir : cinq sont en révolte constante contre l'état social et, à tort ou à raison, visent à son renversement. Aux Etats-Unis, on est vingt à table, mais il y a de quoi nourrir vin2;t-cinq convives et ce sera longtemps encore ainsi.
De toutes les parties des Etats-Unis, la plus intéressante, la mieux partagée par la nature, c'est encore la Californie, depuis le 32""' jusqu'au Ai'"^ degré de latitude. Quand après avoir parcouru, dans les fameux « Pullman Cars », les immenses plaines qui s'étendent depuis Omaha jusqu'à la Sierra Nevada, sur une longueur de 1,800 milles, on arrive par le « Great Pacifie Rail-Road » jusqu'à Sommit, qui est la station la plus élevée, on est à 7,000 pieds au-dessus du
niveau de la mer et, dans le très court trajet qui vous rapproche de San Francisco, on jouit de vues délicieuses qui vous annoncent qu'on entre dans un pays exceptionnel. Gela rappelle un peu l'émotion qu'on éprouve quand on quitte les sommets neigeux des Alpes, pour descendre vers les lacs enchanteurs du nord de l'Italie. En etîet, la Sierra Nevada à l'est et le « Coast range » ou les montagnes qui bordent le Pacific, donnent naissance à des cours d'eau infinis qui se rejoignent, du nord au sud, dans la rivière Sacramento, et du sud au nord, dans la rivière San Joachim, pour aller ensemble se jeter à la mer par la baie de San Francisco et la fameuse « Golden Ga-te » ou porte dorée.
11 y a là, en fait de lacs, de cours d'eau, de rochers pittoresques, de sources deaux minérales et de curiosités naturelles, deux ou trois Suisses tout entières. Je ne dois m'occuper ici que d'horticulture et je me hâte de dire que les mines d'or et d'argent, qui, dès l'abord, avaient attiré tant d'émigrants sont aujourd'hui sur le second plan. L'agriculture, on le comprend, là bas comme ici, est la source de la richesse vraie, durable et sans cesse renouvelée. Déjà on se préoccupe ici, non pas seulement des récoltes du centre de l'Amérique, mais aussi de celles des états du Pacifique qui, grâce aux perfectionnements des voies maritimes, envoient en Europe une portion de leurs produits. Dans quinze ou vingt ans, il en sera de môme pour leurs vins, qu'on n'estime pas aujourd'hui, mais dont la production s'améliore et augmente dans d'immenses proportions, parce que le sol et le climat leur conviennent admirablement. J'ai donné précédemment quelques notes sur la production fruitière qui prend un développement extraordinaire; aujourd'hui, je me propose de visiter avec mes lecteurs, l'une des plus grandes curiosités botaniques du monde : je veux parler des Séquoia gigantea des districts de Calaveras et de Mari posa.
La carte ci-jointe (fig. 18) indique les routes qui y conduisent. Jusqu'à présent, on compte huit groupes remarquables de Séquoia, mais il y en a deu'x principaux qui attirent l'attention des touristes : ce sont les seuls que nous décrirons ici.
Le premier et le plus anciennement découvert, celui qui est le plus aisément accessible est le groupe de Calaveras situé à l'est de San Francisco, près du Stanislaus River et non loin du « Silver mountain Pass, » sur le versant occidental de la Sierra-Nevada. Pour le visiter, on prend le chemin de fer jusqu'à Stockton et Milton; de là une diligence vous conduit, par une bonne route de 45 milles, par Murphj's, jusqu'à Calaveras. Le groupe des Séquoia occupe là une surface de 3,200 pieds sur une largeur de 700 pieds; il renferme une centaine d'arbres principaux. L'un d'eux est dépouillé de son écorce jusqu'à une hauteur de 116 pieds : on l'a montrée comme curiosité aux Etats- Unis, et, finalement, on l'a installée sur une armature en fer, à l'exposition de Londres, à Hyde-Park, en 1855; ce curieux spécimen, replacé au palais de Sydenham, a été brûlé lors de l'incendie d'une des ailes du palais. Actuellement, l'arbre le plus élevé à Calaveras est le « Keystone state » qui a 325 pieds de haut et 45 pieds de diamètre. On en compte 30 autres dont le diamètre varie de 27 à 52 pieds et la hauteur de 230 à 320 pieds : leur âge est évalué diversement de douze à quinze cents ans. Le « Father of the forest, » maintenant abattu, mesurait 450 pieds de long et 120 pieds de tour. Tout ce
groupe se trouve à une altitude de 4,735 pieds au-dessus du Pacifique.
