EN BRETAGNE
Parfois, après la tombée de la nuit, quelque voyageur égaré dans les chemins ruraux de Bretagne, ou bien un chasseur attardé, après avoir traversé une cour où le fumier nageait dans des cloaques de purin coulant des étables, frappait à la porte d'un bâtiment couvert en chaume. Une lumière crépitante de résine brûlant dans l'âtre du foyer, et jetant une faible lueur au dehors, à travers une lucarne souvent sans vitres, l'avait guidé. La porte s'ouvrait, et dans une atmosphère enfumée le voyageur gagnait l'âtre du foyer, où soupaient d'un maigre repas maîtres et domestiques; autour de l'appartement unique, des lits clos, quelques armoires noircies, et plus loin une cloison en planches formant séparation avec les bestiaux, chevaux, vaches, porcs, etc. Et cette demeure était celle d'un fermier, voire même d'un propriétaire riche, cachant peut-être quelque importante somme au fond d'un bahut. — Lorsqu'on démonétisa les pièces de six francs, nulle part on n'en trouva autant qu'en Bretagne, dit M. de La vergue dans son livre de Y Economie rurale de la France.
Que de causes morbides dans un pareil état de choses pour le cultivateur, sa famille, et ses animaux de toutes espèces! Les étables et les écuries étaient trop basses, souvent humides, peu ou point éclairées, ce qui est la cause de la fluxion périodique des chevaux et des affections pulmonaires pour les vaches. — Bichat a décrit depuis longtemps l'influence directe de l'air et du sol sur le système osseux des animaux qui se ressentent si fortement des conditions qui concourent à leurs moyens d'existence. Ce n'est pourtant pas le cas de retracer ici le sombre tableau que La Bruyère s'est plu à faire des cultivateurs de son temps, si tant est qu'il fut exact alors ; la natalité, selon l'expression du jour, reste en Bretagne plus grande que partout ailleurs, si les dures conditions de la vie y opèrent une sélection naturelle.
Les choses se sont grandement améliorées dans l'Anjou et la Mayenne pour les bâtiments de ferme, grâce au métayage et à l'entente bien comprise de leurs intérêts par les propriétaires. Le progrès gagne en Bretagne ; car dans le passé, à de rares exceptions près, et à part quelques constructions faites par certains ordres religieux, attestant les conditions désirables d'hygiène et de bon aménagement des animaux, tout témoignait d'une absence absolue de connaissances spéciales dans les constructions rurales. Le défaut de communications, surtout de celles du dernier degré dont on a entouré l'exécution de tant de formalités qui la rendront à peu près impossible, maintenait des fermes et des villages dans des situations inabordables.
S'il y a progrès, il n'y a point à se le dissimuler pourtant, la dis^ tance est encore très grande pour les habitations, entre celles de ceux qu'on appelle en Angleterre les gentlemen farmers et les demeures des exploitants des fermes les plus importantes de la Brie, de la Picardie et surtout des modestes fermes de 20 hectares et au-dessus, puisque le règlement des concours considère déjà ces étendues comme de grandes exploitations. Dans ces conditions, et dans l'ouest surtout, fermiers et métayers sont habitués à travailler avec les ouvriers qui les aident, et dont ils sont en quelque sorte les chefs de file. Ces sim-
pies cultivateurs ne seraient même plus dans leur rôle, s'ils étaient obligés de surveiller et de diriger le travail sans y mettre la main.
Ce qui surprit surtout les délégués de la Société des agriculteurs de France en Angleterre, lors du concours international agricole, c'est la dissemblance entre une ferme anglaise et une ferme française.
Autour d'une ferme anglaise, on ne rencontre que peu ou point de granges ; les bâtiments destinés aux bestiaux ne portent point de greniers dans leur partie supérieure, et donnent en général dans une cour ; l'écurie seule est fermée.
En dehors des bâtiments d'exploitation règne une longue ceinture de meules soit de foin, soit de blé, soit d'avoine. Ces meules ont été faites à l'abri de tentes vertes, hissées sur des poteaux lors de la moisson. Lorsque le battage a eu lieu, et si la paille est consommée, des supports en permanence attendent les meules futures.
A côté de ces cours, et communiquant avec elles par une issue souvent dérobée, adossés parfois à un bouquet de bois, l'habitation du fermier, quelquefois grande, mais le plus souvent unissant la modestie àja propreté et à l'élégance. Autour de cette maison encadrée de verdure, un jardin orné de fleurs charmantes, presque toujours muni d'une serre, un tapis de verdure, souvent rasé par la tondeuse, des allées sablées et fermées par une barrière gracieuse que le fermier, revenant à cheval de visiter ses prairies et ses champs, franchit souvent avec la même aisance qu'un cavalier rentrant de la chasse au renard. Et ce spectacle, qui pour des yeux habitués à nos fermes françaises, pourrait sembler un tableau de fantaisie, se répète à peu près partout en Angleterre, ajoute M. Marc de Haut; ce que nous pouvons confirmer nous-même.
