‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 62 sur 683 · XIV. — Nouvelles de Vétal des récolles · texte numérisé non relu

XIV. — Nouvelles de Vétal des récolles

Dans la lettre suivante qu'il nous envoie du Mans, à la date du "26 décembre, M. de Villiers de l'Isle-Adam constate les retards éprouvés par les travaux des semailles :

« La pluie, toujours la pluie : tel est invariablement depuis plusieurs mois le résumé météorologique de la quinzaine. Il est rare que nous ayons un jour entier sans pluie ; nous avons eu deux jours consécutifs de gelée et nous espérions voia- le temps changer, mais la pluie est revenue. Que le baromètre soit calme ou qu'il éprouve de brusques variations comme ces jours derniers, c'est toujours la pluie- elle est un peu moins abondante depuis une dizaine de jours, mais les terres sont encore inabordables.

« Les semailles ne sont pas terminées et l'on estime qu il en reste environ uia tiers à faire. Quelques cultivateurs ont voulu semer malgré le mauvais temps, mais ils ont fait du travail détestable. ^

a Les blés semés en saison conveoable souffrent de l'excès d humidité.

a 11 m sans dii-ïe que les labours d'hiver ne sont pas même commencés. »

Dans la not-e qu'il nous adresse de Vagoey, le 31 décembre, M. Jacquot signale de nouvelles inondations dans la partie montagneuse des Vosges, oi^i la température est tout à fait anormale pour la saison :

« Mercredi dernier, 27 décembre, un débordement des plus considérables amené par la fonte des neiges activée par une pluie continuelle de trois jours causa de vives alarmes dans certains villages exposés aux hautes eaux. Cette inondation a dépassé, dit-on, celles de 1844 et 1876. On ne signale que des dégâts peu appréciables; on a été quitte pour la peur. Il s'est formé çà et là quelques excavations et les chemins des coteaux nécessitent de nombreux travaux de terrassement. Il règne depuis huit jours une température très élevée pour la saison, mais toujours de la pluie et du brouillard : l'herbe pousse et le botaniste pourrait récolter des fleurs. Sauf quelques parties parcourues par les eaux, les récoites en terre sont en assez bon état. »

M. Garin nous envoie de Pont-de-Vaux (Ain), à la date du 6 janvier, un résumé intéressant des principaux faits météorologiques de l'année :

« L'année 1882 a débuté par un hiver assez doux et relativement sec ; car nous n'avons eu, pendant les mois de janvier, février et mars, qu'un jour de neige et dix jours de pluie. — Le printemps au contraire a été assez pluvieux, car il nous a donné vingt-quatre jours de pluie avec une température de -j- 15" environ, — L'été a été beaucoup plus humide encore, car il y a eu trente jours de pluie qui ont versé sur le sol une couche de près de 0'".40 d'eau. Au^si il y a eu abondance de foin. — L'automne a été très pluvieux aussi. Car nous avons enregistré, pendant les mois d'octobre, novembre et décembre, trente-quatre jours de pluie qui, quoiqu'ayant fourni une moins grande quantité d'eau qu'en été, ont entretenu les terres dans un tel état d'humidité aue l'on n'a pu faire les semailles d'automne dans de bonnes conditions. Dans quelques endroits, et surtout dans les parties basses, l'on n'a même pas pu semer. — La température très douce, surtout pendant les mois de novembre et décembre, a donné lieu à des inondations extraordinaires égales à celles de 1 856, produites par la fonte des neiges sur les hautes montagnes.

« Malgré l'extrême humidité de l'été et de l'automne, les récoltes ont été assez abondantes dans notre localité, excepté celle de la vigne qui a été à peu près nulle. — La température de l'année a été à peu près celle d'une année ordinaire (11" environ). Le vent dominant a été le vent du nord. Malgré les pluies nombreuses de l'année, dont la quantité a été de près d'un mètre de hauteur, le baromètre est resté au-dessus de la moyenne qui est, pour notre pays, de U'".7'i6.

« Voici quelques observations sur l'état actuel des récoltes notable nent compromises par suite de l'humidité des deux mois qui viennent de s'écouler, et de la température extrêmement douce qui a régné jusqu'à la fin de décembre. La plus grande panie des 'terrains situés sur les plateaux de Saint -Bénigne et Arbigny, sont en assez bon état et les blés déjà forts offrent une assez jolie apparence. Quelques champs de colza sont même déjà en fleur.

