‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 563 sur 683 · I. — La science française à l'étranger · texte numérisé non relu

I. — La science française à l'étranger

Tandis que quelques savants allemands ou 'italiens, peut-être même français^ se montrant jaloux des services rendus aux sciences et à l'agriculture par M. Pasteur, cherchent à en abaisser la valeur, et même à lui contester l'honneur de ses découvertes, on est heureux de voir que justice lui est pleinement rendue par les plus hautes associations scientifiques de l'Angleterre. C'est ainsi que des diplômes de docteur viennent de lui être décernés par des universités britanniques. Du reste, M. Pasteur n'hésite pas à répondre nettement à ses contradicteurs, et c'est toujours sur le terrain expérimental qu'il les appelle, voulant répondre par des faits tandis qu'ils se réfugient dans des phrases. On apprendra d'ailleurs avec satisfaction que la Commission de lu Chambre des députés, chargée de l'examen du projet de loi sur l'augmentation delà récompense nationale décernée à l'illustre savant, s'est prononcée favorablement à l'unanimité.

Ce n'est pas seulement M. Pasteur qui est aujourd'hui l'objet des démonstrations de respect et de reconnaissance des savants du monde entier; M. Ghevreul reçoit aussi sa part des respects universels. Dans le courant du mois de mai, l'Académie des sciences de New-York lui a décerné le titre de membre honoraire, et l'Académie des sciences de Washington l'a nommé associé étranger. Déjà, ce titre, au mois de mai 1833, lui avait été décerné par l'Académie des sciences de Copenhague, une des plus anciennes et des plus célèbres de l'Europe ; cette Académie n'a pas voulu laisser passer le cinquantième anniversaire de son élection sans lui adresser l'hommage de ses félicitations. La Société d'ethnographie de Paris vieat de le nommer membre libre. La Société d'encouragement au bien lui a décerné une couronne civique, et Fa invité à venir la recevoir dans sa séance publique du 27 mai. En remerciant cette Société de l'honneur qu'elle voulait lui faire, l'il lustre vieillard a décliné l'invitation; il a fait finement remarquer qu'à l'âge de près de cent ans, on ne pouvait pas être sûr du lendemain il ne voudrait pas qu'un accident qu'il faut toujours désormais prévoir, pût venir attrister une séance publique.

IL — L'ayricuUure à Boston.

Nos lecteurs savent qu'une Commission a été nommée en France, dans le but de faire prendre part notre industrie, nos arts et notre agriculture à la grande exposition que l'Etat deMassachussets a décidé d'ouvrir à Boston, au mois de septembre prochain. Cette Commission, sous la présidence de M. de Lesseps, a donné un banquet le 19 mai.

N» 737. — Tome II de 1883. — 26 Mai.

Etaient présents : l'ainbassadeur des Etats-Unis, M. Morton, ainsi que M. Hérisson, ministre du commerce, M. Cochery, ministre dès postes et télégraplies, M. Oustry, préfet de la Seine, et un grand nombre de savants, d'arlistes et d'industriels. Invité à prendre? la parole, nous nous sommes à peu près exprimé en ces termes :

« Vous voulez, Messieurs, entendre quelques instants parler d'agriculture. J'ai passé toute ma vie à envisager toutes les choses au poi nt de vue du rapport qu'elles peuvent avoir &vec les intérêts agricoles. C'est ainsi que j'ai considéré la grande exposition que l'Amérique va ouvrir à Boston, en commémoration du centième anniversaire de la signature du traité de paix qui a consacré l'indépendance de la république américaine.

a J'ai vu le temps où les agriculteurs travaillaient au grand jour pour le progrès commun, sans songer à se jalouser les uns les autres ; c'était à qui ferait le mieux, chacun disant S'is observations et ses découvertes, tous étant beureux do se voir imités quand ils avaient fait le bien. G mment se fait-il que cela ait changé, qu'on ait tait peur à ceux-ci de l'habileté de ceux-là, et que l'on ait pu poser en rivales enn mies les agricultures de deux grands pays? Je n'ai pas à traiter cette question , mais je crois utile de montrer en quelques mots que l'agriculture française et l'agriculture américaine font encore des échanges utiles, et peuvent réciproquement se donner des leçons avantageuses pour toutes deux. Je le prouve par des exemples.

a Nous avons emprunté avec succès et avantage aux Américains leurs machines à moissonner et à faucher, et nous avons pu ainsi diminuer les frais que nous coràtent la moisson et la fenaison. Peut-ê're sommes-nous à la veille d'apprendre d'eux les moyens de diminuer dans une forte proportion, nos Irais de labour, afin de pouvoir lutter avec eux dans la production à bon marché.

a Quant aux cultivateurs américains, ils n'hésitent pas non plus à nous emprunter nos meilleures méthodes et nos inventions : exemple, la découverte de l'ensilage du maïs en vert par M. Goffart; des congrès, des couférences se font maintenant en Amérique pour y propager les méthodes de notre concitoyen,' qu'on y proclame un des bieufiiteurs de l'agriculture. Les Américains viennent aussi chez nous, dans nos pays de grande production chevaline ou de grande pr-oduction laitière, acheter à des prix élevés nos étalons d'él.te de la race chevaline et de la race bovine. Sils nous fournissent souvent de la laine, nous leur vendons des béliers. Quant à nos fruits, nos beurres, nos fromages, nos vins, nos fleurs, ils gagnent chaque jour en renommée de l'autre côté de l'Atlantique, et leur réputation peut s'y accroître encore.