Une différence si tranchée repose sur une différence de climat et de culture. La base de la culture anglaise est le bétail; environ trois quarts des terres sont consacrées à sa nourriture, et la culture a pour point de départ le pâturage.
Mais en peut-il être ainsi dans l'ouest de la France, la Bretagne notamment, oii la stabulation, pour les animaux, paraît devoir rester toujours une nécessité du climat ! On a parfois tenté l'élevage en plein air, à Grignon même, du temps de M. Bella fils ; mais les variations incessantes de la température d'un climat où, sans transition, des vents froids et secs succèdent à une atmosphère chaude et humide, ruinèrent la constitution des animaux et ramenèrent au régime de la stabulation. La solidarité du bétail et des récoltes de toute sorte devient pourtant de jour en jour plus évidente, ainsi que la nécessité des cultures intensives sur les sols mieux labourés et mieux fumés. D'ailleurs la culture des céréales reste encore en France la base de l'exploitation du sol, et on peut compter que les trois quarts au moins de son étendue restent consacrés à la production de diverses céréales et à des cultures sarclées, dans le but d'entretenir les animaux à l'étable, et que le dernier quart peut être attribué aux prairies permanentes dont l'entrée n'est permise aux animaux qu'après la récolte du foin et pendant un temps où ils ne sont envoyés aux champs que pour remédier aux inconvénients incontestables de la stabulation.
Dans ces conditions, une ferme moyenne doit comprendre la réunion suivante : habitation pour l'exploitant, fermier ou métayer; logement pour les animaux de travail et de vente, abri pour les récoltes et pour
AMÉLIORATION t)ES BATIMENTS RURAUX EN BRETAGNE. 137
les instruments et, selon nous, une exploitation de 25 à 30 hectares en Bretagne, notamment, comporte déjà, comme une plus étendue, ces quatre sortes de besoins.
Disons d'abord que l'élevage des animaux de l'espèce bovine et la fabrication du beurre se rencontrent parfois avec un certain succès dans diverses exploitations. Mais, en général, une vacherie bien choisie, dirigée dans le sens de la production du beurre avec annexe d'une porcherie, est ce qui donne, dans certains départements de la Normandie et de la Bretagne, le profit le plus certain, tout en permettant d'entretenir un bétail assez nombreux pour produire les engrais de restitution, c'est-à-dire, suivant la théorie, les engrais nécessaires au remplacement dans le sol des principes épuisés par les récoltes, et ajoutons que la fabrication du beurre seul est moins épuisante que celle du fromage.
Les bâtiments nécessaires pour une exploitation de 25 hectares, comportent dans l'ouest et en Bretagne notamment :
1° Habitation pour le fermier et sa famille, avec cellier et laiterie d'un côté; boulangerie et fourneau pour lessive et préparation des aliments pour les porcs de l'autre;
T Logement des animaux de travail, c'est-à-dire écurie pour le nombre de chevaux ou de bœufs même, proportionné aux besoins de la ferme, avec grange et greniers suffisants pour loger la plus grande partie des céréales, froment et orge, et une machine à battre
3° Une vacherie ;
4° Une porcherie.
{La suite prochainement). A. de la Morvonnais.
Le Journal de V ag riculiure a publié dans ses numéros des 20 et 27 mai et 3 juin dernier (tome II de 1882, pages 299, 340 et 377), la description détaillée du système inventé et préconisé en Angleterre par M. Neilson, pour la dessiccation des fourrages et des céréales mis en meules par les temps humides. Cette méthode a trouvé de nombreux partisans, et plusieurs agriculteurs français ont pensé qu'il y aurait utilité à en faire usage pour préserver leurs fourrages contre l'action de l'humidité.
Sans revenir sur la description qui a été faite ici, nous rappellerons seulement que M. Neilson conseille de mettre en meules le fourrage à demi-fané. Après la coupe, on dissémine les andains sur le sol, sans trop secouer le fourrage. Aussitôt que celui-ci est suffisamment flétri, il faut râteler en lignes, puis mettre en gros menions où le foin, garanti contre la pluie, continue à se faner sans perdre sa couleur. On le transporte alors à la meule où le fanage se termine d'une façon bien plus sûre que si l'on veut emmeuler trop tôt, et l'on doit ventiler beaucoup moins longtemps.
