‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 63 sur 683 · Elude présentée au Congrus sujnei' de Saiiit-Oucnlin · texte numérisé non relu

Elude présentée au Congrus sujnei' de Saiiit-Oucnlin

M SUR l'épuisement des betteraves en sucre.

On pourrait croire qu'une extraction poussée aux limites données par la difYusion, en présence d'un lavage anssi énergique que celui qu'il faut employer par ce procédé, amoindrisse la valeur nutritive de la pulpe. Il n'en est rien dans l'état actuel de nos connaissances, car tout se réduit à une extraction plus ou moins complètedejus avec tous les principes tant utiles que nuisibles. Il faut donc savoir si le jus est plus ou moins nutritif que la pulpe ou s'il ne jouit pas de propriétés nutritives égales.

La détermination chimique des principes nutritifs contenus dans le jus et dans la pulpe permet de répondre à la question.

La valeur d'un aliment se détermine aujourd'hui, aussi simplement que la valeur d'un engrais.

Comment fait-on pour un engrais? On recherche la quantité d'azote, d'acide phosphorique et de potasse contenue dans 100 kilog., on multiplie chacune de ces quantités par le cours moyen de chacun de ces principes, au moment de la livraison; par exemple le kilog. d'azote est multiplié par 2 fr. 50, le kilog. d'acide phosphorique par 0 fr. 80, le kilog. de potasse par 0 fr. 45, et la somme de ces produits représente la valeur totale de 1 00 kilog.

On opère de même pour les matières nutritives. Cependant il convient de remarquer que l'analyse d'une matière employée comme aliment, ne peut se faire de la même façon que l'analyse d'une matière employée comme engrais; ainsi que le font par erreur certains chimistes, et que l'a fait M. Durot dans son Étude des divers produits employés pour l'alimentation des bestiaux. Dans ce travail qui n'est qu'un relevé d'analyse, on remarque aussi une autre faute que je ne puis passer sous silence: l'auteur a multiplié l'azote par 7.1 pour obtenir ce qu'il désigne sous le nom de matières organiques azotées. D'où vient ce coefficient complètement en désaccord avec les chiffres admis par tous les chimistes physiologistes qui font autorité? L'estomac d'un animal ne se comporte pas comme les spongioles d'une plante et telle matière fertilisante est nuisible pour la nutrition; Tazote nitrique et ammoniacal, de même que l'azote alcaloïdal, sont très fertilisants ; mais on sait qu'on ne pourrait nourrir un animal en lui donnant du nitrate, du sel ammoniacal, de la strychnine ou tout autre alcaloïde à manger.

Il faut donc séparer les matières azotées en deux catégories distinctes. La première contient les matières azotées nutritives dites protéiques ; semblables à Protée, elles changent de forme, et deviennent parties constitutives de l'animal, telles sont l'albumine, la légumine, îa caséine, etc. La seconde contient les matières azotées qui restent dans l'économie sous la forme où elles ont été absorbées, quand elles ne provoquent pas la mort. Elles ne peuvent, dans aucun cas, servir à la rénovation des tissus; tels sont les nitrates, les sels ammoniacaux, les amites, les alcaloïdes, les glucosides, les peptones, etc.

Cette réserve étant comprise, on aura la valeur d'un aliment en multipliant : les matières proléiques ou matières azotées assimilables par 0 fr. 60 ; les matières hydrocarbonées qui contribuent à la formation des tissus et de la graisse par 0 fr, 10 ; les matières grasses par 0 fr. 25; et les matières minérales assimilables et nutritives par 0 fr. 05.

En dehors de ces bases, il faut tenir compte de l'état plus ou moins grand de concentration des principes actifs de l'aliment. On ne peut

faire manger à un animal un trop grand ni un trop petit volume de nourriture sans nuire à sa nutrition : il faut tenir compte que la capacité stomacale doit être remplie par la ration à cliaque repas. C'est ainsi qu'il y a lieu de tenir compte d'un correctif indispensable qu'on néglige malheureusement souvent.

Je m'explique : si l'aliment est trop nutritif, l'animal excité par son appétit, c'est-à-dire poussé par l'instinct à remplir son estomac, prend une quantité de nourriture trop forte et devient sujet à des maladies (coup de sang, etc.); si, au contraire, l'aliment est trop aqueux et trompe son appétit en remplissant son estomac, l'animal ne pouvant absorber dans ses repas la somme de matière alimentaire qui lui est nécessaire, devient malade (cachexie aqueuse ou pourriture).

Le ehimiste physiologiste devrait tenir compte de la nature de l'animal à nourrir et majorer les prix ci-dessus, lorsque l'aliment est très nutritif, parce que, alors, il permet, avec ce minimum de frais, de faire absorber des nourritures aqueuses, des fourrages verts ; par contre, on devrait amoindrir la valeur des prix de base lorsque l'aliment est peu nutritif, puisqu'il nécessite l'achat de nourritures sèches (tourteaux, etc.).

L'augmentation, de même que la diminution, devraient être calculées en tenant compte non seulement de la proportion des matières nutritives ou rapport de nutrition, mais encore que la ration pour un kilog. de matières sèches doit contenir de3 à 4 kilog. d'eau lorsqu'elle est destinée à un âne; de 4 à 5 kilog. à un bœuf; de 5 à 6 kilog. à une vache laitière. Cette considération est importante; il ne faut pas la négliger dans la question de l'alimentation, surtout dans celle relative aux pulpes de diffusion. Je serais heureux si ma proposition était écoutée et amenait les physiologistes à déterminer l'augmentation et la diminution qu'il conviendrait d'obtenir dans chaque cas, car rien à ma connaissance n'a encore été fait dans ce sens. A ce sujet, permettez-moi une digression.

