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I. — Le mouvement, agricole

Les choses de l'agriculture donnent lieu en ce moment à de nombreuses discussions et à des solennités variées. Au Sénat, on s'occupe, de temps à autre, du projet de loi sur le régime des eaux ; on en discute et on en vote un article, puis on renvoie un autre article à la Commission, en suspendant la discussion pour la reprendre quelques jours après. Jusqu'à présent, cela n'a rien de magistral ; il est encore impossible de dire si la législation nouvelle sera vraiment en progrès sur l'ancien état de choses. A la Chambre des députés, les amis de l'agriculture semblent un peu découragés; ils se recueillent sans doute pour faire de nouveaux efforts. Le Conseil supérieur de l'agriculture a abordé trois questions difficiles : celles delà répression des fraudes sur les engrais, de la construction des canaux dérivés du Rhône, et de la représentation directe de l'agriculture. Sur ce point, on paraît d'accord, comme on le verra plus loin, sur la nécessité de reconstituer les Chambres d'agriculture qui, en ce moment, ne vivent guère que sur le papier. La Société nationale d'agriculture a tenu sa séance publique annuelle avec solennité; de nombreuses récompenses y ont été distribuées, et des discours importants y ont été prononcés. Les concours régionaux agricoles ont continué ; le dixième de l'année a eu lieu à Aurillac, oii un hommage solennel a, en outre, été rendu à la découverte de M. Pasteur par une contrée reconnaissante. D'autres solennités agricoles s'apprêtent en France et à l'étranger. En France, nous allons avoir une fête à Orange pour le centenaire du comte Adrien de Gasparin ; en Belgique, s'ouvriront le 9 juillet les concours et expositions de la Société royale agricole de l'Est; en Angleterre, se tiendra à York, du 16 au 20 juillet, le grand concours de la Société royale d'agriculture. Nous pourrions citer beaucoup d'autres fêtes rurales du même genre, ayant toutes pour but l'amélioration soit du bétail, soit du matériel agricole, et les encouragements aux fermes les mieux tenues.

La moisson, déjà achevée en Algérie, a commencé dan,s le Midi, vers le 25 juin, et l'on paraît en être assez satisfait. C'est plus tard que dans les années moyennes. Pour le reste delà France, il semble aussi que l'on ne commencera pas à couper les blés de bonne heure. Le temps est trop souvent froid et pluvieux. Dans la région méditerranéenne, les vignes ont la plus belle apparence dans les vignobles que n'a pas dévastés le phylloxéra, particulièrement dans les terre sableuses et dans

N° ni. — Tome II de 1883. — 30 Juin.

celles soumises à la submersion. Mais l'insecte fait malheureusement de très rapides progrès dans les vignobles mal défendus; ceux reconstitués avec les cépages américains et le greffage semblent parfaitement résister. Sur l'ensemble des autres cultures, on a beaucoup d'espérances; quelques-unes sont magnifiques, mais l'époque critique n'est pas encore passée, et l'on ne saurait sagement se prononcer encore sur ce qu'il faut attendre.

II. — Le centenaire, du comte Adrien de Gasparin. ' Aucun nom n'est plus populaire auprès des agriculteurs que celui du comte Adrien de Gasparin. Par ses ouvrages, par la grande intluence qu'il a exercée dans les assemblées politiques, à la Société nationale d'agriculture, à l'Académie des sciences, à l'Institut agronomique de Versailles, il a pris place au premier rang des maîtres de l'agriculture moderne. La ville d'Orange (Vaucluse) oi^i il est né et au milieu de laquelle s'élève sa statue élevée par les agriculteurs, célébrera le dimanche l''' juillet le centenaire de sa naissance. Ce sera une véri ble fête publique dans celte ville où la famille de Gasparin a toujours été iionorée et où elle tient toujours le premier rang dans l'affection générale. A cette occasion, nous recevons de la municipalité d'Orange la note suivante :

a La famille de Gasparin, dont la générosité est proverbiale, a bien voulu donner mandat à M. le maire d'Orange de répartir une somme de 700 francs, de la manière suivante :

c 300 fiancs poui' des livrets de la caisse d'épargne; 100 francs pour le bureau de bienfaisance; 200 francs pour l'hospice; 100 francs pour les orphelines.

o L'administration municipale tient à manifester publiquement toute sa reconnaissance à la famille de Gasparin qui, fidèle à ses traditions de bienfaisance, sait associer à un anniversaire glorieux une fête de charité. ^^

Au nom des agriculteurs, nous envoyons à notre éminent confrère M. Paul de Gasparin le témoignage de leur reconnaissance pour les services que son père a rendus et pour ceux que lui-même rend et rendra encore à la science agricole.