En construisant la meule, on ménage au centre un espace vide. Pour cela, on se sert d'un sac bourré de paille qu'on soulève à mesure que la meule croît en hauteur, ou bien encore, on dispose quatre perches reliées par quelques lattes en bois et qui, restant à demeure dans la meule, donnent toute garantie que le vide ne s'obstruera pas par le tassement du fourrage. Cette sorte de cheminée ou chambre à air, qui
a 60 centimères environ de largeur, communique avec un ventilateur ou plutôt aspirateur par un conduit formé au moyen de quatre planches clouées. Deux tubes, placés à des hauteurs différentes et s'arrêtant à quelque distance de la chambre à air, sont destinés à recevoir chacun un thermomètre, au moyen duquel on s'assure de temps à autre de la température de la meule. Ce thermomètre est fixé à une longue perche qui permet de le pousser jusqu'au bout du tube. L'orifice extérieur de ce tube doit pouvoir être fermé au moyen d'une planchette, car autrement l'air pénétrerait par ce trou, plutôt que de traverser le fourrage. L'aspirateur présente des dispositions variables, suivant les constructeurs; le plus souvent, il est construit sur le modèle des ventilateurs de tarares, à cela près qu'il n'y a qu'une seule ouverture
Fig. 12. — Dessiccation des meules par le système Neilson.
centrale pour l'aspiration, et que cette ouverture, au lieu d'être ouverte à l'air libre, est raccordée avec un tuyau d'aspiration. Le ventilateur est mis en mouvement, soit par une machine à vapeur, un moteur hydraulique ou un manège, soit à bras d'hommes, et la plus grande vitesse nécessaire est obtenue au moyen de poulies ou d'engrenages. Dans la fig. 12, nous avons fait réunir un ensemble des méthodes employées pour l'application du système Neilson. On voit des aspirateurs mus par un seul ouvrier, par deux ouvriers, par un manège à cheval, enfin par une machine à vapeur. Sur la gauche du dessin, on voit une installation fixe d'une machine à vapeur et d'un grand aspirateur, lequel agit, à l'aide d'un tuyau unique, sur toute une rangée de meules.
Au concours ouvert par la Société royale d'Angleterre, à Reading, en juillet 1882, des essais spéciaux ont été faits sur la méthode la plus efficace et la plus économique de sécher artificiellement les récol-
tes de céréales ou de fourrages, soit avant, soit après la mise en meules. Six constructeurs d'appareils établis d'après le système Neilson se sont présentés à ces essais, et concurremment on a pu examiner le système Gibbs. Les essais ont été faits dans des conditions extraordinairement défavorables ; la pluie n'a pas cessé depuis le jour de la coupe des fourrages jusqu'à celui de la mise en meules. Dans ces conditions, les appareils présentés n'ont pas donné de résultats complètement satisfaisants, quoiqu'ils aient fonctionné pendant longtemps. Le dernier volume du Journal de la Sociélé royale d'agriculture d'Angleterre renferme, sur les expériences, des détails complets ; nous ne pouvons les reproduire ici. INous devons dire seulement que le jury a décidé qu'il n'y avait pas lieu de décerner le prix proposé.
Henry Sagnier.
41 . Longueur des membres. Il s'agit, comme on peut facilement le comprendre, de la partie inférieure qui est en dehors du tronc. Cette partie est en proportion avec la longueur de la tête et du cou. Les membres trop longs se fatiguent, et les animaux ne se nourrissent pas bien.
Il n'y a pas de règle physiologique précise quant à la longueur des membres. Cependant l'articulation du bras avec l'avant-bras devrait se trouver à peu près à mi-hauteur entre le garrot et la terre.
42. V avant-bras doit être bien musclé. Un avant-bras grêle est un signe d'affaiblissement.
43. Le genou doit être sec et flexible; un genou trop volumineux, raide et difforme, plus gros dans une partie que dans l'autre, à peau calleuse, est une indication de mauvaise circulation, même quand cela paraît accidentel et qu'on l'attribue au terrain de l'écurie.
44. Le canon ne doit pas être trop épais ni trop long. Les os grossiers, massifs, ne sont pas un signe de force; ils sont plutôt spongieux, formés de gélatine et non de calcaire.
45. Le paturon et le boulet, massifs et empâtés, indiquent aussi un tempérament trop lym]>hatique avec une circulation paresseuse.
46. La jambe commence au grasset et se dirige en arrière vers le jarret. Cette partie doit, comme l'avant-bras, conserver une bonne musculature; une jambe amaigrie ne signifie pas, pour nous, absence de force pour le travail, mais que l'animal ne se nourrit pas assez, que la lactation attire la nourriture destinée aux autres parties.