Une route passable communique maintenant de Calaveras à la fameuse vallée de Yosemite, par « Big Oak Fiat. »
Disons maintenant quelques mots de cette merveille qui attire ajuste titre tous les touristes de la Californie.
C'est en 1850 qu'elle fut découverte pour la première fois par une
compagnie de soldats, sous la conduite du capitaine Boling, chargé de poursuivre les Indiens qui en avaient fait un refuge après leurs déprédations. On lut alors très incrédule sur ces merveilles de la nature, et ce ne fut guère qu'en 1855 que M. Hutching fit une explo-
ration sérieuse au point de vue du touriste. On commença, dès ce moment, à y bâtir des hôtels et, aujourd'hui, les voyageurs trouvent là toutes les ressources nécessaires pour parcourir le pays avec confort et sécurité.
Une mesure des plus sages fut prise par le Congrès des Etats-Unis
Fig. 19. — Vue du Gri::zly Giant, dans le Mariposa Grove, en Californie. ■
et par l'état de Californie dès 1864. Pour conserver à la science et à l'admiration des voyageurs les merveilles végétales du pays, une loi, en date du 30 juin, faisait abandon à l'Etat d'un lot de 15 milles de long environ sur un mille de large à partir de la crête des montagnes, à la condition que « cette portion du sol national serait réservée pour l'usage et le plaisir du public et qu'elle serait inaliénable à perpétuité. L'Etat pourrait autoriser la location de certaines portions du sol pen-
dant dix ans au plus, à la condition que le prix de cette location serait appliqué à la conservation et aux euibellissemenls des lieux, ainsi qu'à la création et à l'entretien des routes qui y conduisent. »
Il y a, en ce moment, trois routes qui s'offrent au choix des touristes : On prend le « Central pacifie Uail Road » jusqu'à Merced, 151 milles, puis une diligence par Snelling et Coulterville.
La deuxième route de diligence part aussi de Merced et traverse Mariposa : elle a 95 milles de long.
Enfin, la troisième route, la plus suivie aujourd'hui, part de la station de Madera, à I 85 milles de San Francisco, puis par une nouvelle route
Fig. 20. — Vue de la base du Grizzli) Gianl.
carrossable, en traversant Clark's point, on est à peu de distance ^^ groupe dit « Fresno grove » et du « Mariposa grove » avant d'arriver à la vallée de Yosemite.
Cette vallée merveilleuse est située au sud-est de San Francisco, à une distance de 155 milles en ligne directe. Elle est presque horizontale sur une longueur de 6 milles et une largeur de 1/2 à 1 mille.
Le « Merced river », qui la traverse dans toute sa longueur, reçoit plusieurs cours d'eau tombant des montagnes qui l'entourent. Ce qui distingue surtout cette vallée des autres, c'est d'abord la hauteur des rochers qui l'enserrent presque verticalement, à des hauteurs variant de 3 à (5,(100 pieds, presque sans talus à' la base : en outre, elle offre à l'admiration des voyageurs des chutes d'eau et des cascades exceptionnelles, parmi lesquelles la ])lus importante est celle du \osemite qui s'élance d'une hauteur de 2,G00 pieds. La première chute verticale a 1,500 pieds, puis l'eau s'écoule en cascade sur une hauteur de 626 pieds, pour retomber dans la vallée par une chute de 400 pieds.
La largeur du cours d'eau, en été, est en moyenne de 20 pieds sur une épaisseur de 2 pieds.
Une excellente description des Conifères qui couvrent les flancs de la Sierra-Nevada a été publiée; je dois donc me borner ici aux Séquoia gùiantea. C'est en 1853 que le London Allicnœum et le Gardeners Glironicle en ont parlé pour la première fois en Europe, sous le nom de TFellingtonia giganlea. En 1854, M. Decaisne en présenta deux spécimens à la Société botanique et rétablit leur nom de Séquoia. A partir de cette époque, on fit des envois considérables de semences dans toute l'Europe.