Le Conseil supérieur de l'agriculture s'est réuni le 22 juin; nous trouvons dans le Journal officiel le compte rendu suivant do ses délibérations :

Le Conseil supérieur de l'agriculture s'est réuni, le vendredi 22 juin, à deux heures de l'après-midi, au ministère de l'agriculture, sous la présidence du ministre, M. Méline, pour l'examen d'un projet ayant pour but l'organisation d'une représentation spéciale des intérêts agricoles.

Ce projet, préparé par une Commission du conseil supérieur, comporte la création, dans chaque arrondissement, d'un chambre consultative d'agriculture dont les membres seraient élus, au scrutin de liste, par un cor^DS électoral composé de la manière suivante :

P Les a;:îriculteurs français jouissant de leurs droits civils et politiques, résidant dans !§. commune depuis un an au moins, et dont la profession unique ou principale est d'exploiter un fonds rural, comme propriétaires, usufruitiers, locataires fermiers, colons partiaires ou métayers;

2° Les arboriculteurs, horticulteurs, pépiniéristes, jardiniers, maraîchers de profession r&unissant les mêaies conditions de nationalité, d'âge, de capacité et de résidence qui, depuis un an au moins, exercent, par eux-mêmes, leur industrie dans la commune, soit comme propriétaires, usufruitiers, locataires, métayers, ou colons partiaires;

3" Les propriétaires ou usufruitiers d'exploitations agricoles, réunissant les mêmes conditions de nationalité, iï'k^Q et de capacité, qui, depuis un an au

moins, possèdent lesdites exploitations; qu'ils soient résidants ou non dans la commune ;

4° Les directeurs, professeurs et répétiteurs des établissements d'enseigmement agricole, horlicole, forestier et vétérinaire; les directeurs des stations agronomiques ; les titulaires des chaires de chimie agricole; les professeurs départementaux d'agriculture et les vétérinaires, lorsque les uns et les autres réunissent les conditions de nationalité, d'âge, de capacité civile et politique^ et de résidence indiquées plus haut.

Les filles et veuves réunissant les conditions d'âge, de domicile, de capacité civile, de nationalité, ' de profession ou de propriété exigées pour être électeur pourront déléguer leur droit de vote à un citoyen jouissant de ses droits civils et politiques et résidant depuis un an dans le canton.

Cette délégation pourra être faite par acte sous seing privé ou par une déclaration au maire de la commune, qui consignera la déclaration sur un registre tenu à cet effet et en donnera récépissé. L'acte qui constatera la délégation sera enre-^-istré gratis. Les électeurs ayant leur droit électoral dans plusieurs circonscriptions ne peuvent exercer ce droit que dans une seule circonscription à leur choix

Les chambres, ainsi constituées, auraient principalement pour mission de présenter au gouvernement et au conseil général de leur département leurs vues sur toutes les questions intéressant l'agriculture. Elles seraient consultées sur les modifications à introduire dans la législation, en tout ce qui touche aux intérêts agricoles, et notamment en ce qui concerne la police rui'ale, les contributions indirectes, les douanes, les octrois et les encouragements à l'agriculture ; elles seraient éf^alement consultées sur la création, dans le département, des établissements d'enseignement agricole ou vétérinaire, des stations agronomiques, des foires et marchés.

Enfin, elles auraient à centraliser les travaux de statistique agricole cantonale et renseigneraient le gouvernement sur l'état des récoltes, sur la situation africole de l'arrondissement et sur ses besoins.

A l'appui de son projet, la Commission constate que les chambres d'agriculture, telles qu'elles existent actuellement, — le? membres de ces chambres sont nommés par décret, — n'ont pour ainsi dire jamais fonctionné; que, dans les rares départements où elles se réunissent encore, elles ne jouissent pas d'une sérieuse autorité ; que le gouvernement ne les consulte guère et qu'elles émettent rarement des vœux.