47. Jarret. C'est l'articulation qui correspond au talon de l'homme : il doit être large et sec, c'est un signe de force. Le jarret est quelquefois trop droit, trop peu coudé chez les taureaux qui ont été employés d'une manière prématurée, et qui se sont fatigués.
Lorsque le train de derrière est plus haut que celui de devant, les vaches ont en général les jarrets très coudés, et ce défaut qui, par luimême, n'a pas l'air d'être important, indique pourtant une construction vicieuse du membre entier.
48. Sabots. La coloration de la corne est en rapport avec la couleur de la peau. En général, une corne foncée est plus dure qu'une corne claire.
Mais il faut surtout avoir égard à l'égalité des onglons qui donnent
un bon appui, à la hauteur des talons, et à la pince qui ne doit pas être trop longue.
Pour un reproducteur, la symétrie des onglons est surtout à rechercher, parce que les bœufs mal chaussés marchent mal et se fatiguent plus facilement.
49. Aplombs antérieurs. On appelle aplombs la bonne direction des membres. Quand on se met en face de l'animal, si l'on tire fictivement une verticale depuis le milieu de l'avant-bras, cette verticale doit partager le genou, le boulet et le pied en parties égales. Si le genou, ou le pied, s'écarte de cette ligne, cela indique des genoux cambrés, des pieds cagneux ou des pieds panards, et c'est une défectuosité qui est fréquemment héréditaire. Si l'on se met au côté de l'animal et qu'on tire une ligne depuis le milieu de l'articulation du coude, cette verticale doit tomber un peu en arrière du sabot, en partageant le genou en deux portions à peu près égales; une déviation du membre indique un état de souffrance.
50. Aplombs postérieurs. Si l'on se place en arrière de l'animal et qu'on abaisse une verticale depuis la pointe de fesse, elle doit descendre sur la pointe du jarret et suivre le tendon jusqu'au bas du canon. Cette ligne d'aplomb fait voir aussitôt si les jarrets sont en dehors (jarrets ouverts) ou trop serrés (jarrets clos) ou bien si le jarret est trop droit ou trop coudé.
51 . Pis étendu. La mamelle étant l'une des parties les plus importantes, il ne faut pas s'étonner si nous indiquons une étude minutieuse de cet organe.
Le pis doit être étendu en avant, sous le ventre. Quand une génisse n'a pas encore de lait, on doit s'assurer que la mamelle est étendue.
52. Fis régulier. Les quatre quartiers doivent être souples et également espacés. Bien que certaines mamelles irrégulières soient bonnes pour le lait, il ne faut pourtant pas s'y tromper pour ce qui concerne les reproducteurs, parce que la forme défectueuse peut se transmettre.
Les testicules^ chez le taureau, ne doivent pas être trop pendants, ils doivent être réguliers, quoique ordinairement l'un des deux soit plus descendu que l'autre. Quelques taureaux ont des tumeurs plus ou moins molles, soit sur le cordon, soit dans la partie inférieure (hydrocèles, etc.).
53. Trayons, au nombre de quatre, parfois de six; ce dernier chiffre est un indice de perfectionnement. Les trayons doivent être assez longs pour permettre l'action de la main de l'homme pour lamulsion.
La souplesse du trayon et l'intégrité de la peau sont nécessaires ; des nodosités le long du canal et des verrues sont un mauvais symptôme. Les verrues peuvent être héréditaires.
Le fourreau ne doit pas être trop pendant. Il en résulte pendant les chaleurs et les gros travaux une irritation maladive et même des ulcérations, et ce défaut est loin d'être superficiel. Un fourreau pendant indique en outre de l'atonie dans les tissus en général.
54. Poils duveteux du pis. Ils se trouvent sur une peau souple et ce caractère se lie avec un lait riche. Les poils longs, secs et rares, indiquent une lactation peu substantielle.
55. Le son est cette poussière fine qui s'attache aux doigts quand on frotte la mamelle et le périnée (le cra); c'est l'indication d'un lait crémeux.
56. La teinte indienne, expression adoptée par Guenon pour désigner une coloration rousse légèrement orangée qui se voit soit à la mamelle, soit à la partie intérieure des oreilles, autour des yeux, à la vulve, et qui indique un lait de bonne qualité. La lettre (T) indique que cette qualité doit se rechercher aussi chez le taureau.
Certains propriétaires qui vendent leur lait ne s'inquiètent guère de la qualité; mais quand il s'agit de l'amélioration de la race, on ne peut guère songer à pousser l'amélioration dans le sens de la production d'un lait aqueux.