Après le groupe de Calaveras, le plus important est sans contredit celui de Mariposa qui offre, en outre, l'attrait du voisinage de la vallée
Fig, 21. — Vue de la base du Dead Gian'.
du Yosemite, près de Clark's Rancb, à une altitude de 6,500 pieds. 11 se trouve dans une petite vallée où coule la rivière Merced : là, le Congrès des Etats-Unis a réservé un espace de deux milles carrés environ qui renferment deux groupes distincts. On y voit 365 arbres dont les dimensions et la position exacte ont été soigneusement étudiées, puis marquées sur des plans officiels. Le feu y a fait déjà de grand s ravages, mais il reste encore plus de 125 arbres de plus de 40 pieds de tour. Dans le groupe du bas, se trouve le « Grizzly Giant » qui a 300 pieds de haut, 90 pieds de circonférence à la base et 64 pieds, à 12 pieds du sol. Quelques-unes de ses branches ont plus de 6 pieds de diamètre. Des deux figures 19 et 20, la première représente l'arbre tout entier, tel que le feu l'a laissé; la deuxième figure donne une excellente idée de l'arbre, tel qu'il existe près du sol.
Une troisième figure (fig. 21) représente le « Dead Giant » qui a été. percé à la base, et dont l'étrange ouverture sert de passage à la diligence.
Comme on le voit, l'arbre le plus large à la base, mais sans une hauteur proportionnée, est le Baobab du Sénégal [Adamonia digilala L.) ; l'arbre le plus élevé que l'on ait signalé est V Eucalyptus amygdalina d'Australie^ si nous en croyons le baron Von Mueyer ; mais, comme proportion et comme forme, le Séquoia gigantea de la Californie semble être jusqu'à présent, dans le règne végétal, le roi de la création.
Ch. JOLY,
vice-président delà Société centrale d'horticulture de France.
Je suis bien en retard, cette année, pour la mise en terre de mes boutures et je suppose que beaucoup de mes confrères en viticulture ont été, comme moi, gênés et retardés par le mauvais temps. Je ne m'en inquiète guère et leur conseille de faire comme moi, car les derniers bouturages sont presque toujours les meilleurs. Quand la chaleur atmosphérique a pénétré assez profondément dans le sol pour imprégner une couche de 0".25 à 0™.30, c'est le moment le plus favorable pour y placer les boutures. Dans ce milieu chaud et humide, la sève se met rapidement en mouvement et se partage en deux courants ; l'un qui s'élève vers l'atmosphère, sf Uicité par les rayons du soleil et qui produit les premières feudles; l'autre, plus important et plus difficile à obtenir, qui se dirige vers le sol pour donner naissance aux racines. Ce dernier courant ne se prononce que s'il est sollicité par une chaleur inférieure suffisante pour contrebalancer l'appel de sève produit par la chaleur supérieure.
Il se produit, dans chaque bouture, une véritable lutte entre deux tendances, l'une centripète, l'autre centrifuge. Si la première est assez forte pour décider une portion de la sève à descendre et à se transformer en racines, le bouturage réussit; si la seconde agit seule, si toute la sève monte pour ne produire que des feuilles et de petites branches, la bouture ne tardera guère à avoir dépensé en pure perte tout ce qu'elle contenait, et, comme elle n'aura point émis de racines pour renouveler sa provision, elle finira par se dessécher, et le bouturage aura complètement manqué.
La force qui attire la sève en haut ou en bas, c'est la chaleur, accompagnée ^d'une certaine quantité d'humidité, plus considérable pour l'émission des racines que pour celle des feuilles et des branches. La répartition de cette chaleur et de celte humidité constitue la science du bouturage et tous les procédés qu'on a inventés ne poursuivent que ce seul but.
Ce qui complique la question, c'est la prodigieuse différence oui existe entre les diverses variétés de vignes au point de vue du bouturage. Les unes reprennent comme du chiendent, c'est-à-dire qu'il leur suffit d'un pende chaleur et d'humidité à leur partie inférieure pour que la sève y descende et se transforme en racines ; telles sont les vignes européennes, les Labrusca, les Riparia, les Rupestris, et leurs innombrables hybrides.
D'autres sont un peu plus rebelles; il leur faut plus de chaleur inférieure, pour décider leur sève à descendre, plus quelques grattages
au talon, une courbure se rapprochant de la ligne horizontale et autres petits moyens destinés à faciliter l'émission des racines. C'est dans celte classe que se rangent la plupart des variétés les plus répandues sous le nom d'jF.stivalis : Jack^ Ilerbfimoîit^ Black-July, Cunningham, Louisiafia-Rulandc-r ^ Elsinburg, etc. Au bout de cette catégorie et formant le passage avec la suivante, nous trouvons le Cynlhiana^ le Norton s Virginia^ puis V ne7inann el le Ilarlioood, et enfin le /Veo.s/jo ou Racine, qui ne sont point encore rétifs au bouturage, mais qui s'échelonnent graduellement sur la voie de la rétivité. A côté de cette liste, nous pouvons placer les Cinerea et les Candicam qui sont suffisamment rebelles, et les Cordifolia qui sont presque rétifs.
