‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 101 sur 691 · PRÉPARATION DES GREFFES · texte numérisé non relu

PRÉPARATION DES GREFFES

La reconstitution des vignes au moyen des greffes élevées en pépinière a pris une très grande extension dans un certain nombre de régions viticoles, notamment dans celle de l'Est; c'est, en effet, une méthode excellente pour obtenir des vignes bien régulières, puisque les pieds ne sont mis en place qu'après avoir été complètement constitués. Mais l'enlèvement des pieds et leur plantation à demeure provoquent des déchets qui sont parfois assez considérables; c'est pour les éviter que M. Landa, proriétaire à Chalon-sur-Saône (Saône-et- Loire), a imaginé un système d'élevage des greffes sur lequel il a fait récemment des conférences à la Société d'agriculture de Chalon et à la Société régionale de viticulture de Lyon, et dont la valeur est consacrée désormais par la pratique d'un certain nombre de viticulteurs.

Le système de M. Landa consiste dans l'élevage des jeunes greffes dans des tubes coniques placés côte à côte en pépinière. Ces tubes (fig. 13 et 14) sont en terre cuite, épaisse de 4 millimètres; ils sont hauts de 25 centimètres, leur diamètre est de 6 centimètres en haut et de 12 en bas; ils sont percés en bas de quatre petits trous dans lesquels on peut passer de minces fils de fer. Pour les remplir de terre, on les dresse sur le petit bout, on les remplit de bonne terre, et on garnit le gros bout d'une rondelle de papier goudronné qu'on maintient avec du fil de fer, puis on retourne le tube qui est prêt à être mis en place. Pour préparer la pépinière, on choisit un emplacement bien sain, exposé au midi, bien éclairé, en terre meuble ou même un peu sablonneuse. On y creuse une tranchée de 25 centimètres de profondeur dont le fond sera bien nivelé avec la pelle ou avec une batte ; la largeur aura 60, 72, 84 centimètres, selon qu'on voudra y mettre 5, 6 ou 7 rangs de tubes. On apporte alors les tubes que l'on place en rangs, près à près, et bien d'aplomb, jusqu'au bout de la fosse; on établit le second rang, le troisième, etc., jusqu'à ce que la fosse soit

RECONSTITUTION DES VIGNES

remplie (70 à 80 tubes occupent un mètre carré) ; ceci fait, on remblaye la fosse avec la terre que l'on a enlevée, en prenant garde de ne pas remplir les tubes. Les fig. 1 5 à 1 7 montrent une plate-bande en perspective et vue en dessus après cette dernière opération.

La pépinière étant ainsi préparée et les boutures étant greffées

Fig. 13. — Tube conique Fig. 14. — Tube muni d« M. Landa. de sa rondelle.

Fig. lo. — Tranchée dans la pépinière.

(greffe-bouture à l'anglaise), on plante une bouture au milieu de chaque tube, avec un plantoir, et on donne les soins ordinaires de sarclage et d'arrosage^ s'il est nécessaire. Au bout de trois mois, les

Sentier

Sentier

Fig. 16. — Mise en place des lubes coniques. Fig. 17. — Vue d'une plate-bande en dessus.

pousses se sont développées (fig. 18 et 19) et on constate la soudure et la reprise de l'immense majorité des greffes. Cette réussite est due aux causes suvantes : 1" le terrain de chaque godet est de bonne nature, puisqu'il a été préparé par le vigneron, qui a pu le fertiliser,

Fig. 18 et 19. — Tubes renfermant la greffe développée.

le nettoyer, le rendre fort ou léger à son gré ; 2° aucun dérangement de la greffe n'est possible, aucun ravage ne peut avoir lieu, piusque le papier goudronné du fond repousse tous les vers, insectes ou parasites qui tenteraient de pénétrer par en bas ; S" chaque groupe ed

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racines étant isolé, ne gêne pas ses voisins, et n'est ni aFamé ni contrarié par les mauvaises herbes,

On peut dès lors procéder à la plantation à demeure des plants greffés, A cet effet, on pratique devant la plate-bande un petit fossé pour mettre à découvert le premier rang de tubes. On enlève ceux-ci et on les dépose debout ou inclinés sur le véhicule qui doit les conduire à la vigne ; on ne court aucun risque que le plant se dépote, avant l'enlèvement des fds de fer. Les emplacements ayant été marqués, un ouvrier creuse un trou d'une profondeur de 25 centimètres, et jette au fond, si c'est nécessaire, une pelletée de terre fertile; un second ouvrier, ou une femme, présente le tube à sa place, à moitié couché, arrache les deux fils de fer, redresse le tube avec précaution pour faire descendre la motte de terre; si celle-ci résiste, on frappe le bord sur une pierre ou un morceau de bois et on commence à dégainer le tube; au fur et à mesure, on remblaye jusqu'aux trois quarts,

Fig. 20. — Opérations de la plantation à demeure.

et l'on finit d'enlever le tube ; on effrite le haut de la motte jusqu'à la greffe, pour s'assurer qu'elle est bien soudée, on coupe les racines du greffon, s'il y en a, on finit de remblayer et on appuie doucement la terre tout autour avec le pied. Pendant ce temps, l'ouvrier a creusé un nouveau trou, et l'on continue. La fig. 20 montre les diverses phases de cette opération.

Ainsi, des boutures greffées en mars ou avril, seront plantées à demeure en juillet, sans que leurs racines aient été froissées en quoi que ce soit, et elles continueront à se développer vigoureusement dans d'excellentes conditions. On obtient donc, dès l'année du greffage, un plant constitué définitivement et, on élimine immédiatement les plants qui auront manqué, et qui sont généralement en très petit nombre. La reprise précoce et la reconstitution rapides sont ainsi assurées. On pourrait reprocher au procédé d'être coûteux, puisque les tubes coniques de M. Landa coûtent 15 fr. le cent et 100 fr. le mille; mais cette objection disparait devant le résultat acquis, au point de vue de la précocité, et devant ce fait que les tubes peuvent servir indéfiniment. On peut d'ailleurs les employer pour toutes les plantes qu'on sème d'abord en pépinière et qu'on soumet ensuite au repiquage, comme pour les cultures sous châssis.

Au point de vue pratique, une vingtaine de viticulteurs qui ont employé les tubes coniques en 1892 ont été unanimes à reconnaître les bons résultats obtenus, sous tous les rapports, soudure des greffes et vigueur de la végétation après la plantation à demeure. Ces conclusions appellent l'attention de tous ceux qui se préoccupent de marcher rapidement dans les opérations matérielles de la reconstitution de leurs vignes. G. Gaudot.