« Nous trouverons de grands avantages à ce que nos agriculteurs se rendent à Boston, ou y envoient leurs produits. Pour mieux faire chez soi, il faut apprendre comment les autres s'y prennent. Une ditïérence entre l'Amérique et nous, c'est que là-bas l'agriculture paie moins d'impôts; mais nos agriculteurs qui s'y rendront y apprendront peut-être comment il doivent s'y prendre pour faiie diminuer les charges qui nous accablent. Multiplier les échanges, c'est assurer l'augmentation des profits. Est-ce que l'illustre perceur d isthmes qui préside cette séance n'est pas à la fois l'homme des deux mondes? est-ce qu'il n'est pas éc^alement accueilli par des sentiments de respect et de reconnaissance en Amérique et en Europe, tout à Ibeure en Afrique?

« Je porte donc un toast à l'union nouvelle de l'agriculture française et de l'agriculture américaine, pour qu'elles fraternisent à Boston et y commencent une nouvelle ère de progrès commun ! »

Un vif accueil a été fait à ce vœu. Il nous reste à souhaiter qu'il ne demeure pas stérile; car c'est en faisant des efforts énergiques qu'on sort des mauvaises situations. La victoire appartient à ceux qui entreprennent de grandes choses, et aux peuples qui cherchent de l'expansion. L'agriculture française a des hommes et des méthodes qui peuvent s'imposer.

III. — Souscription pour élever un monument à Léonce de Lavergne.

Voici la onzième liste de la souscription ouverte pour élever un monument à Léonce de Lavergne :

GHROISIIQUJi: AGRICOLE (26 MAI 1883). 283

Fr.

Report de la linte 'précédente 9,435 î>0

Comice agricole de ïïoyan et lu in-mblade (Charente-Inférieure).. 3i) 00

Société d aijricuUure (!•' Tarn-ci-G'irnnne 30 00

Comice des dent cantons de Moiuaiiban 20 00

MM. l'cinsar (Adolphe), de la Nièvie h 00

I^ochequ lirie (marquis ii(^) 50 00

Buniiabsieux (Piene), architecte au.\ archives nationales .S 00

Total de la onzième liste , 9,575 50

Nous rappelons que nos lecteurs peuvent envoyer leurs souscriptions ù M. Henry Sagnier, secrétaire du Comité, aux bureaux du Journal de V AgricuUure,

lY. — Le phylloxéra.

Dans une note qu'ils viennent de présenter à l'Acadénaie des sciences, MM. Gonvert et Degrully, professeurs à l'école nationale d'agriculture de Montpellier, appellent l'atlention sur les ressources que présenterait la culiure de la vigne dans les sables en Algérie, [l existe dans notre colonie africaine, de vastes surfaces, notamment dans les environs d'Alger, de Mostaganem et d'Oran, couvertes de sables que les auteurs de la note considèrent comme analogues à ceux de la région d'Aigues-Mortes; quoi qu'il en soit, les plantations de vignes qui y ont été faites sont d'une vigueur remarquable. Les auteurs de la note que nous signalons ont raison d'insister sur les avantages que les viticulteurs trouveraient dans ces sables, dans le cas oij le phylloxéra viendrait à envahir l'Algérie.

Il y a quelques semaines, nous avons annoncé la publication, par le ministère de l'agriculture, du compte rendu du service du phylloxéra pour l'année 1882. Ce volume est mis en vente, à l'imprimerie nationale, rue Vieille- du-Temple, à Paris, au prix de 3 fr. V. — Le, commerce des vins.

A plusieurs reprises, nous avons reproduit les vœux exprimés par plusieurs associations agricoles sur les moyens d'obvier aux inconvénients qi.i résultent de l'alcoolisation à outrance des vins étrangers qui pénètrent en France. A ce sujet, vingt-deux associatioas agricoles de France et d'Algérie se sont concertées et ont rédigé une pétition dont nous devons reproduire le texte :

« Messieurs les députés, la viticullure est notre- plus riche industrie, la plus grande ressource de l'agriculture frai çaise.

« Elle seule peut relever la valeur du sol dépréciée par la concurrence des blés étrangers, c'e&t elle qui donne le travail en abondance et accumule les populations.

a Uq grand fl^au est venu l'atteindre, il n'est pas irrémédiable, mais il élève le prix de revient des produits.

« Dans les circonstances critiques que nous traversons, pouvons-nous douter que la voix des représentants de cette grande industrie ne trouve auprès de vous un facile accès.

« C'est le motif qui nous détermine à vous exposer notre situation et nos besoins.