Je dois dire, en passant, que les espèces et les variétés les plus rebelles au bouturage reprennent de marcotte avec une merveilleuse facilité.
La rétivité absolue au bouturage n'existe, je crois, que dans une espèce, celle des Rolundifolia, qu'on a classée, je ne sais pourquoi, parmi les vignes. Mais comme toutes les variétés qui la composent ne sont bonnes à rien dans notre région, nous n'avons pas à nous en inquiéter. Parmi les vignes que je possède, celle qui se rapproche le plus de la rélivité absolue, c'est Y /Estivalis sauvage, que je crois être le type de l'espèce des jEsHvalis. Sur celte rétivité du type et la facilité relative de certaines variétés faisant partie des /Estivalis, on pourrait établir une échelle oii l'on verrait la rétivité diminuer d'une variété à l'aulre à mesure qu'elle s'éloigne plus du type primitif par suite d'hybridations accumulées ; nous obtiendrions ainsi une série descendante et divergente commençant par le Neosho, \ Hermann, le Norton s Virginia et finissant par le Cunningham, Y Herbemont et le Jack ou Jaquet.
Il n'y a pas de rétivité qui puisse résister aux procédés perfectionnés de bouturage qu'on applique dans les serres chaudes ou même sous des bâches et des châssis. En chauffant la partie inférieure d'une bouture autant et même plus que la partie supérieure, on arrive forcément à entraîner une partie de la sève du côté de l'émission des racines. Même en pleine terre, et sur de certaines étendues, on peut augmenter la chaleur intérieure du sol, en enterrant un lit de O^'.IO à 0'°.20 de fumier d'écurie sous une couche de 0™.20 à 0'°.25 de terreau dans laquelle on plante des boutures courtes qui s'enracinent admirablement.
Mais, pour la grande culture, pour les grandes quantités et pour un travail rapide, le système qui m'a donné les meilleurs résultats est la plantation en petits fossés, que je vais expliquer de mon mieux.
Ouvrir des fossés parallèles d'une lochetée de large (0™.20 à 0"'.25) sur 0'".25 à 0™.30 de profondeur. Il est bon de les creuser quelques jours d'avance, pour permettre à la chaleur solaire de pénétrer et de s'en^magasiner aussi profond que possible dans les couches inférieures du sol. Ces fossés valent de 0 fr. 70 à 1 franc les 100 mètres, suivant la nature du terrain, et un ouvrier peut en faire de 200 à 300 mètres par jour et même plus.
Une fois le fossé creusé et le cordeau enlevé, on rabat les bords en chanfrein, comme disent les menuisiers, en faisant courir le long de ces bords, le côté tranchant de la bêche ou d'une pelle, de manière à enlever une tranche triangulaire de 0'".05 à 0".07 d'épaisseur. La
terre retombe au fond et diminue d'autant la profondeur du petit fossé qui est à environ ()'",20, et le fossé prend une forme évasée qui se rapproche du demi-cercle et aune largeur de 0"'.30 à 0'".35.
Entre chaque fossé, on réserve une distance de 0"\50 à 0'".45 qui facilite, d'abord, le placement delà terre, puis la plantation, puis les façons intercalaires de sarclage et de piochage, et enfin l'arrachage des racines.
Pour planter, on place un rang de boutures de chaque côté, en en mettant une à- droite, l'autre à gauche, avec une distance entre chacune de 0'".10 sur chaque bord où on laisse un œil au-dessus du sol, et de 0'".05 au fond du fossé, où on les entre-croise en les maintenant avec le pied, pendant qu'un autre ouvrier les recouvre de quelques centimètres de terre friable que le planteur serre avec ses pieds pour que son tassement maintienne les plants solides et bien à l'abri de tout contact de l'air, dans leur partie inférieure.
Sur cette première couche de terre, on sème l'engrais chimique dont on a pu déjà semer une minime portion avant de placer les boutures. La quantité et le dosage de cet engrais varient suivant la richesse et la composition du sol. 11 doit toujours contenir une bonne proportion d'acide phosphorique, car je constate, chaque année de plus en plus, l'influence spéciale des phosphates sur l'émission et le développement du système radiculaire. L'azote et la potasse ne viennent qu'en seconde et troisième lii^ne dans la question du bouturage, parce que l'un contribue surtout au développement des branches qui sontdestinées àêtre supprimées, et que l'autre a pour fonction principale la fructification dont il ne peut être question pendant cette première année.