Bulletin du i" trimestre de 1892. — II.

Horticulture. — Dans le nord de la France et en Belgique les chrysanthèmes ont eu à subir les dégâts ce différents insectes. Nous avons reçu à ce sujet au laboratoire les insectes les plus divers; c'est qu'en effet aussitôt les froids arrivés, les insectes qui hivernent cherchent dans les fleurs les plus tardives un abri assuré, aussi les chrysanthèmes sont-ils envahis par un grand nombre d'insectes obligés de passer l'hiver, mais il ne faudrait pas croire que tous sont des ennemis des chrysanthèmes, beaucoup sont inoffensifs pour cette plante.

Nous avons constaté la présence des :

Lygus pratensis, Anthocoris nemoralis, Aphrophora alni^ Aphis sonchi, Lygus campestris.

M. Meulnard, secrétaire général du Cercle horticole du Nord a donné sur le ('icadia spumaria petit hémiptère sauteur, les renseignements suivants que nous publions sous toutes réserves car nous n'avons pu faire d'essai cette année sur cet insecte. «L'insecte qui attaque le chrysanthème pendant l'été en piquant les boulons avilit leur complète formation est le Ptyelus spumarius dit Cicadelle écumante ou Cicadia spumaria. Voici comment j'opère pour le combattre : je dois dire tout d'abord qu'il est difficile de le saisir, car au moment où on croit le prendre il fait un grand saut. Je ne crois pas qu'on puisse détruire l'insecte parfait avec un insecticide sans nuire à la plante; on ne saurait donc trop se préoccuper de sa destrucion, ce qui est très facile, en s'y prenant de bonne heure le matin car il subit une sorte d'engourdissement pendant la nuit et jusque vers sept heures du matin il se laisse prendre sans difficulté. Nous en avons pris cette année à différentes reprises plusieurs centaines dans une seule matinée. Cette chasse doit être faite surtout à l'approche de l'accouplement pendant le courant de septembre. Pour combattre la larve, je seringue tous les huit jours mes chrysanthèmes, avec la préparation suivante. Je dissous dans 25 litres d'eau 10 grammes de sulfate de cuivre et j'y ajoute de 3 à 4 litres de nicotine à 10°. J'ai, par ces soins, obtenu des chrysanthèmes indemnes de cette piqûre, j)

• — Dans l'Aveyron les cognassiers ont été attaqués par une maladie qui apparaissait sur les feuilles vers la fin d'avril. Ces organes brunissent, se désorganisent et tombent. Il se forme à leur surface une grande tache irrégulière, de couleur brune qui tranche sur le fond vert de la feuille. Cette affection est due à un petit champignon qui, d'après M. Prillieux, devra probablement être rapporté au genre Monilia et à une espèce voisine sinon identique du M. Linhardtiana rencontré en Hongrie sur les feuilles du merisier à grappe.

Apiculture. — Rien de bien neuf en apiculture dans le trimestre écoulé, pas de nouvelles découvertes, pas de nouvelles observations, mais en revanche on est heureux de voir que l'apiculture prend une extension considérable et que dans presque tous les concours agricoles qui ont eu lieu depuis trois mois cette branche de l'industrie a été représentée; plusieurs mêmes de ces expositions apicoles ont obtenu un réel succès. Les trois principales ont eu lieu le 19 septembre à Verdun, sous le patronage de la Société d'horticulture et d'arboriculture de la Meuse ; le 5 du même mois à Forcalquier comme annexe au Concours du comice de cette ville; enfin à Auch le 24 septembre comme annexe au Concours départemental annuel d'horticulture et d'arboriculture organisé avec beaucoup de tact et de goût par M.Decker-David, président de la Société d'encouragement à l'agriculture du Cers.

En Normandie la récolte a été d'une bonne moyenne, l'hivernage s'annonce bien, il y a de bonnes provisions et jusqu'à présent le froid a été à peu près nul et n'a en rien gêné les abeilles.

Au laboratoire, la récolte des différentes ruches peuplées d'abeilles indigènes ou italiennes a été assez bonne, si l'on tient compte du dérangement causé aux butineuses par le transport des ruches servant aux démonstrations dans les diverses conférences qui ont été faites et des enfumages souvent répétés et nécessaires pour faire voir aux nombreux visiteurs les abeilles au travail.

— Les chiffres suivants donneront une idée des progrès qu'à réalisés en quelques années l'apiculture en Hongrie.

En 1887 cet état possédait 54,132 ruches à cadres, 253,830 ruches fixes et la

production de miel montait à 975,900 kilog : en 1891, le nombre de ruches mobiles était monté à 107,8ti5 et, celui des ruches fixes à 356,875 tandis que la production du miel atteignait le chift're de 2,051,800 kilog. Il est bon de dire que cette augmentation considérable et la propagation de l'apiculture en Hongrie sont dues avant tout à la sollicitude du gouvernement qui a institué un enseignement systématique confié à des professeurs ambulants ayant à leur tête un inspecteur relevant directement du ministère de l'agriculture et dont chacun se partage le pays et y propage par des conférences cette science si utile et si productive.

Divers. — La fumagine. — Dans le midi de la France et en Algérie, les oliviers et les vignes ont eu à subir la fumagine; aussi ayant été plusieurs fois consulté sur cette maladie, nous croyons être utile aux cultivateurs en faisant connaître le moyen que nous avons conseillé et qui chaque fois a donné de très bons résultats.

La fumagine ne se développe que sur les arbres recouverts de miellat ou liqueur sucrée sécrétée soit par l'arbre lui-même, soit par des kermès ou pucerons; en effet ces insectes enfoncent leur suçoir dans l'écorce, absorbent la sève, mais n'absorbent pas les sucs qui sont rejetés par l'insecte sous forme de déjections qui enduisent les feuilles et attirent les fourmis et tous les insectes avides de liqueur sucrée.

Or, chaque fois qu'une spore de fumagine est déposée sur du bois contenant du sucre, la fumagine se développe. Il y a toujours dans l'air des milliers de spores qui ne demandent qu'à trouver un endroit propice pour se développer, et la meilleure preuve, c'est qu'il suffit de placer sur un arbre un peu de sucre ou de miel pour qu'un mois après on voit apparaître la fumagine, — Nous avons pu, en faisant un dessin sur une porte à l'aide d'un pinceau imprégné de miel, obtenir au bout d'un mois le même dessin en fumagine : tous les ans en été nous badigeonnons de miel des centaines d'arbres et d'arbustes pour attirer des papillons de nuit, tous les arbres ainsi traités sont atteints de fumagine, nous avions même cette année quatre ou cinq plantes de molène dont les feuilles laineuses étaient du plus beau noir, ce qui donnait à ces plantes un aspect des plus singuliers.

