I. — Les solennilès agricoles
Ainsi que cela est devenu l'usage à l'approche du carnaval, de nombreuses solennités agricoles sont déjà commencées et vont se continuer pendant une quinzaine de jours. Oe sont d'abord un grand nombre de concours d animaux qui viennent de se tenir ou qui vont être tenus à Bourges, Nevers^ Limoges, Bordeaux, Angoulême, Rouen, Pau, etc. Le but de ces concours est d'encourager l'agriculture à produire des animaux susceptibles de ce qu'on appelle une très grande précocité ou de présenter le plus complet développement de toutes les parties du corps formées de viande et de graisse. D'excellents résultats ont été obtenus dans cette voie, en ce sens que, pour toutes les races, pour ainsi dire, des espèces bovine, ovine et porcine, on est arrivé à créer des familles qui produisent plus rapidement une plus grande quantité de viande qu'autrefois, sans compter que les aptitudes spéciales de quelques races privilégiées ont été mises en évidence. Dans l'élevage des animaux de basse-cour, des succès semblables ont été obtenus. Au concours général de Paris qui couronne en quelque sorte les solennités départementales, à côté des animaux de boucherie, on verra des reproducteurs mâles; les propriétaires des bonnes étables pourront montrer à la fois la valeur des produits obtenus et leurs moyens d'action. D'ailleurs, le concours de Paris est complété par les produits animaux et végétaux de toutes sortes qui en font une exposition du plus haut intérêt au point de vue des ressources que l'agriculture fournit pour la nourriture des populations pendant les mois d'hiver. Les beurres, les fromages, les fruits, les légumes arrivent en foule, en innombrables variétés, de manière à mettre en évidence le don que possède exclusivement la France de produire la presque totalité des objets employés par l'homme, à ce point qu'il n'y a plus guère que deux ou trois denrées coloniales que ne produise pas l'agriculture continentale ou algérienne. Les solennités de Paris sont une occasion, pour un grand nombre d'agriculteurs, de s'y réunir. Aussi la Société des agriculteurs a décidé que sa session générale de 1883 aurait lieu du 29 janvier au G février ; la Société d'encouragement a convoqué un congrès de mécanique agricole qui se tiendra du 25 au 27 janvier. La session annuelle de la Commission supérieure du phylloxéra s'ouvre le 19 janvier. Enfin, beaucoup d'agriculteurs se rendront le mercredi aux séances hebdomadaires de la Société nationale d'agriculture. Les progrès à espérer ou à faire pourront être discutés avec profit dans
N" 719. — Tome V" de 1883. — 20 Janvier.]
toutes ces circonstances. Des améliorations pourront être préparées dans le domaine économique; il en est besoin, car depuis longtemps on piétine sur place. Beaucoup de projets ont été mis en avant, de nombreuses promesses ont été faites, mais les années succèdent aux années sans qu'il y ait accomplissement.
IL — La surveillance des étalons.
Un projet de loi sur la surveillance des étalons destinés à la reproduction vient d'être présenté au Sénat par M. le ministre de l'agriculture. Ce projet de loi peut être considéré comme une conséquence de la loi sur la police sanitaire des animaux. En effet, le but que l'on veut atteindre est d'éloigner de la reproduction les étalons atteints de deux maladies transmissibles nuisibles à un bon service : le cornage et la fluxion périodique des yeux. Les dispositions du projet de loi portent que tout étalon qui n'est ni approuvé ni autorisé par l'administration des haras ne peut être employé à la monte des juments appartenant à d'autres qu'à son propriétaire, sans être muni d'un certificat constatant qu'il n'est atteint ni de cornage ni de fluxion périodique. Ce cer- • tificat, valable pour un an, serait délivré gratuitement, après examen de Tétalon, par une commission composée de trois membres nommés par le ministre de l'agriculture. En cas de contravention, le propriétaire de l'étalon serait puni d'une amende de 50 à 500 fr., qui serait doublée en cas de récidive; la même peine pourrait être appliquée au conducteur de l'étalon non muni d'un certificat, et aux propriétaires qui auraient fait ou laissé saillir leurs juments par cet étalon. IIL — Sur le transport des animaux
A l'occasion des réductions de tarif en faveur des agriculteurs qui envoient des animaux au concours général de Paris et aux autres concours, notre confrère M. le marquis de Poncins nous envoie la lettre suivante ;
« Monsieur le rédacteur en chef et cher confrère, je viens votis prier de vouloir bien publier dans le procliain numéro de votre Journal^ l'avis suivant, qui intéresse au plus haut point les éleveurs exposants au prochain concours général de Paris.
« Sur l'initiative de M. Jean Gaudet, dont vous avez publié la requête (numéro de votre Journal du 16 décembre dernier), la deuxième section de la Société des agriculteurs de France, que j'ai l'honneur de présider, a été saisie de la question d'obtenir des compagnies de chemins de fer, une réduction de tarif, pour les animaux de concours, qui portât sur les tarifs spéciaux aussi bien que sur les tarifs généraux. ,
« La Compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée, saisie la première de notre réclamation, m'avise aujourd'hui même, qu'elle accepte d'y faire droit, et que la concession demandée sera appliquée dès cette année aux animaux qui se rendront au concours général de Paris.
« Je ne doute pas que les autres grandes compagnies feront le même accueil à nos sollicitations, dont la haute utilité ne peut échapper au bienveillant intérêt qu'elles portent à l'agriculture.
« A mesure que je recevrai les réponses des directeurs généraux, je m'empresserai de vous en aviser, afin que le public soit prévenu dans le plus bref délai.
a Agréez, etc. Marquis de Poncins,
Président de la deuxième section de la Société des agriculteurs de France, membre de la Société nationale.
Voici la note de la direction de la Compagnie des cbemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée, dont il est question dans la lettre qu'on vient de lire :
« Je suis heureux de vous annoncer que ma Compagnie prend des dispositions pour faire porter désormais sur les tarifs spéciaux, au lieu de la limiter comme
GHRONIOUE AGRICOLE (20 JANVIER 1883). 83
jusqu'ici aux tarifs généraux, la réductiou du 50 poui- 100 applicable aux bestiaux expédiés aux concours.
« Cette mesure profitera aux animaux destinés au concours général d'animaux reproducteurs que le gouvernement ouvrira aux Champs-Elysées, le 23 courant, concours dont vous m'avez fait l'honneur de m'entretenir par votre lettre du 16 décembre dernier. »
En accordant la réduction de transport aussi bien pour les tarifs spéciaux que pour les tarifs généraux, les Compagnies des chemins de fer prendront une mesure extrêmement utile à la fois pour les agriculteurs et pour le développement des solennités agricoles.
La session annuelle de la Société des agriculteurs de France sera ouverte le lundi "29 janvier, à une heure et demie à l'Hôtel-Continental. Le banquet des agriculteurs se fera également à l'Hôtel-Continental. Au début de la session, la Société des agriculteurs décernera des prix pour les animaux reproducteurs exposés au concours qui aura lieu au Palais de l'Industrie du 27 au 31 janvier.
Les diverses Compagnies de chemins de fer viennent d'accorder aux membres de la Société des agriculteurs de France qui se rendront à Paris pour la session annuelle, une réduction de 50 pour 1 00 sur le prix des places.