57. Ecusson régulier. Il y a cinquante ans environ qu'un marchand de bestiaux du midi de la France, Guéjion, a reconnu la possibilité d'apprécier la lactation d'après la forme de ïécusson, c'est-à-dire d'après la figure que produit, sur la peau de la mamelle et du périnée, le poil qui va en remontant au lieu de se diriger vers le bas. Cet écusson peut être irrégulier de deux façons : 1° Si la figure est plus étendue d'un côté que de l'autre ; c'est ce qui a lieu quand un côté de la mamelle est plus développé que l'autre.
2° Quand l'écusson est interrompu, une partie se trouvant à la mamelle et l'autre près de la vulve, et ces deux parties ayant entre elles du poil dirigé vers le bas. Cette interruption indique une lactation de durée courte, une vache qui se met à goutte d'autant plus hâtivement que l'écusson de la vulve ou épi se trouve plus étendu.
Quand il y sur la mamelle elle-même des épis, avec le poil descendant au milieu du poil remontant. Guenon les indique comme étant la marque des meilleures laitières.
58. Ecusson étendu. Guenon avait divisé les vaches en un grand nombre de catégories, d'après la forme de l'écusson, attribuant à chaque forme une certaine quantité de lait. C'est très compliqué, sans une exactitude bien sérieuse. Mais il n'est pas moins vrai que si l'écusson mammaire est étendu, soit en haut vers la vulve, soit sur les fesses, on peut s'attendre à une abondante lactation.
Nous avons indiqué l'écusson comme pouvant se rencontrer chez le taureau ; c'est ce qui se voit dans les mâles des races très laitières, et quoique l'écusson du taureau soit loin d'être aussi grand que chez les femelles, c'est une marque héréditaire qu'il ne faut pas dédaigner.
59. Veines du lait. On appelle ainsi des veines qui partent de la mamelle et vont en serpentant jusqu'à une ouverture au bas du thorax, appelée porte du lait. Quelquefois ces veines sont doubles de chaque côté, ainsi que l'ouverture du thorax. Plus les veines et leurs ouvertures sont grandes, plus on peut s'attendre à une forte lactation. Ces veines n'apportent pas le sang à la mamelle ; mais plus il sort de sang du pis par les veines, plus il en est entré par les artères.
60. Périnée, entrefesses, etc. Cette partie doit être garnie. Les vaches fendues ne sont guère laitières. Sur les fortes laitières on voit au périnée des vaisseaux sanguins qui serpentent sous la peau.
Il importe d'examiner si la vulve s'enfonce horizontalement sous la queue, comme cela se rencontre chez les vaches épuisées : ce défaut gêne la saillie. Le renversement du vagin (vaches qui montrent) ne peut pas toujours se reconnaître; mais quand il est constaté, il vaut mieux éviter d'utiliser les vaches comme reproductrices.
L'appréciation de chaque partie étant faite, on additionnera, à part, chaque groupe de dix chiffres dans la colonne de droite, et l'addition
générale en sera simplifiée. En même temps on pourra se rendre compte de la région qui sera en souffrance.
Les autres rubriques demandent aussi quelques explications particulières. Il sera facile, exactement ou approximativement, d'indiquer le nombre de litres fourni par une vache, quelle que soit Tépoque de l'examen du corps de l'animal. On devra, pour ce qui concerne le lait, adopter une époque invariable d'appréciation de la quantité de lait.
La durée de la lactation devra se rapporter à l'année adoptée. Je suppose qu'un propriétaire adopte le 25 mars, ou le 11 novembre, ou le l*"" janvier, peu importe : si depuis un terme à l'autre la vache n'a pas du tout été à goutte, il indiquera 365 jours ou 52 semaines ; si la vache a été tarie douze semaines, par exemple, il indiquera une durée de lactation de 40 semaines. Au point de vue de la sélection, ceci a beaucoup d'importance, afin qu'on puisse constater, en faveur des élèves, quelle a été la qualité laitière des mères.
Le poids et la taille ont moins d'importance, mais il vaut la peine de constater si l'on est en progès. Le poids des animaux dans une ferme doit servir à déterminer les rations. Il est aussi très intéressant de savoir quel est le poids total des animaux d'une ferme ; c'est plus utile que de savoir leur nombre : six vaches maigres ne valent pas cinq grasses. — La mesure de sangle est nécessaire à constater ; elle peut varier sur un même animal, et s'il y a rétrécissement de la poitrine, c'est l'indication d'une dégénérescence.