Donc, il n'y a pas de doutes, une matière sucrée placée sur un végétal soit par maladie soit par la succion des kermès, retient et développe les spores de la fumagine et cette maladie est nuisible en ce qu'elle bouche les spores des feuilles et empêche la respiration des végétaux. C'est pourquoi nous avons toujours été ennemi des insecticides ou bouillies sucrées.

Le plus simple examen chimique de la fumagine nous fait voir que ce cryptogame est tout simplement formé d'une enveloppe de cellulose retenant un liquidje; il suffit de supprimer l'enveloppe de cellulose pour détruire complètement le parasite. Or la chimie possède un produit capable de dissoudre la cellulose, et ce produit c'est l'ammoniure de cuivre ou eau céleste; des traces d'ammoniure de cuivre en solution dans l'eau pulvérisée sur la fumagine la font disparaître en deux ou trois jours : lorsque l'invasion n'est pas trop avancée, l'ammoniaque seule, étendue d'eau, suffit parfaitement à détruire ce cryptogame. Mais il est bien entendu qu'il est nécessaire également de détruire les kermès lorsqu'il est reconnu que la fumagine provient de leur présence sur l'arbre atteint.

Le procédé de destruction nous montre une fois de plus, combien il faut dans tous les traitements que l'on fait subir aux végétaux s'occuper des réactions diverses qui en sont la conséquence, et ce n'est qu'en agissant scientifiquement que l'on peut opérer sûrement.

Le transformisme. — Dans un article publié il y a un an dans le Journal de l'Agriculture, nous constations que le vulgaire papillon blanc {Piéride dn chou) avait modifié sa manière de pondre et préservait ainsi ses œufs d'une destruction certaine. Ce papillon, disions nous, a su s'adapter au milieu où il vit; cette idée n'est malheureusement pas encore admise partout et pour essayer de convaincre les derniers ennemis du transformisme nous sommes heureux de leur faire savoir qu'on vient de trouver un animal qui a modifié son genre de vie, cet animal c'est le lapin. Nous trouvons à ce sujet dans la Revue des sciences naturelles appliquées une note curieuse sur l'adaptation des lapins à un genre de vie différent de celui qui leur est habituel. L'auteur de cette note alfirme,en effet, que, sur le continent australien, les lapins se trouvent forcés, par suite de circonstances locales, de modifier leur genre de vie. Les observations suivantes auraient été relevées sur plusieurs points du pays.

D'abord on verrait souvent ces animaux grimper sur les arbres en quête de leur

nourriture et on en découvre de morts qui sont attacliés aux buissons d'accacia jusqu'à quatre mètres de hauteur. Le sol ne leur offrant pas de nourriture suffisante, ils la cherchent sur les arbres.

Dernièrement dans une séance de la Société zoologique de Londres, M. Tegetmeier a présenté les pattes antérieures d'un lapin australien ; elles sont adaptées à ce nouveau genre de locomotion ; on remarque d'abord qu'elles sont plus fines que chez le lapin sauvage anglais, leur coloration est plus pâle et les taches plus sombres. En outre leurs ongles sont plus acérés et plus grêles.

On aurait encore noté chez les lapins autraliens des divergences dans leur manière de se reproduire. Ainsi dans certaines localités on trouve leurs gîtes ordinaires, mais dans d'autres la portée est établie à terre, sans aucun toit. Enfin pendant l'été, ils entreraient parfois entièrement sous l'eau, leur tête seule émergeant à la surface. El dans leurs migrations ou lorsqu'ils sont poursuivis, ils nagent paraît-il, à merveille et traversent les grands fleuves.

Ainsi voilà une modification dans la conformation, les mœurs et le genre de vie du lapin qui transforme complètement cet animal et cela en moins de vingt ans. Ce fait suffirait à faire admettre le transformisme si les détracteurs du transformisme voulaient admettre quelque chose.

La strongylose des tnoutons. — A Bordj-ben-Arreridj, à Sétif et Ghâteaudun, une mortalité relativement élevée s'est fait sentir parmi les troupeaux de ces diverses régions et provient d'une maladie déterminée par la présence dans les ramifications bronchiques, de vers qui les obstruent plus ou moins suivant leur nombre et peuvent donner lieu à l'asphyxie.

Ces vers appartiennent au genre strongle, d'où le nom de strongylose donné à cette maladie. Les espèces du ver strongle varient suivant les espèces animales qui en sont infestées en sorte qu'il ne semble pas que cette maladie soit transmissinle d'une espèce à l'autre; c'est donc seulement dans la même espèce que sa transmission s'effectuerait.

Quand on examine l'appareil respiratoire d'un mouton atteint de strongles, on constate que ces vers forment des pelotons de un à plusieurs centimètres de longueur qui se prolongent dans les ramifications les plus menues des bronches. Si l'on fait l'autopsie immédiatement après la mort, les strongles témoignent leur vitalité par leurs mouvements; mais ils peuvent rester vivants longtemps encore, quoique immobiles; il suffit, pour les ranimer, de les immerger dans un peu d'eau tiède.

Le traitement de cette maladie doit être tout d'abord préventif. Dans les régions où elle règne, il importe tout d'abord de maintenir isolés tous les animaux reconnus malades "afin d'éviter la transmission par les mucosités que ceux-ci expectorent.

Il faudrait également, si la chose était possible, ne faire boire les troupeaux que dans des eaux courantes ou encore mieux à la bergerie dans des seaux que l'on aurait soin de nettoyer après que chaque animal y aurait bu.

Quand aux divers traitements curatifs appliqués jusqu'à présent, ils ont été considérés comme peu efficaces à cause de la difficulté de soumettre les vers qui engorgent les bronches à une action toxique qui ne fût pas nuisible à l'animal que les vers infestent.

Le mieux est de se borner dans la grande pratique à des fumigations faites matin et soir au moyen de goudron.

On fait })énétrer8, 10, 12 animaux dans un local restreint dont les ouvertures auraient été soigneusement bouchées, puis on produit dans cet appartement des vapeurs chargées de goudron parmi lesquelles on maintient les animaux amenés pendant 8 à 10 minutes au maximum.