La dépense de cet qngrais ne s'écarte guère, pour les terrains riches qui forment généralement les pépinières, d'une moyenne de 1 fr. 50 par mille boutures. Le prix: des engrais chimiques varie de 15 à 30 fr. les 100 kiiog. La quantité à employer, qui est généralement en raison inverse du prix, peut varier de 1 à 2 hectog. par mètre, soit de 5 à 10 kilog. pour les 50 mètres du fossé qui contiennent 1000 boutures. Que vousen mettiez 5 kilog., de 30 fr. les 100 kilog, ou 6 kilog. de25fr., ou 7". 500 de 20 fr., ou 10 kilog. de 15 fr., vous êtes restés dans la moyenne de 1 fr. 50 par millier de boutures, mais vous pouvez, suivant la nature de votre sol, diminuer un peu ce prix, ou mieux encore, l'augmenter dans une certaine proportion.
Après avoir semé cet engrais, que la première ondée ou la simple absorption du sol humide feront bien vite arriver jusqu'aux boutures, vous achevez de combler le fossé, en tassant fortement la terre avec les pieds et en égalisant au besoin, dans les deux rangs de boutures latérales, celles qui auraient été trop dérangées par ces diverses opérations.
Si l'on a un canal d'arrosage, et c'est une condition bien désirable et presque indispensable pour une pépinière de bouturage, il va sans dire que tous les petits fossés doivent venir aboutir à ce canal, par des parallèles s'éloignant ou se rapprochant de la perpendiculaire, suivant que le terrain est plus ou moins incliné, de manière à obtenir une pente très douce qui empêchera les ravinements quand on mettra un petit filet d'eau, soit dans les fossés eux-mêmes, soit dans le large espace laissé libre entre eux.
Cet espace libre, après avoir facilité tous les autres travaux, facili-
tera l'arrachage. Il faut, pour que celui-ci soit bien et promptement exécuté, que deux iiommes, un droitier et un gaucher', se placenta gauche et à droite du fossé. Avec une bêche américaine, dont les dents arrondies ne déchirent pas les racines, ils soulèvent en même temps les deux rangs de plants qui sont enchevêtrés au fond du fossé. Quand le sol est ébranlé et désagrégé à droite et h gauche assez profondément, les plants, saisis avec la main aussi bas que possible, viennent assez facilement. S'il y a résistance, provenant de quelques racines plus longues ou plus serrées par le sol, l'ouvrier qui tient le plant indique à l'autre le côté d'oi^i vient la résistance et celui-ci ébranle et soulève la terre de ce côté. On trouve dès la premièreannée des racines américaines qui ont un mètre, deux mètres et même plus de longueur, et qui sont aussi solides que les meilleures ficelles. Si, sans avoir dégagé la racine, on tire 1^ plant avec trop de force, la racine ne se cassera, ni à son milieu, ni même à son extrémité, mais c'est à son point de départ qu'elle se séparera du plant, en laissant à celui-ci une pluie et une ccorchure qui achèvent de le détériorer, outre la perte de sa plus*belle racine. Il faut donc, quand une racine résiste, que l'ouvrier la saisisse elle môme aussi loin que possible du plant et que ce soit sur elle qu'il tire, soit pour l'arracher, soit pour la casser, s'il ne préfère la couper quand il la tient à une longueur suffisante.
Je viens de mettre quelque peu la charrue avant les bœufs en parlant d'arrachage avant d'avoir îini la plantation ; mais, comme on ne plante les boutures que pour les arracher, on me pardonnera ces explications anticipées qui m'entraînent tout naturellement à une autre question et à une autre digression.
Vaut-il mieux élever les boutures en pépinière ou les planter à demeure dans la place définitive qu'elles doivent garder? Le second système a des partisans nombreux et, s'ils s'en trouvent bien, ils n'ont qu'à s'y tenir. Quant à moi, influencé peut-être par la nature de mes terrains qui sont généralement rebelles aux bouturages, je suis déplus en plus partisan de l'élevage en pépinière et je ne mets en place que des plants bien racines. Il y a avantage et bénéfice à planter en pépinière parce que le nombre des reprises y est toujours beaucoup plus élevé, parce que les soins à donner sont plus faciles et plus économiques, et enfin, parce que, en ne mettant en place que des racines dont la reprise est assurée, on ne s'expose point aux aléas qui menacent toujours un bouturage sur une grande étendue et qui forcent parfois à remplacer des manquants pendant deux ou trois ans de suite, sans arriver jamais à égaliser complètement l'ensemble de la plantation.