La longueur prise depuis la pointe de lépaule à la pointe de fesse peut aussi servir de terme de comparaison pour constater si les animaux croissent ou décroissent comme race. On a proposé de calculer le poids des bœufs ou vaches d'après les mesures de longueur et de sangle, et l'on a établi des tables et des formules pour trouver ce poids. Mais il faut se souvenir que ces chitïres ne sont réels que si les animaux sont bien conformés. On peut toutefois essayer de calculer d'après la formule suivante : 88 L ^ ; c'est-à-dire multiplier le tour de sangle par lui-même. Je suppose qu'il ait 1 .80 : élevé au carré, il vous donne 3.24, que vous multipliez par la longueur du corps, soit, par exemple, 1.50; le produit est 4,86 que vous multipliez à son tour par 88, et vous obtenez 427 qui est approximativement, en kilog., le poids de votre bête si elle est bien conformée. C'est la formule du colonel Lagrange.
La date de la saillie sera inscrite, et si la vache demande à être conduite plusieurs fois, on inscrira au bas de la page les saillies supplémentaires dans l'année, ce qui est bon à noter. On indiquera le nom du taureau^ ou son numéro s'il est à la ferme. — Pour les taureaux, il faut indiquer aussi le nombre des saillies.
La date de la mise bas nous permet de calculer la durée de la gestation, et ce dernier chiffre est utile parce que l'on prétend (il faudrait le vérifier) que plus une race s'améliore, plus elle devient précoce, même au sein de la mère.
Le poids des veaux peu après la naissance, puis 1 5 jours après, nous permettra de constater ce qu'il en est d'un animal. Il y en a qui naissent gros, mangent beaucoup et ne profitent pas. D'autres au contraire naissent petits, mais mangent bien et prospèrent bien; c'est la bonne espèce à conserver, et ceci est encore une expérience à faire, mais on ne pourra la faire sérieusement qu'avec des chiffres. S. Bieler.
SUR L'EPUISEMENT DES BETTERAVES EN SUCRE. - Il
Deuxième cas. — Qualité du jus. Prix de revient du sucre extrait de la betterave épuisée complètement.
A. Qualité du jus. — Les auteurs sont très partagés sur la question d savoir à quel point on doit pousser l'épuisement au point de vue de l'économie du sucre extractible. Les uns (voir le travail de M. Durin, présenté au Comité central le 30 janvier 1879) trouvent que le jus est d'autant plus pur tanl au point de vue général qu'au point de vue salin, qu'on épuise davantage la betterave; ils arrivent même à conclure que la pulpe a la propriété d'absorber et de retenir les sels, et tandis qu'on ne pourrait l'épuiser entièrement des sels, on pourrait extraire par lavage tout le sucre qui y est contenu. M. Durin confirme ces conclusions dans ses recherches en s'appuyant su les expériences de M. Champonnois qui furent présentées en mai 1868 à la Société d'encouragement et qui consistaient à épurer les mélasses épuisées et à les rendre cristalli sables en les faisant rentrer dans le pressoir immédiatement après l'action de la râpe, la pulpe absorbant les sels de la mélasse.
Les autres sont d'un avis contraire, et le même bulletin du Comité central que je viens de citer contient un travail de M. Barbet qui conclut que la qualité des jus décroît à mesure qu'avance l'épuisement.
Oii est la vérité ?
L'ensemble, de nos expériences tend à démontrer que la qualité des jus va en diminuant si l'on accepte les chiffres tels qu'ils sont obtenus au laboratoire sans aucunes corrections. Voici des résultats représentant la marche ordinairement constatée des variations de qualité des jus.
La betterave contenant du jus à 0.754 de pureté et à 11.05 de coefficient salin donne par diffusion, du jus pris dans le diffuseur n* 1 et allant à la carbonatation à un degré de pureté de 0.760 et un coefficient salin de 10.20, soit donc du jus plus salin que le jus de la betterave mais moins chargé de matières et dérivés organiques.
Les variations du degré de pureté et du coefficient salin sont pour les autres diffuseurs :
Diffuseur n°
de pureté, etc.
de coefficient salin,
J'ai eu deux fois occasion de rencontrer des chiffres anormaux et contradictoires, et pour ne citer qu'un exemple, je prendrai le cas spécial, que j'ai eu à étudier en 1880, chez MM. Fontaine, André, Bazin, à Fismes. Tandis que dans leur autres usines, notamment celles de Faucoury et de Missy, on constatait une augmentation de pureté dans le jus de diffusion et un abaissement de coefficient salin par rapport au jus de pression, on trouvait à Fismes des résultats inverses et dont voici la moyenne :
Dans la betterave 0-752 de pureté 9.16 de coefficient salin.