La rouille des blés. — Depuis qu'il a été scientifiquement démontré que la présence de l'épine-vinette [Berberis vulgaris) est une des principales causes de la rouille des céréales et surtout du blé, plusieurs arrêtés préfectoraux ont, a diverses reprises, proscrit la culture de ce malencontreux arbuste.

Il vient d'être pris un nouvel arrêté de ce genre par le préfet de Seine-et-Marne à la date du 20septembre dernier(voir le Journal du 29 octobre 1892, page 727). Nous ne pouvons qu'applaudir à cet arrêté que nous voudrions voir se généraliser par toute la France. Paul Noël,

Directeur du laboratoire.

Nous avons récemment étudié la consommation des vins et eaux-devie au Canada, nous avons montré quelle part prend la France dans l'importation de ces produits, et quel champ plus grand encore d'activité peut lui être réservé; mais, dans ce même ordre d'idées, et pour compléter ce que nous avons dit, il nous semble assez curieux de donner quelques indications sur la culture que l'on fait de la vigne au Dominion.

Dès 1860, les Canadiens attiraient l'attention des émigrants sur l'avenir que pouvaient avoir certaines parties de leur territoire, et ils faisaient remarquer que « le raisin et la pêche viennent en abondance et mûrissent à perfection en plein air, dans le voisinage de la rivière Niagara et le long des bords du lacErié ». Il est certain que, dès cette époque, on avait pu voir combien les fruits en général prospèrent dans un pays dont le nom évoque pourtant un froid rigoureux. L'île de Montréal était déjà célèbre pour la qualité de ses pommes ; on parlait des melons et des tomates qui « mûrissent en plein air et acquièrent des grosseurs vraiment considérables »; enfin on citait les « citrouilles et les courges atteignant des dimensions extraordinaires et pesant jusqu'à 300 livres (anglaises de 453 grammes) dans le voisinage de Toronto ». Qu'on remarque du reste que, dès ce moment, il était question, comme d'un endroit privilégié pour la culture des fruits, des environs de Toronto, autrement dit de l'Ontario, ou plutôt de la partie de l'Ontario touchant aux lacs intérieurs, aux grands lacs Ontario et Erié; nous faisons remarquer dès à présent ce point, parce que c'est en ce point que nous allons retrouver la culture de la vigne.

Il faut bien dire du reste que, d'une façon générale, cette appréciation n'est ni exagérée ni erronée ; on connaît en France, non pas seulement de réputation, mais pour en consommer souvent, des pommes du Canada, qui, dans le Dominion, donnent lieu à une véritable industrie d'une grande importance et à une exportation continue. Même dans le Manitoba, qui est pourtant beaucoup au nord-ouest de Toronto, les fruits prospèrent parfaitement, les prunes ordinaires par exemple, les cerises, les groseilles, les fraises, les framboises, le cassis, la vigne sauvage s'y rencontre et le houblon y est très productif. Dans ce qu'on nomme le Grand-Ouest du Canada, c'est-à-dire au nord-ouest même du Manitoba, si les vergers sont encore assez rares, parce que le pays n'est pas encore très peuplé, du moins on trouve à l'état sauvage les fruits que nous citions pour le Manitoba ; on plante avec succès des pommiers, quand on les met à l'abri des vents du nord, et enfin houblon et vigne sauvage croissent un peu partout sur les bords de la rivière Rouge et de l'Assiniboine.

Et cependant le Canada passe pour avoir un climat des plus rigoureux. Il est bien certain que les hivers y sont plus froids en général que sous les latitudes correspondantes du continent européen : à Québec, par exemple, il tombera trois pieds de neige et même plus, qui resteront cinq mois sur le sol; mais dans certaines parties de l'Ontario, et nous rappelons que c'est ce pays qui nous intéresse spécia-

lement, la neige ne durera guère plus d'un mois. D'ailleurs les étés sont à peu près les mêmes qu'en Europe, eu égard à la latitude; la moyenne de la chaleur pendant la belle saison est de 65 à 69" Farenheit à Montréal (ou de 1 9° centigrades) et de 62 à 64° au Manitoba (de 17 1/2° centigrades). Pendant l'été, Montréal jouit de la température de Lyon; Québec, de celle de Paris; Winmpeg, de celle de Bruxelles. Aussi ne doit-on pas s'étonner que là où elle pousse, la vigne arrive à parfaite maturité au Canada, tandis qu'il lui faut des abris pour la nuit en Angleterre.

Nous avons prononcé bien des fois le nom de vigne; mais, jusqu'à présent nous parlions plutôt de la vigne sauvage : en réalité, on ne cultive vraiment la vigne (en dehors des vergers particuliers et des treilles) que dans deux parties du Canada. Dans la province de Québec, elle a une tendance à s'étendre et à se répandre tous les ans; mais, comme le climat est un peu rigoureux, on est obligé chaque automne d'enterrer les ceps sous quelques pouces de terre. C'est dansl'Ontario, comme nous l'avons déjà répété, et spécialement dans le comté d'Essex, sur les rives du lac Ontario, que les vignobles réussissent le mieux et qu'ils ont pris un développement très notable.

Précisément ce comté d'Essex est une des parties les plus françaises du Canada, et, en particulier, de la province d'Ontario : ce territoire, exactement situé dans la péninsule que forment leslacsHuron etErié, présente un climat tout spécialement doux, par suite du voisinage de cet immense réservoir de chaleur que forment les lacs II y a dans ce comté environ 30,000 personnes de langue française; et c'est sans aucun doute à cette prédominance de l'élément français qu'on doit la mise en culture de la vigne, étant donné surtout que, d'après la plupart des renseiguements, on y trouve le même climat en été qu'à Bordeaux, que l'hiver n'y est pas plus rigoureux qu'à Nancy, et qu'on y peut labourer dès le 15 mars.

D'après les dernières données que nous avons entre les mains, et que nous devons à un rapport de mission de M. Agostini, le comté d'Essex, comme nous l'indiquions tout à l'heure, forme une vraie presqu'île entourée en partie par une masse d'eau assez considérable pour tempérer le froid des nuits- de printemps. Les côtes de cette presqu'île, les côtes de l'Essex, ont un développement de 200 kilomètres à peu près, et c'est précisément sur cette bande littorale, et sur une profondeur de 3 kilomètres environ dans l'intérieur des terres, que se fait sentir Tinfluence bienfaisante de la nappe d'eau, et que la vigne peut échapper généralement aux plus fortes gelées de mai. Il en est tout autrement quand on s'éloigne de la zone littorale : des essais ont été tentés à plusieurs reprises dans l'intérieur des terres; mais les résultats n'en ont pas été fort heureux. Cet avantage qu'on trouve ainsi sur les côtes d'Essex, on le retrouve sur le bord du Niagara et sur quelques points des rives du lac Erié, précisément parce que les mômes conditions hygrométriques et météorologiques s'y rencontrent.

