‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 69 sur 683 · LE VIGNOBLE DE CADARSAC · texte numérisé non relu

LE VIGNOBLE DE CADARSAC

direction de M. Balbiani, en vue de la destruction de l'œuf d'hiver du phylloxéra auquel on s'accorde aujourd'hui à attribuer une influence capitale pour assurer la propagation du phylloxéra à distance et pour créer de nouvelles colonies dans les vignes indemnes. On rencontre encore des viticulteurs qui nient cette influence, et qui prétendent que ces expériences ne donneront que de vagues résultats. Il nous est impossible de partager leur avis, et nous sommes convaincu que tous ceux qui visiteront le vignoble de Cadarsac, près d'Arveyres, sur la ligne de Bordeaux à Libourne, en plein foyer phylloxérique, reviendront avec la conviction que la lutte contre l'œuf d'hiver est un des meilleurs et des plus sûrs moyens d'arrêter le fléau.

Nous avouerons franchement que, lorsque nous sommes allé à Cadarsac, nous n'avions qu'une médiocre foi dans les résultats acquis par son propriétaire M. Sabaté. Nous avons dû nous rendre à l'évidence, et constater qu'il a obtenu de très remarquables résultats dans une contrée dont le plus grand nombre des vignes ont disparu. Mais il faut exposer les faits avant d'en tirer des conclusions.

Le domaine de Cadarsac a une étendue de 90 hectares, dont 60 étaient plantés en vignes. Il se compose de deux parties distinctes, séparées par une route : la première en coteau, la seconde de beaucoup la plus étendue, en plaine. Le sol est argileux et repose sur un soussol imperméable, au point que les bas-fonds, qui forment cuvette et reçoivent toutes les eaux du coteau, sont difficiles à assainir. Les vignes sont souvent atteintes par les brouillards et par les gelées du printemps.

Les vignes sont cultivées avec beaucoup de soin. Le premier, M. Sabaté introduisit, en 1849, la charrue vigneronne dans la localité; il donna aussi l'exemple du palissage sur fil de fer, qui a été successivement adopté par tous ses voisins. La plantation des vignes est faite avec un espacement de2"\30 entre les rangs, et de 2 mètres de souche à souche dans chaque ligne. Les cépages choisis du Bordelais y sont seuls cultivés : Cabernet, Verdot, Malbec ou Pressac. Chaque année, les vignes reçoivent deux labours et autant de hersages qu'on peut en donner. Pour utiliser les larges allées qui séparent les rangs, M. Sabaté y prend des fourrages d'avoine et de fèves en vert. Les engrais ne sont d'ailleurs pas ménagés; les composts sont ceux auxquels le propriétaire donne la préférence. Ces composts sont formés par des raclures de routes, les déchets de bois, les feuilles mortes, les marcs, les détritus de toutes sortes, qu'on fait pourrir eu tas volumineux, de manière à former, au bout de douze à quinze mois, un terreau homogène, qui est étendu sur le sol, entre les souches, sur une épaisseur de 0".02.

Le vignoble de Cadarsac a été atteint par le phylloxéra dès 1 873, il y a maintenant neuf ans. L'invasion a commencé par les vignes de coteau qui ont été presque complètement détruites en peu d'années. La plupart des systèmes de défense préconisés eut été essayés par M. Sabaté; celui qui lui a donné les meilleurs résultats est le sulfure de carbone. Après la découverte de l'œuf d'hiver du phylloxéra, par MM. Balbiani et Boiteau, en 1875; M. Sabaté comprit immédiatement qu'il y avait là une voie nouvelle ouverte pour la lutte. Il résolut donc de généraliser et de pratiquer chaque année le décorticage des souches que tous les bons viticulteurs du Bordelais effectuent à intervalles

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plus OU moins rapprochés^, de temps presque immémorial. Dès lors, il devint maître du iïéau, et après quelques tâtonnements, il est arrivé à une méthode qui lui a permis de rendre la vigueur à celles de ses vignes de plaines qui étaient atteintes, et de préserver celles qui n'étaient pas encore attaquées. Ce système est la combinaison de l'écorcage avec le chaulage, et avec l'emploi du sulfure de carbone lorsque le besoin de cet agent se manifeste.

Pour pratiquer l'écorcage, M. Sabaté a imaginé un gant que tous les viticulteurs connaissent, et sur la description duquel nous ne reviendrons pas. L'opération se l'ait pendant l'hiver après la taille ; elle ne coûte pas très cher ; pendant l'hiver dernier, 8 femmes ont mis dix-luiit jours à écorcer tout le vignoble. Quant au chaulage, il consiste à détraire tous les insectes qui pullulent sur la vigne, en y projetant de la chaux en poudre au moyen du soufflet à soufrer; l'opération se fait par la rosée, car la chaux doit se combiner avec l'eau pour exercer son action toxique. Le chaulage est répété 3 ou 4 fois depuis la première végétation jusqu'à la fin de mai. Ce n'est pas non plus une opération qui soit coûteuse; il a fallu 18 francs de chaux, cette année, pour tout le domaine; il faut 4 matinées à 22 personnes pour chauler (30 hectares. M. Sabaté calcule que les deux opérations du chaulage et de l'écorcage lui reviennent à 3 fr. par journal de vigne.

Voilà six ans que le système est appliqué à Cadarsac. Ajoutons que tous les ceps qui paraissent faiblir sont traités au sulfure de carbone, par le pal Gastine, à raison de 7 à 8 grammes de sulfure par trou de pal; les trous sont distants de 0'".70 en quinconce. Mais à mesure que l^s bons effets du traitement préventif se sont accentués, la quantité de sulfure de carbone qu'il a fallu employer a été en diminuant; en 1882, M. Sabaté n'a pas dépensé plus de 100 kilog. de cet insecticide.

Quels sont les résultats acquis? Nous avons dit que les vignes du coteau avaient été détruites 'dès les premières années de l'invasion. Quant aux vignes basses, elles ont repris une magnifique vigueur. Un malheur qui est arrivé en 1881, a d'ailleurs servi de démonstration complets pour l'efficacité du procédé. Plusieurs souches ont été atteintes par la gelée «du 1 5 janvier (le thermomètre est descendu à — 18°j; elles ont été recepées près du sol; cette année, elles avaient des pousses, que nous avons vues, de près de 2 mètres. Des vignes gelées qui repoussent ainsi sont loin d'être épuisées. Il suffit d'ailleurs de comparer les vignes de M. Sabaté à celles de ses voisins, pour constater le succès ([u'il a obtenu.

Piien ne prouve d'ailleurs mieux la valeur d'un système que son adoption par ceux qui en sont les témoins. Les vignerons qui entourent M. Sabaté ont adopté son système préventif, et ils s'en trouvent parfaitement. Nous citerons : à Cadarsac même, MM. Boyer, Régnier, Taillade, etc.; à Genissac, M. Peyrabeau, et beaucoup d'autres; à Goulongue, M. Tastet; à Arveyres, MM. Chaudet et Coycault. Si nous allons dans le Médoc, nous trouvons le procédé appliqué au château Palmer et au château d'Ysson.

Lapersévérancede M.Sabaté commence donc à porter des fruits. Son exemple est un puissant encouragement pour tous ceux q^^i s'engageront, à la suite de M. Balbiani, dans la lutte contre l'œuf d'hiver. La démonstration faite au château Cadarsac doit être signalée; car si l'on

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