Dans le jus pris au bac | a 71g 9 gj
mesureur (
Dans le diffuseur n»' 1 0.718 — 10.05 —
Il ne m'a pas été possible de trouver l'explication de ces phénomènes que je n'ai pas rencontrés depuis 1880.
Faut-il attribuer ces résultats à l'excessive mauvaise qualité de la betterave qui se serait altérée dans le diffuseur? je ne sais; c'est une anomalie que nous écarterons, si vous le voulez bien, et nous prendrons comme conclusion, que les jus de diffusion ont un degré de pureté bien plus élevé que celui du jus et un coefficient salin plus bas.
D'oii vient cet excès de sels, c'est-à-dire à quoi faut-il attribuer l'abaissement du coefficient salin des jus de diffusion?
On a parlé d'altération : le sucre se détruisant, les sels restant intacts, les rapports changent et le coefficient s'abaisse; je n'ai jamais pu constater l'exactitude de cette assertion etje pense qu'il convient bien plutôt de s'en prendre à la qualité de l'eau qui, telle qu'elle nous est fournie par la nature, contient toujours des sels. En effet prenons comme base de calcul la proportion moyennne de 500 grammes de sels par mètre cube, ce n'est pas exagéré, certaines eaux en contiennent 0\800.
La diffusion demande 1 25 p. 1 00 d'eau ' qui est mise en contact immédiat avec le jus, on aura par 100 kilog. de betteraves contenant par exemple 10 kilog. de sucre et 0''.900 de sels, c'est-à-dire un coefficient salin de 11 .1 1 , un apport de 0.01 2.5 de sels dus à l'eau, soit un coefficient salin de 10.39, pour les jus de diffusion contenant les sels de l'eau. La majeure partie de ces sels est constituée par de la chaux combinée à l'acide carbonique et c'est à la présence de celte base déféquante surtout à une haute température quil faut attribuer en partie l'élévation qu'on constate dans les degrés de pureté du jus fort de diffusion par rapport au jus obtenu par râpage et pression sans addition d'eau.
La nature de l'eau joue un grand rôle, et c'est parce qu'on a omis jusqu'à ce jour d'en tenir compte, qu'on constate tant de divergence dans les opinions des auteurs.
La présence des sels contenus dans l'eau explique aussi l'abaissement si considérable du coefficient salin et même du degré de pureté qu'on constate dans les diffuseurs de queue où l'épuisement est plus grand.
En bonne marche et pour le cas d'une batterie de 12 diffuseurs dont 11 sont en travail, on constate en moyenne que dans le diffuseur n° 9, le jus pèse 0.2 et ne contient pas de sucre, et 0.080 de sel par hectolitre, c'est-à-dire qu'il est au coefficient salin de 4, mais si on déduit la quantité de sels afférents à l'eau employée pour le travail, soit 0''.50 par hectolitre, on voit de suite que le coefficient salin est relevé à 10, c'est-à-dire est sensiblement égal au coefficient du jus de tête. L'augmentation saline serait donc nulle avec de l'eau distillée, et c'est pour cela que j'ai toujours recommandé d'utiliser l'excédent des eaux de retour à la diffusion.
Dans ces basses densités, la nature de l'eau influence d'une façon appréciable les saccharimètres, instrument très sensible, et diminuent ainsi le coefficient de pureté.
1. Le travail pour diffusion exige au total environ 24.5 litres d'eau par 100 kilog. de betteraves, mais 92 litres se substituent au jus dans les cellules; 33 servent à diluer le jus qu'on retire à une densité inférieure à celle du jus pur contenu primitivement dans les cellules; 125 litres d'eau intimement mélangés au jus qui apportent leur contingent de sels; 120 litres d'eau dans le diffuseur qui sont expulsés avec la cossette épuisée et les lavages : les sels contenus dans cette proportion d'eau ne sont pas mélangés au jus puisqu'elle n'est pas mise en contact avec le jus et qu'elle ne sert qu'à chasser le jus d'un diffuseur à l'autre par voie de déplacement.
On constate les mêmes phénomènes en travail par presses continues quand on étudie les petit jus.
En résumé, on peut épuiser à fond, au point de vue de l'extraction du sucre industriel, le dernier jus à la composition du premier jus extrait; étant entendu que cet épuisement extrême sera obtenu rapidement, sans altération par suite de lenteurs de macération, comme cela peut se produire dans certains cas vicieux, étant entendu aussi qu'on se servira d'eau pure et notamment de l'eau distillée provenant des retours qu'on a en abondance en sucrerie, comme j'essaierai de le démontrer ailleurs.
Mais s'il n'y a pas d'inconvénient, au point de vue de la qualité des jus, à pousser l'épuisement à fond, y a-t-il économie; c'est-à-dire les frais nécessités par l'augmentation de matériel pour retirer les dernières particules de sucre, seront-ils couverts par l'excédent de la production du sucre ?