« Le fait le plus saillant est la température extrêmement douce dont nous jouissons, mais qui par suite de la fonte des neiges sur les hautes montagnes, a occasionné les inondations extraordinaires des bords du Rhône et de la Saône, qui se sont élevées presque au niveau de celles de 1856. L'eau a envahi presque la moitié des caves de notre petite ville de Pont-de-Vaux, située à 3 kilomètres de la Saône. L'on va en bateau dans le quartier dé la Recourbe.

« Depuis avant hier seulement, 4 janvier, la Saône commence à décroître, et le froid semble vouloir nous arriver par le vent du nord ([ui règne depuis deux jours. Les blés d'automne qui ont pu être semés à temps, paraissent assez jolis. Les •colzas sont très avancés, il est même des localités environnantes où ils cjmaiencent à être en fleur. Aussi, les cultivateurs désirent voir arriver de la neige et du froid pour arrêter les progrès de la végétation ».

SuL^ia sittiation dans le déparlement de la Gironde. M, Petit-Lafitte nous envoie de Bordeaux, le 1 0 janvier, les renseignements qui suivent :

« Décembre a continaé le régime de novembre, les pluies ont dominé, et, comme en novembre encore, ont entretenu les inondations et mis obstacle aux travaux de la culture, principalement aux semailles des céréales, d dernier tort est d'autant plus grand, qu'il ne peut être réparé qu'au printemps et par des variétés do céréales autres que celles dont nous usons habituellement.

a Mises en terre à l'automne, celles-ci sont également favorisées alors par l'état de cette terre et le régime météorologique de la fin de li saison. Elles ont. le temps de germer, de prendre leur premier développement, tant intérieur qu'extérieur, et d'acquérir les forces nécessaires pour résister aux éventualités de nos

hivers, qui n'ont ordinairement d'autre action sur elles que de suspendre momentanément la continuation de leur existence active.

« Or, cette existence active reconnaissant également le partage de la végétation souterraine et de la végétation apparente, ce n'est qu'à la fin de l'hiver qu'elle se manifeste de nouveau, à la fin de février environ vers le 10 mars et sous une température de 9 à 10 degrés, moment où peuvent être mis en terre les blés dits de printemps, auxquels sont particulièrement assujetties les contrées du nord, mais dont les nôtres peuvent plus facilement, plus habituellement, plus avantageusement s'affranchir.

« Pour ce qui est de la vigne, aura-t-elle souffert de pluies et d'inondations, ou serait-il possible qu'il y eut en cela, pour elle, une application, sur la plus vaste échelle, de l'un de ses moyens curatifs, la submersion? Ce serait alors des actions de grâce à rendre à la Providence! »

Dans la note suivante, M. Fournat de Brézenaud, lauréat de la prime d'honneur, à Quintenas, près Annonay (Ardèclie) , nous donne des renseignements intéressants, notamment sur sa culture du blé de Noé :

« L'année 1882 s'est terminée moins défavorablement pour notre département que pour bien d'autres. Sauf les différentes crues du Rhône, qui ont causé d'assez grandes pertes aux riverains, nous n'avons pas eu à souffrir de l'excessive humidité qui règne partout. A cause de la nature du sol, malgré les fréquentes pluies d'automne, les semailles ont pu se faire convenablement, et ont aujourd'hui une belle apparence. Le temps doux que nous avons eu les deux derniers mois de l'année a été très favorable à l'aoûtement du bois de la vigne qui était très imparfait par suite du manque de chaleur

a La quantité d'eau tombée l'année dernière dans notre région est une moyenne bien ordinaire, comme l'indiquent les chiffres ci-après :

millim. ■ millim.

Janvier et février 0 000 Août et juillet.. 0 090

Mars o 0.040 Septembre 0.095

;-: Avril 0.112 Octobre 0.146

Mai 0.063 Novembre 0.030

Juin 0.036 Décembre O.ObO

« Le total est de 0'". 662; en 1881, il était tombé 0"\66i,et en 1880, 0".627.

« Puisque dans ce moment il est question des avantages du blé de Noé comme emblavures de printemps, je dirai que je le cultive exclusivement depuis plus de vingt ans, l'ayant importé de l'é. oie de Saulsaie. Ce blé me donne un rendement bien supérieur en grains à l'ancienne variété de blé barbu cultivé en général; mais pour être avantageux, il demande une terre bien amendée.