Dans l'Essex, le sol est généralement plat, et il ne faut pas s'attendre à le voir produire des vins fins; du reste, les hivers étant plus longs que dans nos climats, la végétation ne peut pas partir avant le 1*" mai et elle doit en outre accomplir son cycle dans une plus courte

période de temps. Le réveil des plantes se fait tardivement; mais cela n'empêche point les moissons de blé et d'avoine d'être achevées du 20 au 25 juillet au plus tard, et les vendanges de se faire du 25 septembre au 5 octobre.

Nous avons vu que depuis longtemps on parle de la culture possible de la vigne au Canada ; l'idée en avait du reste été donnée par l'existence des vignes sauvages, et de nombreux essais avaient été tentés, sans esprit de suite du reste, et sans les connaissances nécessaires. Il y a au moins cinquante années, dit M. Agostini, que des fermiers de l'Essex avaient tenté de planter certaines variétés de vignes; ils s'étaient du reste vite dégoûtés de ces tentatives qui ne rapportaient pas immédiatement comme les autres cultures: ils étaient sans doute dirigés par ce sentiment qui faisait dire assez récemment à un colon que « si l'on n'a pas porté plus d'attention à la création des vignobles, c'est que la grande culture des céréales et l'élevage des bestiaux rapportent des profits plus nets et plus prompts ». Toujours est-il que ces essais n'avaient pas eu de suite ; mais souvent on pouvait remarquer, dans les campagnes de l'Essex, quelques pieds de vigne végétant à côté des fermes; ces plants étaient complètement abandonnés à eux-mêmes, traînaient à terre, sans jamais aucune taille et en grande partie envahis et étouffés par les herbes. Mais leur existence même parlait en leur faveur, disait leur résistance, et prouvait qu'en somme le terrain, ni le climat n'étaient mauvais, puisque la vigne survivait dans de si déplorables conditions.

Il n'y a pas plus d'une vingtaine d'années qu'on a eu l'idée de remarquer cette rusticité de la vigne dans ce climat, et qu'on a songé à en profiter pratiquement. Il paraît que les premiers colons qui cherchèrent à introduire la culture de la vigne dans l'Essex furent deux français, MM. Th. Girardot et Tournier : ils plantèrent des vignobles sur une certaine étendue, et leur exemple tut bientôt suivi, parce qu'ils réussissaient. Sans dire, comme une correspondance du Canada, que tous les colons cultivent la vigne dans ce comté, nous pouvons du moins faire remarquer que beaucoup de colons se livrent à cette culture, et que l'étendue des vignobles augmente chaque jour, et l'on espère que d'ici à vingt années on pourra trouver dans cette région des milliers d'arpents plantés en vigne.

Il a fallu, du reste, se donner une certaine peine pour choisir une plante bien appropriée au sol et au climat : on avait d'abord essayé des plants français, mais ils ne vivaient jamais plus de trois années. On a dû chercher des plants plus rustiques; parmi ceux qui ont le mieux réussi, M. Agostini cite le type concorda non seulement très vigoureux, mais très fertile, ce qui est un double avantage. Le vin produit n'est pas, bien entendu, de qualité supérieure; mais il prend un assez bon goût en vieillissant, un goût qui a quelque parenté avec le Bordeaux. Donnons un détail qui peut être intéressant : c'est que les viticulteurs font leurs plants eux-mêmes; à deux ans, le prix des boutures est de 150 francs le mille. La plantation se fait à la bêche ou à la charrue, mais plutôt aujourd'hui suivant ce dernier mode ; ïarpent ou acre (c'est-à-dire 40 ares) reçoit une moyenne de 950 plants.

Pour compléter ce que nous avons dit, quelques renseignements

financiers seront sans doute les bienvenus. L'acquisition d'un arpent de terre à vigne (nous parlons de l'Essex seulement) coûte environ 500 francs. Quand la plantation est bien faite, elle commence par donner, la troisième année, un quart de la pleine récolte ; l'année suivante, on ramasse une demi-récolte; et enfin la cinquième année, la vigne est généralement en valeur complète. On estime qu'en moyenne la récolte moyenne d'un arpent est de 4 à 5 tonnes de raisins, très riches en matière colorante ; ces 4 à 5 tonnes fournissent habituellement de 600 à 1000 gallons de vin (le gallon valant un peu plus de 4 litres 1/2, cela fait à l'arpent de 2,724 à 4,540 litres, ou de 68 à 113,5 hectolitres à l'hectare). Quant au prix de ces vins dans la région de consommation, il oscille entre 4 et 6 francs le gallon, selon l'âge et la qualité; ce prix ressort au taux moyen de 0 fr. 88 à 1 fr. 32 le litre.

En présentant ces quelques indications, nous n'avons pas eu l'intention de dire, comme l'affirment quelques publications par trop optimistes, que le vin coule à flots des pressoirs du Canada ; mais nous avons cru intéressant de signaler une entreprise viticole et vinicole fort intéressante, étant donné le milieu où l'on a dû la tenter.

Daniel Bellet.

PLANTES POTAGÈRES NOUVELLES

Comme nous le disions dans notre précédent article {Journal du 21 janvier, p. 102),MM. Vilmorin-Andrieux offrent, cette année, deux nouvelles variétés de pommes de terre, qui méritent une mention spéciale.