Supposons, par exemple, que je veuille planter 10 hectares à 5,000 souches par hectare. J'aurais à faire enraciner 50,000 boutures éparpillées sur une superficie de 100,000 mèl»-es carrés. Il me faudra piocher et sarcler trois ou quatre fois cette immense surface, car les boutures ne craignent rien plus que les mauvaises herbes si ce n'est la sécheresse. Et en cas de sécheresse tant soit peu exceptionnelle, combien y a-t-il de vignes de 10 hectares qu'on puisse faire arroser en été ?
1. On appelle droitier celui qui met son pied gauche sur la bêche, et gaucher celui qui y met le pied droit; c'est probablement à cause de la main opposée qui tient la poignée et de la place qu'occupe l'outil par rapport à celui qui le tient. Il y a, parmi les ouvriers, à peu près autant des uns que des autres.
En pépinière,, ces 50,000 boutures, à raison de 25 par mètre carré \ ne m'occuperont qu'une superficie de 2,000 mètres, cinquante fois moins grande que la pleine terre. Jq, pourrai leur faire donner en quelques heures, et chaque fois qu'elles en auront besoin, toutes les façons qui demanderaient une semaine de travail. Par sage précaution et pour parer à toutes les éventualités, je planterai quelques milliers de boutures en sus, surtout pour les variétés dont la reprise est moins facile, et il ne me faudra pour cela que quelques centaines de mètres carrés en sus des 2,000, et sans grande augmentation de frais.
Pour établir cette petite pépinière, je trouverai toujours, fut-ce même chez un voisin, un petit coin de terrain propice et arrosable qui me donnera des plants bien vigoureux et pourvus de belles racines.
Pendant ce temps-là je pourrai prendre sur mes 10 hectares une récolte qui couvrira mes frais de pépinière et de transplantation. Autre avantage : au lieu d'être obligé de mettre en place mes 50,000 boutures pendant une période assez courte du prinlemps, je pourrai commencer dès le milieu de l'automne ma plantation de racmé» et profiter de toutes les belles journées qui se présenteront depuis la fin d'octobre jusqu'au commencement de mai.
Il me reste à finir par où j'aurais dû commencer : la conservation des boutures. 11 faut, pour que cette conservation soit parfaite et indéfiniment prolongée, mettre les boutures complètement à l'abri de l'air, de la chaleur et surtout de l'humidité. L'air les dessèche, la chaleur met leur sève en mouvement avant l'heure choisie par le boutureur; l'humidité fait pourrir les bourgeons ou leur donne un développement qui absorbe la sève en pure perte, et elle amène ou la pourriture ou la dessiccation.
Placez, aussitôt après les avoir taillées, vos boutures dans un local fermé, frais et aussi sec que possible; recouvrez-les d'un sable aussi sec que possible, et, en outre, assez fin et assez coulant pour pénétrer dans les moindres interstices des paquets. Dans ces conditions, vous conserverez vos boutures et vos greffons, non seulement jusqu'à la fin du printemps, mais au besoin jusqu'à l'année suivante, et vous les trouverez toujours aussi frais et aussi tranquilles qu'ils l'étaient au moment où vous les avez coupés.
Je pourrjis ajouter qu'en les sortant de cette stratification il n'y a pas de danger qu'on puisse jamais trouver un phylloxéra sur ces boutures ; mais je ne veux pas parler de choux à propos de raves et mêler une question brûlante à la pacifique et agréable question du bouturage.
J'engage mes confrères à essayer mes petits fossés aux bords desquels il n'y a jamais de culbute.
/■*. S. Je n'ai pas parlé des divers autres systèmes de bouturage : à la fente d'une large bêche, au pal de fer, à la cheville, etc., parce qu'ils ne m'ont jamais donné d'aussi bons résultats que les fossés. Je continue toutefois à employer le bouturage à la cheville pour les boutures très courtes qui ne peuvent guère se planter autrement.
Aimé Champin,
viticulteur.
1. Avec des fossés de 0™.30 de Inrge et un vide de O^.ÔO ou de 0"'.3.') avec 0"'.45 de vide, on a sur 4 mètres de large, .'j fossés de 20 boutures par mètre ou 10 rangs de 10 boutures par mètre, soit 100 boutures sur 4 mètres carnés =25 par mètre et 250,000 par hectare.