Dans les pays où la diffusion a pris naissance, on s'est pénétré de cette nécessité. Nous avons vu chez M. Robert de Seelowitz qui, le premier, installa la diffusion, un système très recoramaudable qui permet de remédier aux inconvénients des nourritures très aqueuses.

Il consiste à préparer des fourrages secs et desséchés au point qu'on croirait qu'ils ont été torréfiés.

Le maïs, le soya hispida, le millet, etc., cultivés en récolte alterne et dérobée pour ainsi dire, sont coupés (après la floraison ou avant la maturation, cela dépend des plantes) et abandonnés pendant quelques heures à la dessiccation au soleil. Lorsque les feuilles paraissent un peu desséchées et qu'elles commencent à prendre un ton sec quand on les froisse, on ensile ou mieux on dispose eu meule les tiges entières non hachées. La meule terminée a de 4 à 0 mètres de hauteur, on la protège contre l'air extérieur en l'entourant d'une couche épaisse de terre qui atteint presque le sommet. Une surface d'un à deux mètres carrés environ reste seulement à découvert pour permettre au sommet le dégagement de la vapeur qui vase dégager sous l'action de réchauffement que les végétaux non entièrement secs éprouvent lorsqu'ils sont entassés. La température s'élève beaucoup et si la combustion ignée ne se déclare pas, c'est parce que l'air ne peut pénétrer jusqu'aux végétaux, l'épaisseur de terre s'y opposant et la terre placée à la par-

tie supérieure, au-dessus de la zone qu'on appelle le grand lour dans une meule, exerçant une pression suffisante pour tasser et faire affaisser les végétaux au fur et à mesure qu'ils se ramollissent et que l'eau s'en va à l'état de vapeur. Après quelques jours la fermentation s'arrête, réchauffement disparaît, la meule est tassée et réduite aux deux tiers de la hauteur primitive, la cuisson ou torréfaction est terminée.

Le soja est alors plus desséché qu'on n'aurait pu l'obtenir par dessiccation prolongée sous un soleil ardent, il ne contient au maximum que 9 pour 100 d'eau au lieu de 12 qu'on aurait obtenu par dessiccation à l'air, et cette dessiccation excessive est obtenue sans désorganisation du végétal ni déperdition des principes nutritifs qui y étaient contenus primitivement.

Lorsqu'on ouvre le silo où la meule, on l'entame latéralement en découpant par tranches, au jour le jour, avec un tranchet ou une bêche coupante, les quantités nécessaires pour les besoins de la ferme; on constate que toutes les tiges, feuilles, fleurs ou fruits, que toutes les fdores en un mot sont restées intactes ; on constate aussi une odeur des plus agréables qui rappelle l'odeur du café torréfié; d'ailleurs la couleur est devenue brune.

Les animaux sont très avides de la nourriture ainsi préparée et conservée qui se mélange facilement avec les pulpes et rétablit l'équilibre nécessaire entre la teneur en matières sèches et l'humidité, principalement pour les pulpes de diffusion.

Pour compléter ces renseignements sommaires, voici l'analyse détaillée que j'ai faite sur des échantillons de soja et de millet torréfiés pris chez M. Robert à Seelowitz (Moravie) :

Humidité ■

Matières azotées protéiques assimilables

Matières azotées alcaloïdales, etc., non assimilables..

Matières hydrocarbonées dij^estibles : sucres

Matières hydrocarbonées dig'pstibles : huiles

Matières hydrocarbonées dij,'estibles

Autres maiières hydrocarbonées indigestes (cellulose, etc.)

( Acide phosphorique

Potasse

Cendres

Sels divers. . . .

Silice et sable.

Soja hispida.

Millet.

lUU.OOO lOO.OlO

Revenons à notre sujet principal : les matières les plus utiles à la nutrition contenues dans les végétaux sont généralement insolubles dans l'eau, telles sont les matières protéiques (albumine, légumine, etc.) et les matières grasses.

Les matières hydrocarbonées et minérales qui peuvent être solubîes sont moins intéressantes et, pour le cas qui nous occupe, l'hydrate de carbone appelé sucre est tellement altérable qu'on n'a pas à regretter sa solubilité. Pendant la conservation en silo, il éprouve des transformations nombreuses et de matière nutritive il devient matière inerte telle que l'eau et l'acide carbonique, ou nuisible tels que les acides butyrique, lactique, acétique, etc., à moins qu'on ait affaire à des aliments suffisamment secs pour ne pas éprouver de fermentation.

Il est donc préférable, dans le cas des pulpes, d'éliminer ce produit qui possède une grande valeur industrielle qu'on a intérêt à réaliser.

La solubilité des sels est donc seule regrettable, mais il ne faut pas s'en effrayer outre mesure.

La valeur réelle des sels au point de vue nutritif est esliméo à 0 fr.05 le kilog.,et la perte dans ces conditions ne saurait qu'être minime, surtout quand on rapproche de ce faible prix la faible proportion de matières minérales assimilables contenues dans un végétal et qui dans le cas actuel n'atteint pas 1 pour 100.

Nous pouvons donc conclure que, aupoint de vuede la valeur nutritive, il n'y a pas d'inconvénients à épuiser complètement la racine de tout son sacre et en même temps de tous ses sels solubles, car cela ne diminue pas la valeur intrinsèque des 1000 kilog. de pulpes ramenés après l'épuisement complet au degré de siccité qu'elles avaient avant.

(La suite prochainemcnl). , A. Vivien.

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