Le pomme de terre Géante sans pareille (fig. 21) est une des variétés les plus remarquables qui aient été signalées jusqu'ici; le dessin représente un tubercule de cette variété en grandeur naturelle; c'est un véritable géant. A cette taille exceptionnelle, les tubercules joignent l'avantage de présenter une chair dense, de couleur jaune et de bonne qualité pour la consommation. C'est une sorte qui est à la fois une variété potagère et une variété de grande culture; elle a été obtenue par M. Joseph Rigault, et elle a été cultivée avec succès, tant dans ses cultures que dans celles de Verrières. Dans tous les cas, la Géante sans pareille s'est fait remarquer par sa végétation extraordinairement vigoureuse et par l'abondance de son rendement. A la séance de la Société nationale d'agriculture du 23 novembre dernier (voir le Journal du 26 novembre, p. 913), M. H. de Vilmorin a exposé les résultats des cultures comparatives de pommes de terre faites à Verrières; ces cultures ont porté sur une vingtaine des variétés, tant françaises qu'étrangères, les plus réputées aujourd'hui. La Géante sans pareille s'est classée au deuxième rang, avec un rendement de 37,250 kilog. de tubercules et une richesse en fécule de 21 .6 pour 100, ce qui correspond à un produit de 8,046 kilog. de fécule par hectare. Ce résultat n'a été dépassé que par celui de la Géante bleue {Blaue Riesen) qui a donne 8,602 kilog. de fécule par hectare; les deux variétés qui sont venues ensuite sont : la Bismark, avec 7,666 kilog. defécule,etlaRichter's Imperator, avec 7,615 kilog. La nouvelle variété se place donc aux premiers rangs pour la culture

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fourragère ou industrielle; elle présente d'ailleurs, par la régularité et la grosseur de ses tubercules, ainsi que par la facilité de leur conservation, des avantages qui n'échapperont pas à l'attention; il n'est pas douteux qu'elle se répandra rapidement.

La pomme de terre Reine des polders (fig. 22) est surtout une

Fig. 21. —Pomme de terre Géan'e san^ pareille.

variété pour la consommation humaine ; elle a été obtenue dans les polders de la baie du Mont-Saint-Michel. Ses tubercules sont allongés, réguliers, à peau lisse; la chair est farineuse et de bonne qualité. C'est une variété fertile et précoce, caractères qui sont recherchés pour la culture des espèces dont les tubercules sont destinés au comnierce d'exportation. Ainsi, il paraît que, dans les polders d'où elle provient,

PLANTES POTAGERES NOUVELLES.

cette sorte de pomme de terre est déjà cultivée en grand, en vue de

l'exportation en Angleterre, et qu'elle est recherchée par les acheteurs.

Une dernière variété de pomme de terre est à signaler, surtout au

point de vue de la curiosité. C'est la pomme de terre à feuille panachée, ainsi nommée à raison des panachures blanches et jaunes, de forme bizarre, que ses feuilles présentent sur leur fond vert. Cette plante pourrait donc être utilisée comme plante d'ornement dans les plates-bandes, et elle donnerait, en outre, un produit de bons tubercules pour la consommation.

La culture des tomates a pris, dans plusieurs parties de la région méridionale, une extension tout à fait remarquable^ que le Journal a signalée à diverses reprises. Lee,

Fig. 22. — Pomme de terre Reine des polders.

Fig. 23. — Tomate Heine [des hâtives.

variétés les plus précoces sont recherchées tout naturellement, parce que leurs produits se vendent beaucoup plus cher que les autres. Voici une nouvelle variété, tout à fait méritante à cet égard; c'est la tomate Reine des hâtives (fig. 23). A une précocité exceptionnelle elle joint une vigueur remarquable et un rendement considérable et soutenu ; elle porte des fruits nombreux, lisses, arrondis, épais et charnus, de belle couleur et de bonne conservation. Elle répond ainsi aux besoins des cultivateurs qui doivent priser ces qualités par dessus tout dans la culture de cette plante. J. de Pradel.

NOURRITURE ÉCONOiMIQUE DES VOLAILLES. 147

Nous allons répondre en bloc à toutes ces objections qui sont fort justes. Notre intention n'est pas de procéder à un changement radical dans l'alimentation des oiseaux de basse-cour, mais à en modifier heureusement le régime en vue d'augmenter le bien-être et les bénéfices des amateurs et des fermiers. Nous rejetons d'abord les céréales pures, mais rien ne prouve que nous ne conservons pas quelques-unes de leurs parties constitutives. Pour l'instant, notre objectif est de poursuivre la recherche d'un hectolitre très nutritif du prix de 6 francs au maximum. A ce prix, chaque pondeuse coûte 4 fr. 48 et laisse un bénéfice de 3 fr. 52 brut : elle peut donc payer son loyer et sa bassecourière. Les poulets élevés, vendus 6 francs la paire, produiront 1 fr. 52, en supposant qu'ils consomment 50 litres ou la valeur d'un demi-hectolitre; ce qui est énorme pour un poulet.

Donc, en diminuant le prix d'achat de l'hectolitre, au lieu d'une perte de2à 3 francs par tête, on constate la possibilité d'un gain égal. Ainsi, la prospérité financière de la basse-cour dépend du prix maximusi fixé pour l'hectolitre. Ceci admis, examinons quelles substances alimentaires sont susceptibles de remplacer avantageusement les céréales? Quelles matières faut-il adopter pour obtenir l'hectolitre de nourriture au-dessous de 6 francs d'achat?

Les gallinacés, les méléagridés, les aquatiques qui peuplent nos cours de fermes sont à la fois granivores, insectivores, frugivores et carnivores. Libres de festiner à leur guise, ces oiseaux ne font fi, ni d'un insecte, d'une larve, d'un batracien, d'un fruit, d'un coléoptère, d'une proie vivante ou d'un lambeau de chair. A l'état de vagabondage, l'oiseau est plutôt Carnivore que granivore, beaucoup plus insectivore que frugivore. Dans leur étroite sagesse, les hommes ont changé tout cela; ils ne veulent plus voir en l'oiseau qu'un granivore. Les races dégénèrent, s'étiolent, ne résistent pas aux épidémies, mais l'aviculteur entêté s'acharne à ne pas varier le régime de ses bêtes, il persiste dans son erreur et renonce aux poules par dépit, lorsque par sa faute, par son obstination, la maladie inéluctable a décimé ses troupeaux.