« N'ayant pas eu de neige pour préserver nos récoltes l'année du grand hiver, tout fut détruit par la gelée, aussi bien les blés du pays que le Noé; mais en ayant ensemencé de nouveau les champs dès que le dégel fut arrivé en février, j'eus une récolte presque aussi bonne que si les emblavures d'automne n'avaient pas été détruites. Le blé Noé a le grand avantage de ne pas dégénérer dans le sol granitique, ce qui arrive à peu de variétés. Il m'en reste quelques hectolitres disponibles que je pourrais remettre aux personnes qui ont encore des terres à Berner en blé de printemps, à 31 fr. les lOOkilog., toile perdue, en gared'Annonay.

ce Malgré la récolte abondante de foin, par suite des gelées tardives de printemps, le bétail se maintient à un bon prix à cause de la facilité d'avoir pu le mener au pâturage très tard. Les fourrages sont moins chers maintenant qu'ils ne l'ont été en octobre.

« Les pommes de terre, après avoir eu un gros déchet à la récolte, se conservent bien en magasin, et tout peut nous faire espérer qu'à moins de circonstances défavorables imprévues, l'année 1883 peut nous donner de bonnes récoltes. »

La reprise d'un temps extrêmement doux et humide a ramené, pour la culture, les obstacles aux travaux des champs. Aussitôt que quelques éclaircies arrivent, on en profite pour faire des labours ; mais ces éclaircies sont rares et de courte durée. La situation est donc toujours critique, et malheureusement, plus elle se prolonge, et plus il est à craindre que ses effets ne soient graves pour les cultivateurs.

J.-A. Barral.

A quel degré convient-il iVépuiser la betterave du sucre quelle contient? — L'examen de cette question comporte deux faces que je vais essayer d'éclairer en prenant les cas les plus généraux de la fabrication du sucre et en me servant des travaux de mes devanciers. Il faut examiner :

r La valeur de la pulpe comme matière nutritive lorsqu'on épuise à fond la betterave ;

2° La qualilé du Jus et le prix de revient du sucre extrait de la betterave épuisée complètement.

Premier cas. — Valeur de la pulpe lorsqu'on épuise à fond. — L'étude de cette question devrait être faite en temps de fabrication, en déterminant la valeur nutritive théorique des betteraves employées comme matières premières et des pulpes qui en proviennent. N'ayant pas été prévenu avant la fin de la fabrication^ je n'ai pu le faire, mais j'espère pouvoir arriver à traiter la question au point de vue général, et exclure ainsi les conclusions erronées qu'on déduit quelquefois dans un cas isolé.

La betterave est ua végétal formé de cellules infiniment rapprochées et excessivement petites, qui s'opposent par leur multiplicité aux transmissions des pressions hydrostatiques; on estime à environ 250 le nombre des cellules contenues dans un millimètre cube.

Dans les cellules on rencontre un liquide de composition complexe que l'on ne connaît pas encore exactement, mais que nous pouvons consid( rer comme une dissolution sucrée plus ou moins pure, contenant des principes minéraux et organiques : les uns cristallisables les autres incristallisables, c'est-à-dire le:3 uns cristalloïdes, les autres colloïdes suivant l'expression de Graliam.

La fabrication du sucre a pour but d'extraire le sucre contenu dans les cellules et de laisser dans la pulpe les autres parties plus ou moins nutritives, mais nuisibles à la fabrication.

Malheureusement on ne peut obtenir cette séparation immédiatement, et le jus sort des cellules déchirées avec toutes ses impuretés par voie de pression. En vertu des phénomènes d'osmose, il sort des cellules intact avec les parties cristallisables seulement.

Le jus limpide pris au commencement ou à la fin de la pression a une composition identique; c'est à des erreurs d'observation ou de manipulation qu'il faut attribuer les écarts qu'on a quelquefois signalés. En négligeant l'augmentation de pureté, minime d'ailleurs, que présentent les jUs extraits par osmose dans la diffusion, sur ceux extraits par déchirement, on peut dire que dans les conditions actuelles les procédés peuvent être classés à raison du rendement plus ou moins grand des jus extraits.

En obtenant du jus à une égale densité dans les meilleures conditions de travail, on extrait par presse hydraulique de 100 kilog. de betteraves contenant 91 litres 5 de jus, 80 litres de jus, soit8G.8pour 100 du sucre initial ; par presse continue avec double pression, on extrait 84 litres de jus, soit 92 pour 100 du sucre initial; enfin, par diffusion on extrait 87 litres de jus, soit 94 et demi pour !00 du sucre initial.

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