Dans une telle situation, on peut assurément dire, sans s'écarter de la vérité, cj;ue les intérêts agricoles n'ont pas encore de représentation officielle. La commission pense qu'il serait à la fois juste et utile de lui en donner une en organisant, les chambres consultatives d'agriculture sur de nouvelles bases.

Tout le monde reconnaît cpie les chambres de commerce et les chambres des arts et manufactures ont puissamment contribué au développement du commerce et de l'industrie en France. 11 n'est pas équitable de priver de cet instrument de progrès l'une des principales branches du travail national. L'absence de corps électifs chargés spécialement de défendre les intérêts de l'agriculture a eu parfois des conséquences fâcheuses. Dans les discussions économiques auxquelles donnent naissance les conflits entre les divers intérêts, on n'a trop souvent écouté qu'une seule voix, parce que l'agriculture n'avait dans les départements aucun organe olficiel chargé d'exposer ses besoins et de soutenir ses droits.

Une assez longue discussion, à laquelle ont pris part MM. Teisserenc de Bort, Lenoël, Dreyfus, Danelle -Bernardin, de Ponlevoy, Caze, Perrier et Cotard, s'est engagée sur ce projet et particulièrement sur le mode de formation des chambres d'agriculture, et sur la composition du corps électoral.

Plusieurs membres se sont déclarés opposés à ce projet. Entrant ensuite dans l'examen des diverses dispositions qu'il contient, ils ont fait remarquer qu'il serait bien difficile de constituer le corps électoral au'il s'agit de créer. Ils craignent qu en appliquant ce projet on n arrive a organiser une représentation aristocratique de l'agriculture, et ils redoutent les rivalités qui pourraient naître entre la représentation politique et une représentation spéciale de l'agriculture.

Un aulre membre, au contraire, pense qu'il convient de restreindre davantage encore le corps électoral, pour assurer à la représentation une plus grande compétence dans les questions agricoles.

M. le président de la Commission, qui a élaboré le projet, en a défendu le principe et l'économie devant le Conseil. lia fait ressortir que Le commerce etl'indus-

trie avaient une représentation spéciale, tandis que l'agriculture, à laquelle s'intéresse une quantité beaucoup plus considérable de citoyens, était privée d'une institution de ce genre. Il a fait remarquer, en outre, que les craintes exprimées sur les inconvénients que pourrait offrir une représentation spéciale de l'agriculture n'étaient pas fondées; carie projet, délaissant l'idée d'une représentation organise des chambres d'agriculture simplement consultatives. Enfin, il a termine en rappelant que l'empire, dont la politique constante a eu pour effet de réprimer toute pensée libérale, s'était toujours montré hostile à l'idée d'une représentation élective de l'agriculture, et qu'il était du devoir du gouvernement républicain de ne pas suivre de tels errements.

Un menibre du Conseil constate que la divergence de vues sur cette question provient d'un simple malentendu. Les adversaires du projet y ont vu l'organisation d'une représentation de l'agriculture, tandis que l'administration et la commission n'ont cherché qu'à organiser un élément de consultation^ ce qui rend le projet acceptable en principe. Il importe surtout, d'après l'orateur, que cette confusion ne puisse pas se produire.

^ Dans le cours de la discussion, un contre-projet a été déposé. Ce contre-projet règle la composition des chambres d'agriculture de la manière suivante : 1" Trois membres désignés dans les Conseils communaux ; — 2" un délégué communal ;

— 3° comme membres de droit : le député de la circonscription; le sénateur; le conseiller général de la circonscription; le conseiller d'arrondissement; le vétérinaire du canton; le professeur départemental d'agriculture; le préfet et le souspréfet de l'arrondissement.

Le Conseil, sans aborder la discussion sur ce contre-projet, l'a renvoyé à l'examen de la Commission.

M. le ministre a résumé ensuite la discussion générale et a fait ressortir la nécessité de se prononcer d'abord sur le principe même du projet, avant d'aborder les questions de détail et l'examen des modifications à introduire dans les articles. Il a, en conséquence, invité le Conseil à statuer sur la question suivante : Y a-t-il lieu de réorganiser les chambres consultatives d'agriculture? — A l'unanimité, le Conseil s'est prononcé pour l'aifirmative,

A la suite de ce vote, la discussion a été renvoyée à la prochaine séance, pour l'examen des divers articles du projet présenté par la Commission, et le Conseil s'est ajourné au vendredi G juillet.

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