« Nous ne vous demanderons rien qui ne soit d'accord avec l'intérêt général, nous n'avons d'autre but que de préserver la pui'eté de nos produits et de leur maintenir des cours normaux, à l'abri des influences favorables à une concurrence déloyale.

«Les traités de commerce passés avec l'Esnagne et l'Italie nous sont contraires, non pas tant à cause de la réduction des tarifs, que par la protection accordée aux vins alcoolisés d'origine étrangère.

« Tandis que le de<?ré moyen des vins français n'est que de 10 à 11 degrés, les vins espagnols et italiens peuvent être introduits en France à 15 degrés 9 dixièmes sans payer de droits supplémentaires.

« Ces stipulations internationales amèneront les résultats suivants si vous n'y mettez bon ordre.

« Le commerce des vins en France trouve de grands profits à se munir de vins alcoolisés, dont l'unité de volume ne paie en transports et en droits ni plus ni moins que les vins moins riches d'alcool, quoiqu'ils présentent l'immense avantage de pouvoir s'étendre par des mélanges.

« Ces composés sont la plupart du temps artificiels, et s'obtiennent en ajoutant de l'alcool à des vins purs ou additionnés d'eau.

« Par suite des traités, notre commerce trouve donc en dehors ce qu'il ne trouve pas en France, et il va s'y pourvoir à notre détriment.

« Une prime a donc été établie en faveur des vins exotiques, un encouragement a été donné à la concurrence qu'ils nous font.

« Comme les vignobles d'Espagne et d'Italie sont moins atteints que les nôtres

fiar le phylloxéra ; que le prix du travail et de l'impôt y sont moins élevés et' que es traités leur accordent indirectement le privilège du vinage, tout porte à croire que la richesse qui en ce moment afflue dans les pays de culture vinicole française, sera transj-ortée là où se cultivent les vignes espagnoles et italiennes

« C'est pour remédiera ce malheur public, messieurs, que nous nous adressons à vous.

« L'adoption d'une proposition de loi de vinage à prix réduit, semblerait, il est vrai, devoir apporter un correctif à cet état de choses; on ne peut nier, en effet, qu'elle ne supprimât la prime dont jouissent les vins alcoolisés à l'étranger, mais elle présenterait un autre inconvénient fort grave, elle favoriserait la généralisation du vinage en vue du dédoublement.

« Or, il n'est pas possible à la viticulture de faire de l'alcool au même prix que les fabricants allemands.

o D'autre part, les vins alcoolisés et dédoublés ne présentent pas, au point de vue de la salubrité, les mêmes garanties que les vins naturels.

« Il y aurait donc intérêt pour tous à ce que l'alcool et le vin restassent deux produits séparés.

ce Le moyen d'arriver à maintenir cette distinction, c'est de conserver les droits élevés qui pèsent sur les alcools, même sur ceux employés au vinage, mais en les faisant peser aussi sur les vins étrangers à titre alcoolique élevé.

o Pour atteindre les vins vinés quelle que soit leur origine, sans préjudice des clauses stipulées en faveur des vins étrangers, il y aurait un moyen simple :

ce II consisterait à établir un régime intérieur en vertu duquel tout vin circulant en France^ devrait acquiiter pour tout degré alcoolique excédant 12°9, h;s droits qui pèsent sur l'cdcool.

« C'est ce régime que nous venons vous demander d'établir au lieu de celui qui résulterait de l'adoption de la loi du vinage à prix réduit.

« En outre, il conviendrait que la loi nouvelle contînt des dispositions propres à faciliter la distinction entre les vins purs et les vins provenant de fabrication artificielle, particulièrement celle des raisins secs.

ce Toutes CCS compositions peu hygiénic[ues et quelquefois insalubres, ont pour base des additions d'eau et d'alcool. On peut les produire à un bon marché ruineux pour la viticulture. Il faut du moins que le public ne les confonde pas avec des produits plus chers, mais d'une valeur très différente au point de vue de l'action physiologique : c'est l'intérêt de la viticulture française en même temps que des consommateurs.

ce L'action de la justice est insuflîsante dans l'état de notre législation pour empêcher la confusion que la fraude a tant d'intérêt à maintenir, nous avons besoin de dispositions législatives qui -*"acilitent cette distinction en imposant de rigoureuses obligations.

ce Nousesfiérons, messieurs, que nos revendications vous paraîtront bien fondées et que, en y faisant droit, vous aiderez puissamment à la conservation et à la restauration de la -viticulture française gravement menacée.

(t Pour la Société d'agriculture de Toul (Meurthe-et-Moselle) : le président, AUBRY.

ee Pour la Société centrale d'agriculture de l'Yonne et le Comice viticole de l'Yonne : le délégué, Ch. Flandin.

ce Pour la Société d'agriculture de Joigny (Yonne) : le délégué, Absac

ce Pour la Société centrale du département de la Savoie : le président, Pierre Tochon.

« Pour la Société départementale des Bouches-du-Rhône : le président,

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