COMPTABILITÉ AGRICOLE. 4J
L'usage de la comptabilité est indispensable à la bonne marche de nos affaires; c'est une conséquence naturelle et directe du mouvement des transactions, de cette réciprocité d'échanges et de services qui est comme le ciment de l'édifice social. Celui-là seul pourrait s'en affranchir qui n'aurait aucun rapport d'intérêts avec ses semblables; de telle sorte que nier la nécessité de la comptabilité, c'est nier le rôle que l'on est appelé à remplir dans le courant économique des sociétés, socialement parlant, c'est méconnaître son existence même.
On entend dire, il est vrai, qu'il y a des individus qui font très bien leurs affaires et qui ne savent ni lire, ni écrire. On avouera que cette objection n'est plus de notre époque; nous répondrons toutefois que celui qui possède une mémoire assez heureuse pour caser et fixer dans sa tête les conditions des diverses transactions auxquelles il consent, en supposant même que ses facultés soient assez grandes pour apprécier et comparer les résultats de ses affaires de manière à tirer de ce rapprochement des enseignements profitables à ses intérêts, celui-là pratique au moyen de ses ressources mnémoniques une espèce de comptabilité mentale dont nous reconnaissons la valeur. Ce cas physiologique peut être intéressant à observer, mais on comprendra que nous ne nous attardions pas à le définir et à le caractériser, d'autant plus qu'il ne peut s'appliquer qu'à un cercle très borné et n'est rien à côté du système rigoureux et méthodique représenté par la comptabilité et qui consiste à inscrire sur des livres spéciaux les faits économiques qui se produisent dans la sphère de nos opérations de manière à en suivre l'enchaînement et à en assurer l'interprétation.
Ce que nous disons ici est simplement pour établir que tout le monde est tributaire de la comptabilité, que son domaine est universel : tout procédé par lequel on cherche à régulariser ses comptes, à soumettre ses opérations aux épreuves du calcul et du jugement, est de son ressort, depuis la coche ou le carrelet du journalier et du boulanger, ce petit bâton appelé taille dans les villes, jusqu'aux registres des banquiers, jusqu'au grand-livre de la dette publique.
La comptabilité touche donc aux fonctions les plus vitales de la société, à tel point qu'on a pu dire que, si l'idéal de la comptabilité était réalisé, la vérité existerait dans l'ordre économique, et, sous le rapport agricole, il est certain que, si' le degré d'instruction de nos paysans leur avait permis d'y avoir recours, des coutumes routinières et des assolements désastreux n'auraient pas subsisté pendant des siècles et des siècles.
Aussi l'attention s'est-elle de nouveau portée sur la comptabilité, et des sociétés ont même fondé des prix pour provoquer les esprits à produire un bon ouvrage sur cet important sujet. Nous laisserons aux plus jeunes les honneurs et les chances du concours ; mais ce retour des idées vers la comptabilité indique un besoin bien senti et nous engage à publier quelques considérations relatives à la manière dont il convient d'envisager cette branche de nos connaissances économiques.
Ce n'est pas que les traités de comptabilité soient rares, et il y en a de très bons que l'on peut consulter avec fruit. Aussi notre projet n'est-il pas d'ajouter un ouvrage à ceux qui existent déjà et d'offrir au lecteur un travail de compilation que tout le monde peut faire et qui n'est plus de notre goût.
Notre intention au contraire est de glisser sur les points générale-