Si le but que poursuit l'aviculteur est de fabriquer économiquement le plus fort volume de chair qu'une volaille puisse atteindre en un laps de temps relativement court, le choix des céréales pures comme moyen d'alimentation n'est pas rationnel. Les plus récentes analyses chimiques démontrent que la quantité de protéine contenue dans les céréales est inférieure à celle que renferment les légumineuses, les oléagineuses, et certaines issues de céréales. Le froment, l'avoine, l'orge et le maïs sont moins nutritifs que les pois, les féveroles et la graine de lin. Un sac de pois vaut deux sacs de froment, deux de maïs, autant d'orge et d'avoine. La graine de lin, celle de navette, les vesces, les féveroles et les lentilles n'ont pas moins de valeur ; trois sacs de sarrasin représentent les propriétés alimentaires d'un sac de chacune de ces dernières graines. Le son de froment n'est pas à dédaigner; sur l'échelle des analyses comparatives, il figure avant les graines pures d'avoine, de maïs, d'orge, de riz et de sarrasin : un hectolitre de son équivaut à deux

hectolitres de riz. Ainsi par exemple, un hectolitre de pommes déterre et un hectolitre de son de froment composeraient une pâtée qui reviendrait à 3 fr. 75 l'hectolitre et qui serait aussi nutritive que deux hectolitre de maïs, à 16 francs l'un. De 7 fr. 50 à 32 francs la différence est telle, pour un élevage un peu important, qu'elle ne manquera pas de frapper l'attention des intéressés. Et remarquez que les oiseaux sont friands de son et de pommes de terre^ que ce menu est plus hygiénique que n'importe quelle distribution de céréales, fût-elle de froment.

Le bon marché de l'alimentation des oiseaux par les pommes de terre et les barbotages de son a déjà recruté de nombreux partisans; mais, comme tous les amateurs de systèmes, ces adeptes de la production à bas prix ont abusé des avantages de ce nouveau régime; en oubliant de varier la nature des distributions, ils ont débilité leurs oiseaux! L'alimentation n'a plus de secrets, et quoique le son et les pommes de terre soient en grandes quantités partout, il existe d'autres substances plus riches en protéine et qui ne trouvent pas d'écoulement productif.

Les drèches de brasserie, les radicelles d'orge, le malt, les graines de potirons, de soleil, les baies de sorbier, de l'alisier, du coudrier, ne coûtent que des frais de transport et de récolte : les préjugés qui bouchent encore l'entendement de certains éleveurs de province font que beaucoup de directeurs de brasseries ont de la peine à écouler leurs déchets.

Parmi les légumes qui peuvent entrer dans les rations des poules comme étant à la fois nutritifs et rafraîchissants, on compte le chou vert, le navet cru, la betterave et le topinambour. Le chou vert est indispensable à l'élevage des poussins de toutes races : il contient un suc qui favorise leur croissance et qui dispense de l'emploi des poudres toniques et stimulantes. Ces légumes viennent facilement, nécessitent peu de frais de culture et se récoltent dans certaines régions en si grandes quantités que leur valeur marchande est presque nulle.

Les produits nécessaires à acheter, parce qu'ils renferment sous le moindre volume la plus forte proportion de proî-éine, sont : les vesces, les féveroles, les pois, les châtaignes, les graines de lin et de navette; enfin, les tourteaux de colza, de graine de coton, de noix de coco et de lin ; les sons d'orge et de froment.

Tels sont, en nous rapportant à l'expérience d'induslriels connus, d'aviculteurs renommés, les meilleurs aliments à donner aux oiseaux.

Celui qui doule des résultats que l'on peut obtenir en renonçant aux céréales pures n'a qu'à parcourir les expositions générales d'oiseaux de basse-cour ; il y verra des dindes plus fortes que des ànons, des oies grasses comme des porcs, des canards gigantesques pesant dix livres et des poules vigoureusement charpentées, rondes comme des pommes et hautes de 0 m. 60.

L'indifférent ne peut s'imaginer quels progrès réalisent les oiseaux plantureusement nourris; la taille se relève, la carrure s'élargit, le plumage s'embellit; en quelques générations, les descendants ne ressemblent pas plus à leurs ancêtres qu'une grenouille n'est semblable à un bœuf. Voyez ce que les Anglais ont fait de notre poule commune et de notre canard de Rouen? Les céréales ne sont pas prodiguées aux

volailles dans le Royaurae-Uni, on leur compose d'excellentes pâtées avec des farines spéciales, des foods à dix shillings le double sac. Il y a de tout dans ces farines : des légumes secs, de vieux biscuits, des os, des résidus industriels, tout cela réduit en poudre sert à constituer des gamelles succulentes que l'oiseau digère avec une aisance parfaite et qu'il assimile au mieux des intérêts de l'éleveur.

Mais aussi, quelles poules et quels canards on obtient! La situation climatérique de l'Angleterre ne semble pas favorable à l'élevage des gallinacés ; néanmoins, les amateurs de ce pays parviennent à l'aide d'une nourriture économique et substantielle à améliorer non seulement nos races, mais les racps d'Asie.

Puis, quand nos gallinopbiles français achètent à prix d'or, aux exposants londonniens, leurs premiers sujets, ces vainqueurs de concours importés en France s'amaigrissent et dégénèrent, laissant après eux une génération piteuse. L'acquéreur a modifié brutalement l'hygiène des oiseaux, il a changé leur mode d'alimentation et il s'étonne que des reproducteurs si chèrement payés s'accommodent si mal d'un traitement irréfléchi.

A force de répéter dans leurs traités de gallinoculture qu'il ne fallait pas trop nourrir les poules, que les poules qui mangent trop ne pondent plus^ les écrivains, qui se sont adonnés à ce genre de publication sans connaître les gallinacés, ont fini par persuader à la masse ignorante et avide des éleveurs de laisser les poules mourir de faim. C'est ce qui fait que nos vétérinaires parisiens constatent chaque jour que les volailles qui leur sont envoyées de province, à fin d'autopsie, sont nourries insuffisamment; et les propriétaires qui attendent cette réponse ont payé 5 francs cette consultation !

Il est temps que l'on juge autrement de la ponte, et que l'on sache bien que la reproduction est un excès de nutrition. Que plus une pondeuse consomme d'aliments, plus la quantité d'œufs qu'elle produit est abondante. C'est en restreignant le parcours des canes, en limitant leurs ébats dans l'eau, en laissant à leur discrétion des auges pleines de nourriture, qu'on a triplé le chiffre de leur ponte.

L'usage du grain pour l'alimentation des volailles offre de nombreux inconvénients. D'abord, il est une occasion de vol et de coulage, étant de sa nature facilement dissimulableet transportable, les délégués à la basse-cour ne se font pas faute de le remettre en des mains qui poursuivent un autre but que la santé des poules du propriétaire. Il cause ce que les paysans appellent lenfalement, c'est-à-dire une indigestion avant la lettre qui exige l'incision du jabot ou la mort de l'oiseau. Il est l'origine des maladies épidémiquesqui dépeuplent les basses-cours, car le grain renfermé dans les sacs et les coffres et mal aéré se couvre de spores, ces spores ingérées dans l'intestin déterminent l'entérite diarrhéique et l'entérite vermineuse, maladies insidieuses qui se terminent presque toujours par la mort subite des oiseaux.

