‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 585 sur 683 · INAUGURATION DU MONUMENT DE M. DUTERTRE A GRIGNON · texte numérisé non relu

INAUGURATION DU MONUMENT DE M. DUTERTRE A GRIGNON

main était ferme, elle était toute prête à s'ouvrir dans la plus chaleureuse étreinte.

« Dutertre était un homme d'action, il avait au plus haut degré une qualité éminemment française, l'entrain ; qu'il fallût organiser une entreprise utile, prendre un décision délicate, et surtout secourir un malheureux, il était au premier rang, entraînant tout le monde derrière lui ; on n'avait qu'à le suivre, on était certain d'être dans le bon chemin.

« A ces dons de la nature, il avait beaucoup ajouté, non par l'étude lente et pénible du cabinet, mais par l'observation directe des faits; son instinct pour deviner les aptitudes des animaux de l'espèce ovine avait été fécondé par une fréquentation de tous les jours dans les bergeries célèbres de France et de l'étranger, et il suffisait de l'accompagner une fois dans un concours, pour être bien persuadé qu'il méritait ce titre de premier moutonnier de France, qu'on lui avait décerné en riant et qu'il conservera.

« Ses longues tournées d'inspecteur général lui avaient permis de se lier avec un grand nombre d'agriculteurs distingués. A leur contact, il avait beaucoup appris, car pour se rendre maître des choses et en saisir le côté utile, un quart d'heure de conversation lui suffisait.

« Aimanta obliger, Dutertre pour rendre service n'épargnait ni sa bourse ni son temps, ni ses conseils; il était avantageux de les suivre, car sous sa joyeuse bonne humeur se cachaient une grande finesse et un rare bon sens.

ce Dutertre a passionnément aimé Grignon, il y avait vécu heureux étant élève, il ne parlait jamais sans plaisir de ses trois ans d'étude, et quand plus tard il accepta la lourde charge de diriger sa chère école, il se donna à elle tout entier.

« Il a tenu à honneur, on l'a rappelé l'an dernier à cette place, de lui rendre ses limites naturelles ; il a lutté pendant plusieurs années pour la faire rentrer dans la pleine possession du domaine dont elle n'aurait jamais dû être privée ; mais, s'il y a réussi, ceux qui l'approchaient souvent à cette époque savent quels efforts le succès lui a coûtés.

« Son plus grand bonheur pendant ses dernières années était encore de parcourir ce parc admirable embelli par ses soins, de montrer ses brillantes cultures et nous trouvons quelque consolation à penser qu'il repose à Grignon, presque dans l'Ecole où il a laissé de si vifs regrets.

« Pendant bien des années, messieurs, le vieux château de Grignon abritera des générations d-'élèves, ceux qui ont connu Dutertre seront remplacés par d'autres, puis par d'autres encore; mais grâce à ce monument, le souvenir de Dutertre sera conservé et les jeunes agriculteurs que n'effrayera pas le triste séjour des morts et qui franchiront le seuil de cette enceinte y trouveront des leçons et des exemples.

« On l'a dit avec éloquence, ce modeste cimetière de Thiverval est devenu une terre sacrée pour l'agriculture française. Là à deux pas repose Auguste Bella, le fondateur, qui, abandonnant une épée illustrée dans maints combats, voulut, à l'imitation de Mathieu de Dombasle, créer dans ce pays une grande école d'agriculture; puis dans la même tombe, François Bella le second directeur, dont nous avons connu l'infatigable activité; ici, enfin, notre ami Florent Dutertre. En relisant cette inscription, en voyant quel concours de bonnes volontés a permis l'édification de ce tombeau, le passant dira : « Celui-ci fut aimé de tous ! »

« Et quel plus bel éloge peut-on faire d'un homme, qui ayant eu l'autorité dans le petit monde qu'il gouvernait, sut n'y laisser que des amis.

« Messieurs, votre œuvre est bonne, elle apporte à un cœur désolé le seul adoucissement qui puisse l'atteindre, la seule récompense que méritent les soins maternels dont madame Dutertre a entouré les élèves qui la chérissaient.

« Messieurs, votre œuvre est grande puisqu'elle montre que l'agriculture française sait honorer les hommes qui l'ont bien servie, et que ceux qui ont fécondé le sol ont, comme ceux qui l'ont défendu, leur tombeau glorieux. »

C'est au milieu de la plus vive émotion que ce discours s'est terminé.

M. Journault, député de Seine-et-Oise, a donné ensuite, au nom du gouvernement, un dernier adieu au fonctionnaire infatigable, dont le souvenir vivra longtemps chez les populations agricoles du département.

Puissent les témoignages de respect affectueux et d'universelle sympathie qu'elle a reçus de nouveau dans cette solennité, contribuer à apaiser l'amère douleur de Mme Dutertre. Henry Sagnier.

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