IX. — Le phylloxéra
La vigne présente, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les plus belles apparences dans la plupart des régions viticoles ; les viticulteurs attendent impatiemment que la floraison s'efl'ectue. Malheureusement, sur un grand nombre de points, on commence à constater l'extension croissante des ravages du phylloxéra; de nouvelles taches apparaissent sur beaucoup de vignes qui semblaient jusqu'ici indemnes. Quant à l'efficacité des traitements insecticides, elle se manifeste de plus en plus dans la plupart des vignes traitées; l'espoir renaît au cœur des vignerons. Ces faits sont particulièrement remarquables en ce qui concerne la submersion, qui prend de jour en jour plus de développement. A cette occasion, nous devons signaler une excellente publication que M. Ambroy, président de la Société des submersionnistes du Sud-est, vient de faire paraître sous le titre : La submersion des vignes (librairie Coulet, à Montpellier) ; dans cette brochure, M. Ambroy passe en revue les procédés de submersion, la pratique de l'adduction et de l'évacuation des eaux, l'effet sur les diverses natures de sol, l'influence de la submersion sur la qualité du vin, l'application des engrais aux vignes, etc.; c'est un excellent guide pour ceux qui veulent apprendre à pratiquer la submersion. A l'occasion des notes sur l'emploi pratique du sulfocarbonate de potassium qui ont paru récemment dans nos colonnes, M. Culeron noue envoie de Béziers lu lettre suivante :
« Monsieur le directeur, dans votre n° du 21 avril, vous avez reproduit ma note concernant le mode d'emploi du sulfocarbonate dans le Midi, et dans votre n° du 28, vous reproduisez un article de M. Mouillefert, réfutant les bons conseils que j'ai cru devoir porter à la connaissance de nos viticulteurs, à la recherche d'un moyen pratique et économique pour combattre avec succès le terrible ennemi de la vigne. Je n'ai rien à changer à ma note et je viens aujourd'hui confirmer tout ce que j'ai dit dans ma communication et engager les viticulteurs à venir à Béziers visiter mes expériences, ce qui leur permettra de se rendre compte de l'exactitude de tout ce que j'ai dit sur le mode d'emploi du sulfocarbonate de potassium, de cet excellent insecticide qui a été si généreusement offert au domaine public par l'illustre chimiste M. J.-B. Dumas.
« Je regrette vivement que mes observations ne concordent pas avec celles de M. Mouillefert; mais en présence des nombreux échecs des traitements au sulfocarbonate dans le Midi, j'ai pensé qu'il était utile, dans l'intérêt de la viticulture et de l'avenir des traitements, de faire connaître les causes d'insuccès.
« Je le répète, en employant le sulfocarbonate comme je l'ai indiqué dans ma communication faite à l'Académie des sciences et reproduite dans le n" du 21 avril de votre estimable Journal de l'agriculture, on est certain d'obtenir de bons résultats, et la meilleure preuve que j'ai une entière confiance dans l'emploi du sulfocarbonate de potassium, c'est que j'ai planté cette année plusieurs pièces de terre qui sont situées près des cours d'eau avec des plants français, qui seront soumis au traitement au sulfocarbonate. Si, comme l'annonce M. Mouillefert, tous ses clients étaient aussi satisfaits qu'il se plaît à le dire, pourquoi personne n'a le courage de faire comme moi? Je n'ai nullement l'intention de nuire en quoi que ce soit au commerce de M. Mouillefert, je tiens seulement à faire connaître la vérité et je ne m'explique pas pourquoi mon contradicteur ne cherche pas à nous prouver qu'il est en droit de relever la tête en nous signalant les propriétaires chez qui il obtient depuis plusieurs années des résultats encourageants.
« Avant de fermer la parenthèse qu'il me soit permis d'ajouter qu'en présence de faits aussi importants une enquête dirigée par notre savant inspecteur de la viticulture mettrait fin à toutes ces attaques et renseignerait les viticulteurs sur ce que l'on est en droit d'attendre des traitements au sulfocarbonate de potasse dans notre belle région vinicole du midi de la France. P. Culehon,
Propriétaire à Béziers.
En invitant les viticulteurs à visiter les plantations de vignes qu'il traite, M. Culeron donne le meilleur moyen.de constater les résultats qu'il a obtenus.