Enfin, les propriétés nutritives des céréales s'affaiblissent en vieillissant, de sorte que la valeur en protéine que contient le grain est souvent très faible, et que l'éleveur perd aussi bien sur le prix d'achat des céréales, par rapport à la quantité de protéine acquise, que sur le travail de ses pondeuses qui se trouve compromis.

L'emploi des farines de grains, des farines de légumineuses, la préparation des tourteaux, des racines, des tubercules, des verdures, des issues de céréales, suppriment les larcins, réclament plus de travail, facilitent la surveillance, assurent le bien-être des reproducteurs et l'engraissement rapide des troupeaux, de vente.

Les propriétés nutritives de ces substances alimentaires étant trois fois supérieures à celles des céréales les plus riches en protéine, il en résulte une diminution sensible dans les dépenses, une augmentation agréable pour les recettes.

Le milieu, le centre de production, a sur la manière de nourrir les volailles une influence remarquable ; c'est en s'initiant aux coutumes les plus originales que l'on s'achemine vers le progrès.

Certains restaurateurs de la banlieue de Paris, qui élèvent des volailles, parlent de leur basse-cour dans les termes les plus flatteurs : la poule est un oiseau charmant qui ne covite rien à nourrir et qui pond abondamment des œufs à la coque, d'une fraîcheur sans pareille cotés 0 fr. 40 sur la carte. Le canard est un être spirituel et philosophe qui se contente d'un abri rustique pendant sa vie et d'un divan d'olives après sa mort. L'oie est une volaille affectueuse dont la graisse remplace avantageusement le beurre. Pour chacun de ces oiseaux le restaurateur n'a que des éloges. Chez lui, la volaille est abritée sommairement, mais les poulaillers, les volières sont munis de serrures.

Les dimanches et jours de fêtes, pour cause d'utilité publique, les hôtes emplumés sont mis à la casserole ou consignés. En semaine, les survivants jouissent de la plus entière liberté, on les récompense de leur claustration dominicale en leur livrant les reliefs des soupers de la veille : turbot sauce genevoise, aloyau financière, timbale milanaise, entremets sucrés, légumes verts, fruits, croûtes de fromage et potage au pain à discrétion. Ils aident le plongeur à nettoyer la vaisselle, ils utilisent les rogatons, ils escamotent les arlequins. Et le restaurateur a raison de vanter les qualités de volailles gavées aux frais des consommateurs, et dont le placement est assuré. Il peut dire que chez lui l'avenir des volailles n'est pas douteux.

Chez le propriétaire qui reçoit, chez le rentier qui a de la famille, le sort des poules est à peu près le même, elles sont avitaillées des bribes de la table; en leur laissant quelques heures de liberté, une pelouse pour gratter, picorer, elles se portent bien, engraissent, et leur entretien insignifiant est largement compensé par les œufs et les- rôtis qu'elles fournissent. Les citadins de banlieue, comme le restaurateur, n'achètent rien pour leurs poules, jamais de facture de céréales en fin de mois : c'est le rebut qui leur est donné, ce que l'on considère comme perdu. Dans la Beauce et dans le Gâtinais, pays renommés pour la rusticité de leurs volailles, les poules ne sont nourries que l'hiver, lorsque la neige et le verglas les empêchent de trouver leur subsistance. Au retour du printemps, elles s'éloignent des habitations et font la chasse aux insectes et surtout aux sauterelles qui pullulent dans ces provinces.

Les coquetiers de profession ont observé que les poulets de ces contrées supportaient mieux le gavage que ceux des centres d'élevage industriel. En Vendée, dans le Bourbonnais, des enfants dirigent sur

les routes, le long des haies, sur les champs récoltés, dans les forêts, de forts troupeaux de dindes et d'oies. Les possesseurs de ces bandes ne songent pas à leur distribuer de céréales : ils les font promener a\ec la conviction que celles-ci songeront, par leur industrie, à se procurer, au cours de leur promenade, la nourriture quotidienne.

En Picardie, en Normandie, régions d'herbages, les oiseaux de bassecour sont lâchés au soleil levant dans les pâtis ; ils y vivent tout le jour et ne rentrent au poulailler que ramenés par la fraîcheur du soir. Alors seulement, la fermière leur abandonne, quand elle est bien disposée, une écuelle ébréchée remplie de soupe ou de petit blé, mais surtout quand elle éprouve le besoin de compter ses oiseaux.

Chez l'amateur, chez le pseudo-gallinophile, l'oiseau de basse-cour est privé de sa liberté, il habite un local très élégant, trop confortable, trop anglais, avec un parc grillagé de quatre mètres carrés; ce parc est tapissé d'un lit de paille, de tan ou de sable, lavé, ratissé chaque jour, mais pas le moindre brin d herbe, pas le moindre vermisseau. En échange de la liberté, de l'eau pure jusqu'à l'indigestion, do blé, de l'avoine, du maïs, de l'orge, des salades, le tout de première qualité. On ne s'inquiète pas de la dépense ; qu'il gâche 50 francs de graines par année, qu'importe, pourvu que ses descendants soient remarquables de force et de beauté.

Malheureusement, de tous ces divers systèmes d'alimentation, il n'y en a que deux qui réussissent en laissant des profits : celui du restaurateur de banlieue, parce qu'il ne coûte rien ; celui des paysans bourbonnais, vendéens, de la Beauce et du Gâtinais, parce que leur territoire est assez riche pour sustenter leurs volailles. Tandis que dans les pays humides, dans les parquets d'oiseaux séquestrés en trop grand nombre, les résultats sont ruineux, ce n'est qu'en renouvelant le sang des troupeaux qu'on en maintient l'effectif au complet, que l'on comble les vides faits par les maladies.

A l'état libre, les perdrix et les faisans, dont la rusticité est remarquable, défient les rigueurs de l'hiver et mènent à bien leurs couvées. Leur chair est le régal des gourmets; cependant, le faisan et la perdrix ne consomment pas de grain. Les ornithologistes qui ouvrent le jabot de ces oiseaux y trouvent des insectes, des vers, des limaces, des matières animales, beaucoup de verdure, jusqu'à des aiguilles de sapin.

Tous ces faits rapprochés s'accordent pour démontrer que la meilleure méthode d'alimentation est celle qui se rapproche le plus du régime suivi par les oiseaux non captifs et que leur nourriture doit être animale et végétale. Paul Devaux.

iLa suite prochainement.)

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