C'est ce qui me reste à examiner pour terminer.
B. Prioff de revient du sucre. — Le prix de revient variera, suivant chaque cas, en raison des frais de main-d'œuvre d'extraction et de dépense nécessaire pour monter les appareils d'épuisement.
Pour limiter la question, je n'étudierai que les deux cas les plus répandus actuellement, savoir : épuisement par presses continues ; épuisement par diffusion; et je supposerai dans les deux cas qu'on fasse du jus à une densité uniforme de 4"; les petits jus, en nombre plus ou moins considérables, rentrant dans le travail et s'enrichissant successivement jusqu'à ce degré de 104. Nous n'avons donc pas à nous préoccuper, comme on pourrait le supposer, de l'affaiblissement du jus que produirait un épuisement complet.
De même en diffusion on fait le jus à la densité qu'on veut.
En travaillant 200,000 kilog. de betteraves à 10 pour 100 de sucre par jour avec des presses continues, il faut en première pression un matériel neuf composé de :
francs.
5 presses coûtant 25,000 \
1 pompe et tamiseur de pression 4 , 600 /
1 tamiseur 900 > 33,800 fr.
1 cloche à air régulatrice de pression 900 \
Vis sans fin, tuyauterie, pose, etc 2,500 ) -
On retire en jus 84 pour 100 de sucre de la betterave et on perd 16 pour 100.
En seconde pression il faut :
4 presses 20 ,000 1
Pompe, tamiseur, clociie, vis et le monlage comme [ 28,800 fr.
ci-dessus , 8 ,800 )
On retire 91 pour 100 de sucre de la betterave et on ne perd plus que 9 pour 100.
En troisième pression il faut faire une dépense égale à celle de la deuxième, soit 28,800 francs, et on retire 95 pour 100 de sucre de la betterave, ce qui réduit la perte à 5 pour 100.
La question de savoir s'il y a avantage à travailler avec deux pressions, a été jugée il y longtemps et pour de la betterave contenant 10 pour 100 de sucre, il n'y a de doute pour personne à l'heure actuelle, du moins je le pense et les calculs suivants le prouveront. Nous n'avons donc à examiner que l'utilité de la troisième pression; ce qui ressemble au cas de la deuxième pression avec des betteraves
146 SUR L'ÉfUrSEMENT DES BETTERA.VES EN SUCRE.
pauvres, c'est-à-dire l'utilité d'une repression quand la pulpe est arrivée à ne retenir que 0''.900 de sucre par 1 00 kilog. de betteraves travaillées.
Une différence d'extraction de 0'.400 de sucre en jus ramené à 104 degrés donne environ 5 litres de jus par 100 kilog. de betteraves travaillées ou pour 20 millions de kilog. 10,000 hectolitres de jus par an qui pourront rendre
fr&ncs 10,000 X. 5". 2 = 52,000 kilog. de sucre à 60 fr. 31 ,200
10,000 X 3^7 = 37,000 kilog. de mélasse à 32 fr. 4,440
D'où il faut déduire 0 fr. 642 par hectol. pour frais de main-d'œuvre, d'extraction, de travail du jus, chaux, coke, charbon, huile, turbinage, etc., soit : 34,640 —6,420 = 29,220 francs.
Or la dépense supplémentaire a été de 28,800 fr. soit en chiffre rond pour intérêts amortissement et entretien 3,000 fr. par an, d'où il résulte qu'une troisième pression donne un gain de 26,220 francs soit 1 fr. 311 par 1,000 kilog. de betteraves.
Dans le cas du travail par diffusion la dépense de matériel est moins considérable et pour arriver à un épuisement de 0.5 par 100 kilog. de betteraves au lieu de 0.9, il faut compter l'adjonction de 3 diffuseurs, 3 calorisateurs avec armatures et planchers soit un intérêt, amortissement et entretien d'environ 800 francs par an, ce qui laisse un bénéfice de 20,420 francs.
L'épuisement n'est donc limité ni par le prix de revient ni par défaut de qualité du jus ou de la pulpe et il est à désirer que toutes les usines se montent en vue d'épuiser fortement.
Une troisième pression rectifiera ce qu'il pourra y avoir de défectueux dans la première ou la deuxième, et comme on opérera dans ce cas sur des pulpes plus chargées de sucre que celles que nous avons pris comme type, elle sera encore avantageuse.
La troisième pression assure donc Tépuisement et donne la sécurité à l'industriel et à ce point de vue aussi elle doit être conseillée.
A. Vivien.