IV. — Betteraves el sucres
La fabrication du sucre se poursuit dans des conditions difficiles. La campagne actuelle sera une de celles qui, depuis longtemps, auront apporté les plus grandes entraves pour les industriels, aussi bien que pour les cultivateurs. La transformation des anciennes usines a continué cette année; tandis que, en 1881-82, on comptait 79 fabriques de sucre marchant par la diffusion, il y en a 108 dans la campagne actuelle, qui ont adopLé ce mode de fabrication. A cette occasion, nous croyons utile d'apporter ici un nouveau témoignage en faveur de la valeur des pulpes de diffusion employées à l'alimentation du bétail ; nous le trouvons dans une lettre qu'un agriculteur distingué de la Beauce, M. Louis Dai'blay, adressait récemment à M. Lambert, fabricant de sucre à Toury. Voici cette lettre :
<v Vous me demandiez dernièrement ce que je pensais des pulpes de diffusion, après en avoir usé pendant une année. Je vous dirai que jusqu'ici j'en suis très content; l'année dernière mes bœufs de trait s'en sont bien trouvés, leur santé a été bonne, leur énergie s'est maintenue la même, et leur état n'a pas baissé.
« J'ai cessé d'en donner au mois de mai pour la remplacer par du trèfle incarnat, et j'en ai donné de nouveau en juillet et en aoiàt; le résultat a été aussi bon qu'en hiver, et la pulpe était tout aussi bonne en sortant du silo. J'ai remanjué c[\x'avec cette pulpe mes animaux ne toussa ienl pas, et ne souffraient pas de dérangements d'intestins, ce qui leur arrivait fort souvent avec les pulpes de presses hydrauliques, et quen outre, avec le même travail, ils se maintenaient en bien meilleur état.
« Voici maintenant quelle est la ration que je donne : quand j'ai commencé à employer la pulpe de diffusion, j'ai donné le même volume que pour la pulpe de presses hydrauliques, et comme je m'en suis bien trouvé, je n'ai pas cessé, de volume me produit à chaque repas 28 kilog. de nourriture, pulpe et menues pailles mélangées, c'est-à-dire 25 kilog. de pulpe et environ 3 kilog. de menues pailles, par bœuf de bonne taille moyenne. Et comme je donm^ 3 repas, cela me fait par tête de bétail et par jour, 84 kilog. de nourriture, soit 75 kilog. environ de pulpe, et le reste en menues pailles. Jamais de grains ni de tourteaux, et avec cela j'obtiens pour lé travail le résultat indiqué précédemment.
a Pour des bœufs d'engrais j'ai donné des tourteaux, et augmenté peu à peu la dose, ce qui m'a fait arriver au même degré d'engraissement qu'avec la pulpe ancienne, et dans le même temps, tout en en consommant le môme volume.
« Je vous dirai en terminant que la pulpe de diffusion se conserve bien en
CHRONIQUE A'GRICOLE (6 JANVIER 1883). 9
silos, quoique son ensilage soit plus difficile que celui de l'autre ; le grand point est de la fouler le plus énergiquement possible; avec cette précaution, la conservation est bonne, et on n'a pas de déchet, si ce n'est la minime partie adhérente à la terre. Enfin, j'ai remarqué qu'après quelque temps d'ensilage, cette pulpe prend un bon goût de fermentation se rapprochant un peu de l'alcool, tandis que la pulpe de presses hydrauliques prenait un goût tort prononcé de vinaigre. « Agréez, etc. Louis Dahblay. »
Ces renseignements confirment ceux qui ont été donnés dans beaucoup d'autres circonstances. A égalité de poids de matière sèche, la pulpe de diffusion soutient avantageusement la comparaison avec les autres sortes de pulpes ; mais il ne faut pas oublier que, dans les conditions ordinaires, elle renferme plus d'eau que la pulpe de presses.